N . ■■ i! :;*; 1 iSi LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ÂNATOMIE COMPAREE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX TOME PREMIER l'ari-.. - Inpiinierie lie L. IMarti.vet. rue Mignon. '2. LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ANÂTOMIE COMPARÉE DE L'HOMME ET DES ANIMAUX FAITES A LA FACULTÉ DES SCIENCES DE PARIS FAR u. iiii.Mi: En^v.%RD!«i 0. L. H., C. I.. N. Doyen de la Faculté des sciences de Paris, Professeur au Muséum d'Histoire naturelle; Membre de l'Inslilut (Académie des sciences) ; des Sociétés rovales de Londres et d'EdiiJilioiu'a: ; des Académies de Stockholm, de Saint-Pétersbourç:, de Vienne, de lierlin, de Konig'sberg, de Copenhague , de Bruxelles et de Naples ; de la Société Hollandaise des sciences , de l'Académie Américaine ; De la Société des Naturalistes do Moscou ; des Sociétés Linnéenne et Zoologir|ue de Lojidres; de l'Ac;ulémie des sciences naturelles de Philadelphie ; du Lycéum de Niiw-York ; des Sociétés d'Histoire naturelle de Munich, Somerset, Montréal, l'ilo Meurice ; des Sociétés Entomologiques de France et de Londres; des Sociétés Ethnologiques d'Angleterre et d'Amérique, de l'Institut historique du Brésil; De l'Académie impériale de Médecine de Paris ; des Sociétés médicales d'Edimbourg, de Suède et de Bruges; de la Société des Pharmaciens de l'Allemagne septentrionale ; Des Sociétés d'Agriculture de Paris, de New -York, d'Albany, etc. TOME PREMIER PARIS LIBRAIRIE DE VICTOR MASSON PLACE DE L'kCOLK-DE-«ÉDECINE M DCCC LVII Droit de traduction réservé. M. J. DUMAS SÉNATEUR, ME:\IBRE DE l'LNSTITUT DE FRANCE, PROFESSEUR DE CHI.MIE A LA FACULTK DES SCIENCES, ETC., ETC. Mon cher et savant ami , Lors(iue nous étions l'un et l'autre au début de notre carrière , je vous ai dédié mon premier opuscule , parce que déjà à cette époque vous étiez un des hommes ([ue j'aimais et que j'estimais le plus. Cn tiers de siècle s'est écoulé depuis ce temps , et ce sont les mêmes sen- timents qui me dictent aujourd'hui le nom insciit en tète de cet ouvrage. Mais ce n'est pas seulement en souvenir de notre vieille et constante amitié que je viens vous offrir encore une fois le fruit de mes travaux : recevez aussi ce livre comme un témoignage public de la haute valeur que j'attache aux découvertes dont la science vous est redevable. MILNE EDWARDS. Paris, au Janliii des Plantes, ce 1 1 janvier 1857. LEÇONS SUR LA PHYSIOLOGIE ET L'ANATOMIE COMPAREE . DE L'HOMME ET DES ANIMAUX. PREMIÈRE LEGON, Introduction. — Considérations générales suc le mode de constitution du Règne Animal — Tendances de la Nature dans la création des êtres animés. Messieurs, § 1. — Ces leçons ont pour objet l'i'tinle de la vie et de ses ^^-^^ instruments dans l'ensemble du Règne animal; ou en d'autres J"''°"'"^- mots, la physiologie rjénérale et Vanatomie comparée des êtres animés. A mes yeux, la pbysiologie et l'anatomie sont des parties inséparables d'une seule et même seienee. Non-seulement elles se prêtent un mutuel et nécessaire appui, mais leur but est commun, et elles doivent se conlondre sans cesse dans la pensée de tous ceux (jui, à l'exemple d'Aristote, cherclientà connaître la nature des animaux. Quel intérêt, en effet, le philosophe trouverait-il dans l'étude de la structure intérieure de tous ces êtres, si cette étude ne se liait, dans son esprit, à celle des fonctions de leurs organes? et comment pourrait-il acquérir {9 11 2 INTRODUCTION. des idées saines touchant les facultés dont les corps vivants sont doués, s'il restait dans l'ignorance des agents matériels ou instruments à l'aide des(iuels ces tacultés s'exercent? Pour résoudre de pareilles questions, il suffit de les poser nettement, et, par conséquent, je ne m'arrêterai pas davantage à motiver l'union intime que je me proi.ose de maintenir toujours ici entre l'investigation des phénomènes de la vie et l'examen des organes (jui servent à les produire. § 2. — Ne croyez pas cependant que, si j'attache une si grande importance aux études anatomiques, c'est parce que J'attril)ue au moded'arrangemcnt de la matière dont les Animaux sont composés le merveilleux ensemble de propriétés vitales dont ces êtres sont doués, et (lue, suivant les errements de quelques écoles physiologiques, je considère l'organisation comme étant tout dans l'économie des corps vivants. Non : les pro- priétés physiologi(pies de l'Animal ne sont pas, à mon avis, une conséquence de sa structure, mais la raison d'être de celle-ci. Chacune de ces machines admirables, en naissant dans la main du Créateur, me semble avoir été appelée d'avance à exercer une série d'actes déterminés, et porter en elle le germe de la puissance qui la fera agir, avant .pie .l'être [)nurvuc des instru- ments nécessaires à l'exercice de celte tbrce. li y a toujours harmonie entre les fonctions et les organes ; mais ce qui donune dans l'être auinié et commande en quchpie sorte ia nature qui lui sera pi'opre, c'est la manièiT dont les forces qu'il met en jeu doivent s'exercer dans son organisme, et non la manière dont ses organes sont constitués (1 ). Développer ici ces vues, si contraires aux idées des matéria- (1) La nature propre de chaque qui doit en provenir, nuiis le siège Animal est fixée longtemps avant que, de la force organogéniqne qm dé- celai - ci ait ancime des parlicula- terminera Fédilication de cet être rites de structure à l'aide desquelles nouveau. Gela se verra quand nous cette nature se manifestera. Le germe étudierons la génération des Ani- n'est pas une miniature de Tanimal maux. CONSIDÉRATIOAS GÉNÉRALES. 3 listes, serait chose prématurée, car ce n'est pas sur une cori' naissance superficielle de la Création qu'elles reposent. Elles se justifieront sans peine, à mesure que nous avancerons dans l'étude de la physiologie comparative; mais je ne vous deman- derai pas de les admetire au rang des vérités démontrées, jus- qu'à ce que vous ayez vu avec moi comment cha<|ue animal se développe et porte en lui le principe du genre de vitalité propre à son espèce, hien avant que d'avoir dans sa structure rien qui soit en rapport avec son mode d'activité l'ulurc ou (pii le distingue d'autres individus dont les facultés et les organes seront diftcrcnfs. Je le répète, ce serait prématuré d'insister en ce moment sin^ des considérations de cet ordre ; mais il m'a sem- blé utile de caractériser dès le début de cet enseigneuient la conclusion générale (pii en sortira. § o. — Les phénomènes que les corps vivants offriront à notre étude sont en partie des conséquences des lois de la physique et de la chimie qui régissent l'univers, et je m'appli- querai à mettre en évidence ces liens entre la nature inorga- nique et les êtres organisés; mais il en est d'autres qui ne trouvent aucune explication dans ces lois générales, et ([iii ne se produisent que là où il y a vie. On est donc conduit à les considérer comme dépendants d'une force qui serait propre aux corps doués de ce genre d'aclivité, et à personnifier en quelque sorte cette puissance par une dénomination spéciale, de la même manière qu'on le fait pour les forces physiques qu'on appelle lumière ou chaleur, par exemple, sans que cette désignation implique aucun jugement sur la nature intime de ces agents, et donne nécessairement l'idée ni d'un ilnide ni d'im mouvement vibratoire. Ce n'est pas avant d'avoir étudié (ouïes les circonslances dans lesquelles le principe vital se manifesie, que nous pourrons chercher utilement s'il est possible de nous former (pieUiue idée de sa nature cl des lois auxfiuellcs il est assujetti, ^iais je crois devoir, dès aujourd'luii, vous niettie en Il INTRODUCTION. garde contre des opinions erronées que vous rencontrerez cer- tainement dans vos lectures. Les physiologistes représentent souvent la force vitale connne étant en opposition avec les forces générales de la nature, et comme soustrayant la matière organisée à l'influence des puissances chimiques (1). Or, ce n'est pas de la sorte que nous la verrons agir; elle peut exercer nne influence plus ou moins grande sur le jeu des affinités, et elle détermine souvent la production de composés qui ne se forment pas en son absence; mais cet ordre de phénomènes n'implique aucune lulte de forces contraires, et rappelle seule- ment ce qui se voit tous les jours dans le Règne inorganique, lorsque le développement des affinités ordinaires de la cliimie est excité ou arrêté par l'inlluence d'agents physiques, tels que la chaleur ou l'électricité. Les êtres vivants ne sont pas sous- traits à l'action des forces générales delà Nature, mais ils sont soumis en même temps à l'iniluence de la vie, qui est aussi une force, et qui leur appartient en propre. C'est la vie qui coordonne les forces chimiques et physiques, de façon à produire les phé- nomènes dont les corps organisés nous offrent le spectacle, mais elle ne s'y substitue pas et n'en arrête pas les effets. Le physiologiste doit, par conséquent, étudier avec soin la série des réactions cliimiqucs et des phénomènes physiques dont l'organisme peut être le siège; mais il ne faut pas croire que dans la machine animée tout puisse s'expliquer par le jeu de ces forces, et je dois attacher non moins d'importance à bien mettre en lumière ce qui dépend de l'intluence de la puissance vitale, force sans laquelle aucun être organisé ne pourrait même commencer à exister (2). p,^_^ ^ [^ — Deux voies me sont ouvertes pour vous initier a la connaissance des phénomènes dont je vais vous entretenir. Je (i) Ciivier, Leçons d'anatomie corn- tant plus nécessaire que dans ce mo- parée t. I, p. 2. "i^'i^ '^^'^ idées fort analogues à celles (2 Cet énoncé m'a semblé d'au- dont je fais la criiique se produisent de ces lo^on? CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. 5 pourrais vous tracer le tableau de l'état actuel de la science en vous ])arlant de ce que nous savons, sans m'occuper de la manière dont ces connaissances ont été acquises ; c'est la sous nne nouvelle forme el sont net- tement formulées par quelques cbi- mistes d'un grand mérite. Les écri- vains de celte école ne voient dans les phénomènes de la vie que le résultat des forces physiques et chimiques qui régissent la nialière inerte ; ils repous- sent toute idée de l'existence d'une force qui ne se manifesterait que dans les êtres vivants, et ils s'imaginent que le moment n'est pas éloigné où, d'après les lois connues des combinai- sons chimiques ou des pliénomènes de la physique générale, on expliquera la naissance de la pensée aussi bien que la formation des èlres organisés. Pour montrer jusqu'à quel point cette physiologie toute chimique ou pure- ment mécanique est portée, il me suffira de citer quelques passages du dernier ouvrage publié sur ce sujet par un professeur célèbre de l'une des grandes universités de l'Alle- magne, VL Lehmann. « Gomme on ne peut guèi'e démon- » trer l'existence d'une force dite n vitale , appartenant exclusivement » aux corps organisés, tous les phéno- » mènes propres aux êtres vivants » doivent pouvoir s'expliquer par les » lois de la physique et de la chimie : » ces lois seules nous donneront la » clef des phénomènes de la \ ie ; aussi » dans un avenir peu éloigné, la phy- » siologie animale sera-t-elle entière- )) ment réduite aux seuls principes de » physique et de chimie («). » Dans un autre passage du même livi'e. M. Lehmann assimile le ji'u du système nerveux à l'action des mus- cles ou au travail sécrétoire des glandes", et, dans le chapitre traitant des forces et lois des mouvements organiques (6), il s'explique plus com- plètement, et assure que l'hypothèse d'une force vitale n'est rien moins que logique ; puis, un peu plus loin, parce que le bichromate d'ammo- niaque, sous l'influence de la cha- leur, donne naissance à un corps dont la forme rappelle celle des feuilles de thé, il pense que le développement du poulet dans l'intérieur de l'œuf (et par conséquent la génération de tous les êtres vivants animés ou inanimés) dépend de forces du même ordre, et doit rentrer dans le domaine exclusif de la physique et de la chimie (c). Un autre pliysiologiste, à qui l'on doit un travail intéressant sur les fonctions du système nerveux, a im- primé dernièrement dans \ç:^ Archives de Millier, que bientôt sans doute la psychologie ne sera plus qu'une bran- che de la mécanique (r/). La large part que je me propose d'accorder ici à l'étude des phéno- mènes physiques et chimiques dont les êtres vivants sont le siège m'im- posait le devoir de prémunir mes (a) Précis de chimie physiologique animale, par Lehmann, traduit de l'allemand par M. Drion. Paris, 1855, p. 7. (b) l.ehmann. Op. cit., p. i9i. (c) I.etiniann, Op. cit., p. 20S. (rf)Fink, Vêler die Hirnfiinction QA'ùWev's Archiv fiir Anatomie und Phusiologie, 1851, p. .185). 6 INTRODUCTION . marche suivie d'ordinaire dans nos éeoles, et elle a l'avanlage de la concision et de la force. Ou bien je puis arriver au même but en vous faisant assister aux découvertes successives à l'aide auditeurs contre les exagérations aux- quelles cette étude a pu conduire quel- ques esprits d'élite. Du reste, c'est seu- lement après avoir traité de l'origine et du développement des animaux, qu'il me sera possible de discuter à fond les questions que je viens de soulever. Je me bornerai donc à ajouter ici que les idées développées dans cette leçon ne , sont pas en désaccord avec les opi- nions de tous les chimistes. Ainsi M. Dumas, dans les beaux travaux qu'il a faits en commun avec Prévost sur la génération, pose en fait qu'il existe chez les animaux deux ordres de phénomènes dont les uns sont sus- ceptibles d'une explication purement physique et dont les autres supposent un principe immatériel (a). Je citerai aussi à l'appui de ces vues le passage suivant emprunté aux écrits d'un autre chimiste dont l'opinion fait également autorité dans la science. Après avoir dit que c'est principa- lement à la chimie qu'il appartient d'expliquer les transformations que les êtres organisés fout subir à la matière des aliments qu'ils puisent au dehors pour se les assimiler, M. Chevreul ajoute : « Mais je conviens que tous les » phénomènes de la respiration, de la » circulation, des sécrétions, de la di- )) gestion et de l'assimilation seraient » expliqués |)ar les sciences mécaui- » ques, physiques et chimiques, que » vraisemblablement nous ne serions » guère plus avancés que nous le » sommes sur la cause première de » la vie ; car si ces phénomènes sont » réellement des effets dont les causes )) procliaines rentrent dans le domaine » des sciences que nous venons de » nommer, il est évident qu'il y a au » delà une cause plus générale, dont » l'effet, réduit à l'expression la plus » sinq^le, se révèle dans le développe- » ment progressif du germe et de )) l'être qui en provient ; et ici je » n'examine pas la question de la » préexistence du germe ou de son ori- » gine par épigénie. C'est bien effecti- » veulent la puissance qu'a le germe » de se développer peu à peu aux dé- » pens du monde extérieur, de ma- » nière h représenter l'être dont il » émane et à reproduire des êtres sem- » b'abies à lui ; c'est cette puissance, )) dis-je, dont l'action nous échappe » à son oiigine, et ne se manifeste à » nos sens que quand le germe appa- » raît déjà comme corps organisé, qui » est le fait capital de l'organisation, le » mystère de la vie. Car l'être vivant n ne peut se développer avec la con- » stauce que nous observons dans sa » forme et les fonctions de ses or- » ganes, sans qu'il y ail une harmonie » préalable entre toutes ses parties et » les conditions extérieures oîi son 1) existence est possible ; par consé- » quent, sans" que toutes les forces )) auxquelles nous rapportons immé- » dialement les piiénomènes de la vie » soient balancées dans leurs opposi- » tions, coordonnées dans leurs actes » successifs, de manière à concourir (a) Nouvelle théorie de la génération, par MM, Prévost et Dumas ( Annales des sciences natu- relles, iKSi, t. I, p. 'J). CONSIDÉIIATIONS GÉNÉRALES. 7 (lesquelles h scienee physiologique de nos jours s'est lentement constituée; vous montrer comment clinquc vérité acquise a conduit à une vérité nouvelle, et dire comment chaque grand résultat a été préparé avant que d'a[)paraître aux yeux de l'homme de génie qui y a attaché son nom, ])arce qu'il l'a posé sur des bases solides. Cette méthode d'exposition vous paraîtra peut-être longue et parfois fatigante ; mais j'ai la ferme conviction de sq supériorité lorsqu'il s'agit, non-seulement d'instruire de jeunes éhidiants, mais de former des investigateurs destinés à venir à leur tour reculer les bornes de la science. Pour vous apprendre à marcher dans la voie des découvertes, je ne saurais mieux faire, ce me semble, que de vous dire comment nos devanciers en physio- logie ont été conduits à découvrir tout ce que nous savons. Ces considérations d'utilité pratique auraient pu suffire pour déterminer mon choix; mais les raisons dont je viens de parler ne sont pas les seules qui me portent à préférer la méthode d'exposition historique et progressive. C'est, à mon avis, un spectacle plein d'intérêt et d'enseignements utiles que celui du dévelo[)pement graduel d'une science, des progrès de l'esprit humain dans la recherche du vrai, et des efforts con- tinus sans lesquels aucune conquête importante ne saurait s'effec- tuer. C'est une erreur de croire qu'une science quelconque ait » toutes vers un jjut unique. Eli bien, » jetties à une forme déterminée, sus- » il est évident pour moi que ce qui » cep;ii)le d'accroissement régulier aux » distingue essentiellement le corps » dépens du monde extérieur. En dé- » organisé du corps brut, ce n'est pas » finilive, je n"ai jamais aperçu aussi » la nature des forces auxquelles nous » clairement qu'aujourd'liui combien » rapportions immédiatement les phé- » il y aurait peu de raison à suppo- » nomènes de la vie, mais bien la » ser tiuc celui qui aurait expliqué » cause première du balancement mu- » la digestion, Tassimilalion, la respi- » tuel de ces forces et de leur coordi- » raliun, la circulation et les sécré- » nation pour maintenir la vie dans » tions, serait en état d'expliquer la » un assemblage de molécules assu- » vie (a). » (a) Appendice au sixième Mérnoive des liecherches chimiques sur la teinture, par M. Clicvrcul {Mémoires de l'Acadcmic des sciences, 1853, t. XXIII, p. 32). 8 lîSTRODllCTlON. atteint l'Age viril dès sa naissance, et soitsortie ducervean de l'in- venteur arniée de pied en cap, comme la JMinerve de la [)oésie antique. Chaque question s'est mûrie lentement; et si c'est pour tous une lâche ingrate et fastidieuse que de ra[)]»eler la longue série des opinions fausses ou incertaines dont elle a pu être l'ohjet, c'est au contraire une œuvre utile et pleine de charmes (au moins pour celui qui l'entreprend) que de montrer comment la lumière s'est faite. En vovant la manière dont la science s'est constituée et a grandi peu à peu, on en saisit mieux l'esprit et les méthodes ; on apprend à connaître les hommes aussi bien que les choses, et l'on s'inspire d'un juste respect pour les travaux des investigateurs de la Nature, lors même que les fruits de leur labeur n'auraient pas encore apparu ; car dans celte étude on rencontre maints exemples de faits qui, restés longtemps stériles et négligés, sont devenus tout à coup le germe d'une grande découverte lorsque le moment était arrivé pour en comprendre la portée, et qu'im homme de génie était venu y apposer son cachet. En traitant de cliacun des points dont l'étude doit nous occu- per ici, je présenterai donc une histoire succincte des i)rogrès réels de cette partie de la science, et l'on remarquera bientôt, je pense, qu'en suivant de la sorte Tordre clironologique des découvertes qui sont connexes, je suivrai en même temps Tordre logique des idées ; car les connaissances acquises à une époque sont toujoin\s les préliminaires naturels et souvent nécessaires des découvertes qui vont surgir, et Tenchaînement des faits dont une science s'enrichit successivement est d'ordinaire en accord avec les relations que ces faits doivent conserver dans noire esprit. Ce n'est hi des erreurs des observateurs, ni des o])inions contraires des écrivains, que je me propose de vous entretenir; c'est le récit des conquêtes réelles de la science physiologique (pie je viens vous faire. C(>^S1DÉRATI0^S GÉNÉRALES. 9 Je vous indiqiiorai ninsi, en passant, les sonrees on nons devons jiniser ponr eonijtléler nos élncles ; ear, dans ini conrs connue cchii-ei, le i)roressenr doit bien se gai'der de vouloir tont dire, et il doit désirer surtout enseigner à ai)|)rendre. Je in'a|)pli(|ucrai aussi à mettre en lumière les eonsé- (jnences à déduii-e (k> laits ([ue nous fournissent l'observa- tion ou rexpérience, et à coordonner ces laits de manière à en former un ensemble rpie l'esprit accepte. Part conséquent, à la narration des découvertes viendront se mêler nécessaire- ment la discussion des résultats qui en découlent et l'exposé des tbéories à l'aide desquelles on groupe les faits et l'on Ibr- mule les idées générales qui les résument. Dans quelques écoles de jibysiologie, on professe un grand dédain pour les vues ilv Icspril, et l'on répète à eliaque instant (jue les faits seuls ont de l'imporlance dans la science; que le pliilosoplie véritable doit se borner à les em^egistrer. Mais c'est là encore, cerne semble, une grave erreur. Une pareille pensée serait excusable chez un ouvrier obscur qui, employé sans relàebe à tailler dans le sein de la terre les mat('riaux d'un vaste édifice, croirait que le rôle de l'arcliitecte ne consiste qu'à entasser pierre sur i)ierre, et ne verrait dans le i)lan tracé d'avance i)ar le crayon de l'artiste (pi'un jeu de son imagina- tion, une fantaisie inutile. Mais l'ouvrier carrier lui-même, s'il ne restait pas dans son souterrain, et s'il voyait tous les blocs informes qu'il en a tirés se réimir sous la main du maître ponr constituer le Partbénon d'Athènes ou le Colisée de Rome, comprendrait (jue la science de l'arcliitecte n'est pas une science inulile, lors même que le monument créé par son génie ne devrait avoir qu'une durée éphémère, et que les d('bris de l'édi- lice tombé en ruines ne serviraient plus tard que de matériaux pour des constructions nouvelles. Il en est de même pour les théories dans la science : ce sont elles qui y donnent la forme et le mouvement ; qui servent de lien entre les faits dont la réu- 1. 2 10 INTHODLCnON. nion en inisceaiix est une des eouilitions de leur emploi utile; (jui iiuident et excitent les ex{)]orateurs dans la voie des décou- vertes. La chimie moderne est là pour attester l'utilité des théo- ries, bien que ces créations de Tesprit soient destinées le plus souvent à ne durer que jieu de temps, et doivent tomber dès (|ii'elles se trouvent en désaccord avec les résultats fournis par l'observation des choses. Exclure les vues théoriques de l'his- toire des phénomènes de la vie, serait priver les sciences natu- relles d'un élément qui leur est nécessaire, et, dans les études auxquelles je vais uic livrer avec vous, je ne crois pas devoir négliger l'usage de leviers aussi puissants, tout en m'appliquant à n'en l'aire qu'un sage emploi (1). Il me semblerait inutile d'appeler votre attention sur la dis- (1) Pour montrer que je n'exagère pas les tendances dont il m'a paru nécessaire de faire ici la critique, il me suffira de citer quelques lignes du résumé par lequel un professeur illustre du Collège de France terminait son cours de physiologie à Tépoque où je commençais mes leçons à la Sorbonne. « La découverte bien constatée d'un » fait, disait Magendie, est plus pré- » cieuse pour moi que les rapprociie- » menls les plus brillants, rapproche- » menls qui d'ailleurs ne servent à » rien, ne mènent à rien qu'à faire » ressortir le mérite, le talent oratoire » du professeur. » {Leçons fiur les phénomènes physiques de la vie, par Magendie, t. iV, p. 391.) Du reste, tout en m'élevant contre une toiulancequi me semble mauvaise, je croirais manquer à la justice, si je ne saisissais pas la première occasion pour olfiir un tribut d'éloges à l'ex- périnientaleur liabile et infaligable dont je viens de rappeler les opinions. Magendie a rendu de grands services à la science, non-seulement par les nombreuses découvertes dont il a en- richi la physiologie, mais aussi par la grande impulsion qu'il a su donner à l'examen direct et sévère des phéno- mènes de la vie. Il était remarquable pour l'indépendance de son esprit ; il faisait une guerre incessante à ces mots scolastiques sous lesquels on dé- guise trop souvent notre ignorance de la nature des choses; et il ne se las- sait pas de proclamer la nécessité du secours de la chimie et de la physique dans l'étude des fonctions vitales. Son nom reviendra fréquemment dans le cours de ces leçons, et ses travaux sont trop nombreux pour que je puisse en donner ici une liste; mais j'ajou- terai qu'on lui doit la démonstration du fait important de l'absorption veineuse et de belles expériences sur les fondions du système nerveux. Il débuta dans la voie des recherches vers 1809, et, après avoir siégé pen- dant trente-quaire ans à l'Académie des sciences, il mourut à Paris, en 1855. CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES. \'\ tinntion que qiip](Hios auteurs modernes onl {'Iierché à ('lablii' euire la physiologie qu'ils a|)|»ollent expériinenlale et la physio- logie d'observation ; la seieneedoit niellre à sou service tous les moyens d'investigation, et elle l'a loujoins l'ail. Pour (b'cou- vrir ce qui est, elle a eu recours à l'observation, c'est-à-dire à la constatation des faits qui existent sans que nous les ayons fait naître, et à l'expérimentation ou étude des faits dont nous déter- miuons la manifestalion ; l'observation cl rcxpériencc sont deux inslruments (pie la main du physiologiste a loujoiu's maniés et qui lui sont également nécessaires. Les moyens d'étude que les sciences physiques lui fournissent aujourd'hui sont, il est vrai, plus puissants et plus utiles que ceux dont dis- posaient nos pères; mais la physiologie expérimenlale n'est nouvelle que de nom, et pour la supposer (r(»i'igine toute récente, il faut ignorer ce que la science doit à nos devanciers. En étudiant ici les phénomènes elles instriunenfs de la vie, je n'aurai à m'occu[)er (pie delà physiologie et de l'analomie des animaux. J'avouerai volontiers mon impuissance à traiter de l'ensemble de la physiologie générale^ qui a pour domaine la Création organique tout entière, et doit embrasser tout c(^ qui est connu dans l'histoire de la vie cIkv. les plantes et les ani- maux: je ne pourrais vous parler avec contiance de ce (pii est du ressort de la botanique, car on ne ])arle utilemeul que de ce qu'on connaît bien, et un professeur de la Facullé de Paris ne doit pas être seulement l'écho des i»aroles d'autrui. ^lais sans sortir des attributs de m\\ chaire, j'ai un vaste champ à explorer. Pour remjjlir ma lâche, je ne dois pas me borner à l'élude des phénomènes et des instruments de la vie ch(V. un animal en particulier: ce n'est i)as la physiologie de l'homme éclairée par des expériences faites sui- les animaux qui doit nous occuper exclusivement, comme cela arrive lors- qu'on traite de cette science en vue de ses a[)plicalions à la mé- decine ; c'est la physiologie des êtres animés en général, (le[)uis It2 IMRODLCTION. les pins simples jusqu'aux plus pnrfnils. Je dois surlouf vous nioutrer coniment les grandes nianilestalions de la vie semodi- iient dans le Règne animal tout entier; comment les instruments variés que la natin^e a mis en usage concourent à l'exercice des facultés dont ces êtres sont doués, et tracer le tableau de ce (ju'il importe le plus de connaître dans l'ensemble de la Création animée, œuvre la plus merveilleuse de toutes les œuvres de Dieu, où chaque chose cependant est une merveille aux yeux de celui (pii sait voir. Pour remplir cette lâche, je me projiose d'étudier successive- ment toutes les grandes fonctions vitales dans le Règne animal tout entier (1 ). Je n(^ m'arrêterai i)as sur les prolégomènes que les physiologistes placent d'ordinaire en téfe de leurs livres, mais qui devraient, ce me semble, en être plutôt le chapitre final. J'en- trerai donc |ires(iue immédiatement dans le cceur du sujet dont nous avons à nous occuper ; mais avant d'aborder l'histoire des actes physiologiijucs, il me parait utile de dire quelques mots sur les lois qui semblent avoir régi la Création animale (2). Des tendances de la IVature dans la constilution des animaux. Diversi(é des èlres. ^5. — Lorsque le physiologiste porte les yeux sur les ani- maux innombrables qui peuplent la surface de la terre ou qui vivent dans le sein des eaux, et que, sans s'arrêter aux diffé- (1) Le nomljrc des leçons dont se compose le cours semestriel de phy- siologie el d'aiiatomie comparée de la Faculté des sciences ne me permet pas de m'élendic également sur This- toire de toutes les fonctions; mais chaque année je traite assez longue- ment d'une parlie de ce vaste sujet, sauf h ne présenter qu'une esquisse rapide du reste, et, tout en satisfaisant aux exigences des programmes de l'enseignement universitaire, je puis de la sorte approfondir tour ù tour les diverses parties de la science. C'est la réunion des leçons principales ainsi réparties dans une série de cinq ou six cours que je me propose de publier dans cet ouvrage. (2) J'ai développé ces vues dans un ouvrage sur les tendances de la Nature dans la constitution du Règne animal, publié, il y a quelques années, sous le titre iV Introduction à la Zoologie générale (1831). d pconomie. TENDANCES DE LA NATURE. 13 renées cxlérieures dont il est d'abord frappé , il observe la manière dont la vie se manifeste chez tous ces êtres, et le m(''- canisme de leur organisation, son esprit reste étonné à la vue de la diversité presque inlinie qu'il y remarque. Les condi- tions d'existence varient, les facultés diffèrent, les instruments, lors même qu'ils sont affectés à des usages analogues, ne se ressemblent pas toujours, et les différences anatomiques ou phy- siologiques se rencontrent, non-seulement d'espèce à espèce, mais entre les divers individus d'une même espèce, et jusque dans le même individu, à diverses épo(iues de son existence. Le premier caractère de la grande Création zoologique semble être en effet la diversité des produits. Mais lorsqu'on vient à étudier avec plus d'attention l'en- _ loi semble du Règne animal, on ne tarde pas à s'apercevoir que la Nature, tout en satisfaisant si largement à la loi de la diversité des organismes, obéit aussi à une loi d'économie; elle n'a pas mis en usage toutes les combinaisons physiologiques possibles, et se montre d'autant plus sobre d'innovations que celles-ci ont plus d'importance. Il semble aussi qu'avant d'avoir recours à des ressources nouvelles pour varier ses produits, elle ait voulu épuiser en quelque sorte chacun des procédés qu'elle avait mis en usage pour obtenir ces dissemblances, et autant elle se montre prodigue de variétés dans les œuvres de la Création, autant elle paraît économe dans les moyens à l'aide desquels s'obtient cette richesse de résultats. § 6. ■ — Parmi les causes qui déterminent les différences phy- nogrés . 1 . Il- • • 1 1 • 1 ''"^ perfection siologuiues dont les annnaux nous otirent des exemi)les si mut- varus. tipliés, l'une des plus puissantes est Y inégalité dans le degré de perfectionnement auquel ces êtres arrivent. Tous les animaux sont, il est vrai, également bien am- stitués pour remplir le rôle qui leur est assigné dans le vaste ensemble de la Création, et, à ce point de vue, on peut dire avec Cuvier qu'ils sont tous également parfaits dans l/j. INTRODUCTION. leur espèce fl) ; mais ce rôle est loin d'avoir toujours la môme étendue et la même importance. Chez les uns , les résultats du travail physiologique sont laihles, obscurs et grossiers ; les actes varient peu et sont d'une simi»licité extrême ; la |)uissance vitale ne s'exerce que dans une sphère étroite, et elle s'éteint promp- tement. Chez d'autres, au contraire, les fonctions se multi- plient à un haut degré; la vie se complique et se prolonge ; les facultés grandissent, et le jeu de l'organisme s'effectue avec non moins de précision que de puissance. En réalité, les animaux sont donc très inégalement dotés : les uns sont supérieurs aux autres sous le rapport physiologique; et comme les fonctions des êtres vivants, de même que le travail d'une machine inanimée, sont nécessairement en relation avec leur structure, il en résulte que les animaux di Itèrent aussi entre eux, par des degrés divers dans le perfectionnement de leur organisme. Pour donner la preuve de cette supériorité relative des uns sur les autres, il sutfit en effet de nommer ensemble l'Huitre, le Colimaçon ou le Poulpe, les Poissons, le Lièvre, le Chien et le Singe. Cette cause de diversité se révèle dans les individus d'une même espèce aussi bien que dans les espèces comparées entre elles, et se reconnaît encore dans les modifications que chaque individu subit pendant le cours de son existence. Le perfechonnement inégal des organismes est donc bien un des caractères de la Création zoologique; et quoique les ani- maux ne forment pas, comme le voudraient quelques i)hilo- sophes, une série naturelle, une sorte de cliaîne, depuis les plus sim{)Ies jusqu'aux plus parfaits, il existe entre ces termes extrêmes une multitude d'intermédiaires, et c'est avec raison (ju'en les comparant sous le rapi)ort physiologique, le natura- liste appelle les uns des animaux supérieurs, les autres des ani- maux plus ou moins dégradés, ou animaux inférieiu^s. (1) Voyez Dnvernoy, Leçoiis sur nisos, professées au CoUcgede Friince, l'hisfoire naturelle des corps orga- 1839, l" fascicule, p. /|. TENDANCES DE LA NATUKE. 15 Nous aurons ù éludicr, par la suile, les divers phénomènes de la vie à eliacun de ces degrés du perleclionnenieni des orga- nismes; mais dès ce moment nous devons chercher [)ar quel genre de procédés ces résultats ont été oblenus. § 7. — La supériorité relative d'un être vivant, de même que j^ fupérTodié. celle d'une machine inanimée, peut dépendre, soit de la puissance d'action dont il est doné, soit de la perfection plus grande avec laquelle ses organes fonctionnent. En effet, dans l'organisme, ainsi que dans le travail de nos usines, la quantité des pro- duits est indépendante de la qualité de ces mêmes produits, et l'importance des résultats obtenus est soumise à deux condi- tions distinctes : à la grandeur des forces mises en jeu, et à la manière dont ces forces sont appliquées. La supériorité d'un animal, i)ar i^apport à ceux auxquels on le compare, peut donc tenir à l'une ou à l'autre de ces causes : à l'intensité plus grande de la puissance vitale, ou à un meilleur emploi de la force dépensée. ' Or, le corps d'un animal se compose toujours d'un asscm- •""«''nco ' " de la masse. blage de parties distinctes qui, en fonctionnant, contribuent, chacune pour sa part, à la production de l'ensemble des phé- nomènes par lesquels la vie de l'individu se manifeste. Il est donc évident que, toutes choses égales d'ailleurs, la somme des forces dont cet organisme dispose doit être proportionnelle au nombre des éléments physiologi(pies qui concourent à le former, et il est non moins évident que , toutes choses étant encore égales d'ailleurs, ce nombre doit être en rapport avec le volume du cor[)S ainsi composé. L'inilucncc du volume d'un organe ou instrument physio- logique sur la quantité des produits sonnol venait de reconnaître pour des animaux. L'ouvrage de Trembley a pour titre : ^Jclnoircs poursercir à l'histoire d'un genre de Polypes d'eau douce, à bras en forme de cornes, 2 vol. in- 12. Paris, 17/i'i. — Cet ob- servateur babile et patient mourut à Genève, en \lSli. Les expériences sur la multiplica- tion des Hydres par division naturelle ou artificielle ont été répétées et va- riées par un grand nombre de natu- ralistes , parmi lesquels je citerai d'abord Rœsel von llosenhol". entomo- logiste célèbre de Kuremberg, et con- temporain de Trembley, qui a con- sacré à ce sujet un chapitre de son ouvrage intitulé : Der Insecten Behis- tijjunfien (vol. III, p. /iGô et suiv.). Enfin, dans ces dernières années, tous ces faits ont été vérifiés de nouveau par L. Laurent, naturaliste distingué, qui a remplacé temporairement Blain- ville dans la chaire de zoologie de la Faculté des sciences de Paris, et qui a publié un travail très étendu sur V Hydre et l'éponge d'eau douce, dans le l'oyage de la llonite (1 vol. in-8, Paris, I8/1/1). TENDANCES DE LA NATURE. 19 individu semblable par sa eonrormalion et ])ar ses faeultés à l'individu dont il faisait priniilivement partie. Il est donc évident que, chez ces zoopliytes, aucun acte de relation, de nutrition, ni de reproduction ne s'exerce à l'aide d'une partie délerminée de l'organisme qui en serait l'instrument nécessaire : car si la faculté de sentir, par exemple, ou celle de se mouvoir, dépen- dait de raction d'un organe spécial, le fragment du corps ren- fermant cet organe aurait été le seul à conserver sa sensibilité ou sa contractilité primitive; tous les autres en auraient été pri- vés par le seul fait de leur séparation. Chez ces animaux singu- liers, que le morcellement multiplie, toute portion de l'organisme est donc un agent commun, un instrument propre à tous les usages auxquels est destinée soit une partie voisine quelcon(pie, soit l'ensemble de l'individu ; la vie se manifeste, comme tou- jours, par une série nombreuse d'actes divers, mais on n'aper- çoit aucune division dans le travail physiologi({ue, aucune spé- cialité dans les rôles assignés aux organes. Il en est autrement dès qu'on s'élève dans chacune des séries d'êtres de plus en plus parfaits dont l'ensemble compose le Règne animal. On voit alors la division du travail s'iutroduii'c de plus en plus coniplétement dans l'organisme; les facultés diverses s'isolent et se localisent; chaque acte vital tend à s'effectuer au moyen d'un instrument particulier, et c'est par le concours d'agents dissemblables que le résultat général s'obtient. Or, les facultés de l'animal deviennent d'autant plus exquises que cette division du travail est portée plus loin; quand un même organe exerce à la fois plusieurs fonctions, les effets produits sont tous imparfaits, et tout instrument [)hysiologiquc remplit (Taiitant mieux son rôle (jue ce rôle est plus spécial. A chaque pas que nous ferons dans l'élude des phénomènes et des instruments de la vie, considérés dans l'ensemble du Règne animal, nous vei'rons siirgii' de nouvelles preuves de la tendance de la nature à perfecliomiei' les ui'ganitmes par la .^^' 20 INTRODUCTION. division du travail, et la vérité de cette loi deviendra si {)romp- tement nianileste à vos yeux, que je puis me dispenser de citer ici aucun exemple à l'appui de mes assertions (1). conséqnoiices ^ jQ. — Ccttc tcndancc à la spécialité dans les fonctions des anatnmiques. "^ ^ agents physiologi({ues, qui se prononce davantage a mesure que l'organisme se montre plus parfait, entraîne à sa suite d'autres conséquences dont il nous importe également de tenir compte. Dans l'organisme animal, ainsi que dans une machine quel- conque, le mode d'action de chaque |)artie est toujours intime- ment lié à la forme ou à (piek(ue autre propriété de cette partie elle-même. Les instruments qui sont identiques dans leur nature, et qui sont placés dans les mêmes conditions, doivent posséder les mêmes facultés et fonctionner de la môme manière, lien résulte (pic là où la division du tra\ail n'a pas été intro- duite dans l'organisme, il doit y avoir ime grande simplicité de structure. Mais, de même que la similitude dans les fonctions des différentes parties du corps suppose l'uniformité dans leur mode de constitution, la diversité dans les rôles doit être accom- pagnée de [)arlicularités dans la structure; et, par conséquent aussi, plus la spécialité d'action et la division du travail sont portées loin^ plus aussi le nombre de parties dissemblables doit augmenter et la complication de la machine s' accroître. compiicaiions \\ OU cst clïcctivemcnt ainsi, et l'anatomie, aussi hien que la physiologie, peut nous lairc connaître le rang qui, dans le Hegne animal, a[)partient à chacpie espèce; le nomhre de parties dis- semhlahles cjui entrent dans la composition du cori)S et la gran- deur dt>s différences que ces parties présentent entre elles seront les indices du degré auquel la division du travail a été amenée et de l'étendue de la série des phénomènes spéciaux (pii lésul- lera de raclion de l'ensenihle. Les Amihes, par exemple, animalcules microscopiques, qui (1) Pour plus do délails, voyez mon Infrodudion à la Zuulo[ile çiniérale, Cluip. III. Mode d'obtention TENDANCES DE LA NATURE. 21 paraissent être de tous les êtres animés les i)liis dégi'adés, ont le eorps eoinposc d'un tissu à peu près homogène, dont la dis- position n'offre nulle part aucune parlieularité bien manpiée. Les Hvdres ou Polvi)es d'eau douce de Tremblev ne présentent pas dans leur organisation une simplicité si grande, mais les divers éléuients anatomiques dont ils se composent sont ré- partis uniformément dans toute l'étendue des parois de l'espèce de sac à bord digilé qui forme la totalité de leur corps. Chez les animaux supérieurs, au contraire, il existe rarement plus de deux instruments entièrement semblables entre eux, mais le nombre des organes spéciaux devient énorme. § 11. — Si nous cherchons maintenant comment la Nature arrive à diversifier les organes réunis pour constituer le corns ,'^''"'."? '^ ' ' diversité. des animaux, et à multiplier les facultés dont ces êtres sont doués, nous reconnaîtrons aussitôt cette tendance à l'économie dont nous avons déjà signalé l'existence comme une des lois les plus générales de la Création (1). En effet, lorsfpi'une propriété physiologique commence à se Emprunts localiser dans nue série d annnaux de plus en pkis partaits, elle s'exerce d'abord à l'aide d'une partie qui existait déjà dans l'or- ganisme des espèces inférieures, et qui est seulement modifii'c dans sa struclure pour s'approprier à ses fonctions spéciales. Tantôt c'est, pour ainsi dire, un fonds commun qui fournit aux diverses facultés leurs premiers instruments particuliers ; d'au- tres fois, c'est à un appareil déjà destiné à des usages spéciaux que la fonction nouvelle emj»runte ses organes, et c'est seule- ment après avoir épuisé les ressources de ce genre , (pic la puissance créatrice introduit dans la constitution des êtres à organisation encore plus parfaite un élément nouveau. Nous voyons donc que la tendance générale de la Nature est créations spé- 1 • i ^ ci.iles. de varier de plus en i)lus les instruments physiologiques dont (Ij Op. cit., cliap. IV, p. 59etsiiiv. 22 INTRODUCTION. la réunion constitue l'organisme animal à mesure qu'elle pro- duit des espèces plus pnrlaites , et qu'en marchant ainsi du simple au composé, elle semble vouloir utiliser autant que pos- sible chacun des matériaux dont elle enrichit successivement la machine vivante. Lorsqu'une tbnction se montre d'abord ou commence à se localiser, elle est conhée, ai-je dit, à un agent qui existait avant que ce pertectionnement se lut introduit, et qui est alors un peu modihé seulement pour s'approprier à son nouveau rôle. Ensuite, ce n'est plus à l'aide d'un emprunt matériel (jlic l'instrument nouveau est obtenu : la |)artie de l'or- ganisme dont il se compose n'existait pas chez les animaux inférieurs conformés d'après le même plan; mais on ne peut cependant la considérer comme un élément de création nou- velle, car elle n'est au fond (pie la répétition d'une partie déjà créée et adaptée ailleurs à d'autres usages. Puis, enlin, ces matériaux d'origine commune ou homologues ne suffisant plus aux exigences croissantes de la loi de diversité , un élément organique entièrement nouveau s'introduit dans la constitution de l'animal et fournit à la fonction pour laquelle il a été créé un instrument spécial. La fonction ^ i^ . — l.çs faits dout jc vlcus de vous entretenir montrent pas dépendante ' de l'organe, combieu soiit fausscs les opinions de quelques naturalistes qui admettent comme une sorte d'axiome [ihysiologique, (jue la fonction dépend toujours de son organe, et que, par consé- quent, là où les mêmes facultés existent, il doit y avoir les mêmes instruments. D'après cette hypothèse, l'absence d'un organe déterminé devrait toujours entraîner la perle de la faculté à l'exercice de laquelle cette partie est destinée lorsqu'elle existe, et la similitude dans les propriétés vitales de deux êtres su\)\)o- serait nécessairement une ressemblance non moins grande dans Iciu^ structure. Mais ces idées ne sont pas acceptables. 11 est évident que loiit acie vilal doit avoir pour cause le jeu d'un instrumenf ou TKÎNDANCES DE LA NATURE. 23 organe (jnekoïKine donr In structure cs( appropriée aux fonc- tions que cet agent doit reniplir. 3Iais c'est une erreur grave de croire qu'iuK^ latnilté déterminée ne puisse s'exercer qu'à l'aide d'un seul et même organe : la Nature arrive au résidtat voulu par diverses voies ; et lorsqu'on descend dans le Règne animal, depuis Tlionuiie jusqu'aux êtres les plus dégradés, on voit (jue la fonction ne disparait pas lorsque l'instrument spé- cial, qui chez les espèces les plus parfaites était affecté à son service, cesse d'exister; elle se transporte ailleurs, et avant de disparaître de l'organisme, elle s'exerce encore à l'aide d'in- struments d'emprunt. Ces substitutions physiologiques se i>résentent à chaque in- substiiunons stant lorsque l'on compare entre eux les animaux inférieurs, et ''''""'°°"''''"' quelquefois on en voit des exemples se produire d'une manière accidentelle chez un môme individu, jusque dans les lamilles les plus élevées du Règne animal. Du reste, l'adaptation d'un instrument à des usages nou- veaux, lorsque sa destination primitive était tout autre, ne peut donner d'ordinaire (|ue des résultats incomplets ; et quand le travail physiologi(pie doit s'exécuter avec une grande pei'fection, la nature a presque toujours recours à des créa- tions s|)éciales. C'est par conséquent chez les animaux inle- rfeurs surtout (|ue les exeuiples de ces empnmts organiques sont les plus fréquents, les plus évidents; et c'est peut-être pour avoir trop négligé l'étude physiologique des êtres les plus dégradés que Ton a méconnu jusqu'ici l'importance de ce principe. § 13. — La nuiltiplicité des instruments physiologiipies et la cconiinoiion division du travail sont les principaux moyens que la Nature semble avoir mis en usage i)our augmenter le degré de perfec- tion dont elle a doté les diverses espèces animal(>s. Mais ce nombre croissant des agents de la vie, et cette variété dans les fonctions de ceux-ci, nécessitent la coordhiation de leurs actes, des actes. Siiliordination physiologique. 2/1^ INTRODUCTION. et cette coordination s'obtient por la liiérardiie et la centralisa- tion des forces. Ciiez les animaux inférieurs, les diverses parties de la maeliine ^ vivante, (juoique unies entre elles, ne sont que peu dépendantes les unes des autres; l'organisme peut exister pendant long- temps, sans le concours de plusieurs d'entre elles, et l'har- monie de leur action n'est pas nécessaire. 3Iais à mesure que l'observateur s'élève vers les êtres plus parfaits, il voit cette harmonie devenir de plus en plus intime et la subordination s'établir dans les fondions aussi bien que dans les caractères physiques des organes. Chaque parde de l'individu devient plus ou moins dépendante des autres parties, et le degré de cette dépendance mutudle varie suivant que les rôles attribués aux unes sont plus ou moins importants comparativement à ceux que les autres sont destinées à remplir dans le travail d'en- semble par lequel la vie se manifeste. Cette coordination nécessaire des fonctions , cette dépen- dance graduée des agents vitaux, n'a pas échappé à l'altention de Cuvier. Les relations qui existent entre le mode de conforma- tion des inslrumenls physiologiques et leur mode d'action étant non moins évidentes pour cet esprit logique et observateur, il est arrivé promptement à comprendre qu'une certaine harmonie fixe et préétablie doit régner dans la constitution organique de chaque espèce animale; que la manière d'être de certaines parties de ces macbines doit commander en quelque sorte le mode de conformation de qudques autres, et qu'il doit y avon^ entre les divers organes d'un mèuu^ animal une subordination anaton.ique aussi bien que physiologirpie; que les uns dominent pour ainsi dire sur les antres, et que la nature des premiers rèalc jusqu'à un certain point le caractère de l'ensemble. Le principe d'économie, dont il a déjà été si souvent question, intervient également ici, et son inlluence est d'autant plus puis- sante, .lue k>s dioses sur lesquelles elle s'exerce offrent plus TENDANCES UE LA NATURE. 25 (le vîih'iii'. H (Ml n'siille f[n(^ l(s parlinilnrités (l(^ slnifiiire pré- senlciit (raiihiiit jiliis de tixilé, que l(Mir imporlaiice est f)lus graiule; (pie les (l(^lails insigniliants peuvent varier pres({Lie à rintnii, chez les espèces on iiièine eliez les divers individus de la Création animée; mais (jue les différences oPi-aniciues dimi- nuent en raison du rang' (ju'elles occupent, et qu'il existe un certain rap[)ort entre la constance des dispositions analomi(jues et rim[»ortance des phénomènes qui en sont dépendants. Il en résulte aussi (pie pour connaiire (^e qui nous intéresse le plus dans le mode de conformation des machines physiolo- giques, nous n'aurons pas à nous arrêter sur l'étude des modi- li(nitioiis innombrahles (pic la Nature [leut avoir introduites dans les détails secondaires de leur forme ou de leur structure, et (ju'il nous suflira d'examiner avec soin les différences d'un ordre su[)érieui' dont riniluence est plus ou moins dominatrice, et dont le nombre est par cela même plus restreint. Un des movcns (pie la Nature a emidovés pour ol)lenir cennaiisaiiuM ' ^ " . des forcer. l'harmonie et la régulai'ité dans les actes vitaux chez les animaux supérieurs, est la centralisation des pouvoirs physio- logiques. C'est seulement chez les esi)èces inférieures, ou dans la constitution des appareils très simples, qu'elle augmente la puissance de la machine en multipliant les instruments simi- laires, et une de ses tendances les plus évidentes est d'élever l'organisme par la substitution d'un petit nombre d'instruments partaits à ces assemblages nombreux d'instruments grossiers. Or, [)our constituer ces organes spé(Maux , elle peut procéder encore par emprunt ou par création : tanttU elle réunit et confond deu\ ou [ilusieurs i)arties (jui ailleurs sont distinctes ; d'autres Ibis elle stibstitue à ces i)arties multiples un instru- ment nouveau et nni(jue. '^ id. -- Les causes de diversité que ie viens de siunaler uivcrsiiô sont puissantes, mais n'auraient [)as suffi à toute la variété d'or- d-oiganisaiion. ganisation dont le Règne animal nous oflre le spectacle, et, [)our -2() mTRODLCTlUN. nuilliplier davantage encore ses produits, nous voyons la Nature ap[ili(iuer ses procédés niodilicateurs à des types zoologiques divers. En effet, tous les animaux présentent certains caraclères communs, et sont constitués à l'aide de matériaux élémentaires qui se ressemblent pour la plupart; mais le (racé fondamental d'après leciuel ces matériaux sont réunis et coordonnés n'est pas toujours le même: il n'y a ni unité de composition, ni unité de plan dans celle vaste création; l'animal vertébré ne ressem- ble, par les traits les itlus saillants de sa structure, ni au mol- lus([ue, ni à l'insecte, ni au zoopbyte, et ainsi que l'a montré le plus grand des naturalistes de nos jours, Georges Cuvier(l), il existe dans le Règne animal quatre types fondamentaux, (|uatre conce|)tions zoologiques, dont semblent dériver toutes les espèces animales. Je ne pourrais, sans m'éloigncr du but de ces leçons, m'ar- rêter ici sur les caractères essentiels de ces quatre plans d'or- ganisation dont la distinction a conduit Cuvierà diviser le Règne animal en autant de groupes primaires désignés sous les noms d'Embrancliements des Vertébrés, des Annelés, des IMol- (1) Clviep. naquit à Monlbolliard en 17'j9, et mourut à Paris en 1832. 11 était icniarqnablc par son bon sens exquis, non moins que par la gran- deur de ses vues et rinimensité de son savoir. Sa célébrité est trop bien élablie pour que j'aie besoin de rappe- ler ici ses litres de gloire, et d'ailleurs je ne pourrai faire presque aucune de mes leçons sans avoir à ciler soit son ouvrage sur VAnatoinie cuiii parée, son Règne animal, ou ses Recherches sur les o.<>sements fossiles , so'il ses beaux mémoires sur V Organisât ion des Mollusques ou ses travaux sur V Histoire des Poissons. Il est du petit nombre des hommes de génie dont la science est lière de compter les noms, et c'ost ajuste titre qu'on l'appelle parfois l'Ari^tote des temps modernes. A ceux qui n'auraient pas le loisir nécessaire pour apprécier ses idées par l'étude de ses nombreux ou- vrages, ou qui voudraient en voir les traits les plus saillants rapprochés et comparés , je recommanderai la lec- ture d'un petit volume écrit avec le style élégant du littérateur cl la net- teté de pensée de i'honmiede science, que mon collègue M. Flourens a pu- blié sur les travaux (le ce grand natu- raliste {Analyse raisonnée des tra- vaux de Georges Cuvier, précédée de son éloge historique , jiar M. Flou- lens, in-1'2, Paris, 18Z|1). ti:m)am;i:s dl la natire. 27 Iiisqucs et des Zoopliyles. M:ils j'ai li- quer par une pareille transmuttition des espèces. Mais nous verrons par la suite (pie dans chaque groupe zoologique, com- posé des animaux qui semblent être des dérivés d'un type fondamental comnmn, les diverses espèces ne présentent d'a- bord entre elles aucune différence appréciable; mais ensuite se distinguent peu à [>eu par des particularités de structure de plus en plus nombreuses. Or, chaque espèce acquiert ainsi un carac- tère spécial qui la sépare de toute autre espèce en voie de déve- loppement, et chacun de ses organes devient différent de ce que sont les parties correspondantes chez un embryon quel- conque ; mais les changements que l'organe ou l'être tout entier éprouvent après qu'ils se sont déviés ainsi de la forme génésique commune sont en général d'autant moins considé- rables, que l'animal est deshné à acquérir une structure moins parfaite, et par consé(pient ils conservent souvent quelque res- semblance avec ces formes transitoires. En disant que la nature diversifie [taribis ses produits en les frappant d'iui arrêt de développement, j'entendrai donc parler non pas d'un état embryonnaire qui serait permanent pour (juelques animaux, tout en étant transitoire pour d'autres, mais de formes qui, en se spécialisant, seront restées assez semblables à celles que les embryons de ces animaux eux-mêmes et des autres espèces dérivées du même type fondamental affectent à ime certaine période de leur existence. § 17. — Ainsi, en étudiant chacun des grands appareils ^éimié. physiologiques à l'aide desquels les facultés de l'animal s'exer- cent, il nous faudra, [)our en [ireudre une idée complète, pas- ser en revue son mode de constitution, non-seulement dans les divers types zoologiques , mais aussi dans les divers états par lesijuels chacun de ces types passe avant que d'arriver à 1. 5 34 INTRODUCTION. sa forme définitive, et il nous faudra aussi comparer les uns aux autres , soit pour faire ressortir les points de similitude, soit pour signaler les dissemblances <{ui peuvent s'y rencon- trer. Dans la première partie de ce cours , je serai très sobre dans mes excursions sur le domaine de l'embryologie, sujet dont l'étude nous occupera spécialement dans une autre série de leçons. Mais lorsque pour faire bien saisir la nature ou les liens des choses dont je parle, il me semblera utile de remonter vers l'origine des organismes, je ne manquerai pas de le iaire. Les principes généraux que je viens de poser brièvement ne sont jias les seuls etitesse ou de leur éloignement, s'étaient jusqu'alors dérobés à nos regards. L'astronomie fut alors dotée du télescope, et, en modifiant un peu cette lunette composée, on inventa le microscope. Cet instrument est aujourd'hui d'une si grande importance dans les travaux des naturalistes, que je regrette de ne pouvoir rendre ici à son inventeur un juste tribut d'éloges; mais il règne à ce sujet beaucoup d'incertitude. La première idée de ces associations de lenlillcs paraît appartenir à un religieux du xui' siècle, Roger Bacon (1); cependant, si elle se réalisa entre (1) Roger Bacon i qu'il ne t'aiil pas crAnglclerre Cliarles I", et l'auteur confoudie avec son illustre liomonynie d'écrits dont rinlluence fut très grande François Bacon, le chancelier du roi sur la marche de la vraie philosophie) CONSTITUTION PHYSIQUE. 39 ses mains, ce qui paraît fort douteux, la science n'en lira aucun profil, et de tous les instruments d'optique inventés par ce phi- losophe expérimentateur, les seuls peut-être qui soient restés après lui, sont les lunettes ordinaires à l'aide desquelles le vieil- lard supi)lée à la faiblesse toujours croissante de sa vue (1). Ainsi que je l'ai déjà dit, ce fut au commencement du xvn" siècle seulement que le microscope fut placé entre les mains des naturalistes, et le mérite de cette invention a été attribué tour à tour au physicien Drebbel, à l'illustre Galilée, et à un opticien obscur de la petile ville de Middelbourg en Hollande, nommé était un des esprits les plus remar- quables de son siècle, et s'il eût vécu dans des lenips meilleurs, il eût cer- tainement rendu de grands services à la science. Il insista sur la nécessité de ralliauce des études scientifiques et littéraires, et proclama hautement qu'en matière de science, ^expérience était la seule autorité qui dût préva- loir. On l'appelait le docteur admi- rable, et ses inventions curieuses le firent accuser de magie. Il paya de la perle de sa Uberté l'élonneineut que causèrent les nouveautés suspectes et dangereuses contenues dans ses écrits, et ses manuscrits furent nais sous le séquestre le plus rigoureux. 11 appar- tenait au couvent des Cordeliers à Oxford, et il mourut en i2y2. On lui attribue non-seulement l'invention des lunettes, mais la connaissance de la poudre à canon, et l'idée d'employer la force expansive de la vapeur pour faire marcher les voilures et les na- vires. Ses écrits sur l'optique lurent pendant longtemps très utiles, et con- duit par ses éludes aslronomiques à reconnaître le défaut de concordance cnlre la durée de Tannée civile et le temps employé par le soleil pour accomplir ses révolutions, il proposa au pape Clément VU la réforiue du calendrier julien, réforme qui ne fut adoptée que trois siècles plus tard (en 1582), et qui a illustré le nom de Grégoire Xllf. Le principal ouvrage de il. Bacon, intitulé Opus niajus, ne fut publié qu'en ITÔ'o. On trouve un chapitre intéressant sur la vie et les écrits de ce philo- sophe expérimentateur dans ['His- toire des sciences naturelles au moyen âge, par M. l'ouchet, in-8, l>aris, 18513, (1) Le pouvoir amplifiant des len- tilles n'était pas ignoré des anciens. Ainsi on lit duns Sénèque : « Lillerae, » quamvis minulae et ohscurae, per » vilream pilam aqua plenam, ma- » jores, ciarioresque cernunlur (a). » l'Iine nous dit aussi : « Xero priii- » ceps gladiatorum pugnas spectahat » in sraaragdo [b]. » Or, on sait que Xéron était myope, et par conséquent l'émeraude en question était proba- blement une lentille concave. (a) Naturalium quœstlonum lib. I, cap. vi (édil. Lcmairc, Op. phiL, n° 5, p. 405). {b) Naturuks lUstonœ, lib. XXXVII, g 10. /|0 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Zacbarie Jans, ou à un de ses voisins, Jean Lapprey; on a même prétendu que c'était au hasard seul que la science était redevable de cet instrument, et que des enfants, en jouant avec des lentilles, dans la l)0utique de Zacharie Jans leur père, avaient formé le premier microscope (1). Il me parait cependant bien avéré que 1 nivenlion de cet instrument appartient à ce dernier opticien; mais il me semble probable aussi que les perfeclionnemenis par suite desquels le microscope est devenu si promptement utile aux naturalistes sont en grande partie dus à l'homme de génie qui, le premier, fit usage du téles- cope pour étudier le ciel, qui trouva les satehites de Jupiter, et qui découvrit les propriétés du pendule (2). Quoi qu'il en soit, ce fut un compatriote de l'illustre Galilée (1) Le contemporain le plus illustre de ces physiciens, Descartes, ne men- tionne aucun (l'entre eux lorsqu'il parle de l'invention de ces instru- ments d'optique, et l'attribue à un opticien de la ville d'Alomar, nommé- Jacques iMeticus [a]. Drcbbel, que l'on cite souvent, d'après l'autorité de Uuygens, comme l'auteur de ccUe découverte , contribua beaucoup à faire connaître le microscope en An- gleterre, mais il était seulement le possesseur d'un de ces intrumenls qu'il avait acheté en Hollande. Un des biographes de Galilée, Viviani, assure que la découverte du télescope avait conduit ce grand homme à inventer le microscope, et qu'en 161'2 il en envoya un à Sigismond, roi de Po- logne. Enfin c'est par les recherches de Pierre Borol, auteur d'un ouvrage intitulé Dr vero lelesropii inventore, et imprimé à la Haye en 1655, que les droits de priorité des luneltlers de Middelbourg sont établis; quelques- uns des témoins, interrogés par cet auteur, attribuèrent la première com- binaison des lentilles à un ouvrier de cette ville, Jean Lapprey; d'autres ra])porîent cette découverte à Za- charie Jans, et en fixèrent la date à 1610 ; d'après le dire du fils de ce dernier, elle remonlerait même à 151)0. Alonlucla a discuté cette ques- tion avec beaucoup de soin et d'im- partialité dans son Histoire des ma- thématiques, 11, p. 'loi. (2) Galilée naquit à Pise en 156Zi, et étudia d'abord la médecine, mais ne larda pas à s'occuper principalement de mécanique et d'aslionomie. Ce fut à l'âge de dix-huit ans qu'il découvrit les propriétés du pendule; peu de temps après, il constata que l'eau ne s'élève dans les pompes qu'à la hau- teur de o'J pieds, fait qui conduisit son disciple Torricelli à la connais- sance de la pesanteur de l'atmosphère, (a) Descark-s , Uhplriiiue, i». i ■ GLOBULES ROUGES. M qui, l'un des premiers, appli'G DES ANIMAUX YEUTÉBHÉS. Lecuwenhoek (1), arriva à un résultat plus comiilct. On peut même dire que c'est à Lceuwenhoek qu'appartiennent réelle- ment la découverte du mode de constitution de notre fluide nourricier et les premières idées nettes sur l'existence des glo- bules du sang, ^lais ce serait manquer de justice envers Swam- merdam, si je n'ajoutais que plusieurs années avantla publication des faits constatés par ces deux naturalistes, il avait parfaitement bien vu et décrit ces globules chez la Grenouille ; seulement ses observations restèrent inédites, et par conséquent la science n'en profita pas (2). En 1673, Leeuwenlîoek vit, à l'aide de son microscope, (|ue le sang humain se compose d'une multitude incalculable de (1) Antoine Leeuweinhoek naquit en 1632, à Delft en Hollande, et mou- rut en 1723. Il se servait de micros- copes simples qu'il construisait lui- même, et qui consistaient dans une pe- tite lentille biconvexe enchâssée dans imc plaque d'argent trouée et garnie d'une aiguille mobile servant de porte- objet ; il avait un grand nombre de ces instruments dont le pouvoir am- plifiant variait entre ûO et IGO dia- mètres, et il s'en servait sans cesse pour examiner tout ce qui lui tombait sous la main. Il fit ainsi un nombre considérable de découvertes impor- tantes ; mais il se borna à enregistrer les faits qu'il apercevait sans les coor- donner et sans en tirer aucune con- clusion générale pour la physiologie ou l'anatomie. J'aurai souvent l'occa- sion d'en parler dans la suite de ces leçons, et de citer des observations qui furent pour la plupart publiées d'a- bord dans les Transactions 'philoso- phiques de la Société royale de Lon- dres, depuis 1673 jusqu'en 1723, et qui se trouvent réunies dans un ou- vrage intitulé : Opéra omnia, sou arca^m naturœ délecta, h vol. in-^, 17J9 à 1722. (2) Les recherches de Swammerdam sur l'anatomie et la physiologie de la Grenouille datent de 1658, mais ne furent publiées que cinquante-sept ans après la mort de ce grand naturaliste, par les soins généreux de son com- patriote Boerhaave. Or, des observa- tions inétlites ne peuvent enlever la priorité d'une découverte à celui qui, sans les connaître , a enriclii la science d'un résultat nouveau. La découverte des globules du sang ap- partient donc en droit à Malpighi et à Leeuvvenhoek, mais en réalité avait été faite par Swammerdam avant que le premier de ces anatomistes eut pu- blié ses observations incomplètes sur ces corpuscules. Voici le passage du livre de Swammerdam où l'existence des globules sanguins est indiquée : « in sanguine sérum conspiciebam , » in quo immensus fluctuabat orbi- )) cularium particularum , ex piano » velutiovata, penitus tanien regulari » figura gaudentium, numerus. Vide- » bantur autem hse ipsœ particuias GLOBULES ROUGES. /l3 corpuscules arrondis, d'une petitesse extrême, qui roulent dans un fluide hyalin (1). Bientôt après, il étendit ses recherches à beaucoup d'animaux, et arriva à cette conclusion imporlanfe, que chez les Oiseaux et les Poissons, aussi bien que chez les quadrupèdes, le sang doit sa couleur rouge à des corpuscules de ce genre ; que chez le bœuf, le mouton et le lapin, de même (jue chez l'homme, ces corpuscules sont terminés par un contour circulaire, et ne présentent pas dans leur volume des différences appréciables à l'aide des instrumenls dont il faisait usage; cnlin, que chez les Oiseaux, les Grenouilles et les Pois- sons, ce sont des disques ovalaires (2). Leeuwenhoek réservait le nom de globules aux corpuscules sanguins de l'homme et des autres mammifères, parce qu'il les croyait sphériques; mais les physiologistes qui le suivirent dans cette nouvelle voie de recherches ne tardèrent pas à constater que chez tous ces êtres, de même que chez les vertébrés ovi- pares, ils sont plus ou moins aplatis (o), et ressemblent, par » alium insiiper humon^ni in'.ia se » continere. Quod si a latere cas con- » tuebar ; crystallinos quasi l^acilios, » pliiresqiie alias figuias siniilabaiu : I) prout niminim diversimode in » sero sangiiiiiis circunivohebaiiliir. » Animadverlcbam praetcrea, quod )) color objectormii tanlo semper » remissior adpareat, qiiù ca.micros- i> copii inlervenUi, grandiora reprae- » sentantur [a). » Swammerdain naquil à Amsterdam en 1637, et lit nne partie de ses tra- vaux à l'aris; ses recherches sur Tanatomic el les métamorphoses des insectes sont très importantes. Il était trop pauvre pour pouvoir publier la majeure partie de ses Ir.ivaux, el il mourut en 1680. (1) Mk-roscop. Obscrv. {['kilos. Trans. of the Royal Society, 167/i, p. 23). (2) Philos. Traiis., 168û, p. 789. Les observations de Leeuwenhoek sur le sang, publiées d'abord dans les Transactions de. la Société royale de Londres, furent reproduites par ce micrographe dans le second volume de son grand ouvrage intitulé : Arcav.a )taturœ délecta. Elles sont entachées de quelques erreurs au sujet de la structure des globules , mais ont une grande importance. (:3! Senac établit neltcinent ce fait dans son ouvrage sur la Structure du cœur [b). Ce palhologistc célèbre na- quit en 169:), et inoi'.rut en 1770 ; il était médecin du roi Louis \V et a (fl) De sanguiiiis circnitu in rana adiilln {Biblia naturœ, 1738, l. 11^ p. 83.")). (b) Traité de In struct. du cœur, supiilcm., cliap. viii, l. Il, p. 056 (1149, éJil. in-4), lltl SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. conséquent, à une lentille ou à un petit disque qui, chez les premiers, aurait une forme circulaire, tandis que cliez les der- niers il serait elliptique. Pendant la première moitié du xvui« siècle, nos connaissances relatives à la constitution physique du sang ne firent que peu de progrès; maison 1770, Hewson(l) commença la publication d'un travail des plus remarquables sur Thistoire de ce lluide, et étudia bien mieux que ne l'avaient fait tous ses devanciers, les globules sanguins; il arriva à des idées beaucoup plus justes sur la structure de ces corpuscules aussi bien que sur leur forme et leur dimension ; on peut même dire qu'il posa les véri- tables bases de l'histoire physique du sang, et l'on trouve dans son ouvrage le germe de la plupart des découvertes accomplies de nos jours sur ce sujet si imj)ortant pour les physiologistes. Il est singulier de voir qu'après la publication des travaux dont les résultats sont si nets et si intéressants, la science, loin d'en profiter et d'avancer d'un pas plus rapide dans cette voie d'inves- tigation, resta stationnaire, ou plutôt recula. Dans les traités de physiologie du commencement de ce siècle, on en faisait à peine mention, et l'on alla jusqu'à dire que le microscope ne pouvait nous faire connaître ni la figure ni le volume de ces corpus- cules (2), et (jue probablement c'étaient des bulles d'air que IHiblié plusieurs écrits clans les Mém. de l'Acad. des sciences. (1) William Hewsox, anatomiste ha- bile ainsi que bon expérimentateur, naquit en 1739 à Hexham, dans le nord de l'Angleterre. Il exerça la chi- rurgie à Londres, et professa avec dis- tinction à l'école médicale fondée dans cette ville par VV. llunter. Il mourut en 177/1, à la suite d'une piqûre qu'il s'était faite en disséquant. Ses recher- ciies sur les propriétés du sang pa- rurent d'ubord dans les Transactions jiltilusophiques pour l'année 1770, et son Mémoire sur les particules rouges du sang fut inséré dans le même re- cueil en 1773. Une nouvelle édition des œuvres de ce physiologiste, accom- pagnée de notes très précieuses par AI. r.uUiver, vient d'être publiée par les soins de la Société Sydenhamienne de Londres (1 vol. in-8, 18/i6). C'est à ce livre que se rapporteront les cita- tions faites dans la suite de ces le- çons. (2) i'.irheriiiid, Xoiweanx éléments de pJiiisiuli)(iic , 1807, !['' édit. , I, p. /i23. GLOBULES ROUGES. Û5 Hewson avait figurées sous le nom de globules du sang (1); aussi dois-je signaler ici , comme un véritable service rendu à la science, la réhabilitation des observations microscopiques opé- rée, il y a environ trente ans, par IMM. Prévost et Dumas, dont le travail sur les globules du sang excita un vif intérêt (2). Vers la même époque, un physicien habile de Modène, M. Amici, ^'occupa avec succès du perfectionnement des microscopes, et grâce à l'impulsion ainsi donnée, les observations se multi- plièrent rapidement en même temps qu'elles devinrent plus faciles et plus exactes (3). Aujourd'hui, la constitution physique du sang a été étudiée (1) Précis élémentaire de physio- logie, par F. Magendie. Paris, 1817, I, p. 305. Il est encore plus surprenant de voir qu'en 1839, au congrès scienti- fique de Pise, un savant professeur de Padoue, M. diacomini, se fondant sur ses propres observations, a formelle- ment n\é l'existence des globules san- guins, et que son Mémoire sur ce sujet, imprimé d'abord dans le journal d'Omodei, ait eu les honneurs d'une traduction française («). (2) Prévost et Dumas, Examen du sançj et de son action dans les divers phénomènes de la vie {Bibl. iiniv. des sciences de Genève, 1821, t. XVII, p. 215, et A7in, de chimie, 1821, t. XVIII, p. 280). J.-L. Prévost (le collaborateur de mon savant collègue et ami M. Du- mas, professeur de chimie à la Fa- culté des sciences) naquit à Genève en 1790, et y mourut en 1850. Les études sur le sang dont il est question ci-dessus ne sont pas les seuls travaux physiologiques dont ces deux expéri- mentateurs ont enrichi la science. On leur doit aussi des recherches sur la contraction musculaire {h) et une série de Mémoires très importants sur la génération (e). En 1862, Prévost fit avec Leroyer, pharmacien à Genève, des expériences sur la digestion ((/), et plus récemment il a publié, en com- mun avec M. Lebert , une série de Mémoires sur la formation des organes de la circulation chez les Batraciens et chez le poulet (e). Prévost était un des médecins les plus distingués de Genève, et il était remarquable par la finesse de son esprit, ainsi que par son profond savoir. Une notice bio- graphique sur ce physiologiste émi- nent a été insérée dans la Bibliothèque universelle de Genève {Archives des se. phys. et nat., 1850, t. L, p. 2651. (3) Parmi les physiciens qui, dans {a)Ann. univ. di med., janvier 1840. — fle la nature, de la vie et des maladies du sano {Gazette des hùpilaux, mars 1840, t. II, n° 20). (6) Journal de physiol. expérim. do Mas-emlie, 182:^, I. III, p. 301. (c) Annales des sciences naturelles, i" série, t. I, II, III, IV cl XII, 1824 à 1S27. (d) Mém. de la Soc. d'hist. nat. de Genève, 1821), t. 111, \>. lia, el .\nn. des scienc. nat., 1825, t. IV. (e) .innales des scienc. nat., 1844 et 1845, 3" série, t. I à III. 46 SAJNG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. à l'aide de microscopes puissants, dans un nombre immense d'animaux, et la science est riche de faits relatifs aux globules dont l'existence était à peine soupçonnée pnr l'illustre Malpighi. Forme 1^^ [^ — Lorsouc CCS obscrvatious commencèrent à se mul- des globules. "^ ' tiplier, les physiologistes ne tardèrent pas à être frappés de la différence de forme qu'ils apercevaient dans les globules du sang chez les vertébrés dont la peau est garnie de poils, et chez ceux dont le corps est couvert de plumes ou d'écaillés. Déjà, vers le milieu du siècle dernier, Weiss (1) appela l'attention sur cette coïncidence, cl fut conduit à penser qu'elle ne souffrirait pas d'exception. Les recherches de Hewson, de Prévost et Du- mas, de Wagner (2), et de beaucoup d'autres naturalistes, ten- dirent à confirmer de plus en plus cette règle, et l'on admettait généralement, il y a peu d'années encore, que chez les verté- brés vivipares, c'est-à-dire chez les Manunifères, les globules du sang sont circulaires, tandis que cliez les vertébrés ovipares (c'est-à-dire chez les Oiseaux, les Rephles, les Batraciens et les Poissons), ils sont elliptiques. Mais de nouvelles observations sont venues montrer qu'ici, comme dans beaucoup d'autres choses, la Nature obéit à des tendances et non à des lois absolues. En effet, M. Mandl (3) a trouvé que chez le Chameau, le sang contient non pas des glo- bules circulaires connue chez tous les mammifères étudiés jusqu'alors, mais des globules de forme elliptique comme chez les Oiseaux et les vertébrés à sang froid. Il trouva ensuite que dans le genre Lama, les globules du sang sont également ellip- tiques. Ainsi, la petite famille des Camélicns tout entière pré- ces derniers lemps, ont contribné au (1) Obs. sur les glohulps du sang perfectionnement du microscope, je {Acta Helvelica, 17G0, t. IV, p. 351). dois citer aussi M. Lister, auteur d'un (2) P.. Wagner, Zur vergleichen- Mémoire important sur la construc- àen Physiologie des Blutes, in-8. lion de ces instruments, inséré dans Leips., 1833-1838. les Transactiuns philosophiques de (3j Comptes rendus de VAcad. des hSuciélé royale de Londres en i^2^^f sciences^ 183^, t. Vll, p. 1060. CLORULES Rorr.KS. [il sente celle singulière exception ; mais rien de semblable n'a été trouvé chez crautres animaux de la même classe, et cependant on a examiuc au microscoije le sang de plus de deux cents espèces choisies dans toutes les subdivisions naturelles de ce groujie, même parmi les Marsupiaux (1) et les Monoirèmes (2), qui, à ccrtaius égards, semblent établir le passage entre les mammifères ordinaires et les vertébrés ovipares (3). On ne connaît, au contraire, aucun oiseau adulte où les glo- bides du sang ne soient pas elliptiques, et comme le nombre des espèces étudiées s'élève à deux cent cinquante, il est à pré- sumer que dans cette classe on ne rencontrera pas d'exceptions à la règle. Il en est encore de môme pour les Reptiles, les Batraciens et les Poissons ordinaires ; mais on voit par les observations de Wagner et de quelques autres naturalistes, que dans un petit nombre des espèces les plus dégradées de la division des Pois- sons cartilagineux les Lamproies par exemj)le, la forme de ces corpuscules est à peu près circulaire (4). (1) Wilne Edwards, Rapport sur la facilement ceUe forme par endosmose note de M. Mandl, loc. cit., p. 1136, en présence de l'eau. Il n'a pas observé et Ann. des se. nat., 1830, 'J' série, le sang de ces animaux pendant la t. n, p. /iG. — (iuWixQv, Proceed. Zool. période emijryonnaire, mais il a trouvé Soc, 18/il. chez un Alpaca adulte quelques glo- (2) nobson, Obs. on the Blood of the bules circulaires très peu chargés de Ornithorhynchus Varadoxus {Tas- matièrecolorante,elil a vu touslespas- manian Journal of Xat. Se., vol. T, sages entre ces globules et les globules p. 9/i, publié à la terre de Van- elliptiques ordinaires. Ueste à savoir si Diémen, ISZil). ces corpuscules circulaires étaient des Gulliver, Sur le sang de l'Echidné, globules en voie de développement dans les notes de l'ouvrage de Hewson, ou des globules altérés. [On the Blood 18/46, p. 239. Corpnsc.J'hil. Trans., 18/i6, p. 77.) (3) l^es observations de M. Wliartor. (û) Les observations de i\l. Wagner Jones tendent à établir que chez les ont été faites chez le Sucet {Pteronuj- Lamas les globules sanguins sont cir- zon planeri) et V Ammocetes bran- culaires avant que d'avoir atteint leur f7na//s(a).M.VVharton.Ionesaconslaté entier développement, et reprennent aussi l'existence de globules sanguins (fl) Wagner, Ueitr. zur vergleichcndcn Physiologie, t. 11. Nachlrage zur vergl. Physiol. des niutes, 18:J8, p. 13, lab. 1, ùg. G. Volume des globules. 48 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Enfin, il est aussi à noter que dans les premiers temps de la vie embryonnaire de tous les vertébrés ovipares, les globules normaux n'existent pas encore, et que le sang ne charrie d'abord que des corpuscules circulaires d'un aspect particulier (1). §5. — • Lorsque les micrographes ne possédaient que des instruments d'un faible pouvoir amplifiant, ils distinguaient dif- ficilement les différences qui existent dans le volume des glo- bules du sang chez les divers animaux ; cependant elles sont par- fois très considérables, et elles n'échai)pèrent pas à l'attention de Senac (2). La mesure exacte de ces corpuscules présenta même jusqu'en ces derniers temps des difficultés insurmonta- bles, et a fourni aux anciens observateurs les résultats les plus discordants ; mais par suite du perfectionnement de nos micros- copes, elle est devenue facile aujourd'hui, et a été faite avec soin chez plus de cinq cents espèces d'animaux vertébrés (3). Pour prendre ces mesures, on se sert tantôt d'un micromètre placé dans 1 intérieur du microscope, au foyer de l'oculaire, et circulaires chez la Lamproie (a). Mais cette particularité n'existe pas clans toute la iamille des l'oissons cyclo- stomes,car M. Millier a trouvé que chez le Gastrobranchc [Myxine glutinosa}, ces corpuscules, examinés à l'état Irais, sont elliptiques; quelques-uns sont même presque tusifornies (6). (J) Ce fait, important pour la solu- tion de plus d'une question, a été établi par MM. l'révost et Dumas (c). Hevvson, il est vrai, uvaildéjàtiguréces globules circulaires chez l'embryon de la vipère aussi bien que chez l'embryon du poulet, mais il n'avait rien dit dans son texte au sujet de cette forme {d). — Baumgartnera fait des observations analogues chez la grenouille et chez des poissons (e). — INous reviendrons sur ce point lorsque nous traiterons du développement de l'organisme. ( 2) Senac, Traité de la structure du cœur, t. 11, p. 056. (3) Il me semblerait tout à fait inu- tile de nous arrêter ici sur les évalua- tions données à une époque où la science ne possédait pas encore les moyens nécessaires pour arriver à des (a) VVIuu-lon Jones, The Bloud Corpuscule ConsUlered in Us Dilferent Pliascs of Development (P/ti/. T-caKS., 1840, p. 03, pi. 1). (b) i. Millier, Untevsuchungen ûber die Eiiujeweide dcr Fische {Abhandl. der h. Ahad. der Wis- *ensf/i. ftu «eWm, 1843, p. 119). (c) Prévost et Uuiiias, Sur le développement du mur et la formalion du sang {Annales des sciences nulurellcs, 18-24, 1" .scrit;, t, 111, p. 10-2). (d) Hewson's Works, pi. 5, fig. 4 et 7. (e) Baumgartner, Ueber Nerven und IJlut, p. 40. GLOBULES ROUGES. 69 dispose de façon à permeltre à l'obscrvalonr (le faire coïncider les divisions de cet instrument, d'abord avec celles d'un autre micromètre placé sur le porte-objet, au foyer de robjcclif, puis résultats exacts. Ceux qui seraient curieux de connaître ces premiers essais micromélriqnes pourraient con- sulter l'article de la grande Physio- logie de Haller, où les opinions de I.eeuwenhoek, Muys, Eller, Haies, Schreiber, etc., se trouvent exposées {Élém. phys., vol. H, p. 5Zi-56). En 1818, Evrard Home reprit cette ques- tion, et d'après les observations de Bauer, estima le diamètre des globules sanguins normaux de Tbomme à -'-, de pouce anglais, c'est-à-dire à environ ^ de millimètre (a). Puis il fit connaître les mesures prises, à sa demande, par Kater, qui, dans une observation, trouva 7^\- de pouce an- glais, et dans une autre rJir;» d'où il tira la moyenne de -„'— de pouce anglais, ou environ 7'- de millimètre (b). Quelque temps avant, le célèbre mé- decin, physicien et archéologue. Th. Young, était arrivé à des résultats sem- blables au moyen d'un instrument de son invention, nommé Vériomèlre [c). MM. Prévost et Dumas (J) furent les premiers à introduire ([uelque préci- sion dans ces mesures et à prendre d'une manière comparative les di- mensions des globules sanguins chez un nombre considérable d'animaux. Leurs évaluations sont un peu trop faibles, mais se rapprochent beau- coup de la vérité. Ainsi ils esti- maient le diamètre des globules de l'homme à ~ de millimètre, tandis que toutes les observations les plus récentes ne donnent qu'environ ~ de millimètre. Plus récemment, !\I. Wa- gner a publié une série de mesures du même genre (e); M. Mandl a aug- menté encore la liste des espèces étudiées sous ce rapport (/), et Aï. Ehrenberg a donné également quel- ques déterminations (//). Beaucoup d'autres observations isolées ont été faites aussi depuis quinze ans, mais c'est à M. Gulliver que l'on doit le plus grand nombre de ces mesures. Ses observations parurent d'abord dissé- minées dans divers journaux (princi- palement VEdinburgh Philos. Maga- zine), et furent ensuite réunies en tableau dans l'appendice à la traduc- tion anglaise de VAnatomie de Gcrber; enfin elles sont présentées de la ma- nière la plus complète dans les notes dont ce micrographe a enrichi la nou- velle édition des œuvres de Ilew- son (/;). (a) On the Changes the lilood Undergoes in the Ad of Coagulation {Phil. Trans., IRIS, p. 172). (h) Op. cit., p. 187. {c] Remarks on the Measiirement of Minute Particles , cspeciall'j those of lilood and Pus (Introduction to Médical Littérature, 4 813, p. 555). (d) Examen du sang ( Ilitlletm universel de Genève, l. XVII, 1821). Ce mémoire so trouve reproduit s;uis planclic dans 1rs Annales de chimie et de physique, 18-21 , t. XVTII, p. 280. (e) Vergl. PInjsiol. des Illutes, iS:VS cl 18:)S. — Uchcr die Anwendung liistolo'jischer Churac tere auf die Zoologische Sijstemntik (Miiller's .tiv/i. f.Anat. und Phys., 1835, p. 31 il. (/■; Anatomie iiucrosropifiue {Minnoircs sur le sang, in-folio, 1838). (£/) A la suite de son Mcuuiire sur les orpuics vitaux ( Miiiioircs de l'Acadanie de Berlin pour 1835, p. 717). (/i) The Works of Heirson Edited wilh an Introduction and .\'otes, by Ceiu-ijc riullivcr, in-8, 18i(!. • I. 50 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. avec l'image d'un globule sanguin placé an même foyer (1), tantôt de la chambre claire adaptée à l'oculaire du microscope. On trace alors sur un papier placé à une distance déterminée du prisme le contour de l'image des globules, et l'on détermine le pouvoir amplifiant employé, en dessinant de la même manière un objet quelconque de grandeur connue, une règle divisée micrométriquement par exemple, que l'on met sur le porte-objet à la place de la gouttelette de sang précédemment examinée ; puis en mesurant directement les deux images ainsi représentées. Ce dernier procédé, que l'on doit à M. Amici (2), est facile à pratiquer ; il est susceptible d'un grand degré de précision et ne nécessite aucune disposition dispendieuse dans la construc- tion du microscope. Aussi est-ce la méthode dont je conseille- rais de préférence l'emploi. En procédant ainsi, ou à l'aide de moyens analogues, et en employant des microscopes dont le pouvoir amplifiant linéaire est de 300 à hOO, on a pu reconnaître que dans une même goutte de sang, les globules rouges, tout en se ressemblant beaucoup, n'ont pas des dimensions invariables (3). 11 arrive parfois que quelques-uns de ces corpuscules sont près d'un tiers plus gros que ne le sont la jjlupart d'entre eux , et que d'autres au contraire sont notablement plus petits; mais, dans l'immense majorité des cas, leurs dimensions ne s'éloignent (pi'à pein(* de la moyenne fournie par la mesure d'un nombre (1) La disposition à laquelle je fais méUiode à M. Lisler (o). Les publica- allusion ici est celle employée dans Uons de ce dernier physicien datent, la construction des microscopes de comme nous l'avons déjj dit, de 1829. Cachet. (o) Miliic Edwards, art. Blood in (2} 06s. microscop. {Ada délia Todd's Ctjclop. of Anat. and Phys., Soc. ital, vol. XIX, et Ann. des sr. 1836, p. Û05. — Gulliver, Notes de ?ia(., 182/1, 1" série, t. II, p. /i6). C'est l'ouvrage de Hevvson, p. 236. h tort que M. Quekelt attribue cette (a) QuekeU, Pract. Treat. on the Use of the Microscope, 18i8, p. 203. GLOBULES KOLGES, 51 considérable de ces corpuscules ; nous ne nous occuperons donc ici (iiie de ces moyennes seulement. La grandeur des globules varie au contraire beaucoup cbez les divers animaux. Ainsi, chez l'homme, ils ont en diamètre envi- ron jY^ de millimètre (1), tandis que chez la Chèvre ils n'ont que âl^, et chezleChevrotain de Java (2) leurdiamètre n'est que de^^ de millimètre, c'est-à-dire que chez ce dernier ruminant ils sont à peu près quatre fois plus petits que chez la Chèvre et en- viron seize t'ois plus petits que chez l'homme. Chez la Grenouille ils sont beaucoup plus développés ; leur grand diamètre a environ js de mrllimètre, et chez la Sirène ils ont 7^ de millimètre. Ainsi, chez ce dernier Batracien ils ont environ trente fois le diamètre des globules du Chevrotain, et leurs dimensions sont à peu près sept fois et demie celles des globules du sang humain, ce qui suppose un volume au moins cinquante fois plus gros (3). J'ai réuni dans le tableau ci-joint (4) les mesures de ces cor- puscules chez la plupart des animaux vertébrés dont le sang a été étudié sous ce rappori, et par l'inspechon des chiffres qui s'y (1) Wagner a constaté que les glo- bules du sang sont tout à fait sembla- bles chez le nègre et les hommes de la race cancasique (a). ('2) (lulliver, Blood Corpuscles in Mammalia [Ann. of Nat. Hist. , 1839, vol. IV, p. 283;. M. li. Owen avait, peu de temps avant, signalé la petitesse des globules sanguins chez les Cheviolains ; ceux dont il a publié la mesure variaient entre TJ-retjfj, et il avait donné comme chiffre moyen ,'„ de millimètre en diamètre. {Contributions ta the Com- parotive Anatomy of the Blood Diseuses, in London Medic. Gazette, new ser., 1839-18/tO, vol. 1, p. 283 et /j73.) (3) Quelques auteurs ont pensé que la médecine légale pourrait tirer parti de ces différences de formes ou de dimensions des globules pour distin- guer entre elles les taches formées sur du linge ou autres objets par du sang humain ou par du sang de quelque vertébré ovipare ; mais la déformation des globules rend de pareilles obser- vations très difficiles, et, pour placer quelque confiance dans les résultats qu'on en obtient, il faut prendre beau- coup de précautions. Celte question a été traitée d'une manière spéciale par M. Mandl {b). (4) Voyez le tableau n° 1 placé à la fin de cette leçon. (a) Wagner, Nachti\ %ur vergl. Physiol. des Bhites, 1838, p. 5. (b) Mandl, Recherches médico-légales sur le sang, thèse in-4*. Paris, 1842. 52 SAW; DKS AMMAUX AEUTÉimÉS. trouvent inscrits, on voil que c'est dans la classe des JManimi- fères que les globules ont les dimensions les plus petites. Dans ce groupe naturel, on ne connaît aucun exemple de globules dont le diamètre dépasse j^ de millimètre; dans l'immense majorité des espèces, il ne varie qu'entre jh ^^ ih de milli- mètre; enfin, la moyenne fournie par toutes les mesures est d'environ j^ de millimètre. Dans la classe des Oiseaux, les globules sont plus grands. Leur petit diamètre est à peu près le même que chez la plupart des Mammifères, et ne varie qu'entre tttj et jIt de millimètre, mais leur grand diamètre n'a jamais moins de rh de milli- mètre (1), et atteint parfois 37. Les moyennes pour les deux axes de l'ellipse que représentent ces disques ovalaires sont j^ sur Yô de millimètre. Chez les Reptiles, les globules du sang sont encore plus grands. Leur petit diamètre varie entre rh et jj de millimètre, et lem^ grand diamètre entre ûV et j^- de millimètre. Les Poissons osseux ne diffèrent que peu des Reptiles sous ce rapport; en général, cependant, ils ont les globules un peu moins grands; mais pour les Poissons cartilagineux, le contraire s'observe : ainsi chez quelques Squales, leur grand diamètre a jusqu'à n de millimètre (2). Mais c'est dans la classe des Batraciens que les globules du sang arrivent au maximum de leur développement : chez la Grenouille, où ils sont le plus petits, leur grand axe a, comme nous l'avons déjà dit, J3 de millimètre; chez le Triton ou Sala- mandre aquatique , ils atteignent j^ de millimètre, et chez le (1) Chez rOiseau-Mouche, J. Davy. pas échappé à Ilewson {a), mais sont {Ann. ofNat. IlisU, 18^6, vol. XVIlf, élablis principalement sur les observa- nt 58 \ lions plus récentes de iVl\l. Prévost et (2) Ces divers résultats n'avaient Uiimas, de Wagner et de M. Gulliver. (a) Op. «î.,p. 217. GLOBULES HOUGES. 55 Protée ils ont environ yô de millimùlre, et sont, par conséciuent, presque visibles à l'œil nu (1). § 6. — Ainsi, chez les animaux vertébrés, à respiration aérienne, la tendance générale de la nature semble être de diminuer le volume des globules du sang, à mesure que l'orga- nisme se perfectionne: car, ainsi que chacun lésait, les Batra- ciens sont les plus dégradés de tous ces êtres ; les Reptiles, quoique supérieurs aux Batraciens, sont à leur tour des ani- maux intérieurs aux Oiseaux, et ce sont les Mammifères qui occupent le plus haut rang dans celte série. jMais ici encore ce sont des tendan<;es seulement que je signale, et non une règle absolue; car, parmi les Mammifères, ce sont les Rumi- nants qui nous offrent les globules les plus petits, et rhomme ainsi que les Singes ne diffèrent guère, à cet égard, des Rongeurs, c'est - à - dire des Mammifères les moins bien doués. Cette tendance est cependant digne d'attention, et acquiert un nouvel intérêt lorsqu'on étudie le sang d'une manière com- parative chez les animaux adultes et chez l'embryon. Tout ce que nous avons dit jusqu'ici, concernant les dimensions des globules, ne s'apphque qu'aux premiers. Or, Hewson avait déjà remarqué que chez le Poulet observé au sixième jour de l'incubation, les globules sont plus gros que chez l'adulte, et que le sang d'un embryon de Vipère, comparé à celui de sa mère, offrait une différence du même ordre (2). Prévost a trouvé que chez la Chèvre les globules sont deux fois plus gros dans le fœtus que dans la mère (3) ; M. R. Wagner a constaté des différences encore plus grandes chez des embryons de Cliauve-Souris comparés à Tanimal adulte, et a observé des li) Voy. P.. Wagner, Beitr. zur {S) Note sur le sang du fœtus chez veryl. Physiol. des Blutes, 1838, Bd II, les animaux vertébrés {Ann. des se. p. 21, tab., fig. à. nat., 1825, 1" série, t. IV, p. /i99) (2) Op. cit., p. 233. 54 SANG UES ANIMAUX VERTEBRES. faits analogues chez le Lapin , le Poulet, le Pigeon et le Lézard (1). M. Gulliver a étendu ces résultats par ses recher- ches sur des embryons de Chat, de Cerf et de Grenouille (2). Enfin M. J. Davy a constaté des différences du même genre en comparant le sang du Squale à l'état de fœtus et à l'âge adulte (3). Ainsi, chez tous les animaux de ce grand embran- chement, les globules sanguins diminuent de volume à mesure que Torganisme de l'individu se perfectioime (4), et les diffé- rences que l'on y remarque à cet égard chez l'embryon et chez l'adulte sont analogues à celles qni se rencontrent dans les fl) Les premières observations de M. Wagner (a) ne s'accordaient pas avec les résultais annoncés par l'ré- vost, mais ont été rectifiées par les recherches ultérieures du même phy- siologiste {b). Dans un embryon de Chauve-Souris {Vespertilio murinus), M. Wagner a trouvé que les globules avaient pour la plupart entre ,;,v et -^^ de ligne; tandis que chez l'adulte leur diamètre était de y^ à ,',; de ligne. Chez le Lapin adulte, M. Wagner évalue les globules à 7^ et 7^ de ligne, et chez l'embryon il lésa trouvés entre ,-^ et ,^„ de li;^ne. Pour que la différence soit bien notable chez la Chèvre, il ajoute que les observations doivent porter sur des embryons très jeunes fc). (2) Annot. de Hewson, p. 233 et 243. — Weber avait déjà constaté ce fait chez les jeunes têtards de gre- nouille. (Voy. Wagner, Op. «ï. , t. I, p. 3'.).) (3) Chez le Sqiialus Acanthîas. (Voy. Ann. of Nat. HisL, 18Zi7, vol. XVin. p. 57 et 58.) (/l) M. Bischoff a trouvé des diffé- rences du même ordre dans le sang de l'embryon humain comparé à celui de l'homme adulte, et il fait remar- quer aussi que dans les premiers temps de la vie les dimensions des glo- bules varient beaucoup dans le même sang, mais que cet état transitoire ne dure que très peu chez les Mammi- fères {(/). M. Paget a eu aussi l'occa- sion d'examiner les globules du sang d'un embryon humain très jeune et les a trouvés plus grands que ceux de l'adulte (e). Je suis porté à croire aussi que ces globules primitifs ne sont pas de même nature que les globules normaux. Quelques auteurs pensent qu'ils sont susceptibles de se multi- plier par fissiparité (/]. ]\ous revien- drons sur ce sujet en traitant du déve- loppement de l'organisme. (a) Wagner, Zur vergleich . Physiol. des Blutes, 4833, t. I, p. 38. (b) \Vai;ner, Nachtrâge zur vergl. Phtis. des Blutes, 1838, p. 35. (c) Beitrdge zur vergleichenden Physiologie, 1838, t. II, p. 36. (d) Traité du dcvelojrpement de l'homme et des mammifères, traduction française, p. 284. (e) On the Blood Corpuscles of the Human Embryo (Lond. Medic. Gazette, new. ser., 1849, t. Vlll, p. 188). (/■) Voyez Fahrner, De globulorum sanguinis in mammalium embryonibus atque adultis ori- gine. Turin, 1845. GLOKULES ROL'GES. 55 représentants de plus en plus élevés du type zoologique dont dérivent tous les vertébrés à respiration aérienne. Quant à l'exeeption apparente à cette règle tburnie par les Poissons, nous verrons bientôt qu'elle s'explique iaeileinent lorsqu'on lient compte des nécessités que la respiration aquatlipie impose à ces animaux. La comparaison des globules du sang chez les divers Batra- ciens fournit de nouveaux arginnents à l'appui des conclusions déduites des faits précédents. Effectivement ces animaux, comme on le sait, subissent dans le jeune âge des métamor- phoses plus ou moins considérables qui tendent toutes à les éloigner du type commun aux vertébrés Anallantoïdiens. Chez les uns, auxquels on a donné le nom de Perennibranches, l'animal adulte ne diffère de la larve que par l'existence de poumons et de membres, et conserve d'ailleurs tous les organes qu'il avait dans le jeune âge ; chez d'autres, appelés Urodèles, les branchies ne sont pas permanentes et disparaissent à mesure que les poumons se développent ; enfin, chez d'autres encore, qui composent la famille des Anoures, la queue s'atrophie par les progrès du travail embryogénique, en même tem[>s que les branchies se flétrissent et que les poumons se développent. Or, dans ces trois groupes, les globules du sang paraissent suivre, quant à leurs dimensions, ces divers degrés de per- fectionnement C'est chez les Batraciens perennibranches qu'ils sont le plus gros, et chez les Batraciens anoures qu'ils sont le plus petits; enfin les Batraciens urodèles, qui tieiment en quelque sorte le milieu entre ces deux groupes extrêmes, ont aussi, pour la plupart, les globules sanguins d'une grandeur intermédiaire. Nous voyons donc que chez tous les aniniaux vertébrés, il y a une tendance à l'amoindrissement du globule sanguin à me- sure que l'organisme se perfectionne, soit que ce perfectionne- ment s'effectue dans la constitution d'un même individu par le 56 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. progrès de son déveloi)pement, soit qu'il se montre dans la série naturelle des espèces dérivées d'un même type zoologique. ^ 7. — La discussion des chiffres inscrits dans ce tableau prouve qu'il n'y a aucune relation absolue entre la taille des animaux et le volume des globules de leur sang. En effet, leur diamètre est à peu près le même chez le Cheval et chez la Souris; chez le Paresseux, ils sont plus grands que chez le Bœuf, tandis que chez le Chat ils sont plus petits que chez l'homme, et nous verrons que sous ce rapport la Baleine se place entre la Grenouille et la Chèvre. M. Gulliver, à qui l'on doit la série la plus complète d'ob- servations micrométriques sur le sang, a pensé avec raison que dans des invesligations de ce genre il fallait s'attacher sur- tout à comparer entre eux les animaux qui se ressemblent le plus par le plan général de leur organisation, et qui a{>partien- nent par conséquent à une même famille naturelle. En procédant de la sorte, il a cru saisir un certain rapport entre la taille de l'individu et la grosseur des globules de son sang. Effective- ment, dans la classe des Mammifères, c'est chez l'Éléphant que ces corpuscules sont le plus gros ; ils sont aussi très grands chez la Baleine; tandis que c'est chez le Chevrotain, le plus petit des ruminants, que leur volume est le moindre. Cette coïncidence est remarquable aussi chez quelques oiseaux : (;'est chez le Gasoar et l'Autruche que les globules ont les dimensions les plus fortes, et chez les pehls Passereaux qu'ils sont le plus petits. Enfin, chez le Crocodile, ils sont également plus grands (|ue chez les Lézards, et de tous les Batraciens à branchies caduques, c'est la Salamandre gigantesque du .lapon qui a les glol)ules les plus gros (1). Mais d'un autre côté nous voyons que chez le Lion les glo- (i) M. VandorHoeven a tiouvéque tuurlijke Geschiedenis en Physiolo- cliez ce Batracien (le Crypfo5ro;ic/iî(.f yie, 18/il, t. VllI, p. 270, cl .inn. japonirus) les gloI)ules ont ~ sur vr. f'^s *f. nat., 18/il, '_'" série, t. XV, de niilliniètre. {Tijdscrift vnnr Na- p. 251.) (iLOBLLES UOIGKS. 57 billes (lu sang- ne sont pas plus gros que chez le Chat, et ({ue chez les Ceris, les Antilopes et les Chevaux, ils sont plus petits que chez le Lapin ou le Rat . Chez la Grenouille, ils sont aussi plus petits que chez les Tritons, dont la taille est cei)endant bien moindre. Les variations dans le volume du corps des animaux ne sau- raient donc être considérées comme réglant d'une manière directe et nécessaire les dimensions des globules de leur sang. Mais nous verrons plus tard que la respiration est, toutes choses égales d'ailleurs, plus active chez les petits animaux que chez les gros, et qu'il existe aussi d'ordinaire une relation intime entre l'activité de cette fonction et la rapidité des mouvements. Cela nous conduit donc à chercher si la petitesse des globules ne serait pas en rapport avec les besoins de la respiration. Or, si l'on compare entre eux les divers Mammifères sous ce rapport, en tenant compte tout à la fois de leur volume et de leur activité musculaire, c'est-à-dire des deux circonstances principales qui paraissent devoir faire varier leur puissance res- piratrice, on ne tarde pas à voir que chez les animaux consti- tués d'après le même plan fondamental, la nature tend à rendre les globules du sang de plus en plus petits à mesure que les besoins de la respiration augmentent. Ainsi, le mammifère dont les mouvements sont les plus lents, le Paresseux, quoique de petite taille, a les globules du sang presque aussi gros que ceux de l'Éléphant. Les animaux lierbi- vores, qui, dénués de moyens de défense, ne peuvent échapper à leurs ennemis que par la rapidité de leur course, et ont été doués par conséquent dune agilité très grande, sont au con- traire ceux où l'on trouve dans le sang les globules les plus petits. Après les Chevrotains, les Chèvres, les Cerfs, les Anti- lopes, etc., ce sont les Carnassiers chasseurs qui ont besoin de déployer la plus grande énergie musculaire ; aussi ont-ils les globules sanguins plus petits que les Rongeurs, On remarque I. 8 58 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. pareillement que les Singes, animaux qui, malgré leur pétu- lance, mènent une vie assez sédentaire, sont au nombre des mammifères dont les globules sont les plus gros ; enfin l'homme, qui sous le rapport de la puissance physique est moins bien doué que la plupart des animaux, a aussi les globules plus vo- lumineux que ceux d'aucun des mammifères constitués pour la course, le saut ouïe vol. Les IMammifères nageurs ont en général les mouvements plus lents et ont la respiration moins active que les espèces qui, tout en appartenant aux mêmes familles, sont organisées pour la course; et je ferai remarquer aussi que la nature semble tendre à augmenter chez ces derniers la petitesse des globules sanguins. Ainsi, de tous les Carnivores, ce sont les Phoques et les Loutres (pii ont ces globules le plus gros ; les Genettes et les Féliens qui les ont le plus petits. Parmi les Rongeurs, je citerai aussi les Castors et les Myopotames comme exemples d'espèces à gros globules ; les Écureuils et la famille des Rats comme les avant très petits. J'ajouterai que les globules sanguins ont f|i de millimètre chez le Cheval, et r^ chez l'Ane, dont le corps est cependant plus petit, mais dont les mouvements sont moins rapides et moins puissants. Les Mammifères qui s'engourdissent en hiver, et passent une grande partie de leur vie dans un état de sommeil léthar- gique, ont aussi, toutes choses égales d'ailleurs, les globules sanguins plus gros que ceux dont la vie est toujours active. Chez la Marmotte et le Porc-Épic, ces corpuscules n'ont qu'environ jj^ de millimètre, tandis que chez les Lièvres ils mesurent environ i\-. de nnllimètre, et que dans les familles des Rats ils ont de -^ ;> ^. Enfin, le Hérisson, qui de môme que la Marmotte et le Porc-Éi)ic a[)partient à la catégorie des ani- maux hibernants, est de tous les insectivores celui dont les glo- bules sanguins sont le moins petils. GLOBLLKS UOLGES. 59 Ce que nous avons déjà VU au sujet de la grandeur des glo- bules sanguins eliez les vertébrés ovipares à respiration aérienne, o'est-à-dire chez les Batraciens, les Reptiles et les Oiseanx, est également d'accord avec cette tendance de la luiture à multiplier le nombre de ces corpuscnlcs sous nn même vo- lume à mesure que les besoins de la respiration augmentent ; et cette relation nous permet de comprendre maintenant com- ment les Poissons, tout en étant des animanx inférieurs aux Batraciens, ont les globules du sang plus petits, car ils doivent posséder une grande activité musculaire, et cependant ils se trouvent placés dans des conditions peu favorables au dévelop- pement de la fonction de la respiration (1). La diversité dans le volume des globules du sang ne se trouve pas liée seulement aux circîonstances dont je viens de parler; elle est sans doute en rapport avec beaucoup d'autres choses (1) II me sérail facile de multiplier beaucoup les faits qui tendent à mon- trer l'existence d'une relation intime entre le volume des globules sanguins et l'activité physiologique. Nous re- viendrons sur ce sujet lorsque nous étudierons la respiration, et pour le moment je me bornerai à citer quel- ques exemples fournis par les Oiseaux et les lîeptiles, afin de montrer que la tendance signalée ci-dessus n'existe pas seulement dans la classe des Mam- mifères, Pour rendre cette comparaison plus facile, je prends le diamètre moyen fourni par la mesure des deux axes de l'ellipsoïde représenté par ces glo- bules chez les vertébrés ovipares ; et en procédant ainsi, je trouve que chez les Struthioniens, oiseaux qui ne sont pas organisés pour le vol, et qui sont de très grande taille, circonstances qui tendent toutes deux à amoindrir les besoins de la respiration, les glo- bules mesurent de ~ à 77-, de milli- mètre. Chez le Cygne, qui ne vole que peu, et qui, tout en étant un grosoiseau, est beaucoup moins volumineux que les précédents, ce diamètre n'est plus que de ^'-. Chez les Vautours, qui se font éga- lement remarquer par leur grande taille, mais qui ont le vol puissant, ce diamètre varie entre ^ et ~. Chez le Taon, les lloccos, les Din- dons et les Faisans, qui sont tous des oiseaux lourds, maisde moindre taille, ce diamètre varie entre ,|- et ~. Chez le Corbeau, il tombe jusqu'à Y77 , et chez beaucoup de l'assereaux il n'est plus que de j~ de millimètre ou moins encore. Parmi les Reptiles, je citerai le Caïman à museau de brochet, dont les mouvements sont très lents, et le Lé- 60 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. qui jusqu'ici ont échappé aux investigations des physiolo- gistes (1); mais j'ai insisté à dessein sur ces coïncidences remar- zard ocellé, qui se fait remarquer par sa vivacité. Ou a trouvé que chez le premier le diamMre moyeu des glo- bules est d'environ .-^r,, tandis que chez le second il n'était que d'environ ,^^ de millimètre («). Du reste, je suis loin de prétendre que les conditions physiologiques dont il vient d'être question soient les seules qui régissent les différences de volume des glohules sanguins, et je suis même porté à croire que toutes choses étant égales d'ailleurs, le ré- gime y influe. Giiez les phytophages, par exemple, les globules tendent à être plus petits que chez les carnivores. Eneflét, parmi les Mammifères, ce sont les Ruminants, les Pachydermes et les Rongeurs qui ont les globules les plus petits; les Carnassiers et les omni- vores qui ont les plus gros; et pour prendre des termes de comparaison dans un même ordre, je citerai le Co- chon et le Cheval. Chez ce dernier, les globules ont ^tt t'f millimètre, tandis que chez le Cochon ils ont :p^ . bien que ce dernier pachyderme soit de plus petite taille que le premier. (1) Je ferai remarquer qu'effective- ment il existe une tendance à l'uni- formité des glohules dans les diverses espèces de beaucoup de groupes naturels, et à certaines différences dans le volume (irdinaire de ces cor- puscules entre les diverses familles de Mammifères. Ainsi, chez les Singes de l'ancien monde, le diamètre moyen des globules oscille toujours autour de YTT,» et le nombre diviseur ne s'é- carte que de 4 en plus ou en moins. Chez les Singes d'Amérique, les globules sanguins sont un peu plus petits, mais diffèrent cependant à peine de ce qui existe dans le groupe précédent, car les termes extrêmes sont :^. et v^. Dans la famille des Lémuriens, la grandeur des globules diminue un peu plus, et tombe entre ,'v et ~. Il en est à peu près de même chez les Chéiroptères; ils varient entre -]- ei ,:t. Dans le petit groupe des Insecti- vores, les extrêmes sont -^ et ~. Dans l'ordre des Rongeurs, les varia- tions sont plus considérables; le dia- mètre des globules atteint -]-; et même ,\.^ , et s'abaisse jusqu'à ~. Ainsi, chez les Mammifères disco- placentaires, les globules sanguins ne varient (terme moyen) qu'entre 7J7 et -!- Chez les Carnassiers plantigrades, les variations limites sont 7^„ et ,47, et chez les Digitigrades elles se main- tiennent, dans l'immense majorité des cas, entre -^, et ^77. Chez le Phoque, ils sont plus gros : ils mesurent ^. Chez les Édentés, leur volume est plus considérable encore et varie entre -,y, et ^. Dans la famille des Ruminants ordi- naires (c'est-à-dire l'ordre tout entier, à l'exception des Camélieus), les glo- bules sanguins sont remarquablement (a) Note sut' les dimensions des rilnbules du snnrj rha quelques animaux vertébrés, par Al- plionse Wilne Edwards (Ann. des sciences nat., 185(1, 4° série, t. V). GLOBULES ROUGES.. 61 quables, parce que j'aurai à en arguer quand je ferai l'histoire de la respiration. J'ajouterai encore que la proportion entre le petit et le petits et ne varient guère qu'entre fTT ^t ^75 ; quelquefois ils n'ont que tVt (chez le Chevrotain de Java. Chez les Solipèdes, leur diamètre varie entre r^ et ~. Chez les Pachydermes ordinaires, les chiffres extrêmes sont ^rr et 7^,. Chez les Prohoscidiens , ils n'ont qu'environ y^. Chez les Cétacés, on a trouvé dans un cas :j^ (chez la Baleine), et dans un autre .^ (chez le Dauphin). Enfin, chez les Marsupiaux, les variations extrêmes sont ^tt et y^. Dans la famille des Oiseaux de proie diurne, le grand diamètre des glo- bules oscille autour de ^ ; on ne con- naît qu'un exemple où il s'élève à ~ , et les plus petits de ces corpuscules ont au moins ^^. Quant an petit axe de l'ellipse, sa longueur varie ordinai- rement entre ~ et ytt- Chez les Rapaces nocturnes , les dimensions sont à peu près les mêmes; mais chez les Passereaux elles Grim- peurs, les chiffres qui représentent le grand diamètre ne s'élèvent que rare- ment au-dessus de ^ , et se maintien- nent d'ordinaire entre -, et ■^. Dans la fanjille des Gallinacés pro- prement dits, et dans celle des Pi- geons, ce diamètre ne varie d'ordi- naire qu'entre ~ et ~. Chez les Palmipèdes, ce diamètre est presque toujoursd'environ ,\ et r^^. Enlin, chez les Écluissiers, il atteint parfois ~, et peut descendre jus- qu'à ^. Chez les Chéloniens, il ne s'éloigne pas notablement de ^, et chez les Sauriens il oscille entre ~ et ^. Chez les Batraciens et les Poissons, les différences deviennent beaucoup plus considérables. Lorsqu'il s'agit d'établir une éva- luation moyenne, on ne peut avoir une entière confiance dans les résul- tats, que si les données sont très nombreuses , ou si les variations entre les deux extrêmes sont très petites. Je n'ose donc tirer aucune conclusion de quelques mesures de globules qui ne paraissent pas avoir été faites dans ces conditions, et qui accuseraient des différences notables dans les dimensions de ces corpus- cules chez de simples variétés d'une même espèce zoologique ; mais je crois devoir les sit;naler à l'attention des micrographes pour en provoquer le contrôle. Dans les mesures publiées par !\1. MandI, l'évaluation des glo- bules du sang est, pour le Mouton d'Ecosse, , '7 de millimètre ; pour celui d'xAstracan -'7; et pour celui de Nor- wége -^ (a). Si ces différences étaient constantes, il faudrait en conclure que les conditions biologiques peuvent exercer une certaine influence sur le développement des globules sanguins, comme sur la taille des animaux ; ou bien que ces divers moutons ne sont pas des variétés d'une même espèce, mais des espèces très voisines d'un même genre. (o) Mandl, Anatomie microscopique {Mémoires sxtr le sang, p. 17). 6"2 SA>G DES AMJIALX VIÎRTÉBRÉS. grand diamètre des globules ellipti(jues varie aussi beaucoup. En général, ces corpuscules ne sont pas tout à fait deux fois aussi longs que larges ; mais on en connaît dans lesquels les deux axes sont dans le rap[)ort de 1 à 3, et d'autres où ce rapport n'est que de 1 à 1 1 (1). Il est probable qu'il existe quelque relation entre la minceur de ces globules et la disposition du système capillaire, mais on ne sait encore rien de positif à ce sujet. § 8. — J'ai déjà dit que les globules sanguins ne sont jamais sphériques , mais toujours plus ou moins aplatis et de forme lenticulaire ou discoïde. Gela se voit facilement lorsque ces corpuscules roulent sur eux-mêmes ou se réunissent en petites piles, ainsi que cela a souvent lieu dans le sang de l'homme et des autres mammifères pendant la durée de l'observation au microscope (2). ]M. Gulliver a constaté qu'en général leur épais- seur est égale à environ un quart ou un tiers de leur dia- mètre (3). siructme §9- — L'étudc dc la structure des globules du sang offre, comme on le pense bien, des difficultés beaucoup plus grandes que celles que présente l'étude de leur forme et de leurs dimen- sions. Aussi est-ce chez les animaux dont les globules sont les plus gros que les micrographes ont obtenu les premières notions exactes à ce sujet. Leeuwenhoek, Senacet quelques autres observateurs anciens avaient remarqué dans ces globules une tache centrale qui (1) Voyez le tableau ci-après. et n'avait pas écliappé à l'attention de (2) Cette disposition des globules Hewson (a), mais n'a été mise bien circulaires à se réunir en pile, comme en évidence que par MM. Hodgkin et des rouleaux de pièces de monnaie, Lister (6). ne s'observe pas dans le sang des ani- (3) Hewson's Works, note xcv, maux à globules elliptiques. F.lle est p. 216. très prononcée dans le sang humain, (a) Op. cit., p. 228. (b) Notice ofsome Mkroscopic Observations oftheBlood (Pliilos. Magax-ine, 1827, p. 133.) — Voyez aussi les fi^'ures publiées par M. Donné Jans l'atlas do son Cours de micrographie, pi. 2. des globules. GLOBULES ROUGES. 63 tantôt se montre comme un point obscur, et d'autres fois se détache en clair, suivant la manière dont l'objet est frappé par la lumière(l). Délia Torre (2) avait cru que cette a|)parence était due à une perforation, et que par conséquent les globules avaient la forme de petits anneaux. Mais cette erreur ne tarda pas à être rectifiée par Fontana :3) et Hewson [(i). Ce dernier observateur a reconnu que chez la Grenouille la tache centrale des globules est due à la présence d'un noyau solide. En étudiant le sang de l'Anguille, il a même vu ce noyau s'échapper de l'inlérieur des globules altérés par un commencement de putréfaction (5), et une observation analogue a été faite par MM. Prévost et Dumas sur le sang du Triton (6). Au moment où le sang vient d'être tiré , le noyau est difficile à distinguer, mais il devient promptement très visible, surtout si l'on ajoute un peu d'eau à la gouttelette placée sur le porte-objet du microscope (7). En (1) Senac, Traité Je la structure du cœur, t. If, p. 656. (2) Nuove usservazioni microsco- piche, in-Zi. Naples, 1776. (3) Voyez Osservazioni sopra i globefti del sangue, 1766, citées par Fontana dans son Traité sur le venin de la vipère, 1. 1, p. 6/j, et t. II, p. 2/i5. [h] The Works of W. Hewson, p. 216, etc. (5) Op. cit., p. 226. (6) jHibl. unie, de Genève, t. XVII, pi., fig. o. (7) MM. Wagner (a), Valentin (6), Henle [c], et enCin clans ces derniers temps, M. Molescliolt (r/),ont été con- duits à penser que chez la Grenouille les globules sanguins sont dépourvus de noyaux tant qu'ils circulent dans les vaisseaux de l'animal vivant, et que ce corpuscule central ne s'y constitue que par une sorte de coagulation inté- rieure lorsque les globules sont expo- sés à l'influence de l'air. M. Donders partage cette opinion (e); mais M. Kôl- liker ne l'adopte pas (/"), et M. Mayer assure qu'il a vu ces noyaux pendant que les globules circulaient dans les vaisseaux capillaires de la membrane palmaire des pattes postérieures de jeunes grenouilles iq). ■ (a) Aachtmne mr rergleichenden Physiolooie des Blutes, ISH.S.p. 14. (fc) nepertorium, 183", t. II, p. 185. (c) Traite d'anatomie générale, t. I, p. 450. (d) Veber die Entwickelung der lilulkôrperchen (.Miillcr's .Icr/i. /". .t»rt/. und l'Iii/siol., 185.1 p. 73, pi. 1, lii^. G). (c) Dondors et Molosehott, Untersurh. itbcr die IlhUkurperchemthUand. lieitr. ;■, den anat. iitid physiol. Wisseiisch., 1848, p. 360). if) Kollikei-, MihTo.ikopisclic Anatomie, 185i>, I. II, p. 583. [fl)},Uyer, llelter eigenthimlif.h qestaltete [iliitiellen (Miillcr's Arch. f. Anal., 1843, p. -208). 5/i SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. faisant agir un pou d'acide acétique sur le sang de la Gre- nouille, on démontre cette structure d'une manière encore plus convaincante, car on peut enlever ainsi l'enveloppe du noyau et mettre celui-ci à nu (1). La même organisation se retrouve chez les Poissons , les Reptiles et les Oiseaux, mais la sépara- tion du noyau est plus difficile à effectuer chez ces derniers (2), Les globules circulaires du sang des Mammifères ne sont pas renflés sur leurs deux faces comme les globules des vertébrés ovipares, et présentent au contraire une dépression centrale, de façon à ressembler à de petites lentilles biconcaves, à bords épais et arrondis. La tache centrale que l'on y observe est due à ce mode de conformation, et chez les Mammifères adultes il ne paraît pas y avoir de noyau à l'intérieur des globules nor- maux. Par analogie, plutôt que par l'observation directe de ces globules , on a admis pendant longtemps l'existence d'un nucléus chez tous les vertébrés ; mais, aujourd'hui que l'on dispose de moyens d'investigation beaucoup plus puissants qu'il y a un quart de siècle, on a pu s'assurer que chez les xMammi- fères le centre des globules normaux n'est ni plus solide ni plus opaque que leur partie périphérique (o). Dans le jeune âge (1) Milne Edwards, Ann. des se. mt., 1826, r'série, t. IX, p. 368, et Todd's Cydop., art. Blood. Millier, Beobachtungen zur Analyse lier Lymphe, des Bluts und des Chy- lus (l>oggendorl's Annalen der Phy- sikundChcmie, 1832, i. ll,p 513).— Obs. sur l'analyse de la lymphe du sang, etc. {Ann. des se. nat, 183 /i, 2' série, 1. 1, p. 3/i3). Donné, Cuurs de microscopie , 18/iû, p. 72. (2) La forme de ces noyaux est plus ou moins o\ alaire, mais le rapport des deux axes de l'ellipse varie dans des espèces fort rapprochées. Chez le Fai- san , par exemple, le noyau est deux fois plus long que large, tandis que chez le Coq le grand diamètie ne dépasse le petit que d'environ un cinquième, lien résulte que ces modifications ne pa- raissent pas avoir grande importance. Quant au volume de ces corpuscules, il est en général d'environ ^- de mil- limètre sur 7^,^ chez les Oiseaux, et s'élève à vk sur ,', chez l'Autruche. Chez les l'.eptiles, les Batraciens et les Poissons, ils sont en général plus pe- tits, comparativement aux dimensions des glohules, que chez la plupart des Oiseaux. (3) L'existence d'un noyau dans les GLOBULES HULGES. 65 cependant il en est autrement, et diez le fœtus on trouve dans ces corpuscules un noyau i>lus ou moins bien formé qui dispa- raît par les progrrs du développement. La présence d'un noyau dans les globules du sang peut donc être considérée comme un signe d'infériorité pbysiologique. Nous avons vu |»récédemment que par la forme des globules globules sanguins des Mammifères adiilles a été admise par Uewson (a), Home (6), MM. Prévost et Dumas (c), et quelques autres observateurs [d]. C'est principalement aux recherches de M .AL liodgkiii et Lister en Angle- terre (Pi, et de M. Donné en France if), que la connaissance du mode de con- stitution de ces corpuscules est due. La forme biconcave de ces globules n'avait pas échappé cependant ù quel- ques micrographes plus anciens, tels que Young ((/) et M. Amici (h). L'absence d'un nucléus dans ces globules a été constatée d'abord par MAL Hodgkin et Lister (en 1827), puis par M. Donné, AI. Wharlon Jones, etc. {i}. Plus récemment, M. Krause a an- noncé, il est vrai, que l'on pouvait isoler les noyaux des globules du sang humain en faisant infuser pendant deux jours ces corpuscules dans de l'eau distillée (/); mais ce physiolo- giste paraît avoir pris pour des noyaux libres un certain nombre de globules décolorés par l'action de l'eau, puis contractés (k). Aujourd'hui presque tous les mi- crographes s'accordent pour consi- dérer les globules normaux du sang des Mammifères comme étant dépour- vus de nucléus; mais, d'après quel- ques observateurs, il y aurait parfois parmi ces globules un petit nombre d'autres dont le centre serait occupé par un noyau. Ainsi M. AA'harton Jones assure avoir trouvé chez le Cheval et chez l'Éléphant quelques globules rouges à noyau intérieur. 11 a vu aussi que par l'addition de l'eau la même structure devient parfois visible dans quelques globules sanguins chez l'homme, le (n) On the Red Pariicles of Ihe Blood [}yorks of \V. Hewsun, p. ^21, 275, etc.) (6) Evei-anl Home, On the Changes the Blood Undergoes in the Ad of Coagulation (Phil. Trans., 1818, p. 173. (c) Examen du sang (Bibl. de Genève, 18-Jl, I. WIl). (d) Milne Eilvvaids, arl. Ulood (Totld's Cyclop. of Anat. and PhysioL, vol. I, p. 404). Millier, Op. cit. {.Ann. des se. 7iat., 1834, 2" série, t. I, p. 343). Nasse, art. Sang, inséré dans le ilandwortcrbuch dev Physiologie, von 11. Wairncr, 1842, I. 11, p. 90. ^ ' • (f) Hodgkin et Lister, Mieroscop. Obs. of the Blood and Animal Tissues (Phil. Mag. and Annals, 1827, t. V, p. 120). if) Donnu, Becherches sur les globules du «««j. Thèse in-4, 1831, i;l Cours de mieroscop., p. 67 et 08. (g) T. Young-, Introduction to .Médical Littérature, 1813. (7t) Voyez une note de l'archiduc .Maxirnilien d'Autiiche, insérée dans le Edinburgh Médical and Surgical .Journal, 1819, V, MX, [.. lis. (î) Xermischte Beobachtungen (Miiller's Areh. fiir .\nat. und PhysioL, 1837, p. 4). U) Wagner, Elem. of PhysioL, p. 240. (k) \V. .lones, Ob.wv. on some Points in the .\natomy, [Phgsiologii and Patltology of the Blood {Brilish and Foreign Médical Beview, 1842, n° 28). '■ " 9 66 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. du sang, les Caniéliens diffèrent des autres mammifères et res- semblent aux vertébrés ovipares ; mais ils ne présentent aucune anomalie du même genre relativement à la structure de ces corpuscules. On n'aperçoit dans ces globules elliptiques aucune trace de noyau central (1), et par conséquent le caractère dis- tinctif du sang des vertébrés vivi[)ares et des vertébrés ovipares paraît être la présence ou l'absence du nucléus. § 10. — Les micrographes ne sont pas encore complétenïcnt fixés au sujet de la structure de la portion périphérique des glo- bules. La plupart des observateurs pensent qu'ils sont limités par une membrane, et que par conséquent ce sont de véritables ntricules ou cellules isolées (2) ; d'autres supposent que ce sont Mouton, oto. {a). M. Scliultz a publié des observaiions analogues sur le sang de l'Klé])liant (6), et M. lNa^se a signalé Texislence assez fréqnente de globules rouges nucléoles chez les femmes en- ceintes, etc. (cj. Enfin M. Busk a trouvé dans le sang d'un homme un globule rouge qui était pourvu dun noyau bien caracléiisé, tandis que tous les autres globules contenus dans le même éclianliilon offraient l'appa- rence ordinaire (d). Mais M. Kôlliker est arrivé à des résultais contraires, et pense que •c'étaient seulement des globules dé- formés par l'action des réaci.fs qui ont pu présenter celte apparence (<^). Il n'est question, dans tout ce qui précède, que des globules dont le dé- veloppement est achevé ; car, ainsi que nous le verrons bientôt, il y a souvent un noyau dislincl dans les gidbules en voie de formation chez lembi yon des Manimilères, aussi bien que chez les autres vertébrés. (1) Donné, De l'origine des glo- bules du sang, etc. {Compte rendu, 18/i'J, t. XIV, p. 357). Gulliver, On tlie Nuclei of Blood Corpuscles {Mtdic. Chirur. Trans., vol. XXI 11). ('i) Un des premiers auteurs qui aient parlé des globules du sang, Bidioo, les considère comme étant des vésicules {[}. Weisse arriva à la même conclusion un siècle plus lard -'g), ainsi que llewson [Op. cit.). Mais ce fut surtout Wells (h) qui donna des aigiiments solides en faveur de cette opinion; ses expériences relatives à (a) W Jones, On the Blood Corpuscles (Philos. Traiis., t84fi, p. 73). (b) Ucber dus Eleiihantciiblvl (.\;iillfr's Ardi. fur Anal, und l'hyswl., 1839, p. 252). (c) Voy. Wan-niT, Uanduorlerbucli dev Physwlo{jie, i. Il, p. 90. (d Biisk, On the Omirreiice of a Nucleolalcd lied Corjmscle in Human Blood (Qnateiiy Jour- nal of Microscopical Science, 1852, vdl. I, p. 145). (e) K(illik(; , Mlkrosliipische Anatomie, t. Il, p. 583. (/") Bidino, Analomia humani corporis, tab. 23, fig. ■)(;, fol. 1085. (g) Acta Helvetica, 17(i0, t. IV, p. 221, eic. {h) Hewsoii, Observ. and Experiments on the Colouroftlie Blood (Phil. Trans., 1797, p. 429). GLOBULES ROUGES, ^' Simplement de petites masses lentieulaires de substance géla- tineuse (1). Cependant l'existence d'une tunique membraneuse me semble bien démontrée par les expériences dans lesquelles on détermine la turgescence des globules par l'addition d'une certaine quantité d'eau au li(iuide qui les charrie (2), et mieux encore par celles dans lescjuelles on donne ensuite une teinte l'action de l'eau et des matifros salines ville 'd),(im considère le noyau comme sur le sang le conluisirent même à ad- étant senlemi'nt le résullat de la coagu- mellie que ces vésicules devaient avoir lalion de la portion centrale de la leurs parois forméesd'une matière inso- luble dans le sérum, ainsi que dans des dissolut ons salines faibles, et avoir li'ur matière colorante renfermée dans l'in- téricur de cette tunique capsulaire. En effet, il constata que la matière colo- rante ne se dissout ni dans le sérum, ni dans les solutions salines, lorsqu'elle est reniermée dans les globules, m.iis qu'elle est au contraire solub!e dans ces menstrues lorsqu'elle a été préala- blement extraite de ces corpuscules par l'action de l'eau. I,a structure vésicnlaire des glo- bules rouges a été mise en évidence d'une manière plus comj)lète encore par les observations de MM. l'révost et Dimias, car ces physiologistes ont vu parfois le noyau central des glo- bules (lu sang (le la Salamandre mis i'i nu par la décliinu-e de lein- enve- loppe {a). Mais ils pensèrent que la tunique de ces corpuscules, au lieu de loger et de proléger la matière colo- rante, était constituée par cette ma- tière elle-même (h). (l)Cetleopininn futadoptéepar IJlu- menbach (c). C'est aussi celle deBlain- masse g.'îlatineuse après la cessation de la vie. Enfin elle a été partagée par M. Donné (e). M. Valenliu, dont l'au- torité est très grande dans les ques- tions de ce genre, admet l'existence du nucléus. mais pense que celui-ci est enveloppé seulement d'une sub- stance molle. (2) Ainsi Hewson avait remarqué que si Ton ajoute une quantité con- venable d'eau à une gouttelette de sang de Batracien placée sur le porte- objet du microscope, on voit les glo- bules non-seulement se gonfler, mais changer de forme et devenir presque sphériques. Or, on comprendrait diffi- cilement ce changemi'ut de forme si le globule était composé d'une ma- tière homogène taillée en disque ellip- tique et dépourvu d'une membrane enveloppante : car alors la masse, en augmentant de volume par suite de son imbibilion d'eau, devrait conser- ver à peu près sa figure primitive ; tandis (|ue, da,;s l'Iiypotlièse de la structure vé>icu!aire des globules, ce phénomène s'explique naturellement par le seul fait de l'élasticité de la (a) Biblioth. univ. de Genève, I. XVll, pi. 3, fit,'. 3. (6) Examen du, sang et de son action dans les divers phénomènes de la vie, pai- MM. l'révost et Diim;\s, loc. cit. (c) IHIimieiibaçli, Institutions physiologiques, Irailuil p;ir l'iiyiiet, 1797, p. 9. {d) Blaiiivillo, Cours de pliysiologie, t. 1, p. ai i. (e) Donné, Thèse sur les globules du sang, 18ol , p. 13. 68 SANG DES ANIMAUX. VERTEBRES. jaunâtre à la vésicule par l'addition de l'iode (l). Lorsqu'on les étudie chez les animaux où ils ont le volume le plus considé- rable, et (ju'on les suit de l'œil dans les petits canaux où ils cir- culent, on les voit s'allonger, se courber quand ils rencontrent un obstacle, puis reprendre tout à coup leur forme première dès que cet obstacle est dissipé; en un mot, on voit (pi'ils sont doués d'une grande élasticité et qu'ils se comportent tout à fait comme le feraient de [)etites utricules ou vessies membraneuses. Enfin l'espace compris entre celte enveloppe et le noyau paraît être occupé par une matière gélatineuse plutôt que par un liquide. Il est aussi à noter que les globules sont d'une texture très délicate et se laissent altérer ou môme détruire par un grand nombre de substances (2). Ils acquièrent facilement de la sorte tunique et de la propension des molé- cules du liquide absorbé à afleclcr une disposition spbérique. Hewson a con- staté des faits analogues en étudiant de la même manière le sang de l'homme {Op. cit., p. 222). (1) On sait que les globules san- guins de la Grenouille et de la Sala- mandre aquatique sont, dans leur état normal, très aplatis, mais se renflent et deviennent presque sphériques par l'action de Peau. Si Ton ajoute de Peau en quantité convenable, ils grossissent alors beaucoup, deviennent de plus en plus transparents, et semblent bien- tôt se détruire en ne laissant que leurs nucléus; mais M. Schultz a constaté que si l'on ajoute alors au liquide qui les baigne de la teinture d'iode, on les rend visibles de nouveau, et qu'alors ils se montrent sous la forme d'une grande vessie {a). On trouve également dans le tra- vail de M. ^^'harton Jones, sur le déve- loppement des globules sanguins , beaucoup de faits qui tendent à éta- blir la slruclurc ulriculaire -de ces corpuscules (6). Je citerai aussi, à l'appui de cette manière de voir, l'au- toiité de Wagner, qui considère les globules comme étant des cellules formées par un tégument ou cyste (c). (2) Les globules du sang se détrui- sent rapidement sous l'influence de divers agents chimiques. Ainsi Fr. Simon a vu qu'ils se dissolvent assez rapidement dans l'huile d'olive {ci), et Magendie avait fait précédemment la même re- marque (e). Si l'on mêle au sang un peu de bile, les globules disparaissent également avec rapidité, et cette action est due essentiellement à la matière que les (a) Schullz, Das System der Circulation, 1836, iii-S, p. 10, tab. i. (6) W. Jones, On tlie ISlood covpnscics {Plùins. Trans., 1820, p. (Ki). (c) Wncfiier, Elem. of Physiol., \'. 2311. (d) Simon, Phannaccutisches CenlvnWlatl, '183;i, p. Ôl'l.— Animal Chemislnj, vol. I, p. dH. (e) Mageiulie, Leçons sur les phénomènes physiques de la vie, 1838, t. IV, p. 371. (GLOBULES KOLGIiS. ^^ une forme rentlée, ou même un aspect tVnmboisé, et des mocli- lications du même genre peuvent se produire dans l'organisme sous l'inlluenee de certains états pathologiques (1). Quant à la structure du nucléus des globules sanguins des vertébrés ovipares, nous ne savons encore ([ue peu de chose. Dans les es[)èces où leur volume est sutlisant pour en rendre l'étude microscopique la(ile, on y reconnaît une apparence tuberculeuse, et les observations de M. Owen sur ces corpus- cliimistes désignent sous le nom de biline. Vr. Simon, qui a fait beau- coup d'expériences sur ce sujet, a vu qu'en présence d'une très petite quantité de ce principe, les globules du sang de la Grenouille perdent pres- que instantanément leur membrane tégumentaire,etque le noyau se gonfle, puis devient de plus en plus trans- parent, et finit par se réduire en sphérules qui sont animées de mou- vements browniens très vifs (a). Hiinereld pense que les noyaux, après avoir résisté pendant un certain temps à l'action de la bile, se résolvent en un certain nombre de corpuscules élémeniaires. Les expériences de Scbultz , de Hiinefeld et de Simon (6) montrent que les globules sanguins sont détruits par l'action d'une petite quantité d'étlier : les noyaux ne sont pas attaqués et restent visibles pendant fort longtemps, quand on opère sur du sang de Crenouille ou de Poisson. Le docteur Cbaumonl,d'Édimi)ourg, a constaté que le chloroforme attaque les globules rouges avec plus de puis- sance ; en agitant une petite quantité de cette substance avec du sang, ce- lui-ci devient transparent par suite de la dissolution de ses globules rouges (c). (1) Ainsi Fr. Simon a trouvé chez \m individu atteint de la maladie de Bright les globules rouges du sang entourés d'une série de petites bosse- lures semblables à des perles (d), et Acherson a attribué cette altération à l'expulsion incomplète de la graisse contenue dans ces corpuscules (c Prévost, de Genève, a constaté que chez les Grenouilles l'abstinence très prolongée détermine des changements dans l'aspect des globules du sang ; la membrane utriculaire de ces corpus- cules paraît irrégulièrement contrac- tée, et ses bords sont comme chif- fonnés ( f). (a) Simon, Animal Chemistry, vol. I, p. \{\. {b) Simon, Op. cit., vol. I, p. HO. (c) Cliaumoni, On the Effecls of CMoroform on Blood (Monthly Journal of Medicine, Edinburgli, 1851, vol. XV, p. 470). (d) Prévost, Note siir les effets produits sur le sang par une abstinence prolongée (Biblioth. univ. de Genève, arcli. des se, 18iS, t. VIT, p. 205). (e) Ueber die geheinmte und gesteigerte .iu/losung der verhrauchten Blutbldschen (Hufe- land's Journal, 181)8, p. 18). (/■) Ueber den physiologischen Nulzcn der Fcttstoffe (Mûller's Arch., 1840, p. 44). 70 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Cilles chez la Sirène laeertifornie tendent à prouver qu'ils se composent de nucléoles ou granules renfermés dans une capsule membraneuse (1). § 11. — En abordant l'histoire de ces globules, j'ai dit que Leeuwenhoek les considérait avec raison comme donnant au sang sa couleiu^ rouge. Cependant, lorsqu'on les observe par transparence et qu'ils sont isolés, ils paraissent au premier abord tout à tnit incolores ; mais cela ne dépend que de leur faible épaisseur, et presque toujours lorsque plusieurs de ces corpuscules sont superposés ou qu'on les examine à l'aide de la lumière réfléchie sur leur surface, on voit qu'ils sont rouges, tandis que le liquide dans lequel ils nagent est jaunâtre. Il est essentiel de noter aussi que, dans les globules nucléoles, la substance rouge n'occupe pas tout l'intérieur de l'ulricule et ne constitue pas le nucléus. Celui-ci est incolore et demeure inalfaqué lorsqu'on dissout dans de l'eau ou dans de l'acide acé- tiipie la partie colorée dont il est entouré ('2). (I) Chez la Sirène, de même que chez lesaiities Bjlracieiis perennihraiiches, les globules roiigi's sont (rès grands, et M. Owen a dislingiié dans le nucléus de ces corpuscules un grand nom- bre de granules ou nuciéuli's doiiés d'un pouvoir réh'ingent considérable. L'existence d'une capsule autour dr. noyau elliptique ainsi consiiiué lui a paru démoairée par l,i double ligne marginale qu'il y apercevait (/). Chez d'autres animaux, par la dessiccation, ainsi que par l'action de divers léactifs, le noyau des globtdes sanguins se divise souvent en plusieurs fragments, et quelques physiologistes en ont con- clu que dans l'état normal ils se com- posent d'un assemblage de petites sphérules. Ainsi M. NicoUicci consi- dère le nucléus comme étant toujours formé de quatre parties ou globules (6). M. J.-A. Mayer a cherché à démontrer une segmentation conîinue du contenu des globules sanguins analogue à ce qui se voit dans l'œuf dans les premiers temps du travail embryogénique ; mais il paraît s'en être laissé imposé par des pliénomènes de déc )mposi- lion et pir la présence d'Infusoires dans le liquide observé \c). ('2) Ouelcjues physiologistes ont cherché à s'éclairer davantage sur la (fl) Owen, On the Blood disks of Sireii Lacertina {Microscojilc Journal and Structural Record, 184-2, vol. Il, p. 73, pi. d, fig. 2). (b) Nicolncci, Osservazioni microscopiche sulla slrullura df.'globetll sanyuini (voyez Miiller's Arch., 1843, berwht, p. 117). (c) Maycr, Das Pliâiloinen der Dolterfurchuncj an deii lilulsphareti (Froriep's iVeite Noli%en, 1840, Bd. XXXVII, p. 179), Globules incolores. GLOBULES BLANCS. 71 §12.— Les globules rouges, que l'on reconuaîl si facilement à leur forme et à leur coulein-, ne sont pas les seuls corpusenles solides que le liquide sanguin tient en suspension. Hewson y a découvert d'autres granules qui sont incolores et qui lui pa- rurent être semblables aux jioyaux des globules rouges (1). Pendant longtemps on les désignait sous le nom commun de globules lijmphatiques^ mais dans ces derniers temps on en a fait une étude plus attentive, et l'on a reconnu qu'il en existe de plusieurs sortes. Les premiers pas dans cette nouvelle voie d'investigation ont été faits par MM. Millier (2), Mandl (3) et Donné (/i;, et à l'exemple de ces derniers micrograpbes, tons les physiologistes distinguent aujourdhui dans le plasma au moins deux espèces de globules incolores que j'appellerai globulins et globules plasmiqves. § 1 3. — Les globulins du sang sont d'une petitesse extrême ; Giobuhns structure intérieure des globules san- guins de riioninie et de divers ani- maux, en soumellant ces corpuscules à raclion de certains réaclifs, et nolam- nient de l'acide acétic|iie. M. Martin Barry, par exemple, a l'ail de la sorle une longue série d'expériences dont les résiliais lui paraissent établir que ces globules sont des cellules renler- nianl dans leiii' intérieur une ])rogé- niture plus ou moins noinbieiise de jeunes cellules (a). Mais les appa- rences qui se produisent de la sorte ne paraissent pas dépendre de l'exis- tence réelle de cellules incluses, et sont piobablemeni les conséquences de la désorganisaiion du conlenu des glo- bules san-iiins et du mode variable de division des matières grasses qui s'y trouvent et y forment des spbérules autour de cliacune desquelles se con- centre une certaine quantité de ma- tière protéique Les faits observés par ce pbysiologiste seraient donc la con- séquence de la formation d'une sorte d'énuilsiondansluitéiieurdu globule, et non l'indice de l'existence de cel- lules organiques dans l'intérieur de ces iilriciiles. (I) llewson's Works, p. 82. Ci) Journal de l'oggemlorff, 1832. et Ann. des sciences nat., lS3Zi, 2' série, t. 1, p. SZi/j. (3) Anatoinie (jénérale. M. Mandl applique à ces granules le nom de uluhuli'S lymphatiques , désignation qui comprend ordinairement toutes les sories de globules blancs. (/l) Donné, Cours de microscopie, i8Uli,p. 85. im!^lVm':7Ti%t "" "''""' ^'^''''" Barry (Pftito.. Trans., 1840, p. 595, pi. 29, «t Globules plasmiqucs. 72 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. ils affeelent la forme de grains arrondis, el chez l'homme leur diamètre n'alieint pas jU de millimètre. Enfin ils paraissent être formés par de la matière grasse entourée d'une couehe même de substanee alliuminoïde solidifiée (1). § l/t. — Les globules plasmiques, auxquels M. Donné réserve le nom de globules blancs^ que M. Mandl appelle globules fibrineux , et que d'autres physiologistes nomment globules lymphatiques ou chijleux^ sont, ehez l'Iiounne, beau- coup plus grands que les globules rouges, et paraissent être composés ordinairement d'une vésicule arrondie , renfermant un certain nombre de petits corpuscules sphériques qui ré- fractent fortement la lumière et qui sont empâtés dans une matière gélatineuse. M. Donné en a reconnu Texistence chez les Oiseaux et les Batraciens, aussi bien que chez les 3Iammi- fères, et ÎM. Wharton Jones les a retrouvés chez les Poissons. Chez riiomme leur diamètre est d'environ j^ de millimètre, et chez les Batraciens, ainsi que chez les Poissons, ils sont encore plus gros (2). Leur nombre est en général peu considérable; mais, (1) M. Kulliker désigne ces corpus- cules sous le nom de granules élé- mentaires [a), et les considère comme étant de même nature cjue ceux du chyle ; ils se voient on grand nombre tontes les fois que des matières grasses sont introduites dans le sang, et ils abondent peu de temps après les repas. Ce sont aussi ces corpuscules que M. Millier a décrits plus anciennement sous le nom de granules lympha- tiques {b). (2) La grosseur de ces corpuscules blancs ne varie pas beaucoup chez les divers Mammifères. .M. Gulliver en a pris les mesures chez un ceilain nombre d'espèces, et a constaté les dimensions suivantes, que j'ai réduites en fractions de millimètre. Chez L'homme, 1/118' Pithecus Satyrus, 1/1 lO"^ Cercopithecus Sabœus, l/lll" llelarclos Malayanus, 1/118* iXasua rnfa, 1/106" Herpestos griseus, 1/153' Felis Caracal, 1/122' — Serval, 1/126' Kquus Caballus,. 1/126' Camelus Baclrianus, 1/132' Mosclius Javanicus, 1/13'i' Capra llircus, 1/127' — Caucasica, 1/126' Los Taurus, 1/118' Peramelos Lagotis, 1/118' (a) Kiilliker, Mikvoskopisclie Anatomic, t. II, p. .%".">. {h) Millier, Siu- le sang {Ann. des se. vat., 183i, 'l' série, t. I, p. 3M). GLOBULES BLANCS. 73 comme nous le verrons par la suite, il varie beaucoup suivant les condilions physiologiques de l'organisme. Ils ne glissent pas à la manière des globules rouges lorsqu'on les place sur une lame de verre pour les étudier au microscope, mais tendent à y adliérer, et, lorsrpie le sang est Iraîchement tiré des vais- seaux d'un animal vivant, on y observe souvent des phéno- mènes de déformation très singuliers ; leur tissu semble être doué de la iacullé de se contracter et de se dilater lentement, à la manière de la substance que M. Uujardin a observée chez les Rhizopodes , et que ce naturaliste a désignée sous le nom de sarcode (1). Ces mouvements ont été constatés d'abord dans les globules plasmicjues du sang de la Raie par M. Wliarton Jones, puis chez l'homme par M. Davaine; et, ainsi que nous le verrons bientôt, ils sont plus fréquents et plus remarquables chez beaucoup d'animaux invertébrés. Enfin M.N. Lieberkùhn, qui vient de faire une étude attentive de ces corps, croit même devoir les considérer comme étant des animalcules parasites, et les assimiler aux Amibes, petits Infusoires dont l'intestin de divers animaux est parfois infesté : mais les arguments en faveur de celte opinion ne me paraissent pas assez solides pour On voit qu'il n'existe, cliez ces di- nîS7nes inférieurs; sur les Rhizo- vers animaux, aucune relation entre la podes, sur les Infusoires appelés Pro- grosseur de ces corpuscules et le dia- tées ou AiiiiLes, et sur une substance mètre des globules rouges. Dans la nommée sarcode {Ann. des se. nat., classe des Oiseaux, le même pliysiolo- 18o5, 'i" série, t. IV, p. o/ioj. giste a trouvé que le diamètre des — Sur la substance ylutineuse cellules plasmiques est plus petit. (le sarcode) qui constitue en yrande Chez le Coq et le Moineau elles ont partie le corps des animaux iufé- ~ ; chez le Corbeau, rr„ ; chez l'An- rieurs, et sur la manière de l'étudier Iruche, ~, , et chez la Cigogne, 7J-7 {Ann. franc, et étrang. d'anatomie, de millimètre. Il leur assigne chez la 1838, t. il, p. 379). Couleuvre p,-, ; chez la (Grenouille 7^, — Sur la substance glutineuse des et chez les Tritons r^ de millimètre. animaux inférieurs pour laquelle a {Notes to W. Hewson's Works, by été proposé le nom de sarcode {Ann. G. Gulliver, p. 'Ih'è.) franc, et étrang. d'anatomie, 1639, (1) Dujardin, Mém. sur les orga- t. Ili, p. 65). I- 10 74 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. que, dans l'état actuel de la science, on puisse l'adopter; et lors même-que quelques-uns de ces corps seraient réellement de la nature des animaux sarcodaires, il n'en faudrait pas con- clure que tous les corpuscules incolores et granulés du sang sont des parasites, car il paraît évident, comme nous le verrons par la suite, que ce sont en général bien réellement des pro- duits de l'organisme (i). Il est aussi à noter que les globules blancs ou cellules (1) En étudiant le sang d'une Uaie, M. Wharton Jones remarqua la for- mation d'une dilatation partielle sur un point de la tunique des globules blancs granulés, et souvent même le passage successif de gramiles inté- rieurs qui du centre des globales pénétraient dans cette expansion; bien- tôt celle-ci disparaissait peu à peu et une aulre dilatation lobiformese mani- festait sur un point dilférent; les gra- nules y entraient, puis elle s'effaçait ; un troisième lobe faisait saillie ailleurs, et ainsi de suite. M. Jones constata des modifications analogues dans les glo- bules blancs du sang des grenouilles vi- vantes et dans le sang de l'homme (a). M. Martin Barry parait avoir ob- servé des phénomènes du même ordre lorsqu'il a cru voir des globules san- guins se couvrir de cils ; mais les mouvements brusques qu'il attribue à l'aclion de ces prolongements étaient dus, suivant toute probabilité, à des courants dans le liquide ambiant (6:. rius récemment, en observant une gouttelette de sang placée entre deux verres, M. Davaine a vu que ces globules blancs, plus volumineux que les globules rouges, ne tardent pas à se fixer, puis perdent leur forme arrondie et donnent ensuite naissance par un des points de leur circonfé- rence à des expansions transparentes qui changent lentement de volume, de forme et de position. Il ajoute que pendant que ces expansions se pro- duisent, se modifient et se succèdent ainsi, d'autres changements s'opè- rent dans l'intérieur des globules où des vacuoles semblent se creuser (c). Dans quelques cas ces changements se sont succédé pendant une demi- heure, et en lisant la description que M. Davaine en donne, on ne peut être que frappé de la ressemblance extrême que ce phénomène offre avec celui de la contractilité et de l'extensi- bilité du sarcode observé par Î\I. Du- jardin chez les iihizopodes. etc. Les recherches de M. Lieberkiihn {d) portent principalement sur le sang des {a} W. Jones, The Blood Corpusclc considered in ils différent Phases of Development {Philos. Trans., \UG, ].. 04, g 7, p. 07, § 2-i, et p. 71, § 58. (b) Martin Barry, On the Corpuscles of the Blood {Philos. Trans., ISiO, p. 51)8, et 1841, p. 227, pi. 22, fi'g;. 104 et 105). (c) Davaine, Recherches sur les globules blancs du sang {Mémoires de la Société de biologie, 1850, t. II, p. 103). ((/) Lioberkiihn, rdirr rsovospermieil {MùWur's Arch. fïir .Mial. und Phys., 1854, p. M, pi. 1). CLOHLLKS BLANCS. Jù {)lasmi({iies ne se e(tm|)oi'tLMit \)x-> de la iiièiiic manière que les globules rouges en présence de certains réaetits. Ainsi l'eau ne les détruit i)as tout de suite, mais les gonde lui peu et ne les dissout qu'à la longue. L'acide acétique concentré les con- tracte sans les dissoudre. Enfin M. Wharton Jones a vu rpie si on les laisse se goniler sous rinfluence de l'eau, et qu'en- suite on les traite par de l'acide acétique étendu, leurs gra- nules sont attaqués et un noyau central apparaît dans leur inté- rieur. § 15. — Cette circonstance a conduit M. Wharton Jones à penser que les cellules granulées dont il vient d'être question pourraient bien être seulement un état particulier d'autres cor- puscules qui tlottent aussi dans le plasma du sang des Poissons et des Batraciens, et qui ne paraissent différer à leur tour des globules rouges que par l'absence de la matière colorante dont ces derniers sont pourvus. Il distingue donc parmi les Poissons et des Grenouilles ; mais il a observé aussi les changemenls lents de forme dansqiielques corpuscules blancs (ou giobuli's lymphatiques) du sans; de l'homme ; el c'est par l'aspect de ces corps qu'il a été conduit ù les considé- rer comme étant des Auiibes, sorte d'Infusoiresdu groupe naturel des Sar- codaires, que l'on rencontre souvent dans les eaux stagnantes, et que les micrographes désignent quelquefois sous le nom de Protées (a). Je dois ajouter que de'jà, en 1841, y], Valentin [h) avait rencontré dans le sang d'un poisson du genre Saumon des corps qu'il a considérés comme étant des parasites semblables aux Amibes. Un parasite observé par Glug dans le sang d'une Grenouille, et rap- porté par cet auteur à ceux trouvés par M. Valentin, avait des mouve- ments vifs, et ne parait pas être de même nature (c). Il me semble très probable que les corpuscules hétéromorphes observés par Mayer dans le sang de la Gre- nouille, du Bombinator et du Triton, étaient des corpuscules de ce genre dont ce physiologiste n'a pas vu les mouvements, mais dont les variations de forme étaient ducs à des phéno- mènes d'expansion sarcodique {d). (a) Voyez Dujardin, Histoire naturelle des Infusoires, p. 220, pi. 1, Cig.il : pi. 3, fig. 20, etc. (fc) Valentin, L'ebcr cm Entmooii iin Blute von Salmo fario (Miiller's .Irc/f., 18il, p. 435, pi. 15, Wg. 10). (f) Ueber ein eigenthûmliches Entosoon im filute des Frosches (Miillor's .4j'cft., 1842, p. 148). {d) H. Meyer, Uebêr eigenthûmlidi qestaltete niutzellen (Mùller's Arch., 1843, p. 206, pi. é. fig. 1-27). 76 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. globules blancs deux sortes de corpuscules : d'une part, les cellules granulées ou globules plasmiques, dont je viens de parler, et d'autre part, les cellules mtcléolées incolores ; eni\n il suppose que les premières sont de jeunes individus de ces dernières qui, en se développant davantage, se chargeraient d'hématosine, prendraient une forme elliptique et devien- draient des globules rouges (1). Le physiologiste que je viens de citer a observé des varia- tions analogues dans le contenu des globules plasmiques ou cellules blanches granulées des Mammifères, lorsqu'on traite ces corpuscules par de l'acide acétique très étendu d'eau; il a vu alors un noyau circulaire se dessiner dans leur intérieur, et en comparant ce noyau aux globules rouges, il a ('lé frappé de leur ressemblance. D'autres faits, qu'il serait trop long d'é- numérer ici , sont venus corroborer le rapprocliement que M. Wharton Jones avait été comluit à établir d'après ces indices, et dans son opinion les globules rouges ou globules sanguins des Mammifères ne seraient autre chose que le noyau des cellules plasmiques devenues libres. Ainsi, d'après cette manière de voir, les globules blancs, ou cellules plasmiques , seraient les jeunes globules rouges des vertébrés ovipares, et ces derniers ne seraient pas les analo- gues des giol)u!es sanguins des Mammifères, mais les organes destinés à les produire. Dans l'état actuel de la science, cette (1) Philos. Tranis., IS'ifi, p. '71. rôle que ce physiologiste leur assigne, M. Wliarlon Jones distingue aussi et j'.ijoiiterai seulement ici que les dans le sang de riioniine, ainsi que observations de M. Don iers et celles dans le sang des Poissons, elc , deux de M. MolescUott ten.lent à établir variétésde cellules granulées incolores, Texistence d'une quatrième espèce de l'une à granulations très Unes, l'autre à globules incolores dont la substance granulations plus grossières. Dans une serait plus homogène (a). prochaine leçon je reviendrai sur le (a) fJonilei-s iind MolesL-lioU, Untevsuchunijeii iibev die Blutkoi'perchen {Hollândische Beitrdge %u deii unatom. und pliysiol. Wissenschaften, IS-iS, t. I, n° 3, p. 360). 77 GLOBULES BLANCS. ' ' théorie ne me semble pas admissible, mais je n'ai pas cru devoir la passer sous silence. § 16.— Depuis quelques années les physiologistes et les mé- decins se sont beaucoup occupés de l'élude des divers corpus- cules incolores du sang , principalement chez l'homme ; mais nous ne savons en réalité que fort peu de chose touchant la nature et les caractères de ces globules; il me paraît bien démontré que l'on confond d'ordinaire sous ce nom des choses qui peuvent être très différentes, et pour les distinguer il faut avoir recours aux réactions chimiques aussi bien qu'à l'obser- vation microscopique (1). Pour le moment, je crois donc inutile de m'arrèter davantage sur leur histoire, et j'ajouterai seulement que ces cellules plasmiques sont un peu plus denses que le (1) Les globules plasmiques nor- maux varient dans leur aspect. Les uns ne présentent dans leur intérieur qu'un seul noyau et ressemblent beau- coup à certains corpuscules du chyle ; d'autres renferment doux ou trois noyaux et ont beaucoup d'analog;ie avec les globules du pus. Coux dont les dimensions sont les plus considé- rables sont rarement aussi granulés que les petits , et leur contenu est souvent assez transparent pour laisser voir les noyaux. Du reste, quand ceux-ci ne sont pas visibles, on peut les mettre en évidence au moyen de l'acide acétique qui dissout la ma- tière granuleuse de ces celhdes; ce réactif attaque ensuite le noyau, y dé- termine une forme irrégiilière, des écbantrures, etc., puis finit par le désagréger et le réduire en quatre, cinq et même six petits corpuscules arrondis. M. Kôlliker pense que les cellules à noyaux multiples résultent d'une modification des cellules à noyau simple dont le nucléus se diviserait comme je viens de le dire (a). M. Bocker établit aussi une dis- tinction entre les globules blancs, suivant la manière dont ils se compor- tent en présence de l'acide cblorliy- drique et de quelques autres réactifs. Les uns seraient les cellules granulées de M. VVharton Jones ou les globules cbyleux de l'auteur; les autres pa- raissent être de vieux globules rouges décolorés ib). Dans l'état pathologique de l'orga- nisme, on renconire parfois dans le sang de Tliomme d'autres espèces de globules, savoir : 1" Des cellules ou sphérules qui renferment un ou plusieurs globules rouges du sang, en général plus ou (a) Kôlliker, MUiroskojiische Anatomie, 1852, B(1.1I,p. 57(5. (6) Bôclier, Veber die verschiedenen Ai'ten und die Bedeutung der gewôlktm (farblosen) Blut- kôrperchen [Arch. (lir physiul. Heilk., StuUgaii, 1851 , p. 575), 78 SANG DES ANIMAUX VEHTÉBRKS. sériiui , mais que leur pesanteur spéeilique est aïoins grande (jue celle des globules l'ouges; de sorte que lorsque tous ces corpuscules se déposent lentement par le repos dans le sang moins altérés et qui ont été obser- vés dans la rate, le foie, etc., par M\l. Ecker(a),Kuliiker^6),Gerlacli(c). Sanderson [d) et quelques autres phy- siologistes. 2° Des cellules granulées pig- mentaires décrites par M\I. KoUi- ker, Ecker, II. .Meckel, Virchow, Kunke, etc., et trouvées principale- ment chez des malades atteints de fièvres intermittentes et (ralTections de la rate {e). o° Des sphérules ou amas de ma- tière finement granulée et observés dans le sang de la veine splénique par Funke. h" Des corpuscules à couches con- centriques, trois ou quatre l'ois plus gros que les globules incolores ordi- naires, semblables à ceux du lliymus, et trouvés par M. Hassal dans un caillot librineux du cœur if). 5" Des cellules semblables aux cor- puscules du pus, et à noyau simple. On les trouve mêlées à beaucoup de noyaux libres, et on les a observées en abondance chez des personnes alFectées de tuméfaction de la rate ou des ganglions lymphatiques. Le doc- teur Cliaumont, d'Edimbourg, a trouvé qu'en présence d'une certaine quan- tité de chloroforme, ces globules inco- lores se modifient de la même manière que sous l'influence de l'acide acétique, et laissent voir un noyau divisé en deux ou trois parties, caractère qui les rapproche des globules du pus et les dislingue des globules blancs ordi- naires qui ne sont pas attaqués par le chloroforme, tandis que les globules rouges sont dissous (y). 6" Des cellules pâles, granulées ou pigmentaires, qui sont pourvues de prolongements cau.liformes, et qui ont été décrites par M. Virchow, Cor- van, etc. (/(). On rencontre parfois aussi, dans le sang à l'état pathologique, des fila- (a) Ecker, lleber die Verniuleningen,tvelche die BlutkiJrperchen in der MHz- erleiden {Zeitschr. fur ration. Medicin, 1847, t. VI, i>. 261). (b) Kollikcr, Ueher den Ban und die Verrichtungen der MHz {miheilung der Zilricher natur- fovschenden Gesellschaft, 184").— Art. Spleen fTodd's Cyclopmdia ofAnatomy, vol. IV, p. 782). ic) Gerlach, ['eber die Bluthôrperchen enthaltenden Zellcn der Mili {Zeitschr. fur ration. Me'dic, 1849, l.VU, ]>. 1',). ((/) Sanderson, On tlie .Metamorphosis of the Coloured Blood Corpuscles and their Contents in Extravasatedand Stagnant Blood {Edinburgh Monihbj Journal of Médical Science, 1851 , vol. XIII, p. 21(1). (e) Virchow, Zur palholog. Phiisiol. des Bluts (.Urhiv fur pathol. Anat., Bd. II, p. 587, etc.). Fiinko, Ueber das Milzvenenblut [Zeitschr. fur ration elle Medicin, 1851, Bd. II, p. 172). Planer, Ueber das Vorkommen von Pigment im Blute {Zeitschr. der Gesellschaft der .ierxte zii Wien, 1854, Bd. I, p. 127). {/■) Voy. Henle, Veber Hassall's Concentrische Korperchen d;s Blutes {Zeitschrift fiir ration. Medic, 1849, Bd. VII, p. 411). (;/) Chaumoni, Action of Chloroform on Blood Globules [Edinb. Monthly Journ. of Medic, 1853, vol.' XVI, p. 470). {h) Virchow, loc. cit. — Oowan, Case of Choiera, in ifhich the Blood was Remarkably Altered {Edinb. Monthly Journ. of Medic., 1854, vol. XIX, p. 249). (.LOBILES BLANCS. 79 défibriné, ils formeiil une couche "risâtre entre ces derniers et le liquide séreux qui surnage (1). 11 est aussi à noter que ces globules incolores sont particu- lièrement abondants dans le sang de la rate ("2), et que dans certains états pathologiques de l'organisme la quantité de ces corpuscules augmente à un tel point, que parfois ce liquide prend un aspect laiteux (3). Dans rétat normal de l'organisme , ces corpuscules blancs ments formés par de la fibrine coa- bules blancs deviennent beaucoup gulée (a), des pellicules de la même plus abondants peu de temps après substance (6), et des lamelles d'appa- les repas, ainsi que nous le verrons rence épidermique (cj; mais ces corps plus en détail dans une des prô- ne sont pas au nombre des matériaux chaînes leçons, normaux de ce fluide, et par consé- (3) Cette altération remarquable du quent ne doivent pas nous occuper sang, que l'on désigne aujourd'hui ici. Des flocons fibrineux paraissent sous les noms de leuknnic, de leuco- être assez communs dans le sang cythémie, etc., a été observée à peu de quelques animaux, et notamment près en même temps à Berlin par des Lamproies [d). M. Vircbow, et à Edimbourg par (Ij Donné, Cours de inicroscopie, M. Bennett, chez des malades affec- p. 8ù. tés d'hypertrophie de la rate. On l'a (2) Voy. Kolllker, loc. cit. — Vir- rencontrée aussi dans des cas d'hy- chow, Gesamm. Abhandl. zur tris- pertrophie des ganglions lympha- sensch. Med., 1855. tiques, de cancer, etc. La plupart de H. Gray, On the Structure and ces cas se trouvent reproduits et dis- Use of the Spleen. London, 185/i. cutés dans les ouvrages des deux pâ- li est aussi à noter que certains glo- thologistes que je viens de citer (e). (a) KoUikcr, Mikroskopische Anatomie, Bd. II, p. ô'S. (b) Nasse, Ueber die Form des geronnenen Fasersioffs {UuWcr's Arch. filv Anat. und Phys., 1841, p. 439). (c) Lcberl, Physiologie pathologique, 4 845, t. I, p. 44, pi. 1, fig. ii. Dondtrs, Xederlandsch Lancet, 18.">0, p. 30. (d) Maver, Ueber freie Primitiiiasem im Blute {Froriep's Neue Notizen, 1841, Bd. XVIII, p. 41). {e)\\vcUo\-i, Zur pathologischen Physiologie des Blnts {Arch. fiir Pathol, Anat. und Phys., 1853, Bd. I, p. .^)4"; Bd. II, p. 587; Bd. V, p. il.— Zur Gcschichie der Leukamie {Op. cit., Bd. MI, p lÙ.-~- Gesammelte .ibhandlungen iur wissenschaft. Med., iii-8. Francfort, 1855, I, p. 449. BenneU, Leucocythemia, or Whitc Cell Blood in Helatioii to the Physiology and Pathology of the LymphaticGlandutous System, m-S.Edwhmsh, 185'i. Voyez aussi Uhle, Ein Fait von Uenaler Leukœmie {.irch. (iu- pathol. Anat., I8oJ,Bd. V, p. 3-i6). Dans ce cas les cellules plasmiques paraissaient être aussi nombreuses que les globules '""oreisinirer, Zur leukœmie und Pydmie (.irch. fur path. .\nat., 1 853, Bd. V, p. 391). Ce patho- logiste a rcmarciuL' que- chez un individu dont le poumon .Hait hepatisé en partie, les cellules plasmi- ques étaient beaucoup plus nond.rcuses dans le sang des cavités droites du cœur que dans le ventri- cule gauche ; tandis que chez un individu dont les poumons étaient dans l'état ordinaire, la proportion de ces corpuscules blancs était la même des deux côl.'s du cœur. L'auteur attribue la différence 80 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS, ne jouent qu'un rôle très secondaire daus la constitution du sans des aniuiaux vertébrés , et ce sont les globules rouges qui donnent à ce fluide ses propriétés les plus remanjuables. Quelques auteurs pensent qu'il faut assimiler tous ces corpuscules à des vésicules inertes analogues aux bulles que l'eau savonneuse constitue autour des sphérules d'air, et que la tbrination en serait due à des réactions chimiques seulement. Ainsi Acherson les considère comme étant le résultat de l'action chimique exercée par des gouttelettes de graisse sur les matières protéiques du sérum (1). Mais cette manière de voir me paraît inadmissible. Quoique je ne puisse pas développer aujourd'hui les raisons qui militent en laveur démon opinion, je crois donc devoir au moins l'énoncer et dire que tous les faits les mieux constatés me sem- blent montrer que les globules du sang ne sont pas de simples concrétions inertes de matière animale résultant d'une sorte de précipitation ou de coagulation sphéroïdale ; que ce sont au contraire des parties vivantes ; des utricules qui s'accroissent et se modifient dans leur structure par les progrès de l'ûge, qui sont le siège de phénomènes pljysiologiqiies, et qui doivent être considérées comme autant de petits organes doués d'un genre d'activité spéciale. Nous verrons i)lus tard que les instruments à l'aide desquels les animaux produisent la bile, la salive, (Ij Acherson, Recherches sur der Fettstoffe ( IMiillcr's Arch. fur l'usage physiologique des corps gras, Anal., 1H/|0, p. /li). et nouvelle théorie de la formation Je revieiuliai sur ceUe question en des cellules à l'aide de ces corps traitant du mode de développement {Compt. rend., 1838, t. Vil, p. 837). des globules du sang. — Ueber den physiolo'jischen Nutzen observée dans le premier cas à une stase des cellules blanches dans les capillaires du poumon, déter'- minée par leur viscosité. Lcudet, llisloire et critique de la leukémie, etc. (Gaxelte hebdom. de méd., 1855, t. II, p. 5'25). Sclireiber, De Leukœmla. Diss. inaiig., 1854. Hischl, Ueber einen Fall von Leulidmie (Virchow's Arch. fur path. Anat., 4855, Bd. VIFI, p. 353). J. Vofrol, Ein Fall von Leukâmie, mil Vergrosserung der MHz und Leher (.4/r/i. fur pathol. Anat., 1851, 15d. III, p. 570). Vidal, De la letieocythémie spléniqiie {Gazette hebdom. de méd., 1856, t. III, p. 99). GLOBULES BLANCS. 81 riirine ou le sperme, se composent esscntiellemciii d'iiliiciilcs ou cellules vésiciilaires, dans l'intérieur desquelles siège le tra- vail de sécrétion qui donne naissance à ces produits. Les glo- bules du sang me paraissent être des utricules de même nature qui, an lieu d'être réunies entre elles pour former des lamelles, des tubes ou des masses compactes, sont restées disjointes et flottent librement dans le liquide nourricier. Ce sont, comme je le montrerai plus tard, des organes élémentaires ou orga- nites, et c'est à cause de la vitalité dont ces corpuscules sont doués que l'on peut dire avec raison que le sang est une matière vivante (i). (1) L'idée que le sang est une ma- tière vivante a été émise depuis long- temps ; on la trouve dans les écrits de Harvey («), et Hunter l'a soutenue avec talent (6) . Depuis lors elle a été adop- tée par quelques auteurs, mais repous- sée par le plus grand nombre, parce qu'il leur était difficile de concevoir l'existence d'un liquide vivant. Mais en la restreignant comme je le fais ici aux globules du sang, ces difficultés n'existent plus, cl les arguments dont on s'est servi pour la combattre me semblent de peu de valeur. Ainsi, M. Gulliver objecte que le sang peut être gelé sans perdre sa coagulabilité. En effet, llewson a constaté ce fait (c), ainsi que Hunter {cl}, et M. J. Davy a pu répéter cette expérience de la con- gélation à deux reprises sur le même sang, sans l'empèclier de se coaguler après qu'on l'eut laissé dégeler pour la seconde fois. Mais cela ne prouve rien contre la vitalité des globules san- guins, ni même contre l'opinion que cette vitalité se conserve tant que la fibrine plasmique est à l'état liquide ; car on sait également bien que la con- gélation n'est pas toujours une cause de mort dans les tissus qui en sont frappés, et que parfois l'organisme tout entier résiste à celte cause de destruction. Ainsi Bonnet a vu des larves d'insectes revenir à la vie après avoir été congelées, et le célèbre chi- miste Humphry Davy a observé le même fait sur des Sangsues (e). L'argument contre la vitalité du sang, tiré de la propriété que possè- dent les alcalis et divers sels d'empê- cher la coagulation du sang, n'a pas une valeur plus grande ; car dans ces cas on détermine la formation de com- posés protéiques nouveaux, qui sont solubles, et leur fluidité ne dépend pas, comme celle de la fibrine plastique, d'une influence physiologique. Mais, tout en attribuant une vitalité obscure aux globules du sang, il faut bien se garder de supposer ces orga- (a) Hancy, De gcner. exercit., 5i et 52 (Op. omn., p. 388 à 398). (h) Traité sur le sang {Œuvr. de J. Hunter, (nul. par Richclot, t. III, p. US). (c) Ilowson, Op. cit., p. n, etc. ((/) Huilier, Op. cit., t. ni, p. 130. (e) Voy. J. Davy, llcsearvhcs, l'husioloyical and .\natoinical, I. H, p. l'2[. I. 11 ^2 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. En terminant cette leçon , je rappellerai que les indications micrométriques relatives aux globules sanguins, dont je me suis borné à citer les plus importantes, se trouvent consignées dans les tableaux ci-joinis. niles doués de facultés que la plupart des tissus vivants de l'organisme ne possèdent pas, et de les croire suscep- tibles de se mouvoir spontanément (a). Parfois on y voit, il est vrai, non- seulement les phénomènes de con- traction et d'expansion sarcodiques dont j'ai déjà fait mention, mais aussi des mouvements de va-et-vient, une sorte de locomotion qui en a imposé à quelques observateurs. Ces mouvements sont quelquefois si marqués, qu'il m'a été impossible d'obtenir par la photographie des images nettes des globules tenus en suspension dans un liquide, tandis que desséchés sur une lame de verre, ils me donnaient dans les mêmes condi- tions des épreuves très belles. Mais l'observation attentive de ces phéno- mènes m'a convaincu qu'il n'y a là rien de vital, et que c'est seulement le résultat soit de courants déterminés par réchauffement inégal des diffé- rentes parties du liquide ambiant, soit de courants endosmotiques établis entre ce liquide et l'intérieur des glo- bules, soit enfin quelque chose d'ana- logue à ce que Dutrochet a appelé l'épipolisme. (a) Emmerson and Reader, On a Peculiar Motion observed in the Globules of the Blood (Edinb. Medic. and Stirg. Journ., 183G, t. XLV, p. 358). Hawley, Vital or Self-moving Power in Dlood {Edinb. Med. andSiwg. Journ., t. XLVI, p. 305). I^appenheim, De cellularum sanijuinis indole ac Vita, Berol., 1841 (Milliers Arch., I8ii, Berichtf p. 75). Mayer, Das Phcinomen der Dotterfurchung an dm BlutspMren (Froriep's NeueNotizen, 1840, Bd. XXXVII, p. 179). DIMENSIONS DES bLOBULES. 83 TABLEAU NM. Plnieu^iODS des globules rouges du sang des animaux vcrtObrés, Ces mesures doivent ôtre considérées comme de simples approximations, et il ne faut pas attacher beaucoup d'importance aux différences qu'elles accusent, lorsque celles-ci sont très légères, 2 ou 3 centièmes de millimètre par exemple; car les chiffres réunis ici sont des moyennes obtenues par un nombre assez restreint d'observations, et doivent nécessairement varier un peu, selon que le hasard aura amené sous l'œil du micrograplie une proportion plus ou moins forte de globules gros, petits, ou moyens. Celte comparaison doit être faite avec plus de réserve encore lorsqu'il s'agit de mesures prises chez diffé- rents animaux par deux ou plusieurs observateurs. En effet, pour les mesures micromélriques, comme pour les observations astronomiques, il existe des dif- férences constantes qui dépendent de la manière dont chaque observateur pro- cède dans les opérations qu'il effectue, et ces différences, que les astronomes appellent les erreurs personnelles, varient ici suivant que le micrographe a l'habitude de prendre ses mesures en dehors, sur ou en dedans du contour apparent de l'objet, et suivant qu'il emploie tel ou tel procédé de mensuration. Par exemple, toutes les dimensions données par MM. Prévost et Dumas et par M. Schmidt de Dorpat me paraissent être un peu trop faibles, et celles fournies par les recherches de Wagner, de Gulliver, ne sont pas identiques avec les esti- mations publiées par M. Jlandl. Ainsi le diamètre des globules du sang humain est évalué à :^ de millimètre par MM. Prévost et Dumas, ^tt pai' M- Mandl, et ■— par M. Gulliver. M. Mandl a cherché à corriger les chiffres présentés par ses devanciers en considérant comme d'égale valeur l'estimation variable du diamètre des globules du sang de la Grenouille par les divers observateurs, et en l'employant comme unité de mesure pour y rapporter les estimations faibles chez les autres animaux {Anat. microscop., Mém. sur le sang, p. 10). Il me parait évident que ces corrections ne sont pas toujours suffisantes, et que par- fois elles seraient nuisibles: il était peut-être utile d'y avoir recours lorsque la science ne possédait que peu d'éléments comparables entre eux; mais aujour- d'hui que, grâce aux travaux de M. GulUver, on a une longue série de mesures prises de la même manière, il me semble préférable de négliger les données, en petit nombre, qui paraissent èu-e en désaccord avec l'ensemble des faits, et de ne placer en regard que les résultats qui sont réellement comparables entre eux. J'ai déjà dit quelques mots des procédés employés pour mesurer les globules (page liS ) ; j'ajouterai ici que la manière la plus commode de les préparer pour les observations de ce genre consiste à placer une gouttelette de sang sur la lame de verre employée comme porte-objet, et à secouer fortement celle-ci. Hfi SANG DES ANIMAUX VERTEBRES. afin crôlcndrc le liquide en une couche aussi mince que possible et à le faire sécher très rapidement. On sait, parles recherches de M. Schmidt (a), que les globules ne sont pas notablement altérés dans leur diamètre par TclTet de cette dessiccation rapide, et la petite cause d'erreur qui peut en résulter est largement compensée par les avantages résultant de l'immobilité des globules ainsi collés sur le porte-objet et par la facilité avec laquelle on les conserve. J'ai reçu ainsi en très bon état des échantillons du sang d'un axolotl péché dans le lac de Mexico par un de mes jeunes amis (M. M. de Saussure), et je crois devoir conseiller aux voyageurs de se servir de ce procédé si simple pour recueillir du sang des Poissons, des Reptiles et des autres animaux exotiques dont nos ména- geries sont rarement pourvues. Afin de rendre ces évaluations plus faciles à comparer, je les ai réduites toutes en fractions de millimètre. Dans le tableau ci-joint, les espèces dont le nom n'est pas suivi d'une lettre initiale sont celles dont les globules ont été mesurés par IM. Gulliver; l'origine des autres chiffres est spécifiée par une indication de ce genre : D. =J. Davy, Ann. and. Mag. of Nat. Hist., I8/16, vol. XVIH, p. 56. E. = Alph. M. Edwards, Ann. des se. nat., 1856, t. V. M, = M. Mandl, Anatomie microscopique, V. II. = M. Van der Hoven , Tijdschrift for Natuurliske Geschiedenis en Physiologie, ISùl, VIII, p. 270. W. = M. Wagner, Vergl. Phys. des Blutes, Bd. I, p. 32 ; Ed. II, p. 13. g I. — Globules cîreialaÎE'os. MAMMIFÈRES. Hommo 1/1 20 Quadrumanes. Singes de l'ancien monde. Maximum, 1/132. — Minimum, 1/140. Simia troglodyles 1/134 rilliccus salyrus 1/133 Hylobates Hûoloclv 1/132 H. Icucogenys 1/135 H. Rafflcsii 1/139 Scmnopithocus moiia 1/138 Cercopithecus mourus 1/130 C. sak-eus 1/132 C. fuliginosus 1/129 C. ruber 1/134 C. pilealus 1/140 C. pygerytlirus 1/134 C. pctauiista 1/137 C. srisco-viridis 1/135 C. xlliiops 1/130 Macanis radialus 1/140 M. Rhcsus 1/135 M. niger 1/140 M. cynomolgus 1/134 M. Silenus 1/134 M. nomcstrinus 1/137 M. sylvanus 1/131 M. mclanotus 1/133 Cynriccphalus Anubis 1/130 C. leucophaeus 1/140 Singes d'Amérique. Maximum, 1/130. ■ — Miiiiuinm, 1/140. Aleles subpentadactylus 1/142 A. ater 1/141 A. Belzebutli 1/140 Cebus Apella 1/130 C. capucinus 1/130 Callithrix sciureus 1/140 Jaccluis vulgaris 1/143 Midas Rosalia 1/138 Lémuriens. Maximum, 1/130. — Minimum, 1/175. Lemiu" albifrons ~ 1/150 [a] Sclimidt, Die Diagnoslik verddMiger Ficelé in Criminalfdllcn. Milan, 1848. DIMENSIONS DES GLOBULES. 85 L. catia L. anjuancensis L. nigrifions Loris tardlgradus L. gracilis 1/153 1/157 1/175 1/145 1/136 Chéiroptères. Maximum, 1/14G. — Minimum, 1/170. Vcsporlilio mûri nus V. noctula V. fiipislrellus F'iccolus auritus 1/140 1/173 1/170 1/17C Insectivores. Maximum, 1/161. — Mininumi, 1/187. Talpa enrnpaea Erinaceiis europœus Sorex lelracrouurus 1/1 S7 1/101 1/181 Rongeurs. Maximum, 1/125. — Minimum, 1/108. Pleroniys nitidus P. volucella Sciurus vulgaris S. niger S. maxinius S. cinercus S. capistratus S. palmariim S. Listcri Arclomys pruinosus A. empêtra Dj-pus œg^yplius Mus giganteus M. decumanus M. rattus M. musculus M. sylvaticus M. messorius M. .\lcxandrinus Arvicola auipliibia A. riparia Ondatra zebethica Hisirix cristata Erithizon dorsatum Synetheris prehensilis Capromys Fournieri Myopotamus coypus Castor fiber Cavia cobaya Dasyprocta aurata D. Acoucbi Cœlogcnys subnigrr Hydrochœrus capybara Lepiis cuniculiis L. timidus 1/149 1/153 1/157 1/151 -1/150 1/157 1/155 1/151 1/155 1/137 1/138 1/104 1/153 1/154 1/147 1/150 1/151 1/108 1/153 1/145 1/105 1/140 1/13:> 1/133 1/135 1/137 1/1 3a 1/131 1/139 1/151 1/149 1/137 1/135 1/142 1/140 Edentés. Bradypus didactylus Dasypus sexcinctqs D. villosus 1/113 1/13G 1/130 Carnivores. Maximum, 1/120. — Minimum, 1/225. Ursus mariliraus U. arctos U. americanus U. americanus \ar. U. ferox U. labiatus Mêles vulgaris Arctonyx collaris Helarctos malayxanus Mellivora capensis Procyoïi lalor Nasua fusca N. ru fa Basaris asluta Cerccoleptis caudcvolvuliu Canis familiaris C. dingo C. vujpes C. fulvus C. argenlatus C. cinereo-argenleus C. lagopus C. aureus C. mesomelas C. lupus Lycaon tricolor Hyœna vulgaris H. crocuta Felis Ico F. coucolor F. unicolor F. tigris F. leopardus F. jubata F. pardalis F. doniestica F. bengalensis F. caracal F. cervaria F. serval Galictis vittata Herpestes grisous H. javanicus H. Smithii Paradoxurus leuconiystax P. bondar P. binotalus P. Pallasii Viverra civella V. tigrina Mustella zorilla M. furo M. vulgaris /152 /140 /145 /149 /140 /140 /155 /143 /140 /150 /15G /149 /152 /159 /t80 /139 /133 /104 /154 /153 /148 /153 /152 /143 /142 /149 /148 /l 49 /170 /175 /170 /105 /170 /l 00 /182 /173 /174 /185 /1(!0 /1C2 /104 /183 /189 /no /l(i7 /225 /1S3 /210 /l 08 /2H /108 /103 /105 86 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. M. pulorius 1/104 Marsupiaux, l,utra vulgaris 1/138 Phoca vitulina 1/129 Maximum, 1/135. — Minimum, 1 /ICO. Pachydermes. Didelphys virgineana Dasyurus viverrinus 1/140 1/100 Maximum, 1/1 OS. — Minimum, 1/177. D. Maugei 1/159 Eleplias indieus Rliinoceros indicus Sus scrofa S. bal)yroussa Dicolylis torquatus Tapii'us indieus 1/108 1/148 1/100 1/170 1/177 1/157 D. ursinus Peramelcs lagotis Hypsiprynmus setosus Macro|ins Bennettii M. ocydromus M. Derbyanus Halmaturus Billandieri 1/139 1/153 1/157 1/139 1/135 1/134 1/142 1/142 1/151 1/145 1/144 Equus caballus E. asinus E. Burehcllii E. hcniioniis 1/181 1/157 1/171 1/174 Phalangisla vulpina P. nana P. fuliginosa Petaurista sciurus Ruminants. Phascolomys Wombat 1/13G MONOTRRMES. Maximum, 1/155. — Minimum, 1/483. Mosclius javanicus 1/483 Ecbidna hystrix 1/130 M. Stanlcyanus 1/420 Cervus Wapiti 1/103 g II. — Gloltulcs clliptîfiues. C. hippela)ihus 1/149 C. axis 1/200 MAMMIFÈRES. C. dama 1/100 C. alces 1/155 G. barbarus 1/189 Camelus dromedarius 1/128 1/233 C. elaphus 1/170 1/199 C. bactrianus 1/123 1/231 C. macrourns Auchenia Vicugna 1/140 1/253 C. mcxicanus 1/203 A. Paco 1/132 1/247 C. marlial 1/200 A. lama 1/132 1/247 C. poreinus 1/212 C. Reevesii 1/249 OISEAU.X. C. caprcohis 1/204 C. virginoanus 1/198 Grand diamètre : Max. 1/59. — Min , 1/105. Antilopa cervicapra 1/201 A. Dorcas 1/193 Petit diamètre : Max., 1/110. —Min , 1/158. A. Gnu 1/189 A. Sing-sing 1/202 Rapaces. A. Pliilanloniba 1/201 A. picla 1/192 Diur7ies. A. bubalis 1/220 Camelcopardalis girafa 1/180 Gypaëtns barbalus 1/75 1/135 Capra caueasica 1/270 Calhartcs iota 1/74 1/145 C. Iiircus 1/250 Sarcorampbus gryphus 4/70 /1153 C. hircus var. 1/253 S. pupa 1/71 1/140 Ovis musmon 1/190 Vultur auricularis 1/72 1/130 0. arics 1/209 V. fulvus 1/72 1/133 0. lragcla|ihus 1/211 V. Kolbii 1/70 1/131 Bos taurus 1/108 V. leuconolus 1/71 1/135 B. taurus var. 1/1 80 V. angolcnsis 1/00 1/124 B. bison 1/100 Polyborus vulgaris 1/72 1/140 B. bubalus 1/181 Buleo \ulgaris . 1/73 1/145 B. caflVa l/iS7 P. lagopus 1/73 1/145 B. frontalis 1/109 Aquila chrysaulos 1/71 1/143 B. syllietanus 1/100 A. Boneilii 1/73 1/142 A. fucosa 1/73 1/137 CÉTACÉS. A. Ghoka 1/72 1/145 llelotarsus fypicus 1/74 1/130 Deliiliinus pliocœna 1/150 llaliaelus albicilla 1/72 1/133 Balicna boops 1/122 H. leueocc'phalus 1775 1/133 DIMENSIONS DES GLOBULES. 87 H. aguia 1/71 1/141 A. iHinctulaiia 1/84 1/163 Falco percçcrinus 1/75 1/152 Cardinalis Dominicana 1/84 1/143 F. tinnuiiculus 1/74 1/137 G. cucuUata 1/84 1/143 F. subbuleo 1/72 1/138 Ploceus Icxlor 1/88 1/180 F. rufipcs 1/79 1/149 Vidiia paradisœa 1/79 1/147 Milvus vulgaris 1/78 1/145 Loxia coccothraustes 1/81 1/149 Gypogcranus serpcntariiis 1/68 1/130 L. curvirostra 1/93 1/157 L. cnucleator 1/89 1/161 Nocturnes L. javcnsis 1/90 1/145 L. Aslrild 1/90 1/187 Otus bracliyotUâ 1/70 1/160 L. cœrulaîa 1/90 1/147 0. Yulgaris 1/72 1/133 L. Malacca 1/93 1/104 Buho maxinnia 1/G8 1/140 Dolichonyx oryzivorus 1/94 1/164 B. virginianus 1/72 1/157 Sturniis viilgaris 1/84 1/153 Syrniiim aluco 1/70 1/150 S. praîdatorius 1/84 1/164 Strix flammea 1/73 1/147 Molotlu'us scriccus 1/84 1/179 S. passerina 1/76 1/140 Corvus corax 1/77 1/157 Surnia nyctca 1/61 1/159 G. frugilegus 1/74 1/120 G. nionedula 1/88 1/164 Passereaux. G. pica 1/77 1/132 Gracula roligiosa 1/82 1/104 Deîitirostres. Fregilus graculus 1/83 1/177 Garrulus pileatiis 1/80 1/100 Lanius excubitor 1/79 1/209 G. glaiidarius 1/81 1/152 Vanga deslniclor 1/80 1/153 G. cristatus 1/80 1/139 Mucicapa grisola Merula vulgaris 1/86 1/83 1/164 1/167 Nucifraga caryocataccs Barila tibicen 1/74 1/83 1/125 1/153 Turdus niusicus 1/87 1/103 Coracias garrula 1/79 1/137 T. migratorius 1/91 1/103 T. canosus 1/90 1/153 Tênuirostres. T. viscivorus 1789 1/157 Orphciis polyglottis 1/88 1/147 Trochilus (Sp ?) D. 1/105 1/158 0. ru fil s 1/88 1/143 Sitia curopa;a 1/87 1/101 Motacilla alba 1/86 1/141 Gerthia familiaris 1/91 1/137 Sylvia pbragmites 1/79 1/140 Philomcla luscinia 1/74 1/173 Syndactyles. Accenlor niodiilaris 1/92 1/157 Erythaca nibccula 1/90 1/163 Alcedo hispida 1/83 1/145 Curruca atricapilla 1/90 1/163 A. gigantea 1/83 1/140 Roguliis cristatus 1/90 1/163 Troglodytes europceus 1/93 1/163 UHiMPEURS. Fissirostres. Piciis niinor 1/85 1/153 Guculus canorus 1/75 1/148 Hirundo nistica 1/84 1/157 Psittacus orytliacus 1/75 1/157 H. iirbana 1/85 1/157 P. albifrons 1/76 1/145 Cypselus apus 1/78 1/151 P. Augustus 1/82 1/142 P. amcricanus 1/83 1/150 Conirostres. P. Rcgulus 1/80 1/149 P. Dufresnii 1/89 1/133 Alauda arvensis 1/84 1/1 02 P. amazonicus 1/71 1/150 Parus cœruleus 1/90 1/162 P. leucocephalus 1/81 1/147 P. caudatus 1/84 1/180 P. badiceps 1/85 1/142 Embcriza citrinella 1/90 1/157 P. mcnstruus 1/83 1/140 E. cristata 1/91 1/160 P. niolanocephalus 1/79 1/153 Plectropbanes nivalis 1/N.l 1/187 P. mitratus 1/80 1/153 Fringilla cœlebs 1/89 1/103 Psiltaciila cana 1/82 1/104 F. Cbloris 1/88 1/142 P. Pullaria 1/85 1/153 F. araandava 1/89 1/189 Tanygnathus niacrorliynchus 1/83 1/153 F. cyanea 1/85 1/147 Pala3oriiis Alexandri 1/84 1/153 Linaria niinor 1/95 1/190 P. lori(uatus 1/86 1/153 Pyrgita domestica 1/84 1/138 P. bungalonsis 1/89 1/157 P. simplcx 1/89 1/157 Trichoglossus capistratus 1/87 1/153 Amadina fasciala 1/79 1/172 Psitlacara Icpturliyncha 1/82 1/155 88 SANG DES AKIMAUX VERTÉBRÉS. r. Murina 1/84 1/159 P. colcliicus 1/85 1/144 P. Palaclioiiica 1/83 1/157 Gallus domeslicus 1/83 1/136 P. viiidissima 1/80 1/165 Meleagris gallopavo 1/80 1/142 P. solstilialis 1/84 1/157 Numida Rcndallii 1/81 1/174 P. viresccns 1/83 1/163 Perdrix longirostris 1/81 1/149 Lorius domiccllus 1/82 1/103 P. Bonliami 1/78 1/129 L. ceramensis 1/83 1/157 Francolinus vulgaris 1/83 1/159 L. amlioinensis 1/80 1/163 Coturnix Argoondah 1/92 1/136 E. coccineus 1/85 1/157 Olryx virginlanus 1/87 1/157 L. sinensis 1/83 1/145 0. Neoxyemus 1/80 1/151 Nymphiciis Novœ-Hollandiœ 1/85 1/104 Tetrao urogallus 1/88 1/151 Platycercus nigei' 1/84 1/153 T. elrix 1/92 1/147 P. Pcnnantii 1/81 1/156 T. caucasica 1/76 1/130 P. pacificus 1/81 1/103 Tinaniiis rufescens 1/69 1/181 P. cximius 1/87 1/153 P. flaviventris 1/83 1/153 P. Vasa 1/81 1/153 ÉCHASSIER 5. P. scapulatiis 1/80 1/159 Macroccrus Illigcri 1/75 • 1/170 Struthio camelus 1/66 1/H8 M. Araranga 1/77 1/103 Rhea americana 1/75 1/119 M. Macao 1/75 1/188 1/149 Casuarius javanicus 1/59 1/110 M. soveriis 1/85 Droraaius Novœ-Hollandiœ 1/67 1/119 Plyctolophus Eos /^ïldicnemus crepitans 1/85 1/157 P. sulfureus Vanellus crislalus 1/78 1/130 P. rosaceus Hœmalopus ostralegus 1/75 1/157 P. galeritus Dicbolophus crislalus 1/74 1/133 P. Pliilippiriorum Psophia crepitans 1/74 1/137 Antbropoides virgo 1/74 1/148 Gallinacés. A. Stanlcyanus Balearica pavonina 1/75 1/74 1/129 1/145 B. Regulorum 1/73 1/137 Pigeons. Ardea cinerea 1/75 1/137 A. rainula 1/78 1/150 Columba palumbus 1/78 1/143 A. nyclicorax 1/70 1/140 C. risoria 1/84 1/139 Plalalea Iciicorodia 1/73 1/141 C. lurliir 1/79 1/133 Ciconia alba 1/69 1/135 C. figrina 1/82 1/142 C. nigra 1/71 1/134 C. rufina 1/91 1/135 C. Argala 1/68 1/140 C. clialcoptera 1/87 1/100 G. Marabou 1/73 1/136 C. Niioliarica 1/84 1/145 Ibis rubcr 1/76 1/124 C. Guinea 1/85 1/151 Numenius phœopus 1/73 1/176 C. Gorcnsis 1/80 1/143 Liniosa melanura 1/77 1/148 C. aui'ita 1/91 1/139 Scolopax gallinago 1/85 1/145 C. nioiilaiia 1/88 1/145 Baillis |iliilippinensis 1/82 1/133 C. Zenaida 1/87 1/141 Gallinula cbloropus 1/81 1/151 C. migraloria 1/75 1/183 C. coroneta 1/77 1/137 C. Iciicoccphala 1/84 1/144 Palmipèdes. C. niystica 1/83 1/138 Podiceps niinor 1/79 1/126 Gallinacés proprement dits. Pelicanus onocrotalus 1/70 1/133 Phalacrocorax carbo 1/79 1/148 Pénélope leucolophus 1/75 1/142 Larus ridibundus 1/82 1/157 P. cristala 1/75 1/142 L. canus 1/78 1/151 Crax globicera 1/78 1/144 Pleclroplcrus Gambensis 1/73 1/147 C. rubra 1/79 1/144 Cbenalopex œgyptiaca 1/73 1/151 C. Varellii 1/79 1/130 Cereopsis Novaî-Hollandia; 1/08 1/145 Oiirax mitu 1/79 1/137 Bernicla Saiidvicensis 1/73 1/151 Pavo crislalus 1/72 1/141 B. magellaiiica 1/73 1/151 P. iniilicus 1/72 1/141 Gygnus alratus 1/71 1/145 P. javanicus 1/74 1/137 Dendrocygna viduala 1/70 1/140 Pliasiamis pictiis 1/87 1/142 D. aulumiialis 1/75 1/148 P. nychlliciiicrus 1/74 1/130 D. arborea 1/70 1/147 P. siipcrbiis 1/83 1/141 . Dcndronessa spoiisa 1/79 1/101 P. liueatus 1/73 1/132 Anas galfriculala 1/76 1/135 DIMENSIONS DES GLOBULES. 89 Qucrqiicdula crecca Q. acuta Q. cireia Mareca Pcnclope Tadoriia vulpanscr 1/81 1/70 1/82 1/78 1/78 1/181 1/151 1/151 1/137 1/151 REPTILES. Grand diamètre : Max., 1/44.— Min., 1/08. Petit diamètre : Max., 1/47.— Min., 1/108. Chdloniens. Testudo grseca 1/49 1/8' T. radiata 1/49 1/86 Cistudo europa;a. E. 1/55 1/75 Emvs rubriventris. E. 1/52 1/90 Erays sigriz. E. 1/48 1/90 Che'lonia Mydas 1/48 1/74 Sauriens. Crocodilus aculus C. luciiis Alligator A. sclerops. E. Cliampsa fissipes Varanus arcnarius. F. liriiana cyclura Lacerla viridis L. ocellata. E. Ophidiens. 1/48 1/90 1/44 1/87 1/52 1/84 1/42 4/75 1/51 1/91 1/56 1/90 1/48 1/90 1/01 1/108 1/GO 1/100 1/41 1/105 1/55 1/90 1/54 1/85 1/50 1/71 1/02 1/90 1/59 1/94 1/45 1/66 1/43 1/71 1/41 1/78 1/44 1/66 1/44 1/66 1/48 1/66 1/55 1/80 Triton cristatiis T. Bibroni Lissotriton punctatus 1/33 1/33 1/32 Perennibranches. Prolcus angninus. W. 1/18 Sircn laccrliiia 1/16 Axolotes mcxicanus. E. 1/25 1/51 1/51 1/49 1/44 1/30 1/45 Anguis fragilis Psodopus Pallasii. E. Natrix torquala Coluber bcrus C. vipcrina. E. Pytlion tigris BATRACIENS. Grand diamètre : Max., 1/16. — Min., 1/48. Petit diamètre : Max., 1/30. —Min., 1/78. A.N0URE3. Rana esculenta. M. R. temporaria Bufo vulgaris B. calamita. W. Bombinalor igncus. W. Pelobates fuscus. W. Hyla arborea. E. Urodèles. Salamandra maculata. E. 1/28 1/45 Cryptobroncbus japonicus. V. H. 1/19 1/32 I. POISSONS. Poissons osseux. Grand diamètre : Max., 1/61.— Min., 1/110. Petit diamètre : Max., 1/95. — Min., 1/157. ACANTHOPTÉRYGIE.XS. Perça fluvialilis 1/83 1/111 Labrus lupus. E. 1/100 1/135 Acerina cernua 1/97 1/118 Serranus cabrilla. E. 1/80 1/122 Senanus scriba. W. 1/78 Mullus barbatus. E. 1/95 1/135 Cottiis gobio 1/79 d/114 Scorpena scrofa. W. 1/78 1/107 Sparus (Sargus?). W. 1/88 1/133 Miigil cephahis. E. 1/90 1/130 Scomber Colias? D. 1/00 1/1.57 Tliymnus communis. E. 1/06 1/120 T.'Pelamiilcs. D. 1/79 1/118 Xipliias gladius. D. 1/100 1/108 Labrus pavo. W. 1/110 1/155 Anarrbichas lupus. V. H. 1/61 1/130 Gobins nigcr. W; 1/66 Lopbius piscatorius. W. 1/78 Malacoptérygiens. Cj-prinus carpio 1/85 Cyprinus barbalus. \V. 1/66 C. aurai us 1/70 Tinca vulgaris 1/90 Leuccscus pboxinus 1 /79 L. crylbrophthalmus 1/79 Cobitis fossilis. P. et D. i/75 C. barbalula. W. 1/88 Esox lucius 1/79 Gaduslota.M. 1/80 Platessa flesus. W. 1/88 Anguilla vulgaris 1/09 Rboinbusmaximus. E. 1/80 Muracna conger. E. 1/80 Gymnotus elcctricus 1/69 LOPHOBRANCIIES. Syngnallms bippocampus.W, S. acus. W. 1/78 1/88 1/05 1/110 1/117 1/107 1/114 1/126 1/123 1/140 1/120 1/133 1/112 1/105 1/100 1/102 1/110 12 90 SANG DES ANIMAUX VERTEBRES. STUniONIENS. Acipenser sturio. V. H. ip^ ^/lOO SÉLACIENS. Graiiil diamclrc : Max., 1/31. — Miii., 1/52. Petit diamètre : Max., 1/39. — Min., l/TJ. Squaliis (caliihis ?). U. S. acaiitliias. D. 1/5-2 1/48 1/"'J 1/70 S. (inJotcrrainc). D. 1/39 1/45 S. (canicula?). D. 1/39 1/79 Squatina angélus. E. 1/40 1/03 Zygœna maliens. E 1/58 1/GG Torpédo ociilala. D. 1/31 1/39 Raja clavata. W. 1/35 d/00 Raia bâtis. E. 1/42 1/63 Cyclostome s. Pteromyzon planeii. W 1/.S7 Ammocelcs brancliialis. \Y. 1/138 TROISIÈME LEGON. 1" Du sang chez les animaux invertébrés; couleur de ce liquide; globules plasmi- ques; sang à sérum coloré; liquide cavitaire; séro-chyme des Zoophytes inférieurs. — 2° De la coagulation spontanée du sang; plasma; fibrine; caillot, couenne. Da sang chez les animaux invertébrés. § 1 . — En abordant l'cLudc du fluide nourricier, j'ai dit que san- Mono les anciens naturalistes réservaient le nom de sang au liquide rouge dont l'histoire physique vient de nous occuper, et qu'ils appelaient animaux exsangues ceux chez lesquels les humeurs sont incolores. 3Iais aujourd'hui, avec raison, on n'attache que peu d'importance à ces différences de teintes, et Ton com- prend sous la même dénomination tout suc propre de l'orga- nisme qui dans l'économie animale est l'agent spécial du mou- vement nutritif. En effet, si l'on ouvre le cœur d'un Colimaçon ou d'une Huître, on y trouve un liquide dont le rôle physiologique, comme nous le verrons bientôt, est le môme que celui du sang d'un animal vertébré; seulement, au lieu d'ôtrc rouge, il est incolore. C'est donc bien du sang au même titre que le fluide nourricier de l'homme ou du cheval, par exemple, mais c'est du sang blanc au lieu d'être du sang rouge (1). (1) La constatation de ce fait im- » rouge foncé; et parce que le sang des portant est due à Swammerdam. Vers » insectes, à l'exception, je crois, des le milieu du xvii= siècle, cet habile » seuls Vers de terre, n'a point cette naturaliste écrivait : « Le sang du Go- » couleur, les auteurs ont prétendu » limaçon est d'un l)lanc bleuâtre » que ces animaux n'avaient pas de )) très différent de celui de l'homme » sang. » {Tiihlianatunv, I, p. 119.) » et des grands animaux, qui est d'un 92 SANG DES ANIMAUX INVERTÉBRÉS. Cette espèce particulière de sang se rencontre chez presque tous les Mollusques, chez les Insectes, les Crustacés et chez la plupart des autres animaux invertéhrés : on le désigne généra- lement sous le nom de sang blanc; mais cette expression en donnerait une idée fausse si on l'employait sans faire au préa- lahlo quelques réserves. En effet, le sang de ces animaux n'offre presque jamais un aspect laiteux, et il est même très rarement tout à fait incolore ; presque toujours il présente une teinte jau- nâtre, ou hien une légère nuance de lilas ou de bleu; mais dans tous les cas c'est le sérum qui est coloré de la sorte, et cette coloration est en général très faible. J'ajouterai même que très souvent elle paraît être accidentelle plutôt qu'inhérente à la nature de l'animal, et qu'elle semble dépendre essentiellement des substances alimentaires dont celui-ci fait usage. En effet, chez les chenilles qui sont phytophages, le sang est en général verdâtrc, mais devient incolore ou jaunâtre, quand, à la suite de l'achèvement des métamorphoses, le régime de l'animal change; et d'ailleurs on peut déterminer à volonté des variations du même ordre en mêlant aux aliments dont ces petits êtres se nourrissent des matières tinctoriales telles que l'indigo ou la garance (Ij. Il me semble donc inutile d'insister davantage sur les différences légères qui se remarquent dans le sang presque incolore de la plupart des animaux invertébrés (2), sauf (1) M. Alessantlrini, de Bologne, ayant remarqué que les Vers ù soie à qui on a fait manger de la garance ou de rindigo ont les trachées leintes, et M. Bassi ayant confirmé ce résultat par de nouvelles expériences (o), M. Blanchard reprit l'examen de cette question, et trouva que, sous l'in- fluence de ce régime, le sang des che- nilles et des larves de Hanneton prend tantôt une nuance rose , d'autres fois une teinte bleue, suivant la nature de la matière colorante employée dans l'alimentation (6). (2) Dans l'embranchementdesMOL- LUSQUES, le sang est généralement in- colore ou seulement opalin ; quelque- fois on y remarque une teinte bleuâtre (n) Rapport fait au congrès des naturalistes à Venise par M. Dassi {Gai. mcdic. de Milan, t. VI, el Ann. des se. nat., 3° série, t. XV, j). 303). (b) Blanclianl, l\'ouv. observ. sur la circulation et la nutrition chex les Insectes {.inn. des se. nat., 1851, 3° série, t. XV, p. 371), GLOBULES BLANCS. 93 à revenir sur ce sujet quand je parlerai des Annélides, qui, au contraire, ont en général le fluide nourricier fortement coloré. § 2. —- Les animaux invertébrés ne sont pas les seuls dont le ^""f,,J''"' sang est incolore; ce caractère, ainsi que je l'ai déjà dit, se ren- des vertébrés. contre également cliez VAmplujoxus lanceolatus, sorte de pois- on même violacée trfis pAle : chez les Colimaçons et les Paludines, par exemple (o). Les zoologistes ne sont pas d'accord au sujet de la couleur du sang chez les Gastéropodes du genre Planorbe. Swammerdam avait trouvé ce liquide coloré en rouge (6), el des observations analogues ont été faites plus récemment par M. Quatrefages (c) et par M. !\Ioquin-Tandon (d). Cu- vier, au contraire, affirme que le sang de ce mollusque est d'un blanc bleuâ- tre, et que le suc rougei\lre que l'on voit suinter du corps de ces animaux, lorsqu'ils se contractent, est le produit d'une sécrétion analogue à celle du pourpre chez les Apiysies (e). Enfin M. T. Williams assure avoir constaté que le sang rt^andu dans la cavité gé- nérale du corps des Planorbes est inco- lore, à moins que, par suite de quelque lésion, il ne s'y soit mêlé une certaine quantité du suc rouge sécrété par l'ap- pareil tcgumentaire {f). Ces discor- dances d'opinion me semblent pouvoir s'expliquer à l'aide de quelques faits constatés par M. Quatrefages. Celui-ci a trouvé le sang incolore chez les jeunes individus et coloré en rouge chez les individus adultes, mais chez ceux-ci le liquide contenu dans le pé- ricarde olîrait la même couleur. Or, ce liquide péricardique n'est pas du sang, et par conséquent il me paraît pro- bable que sa coloration était due à une infiltration du suc rouge du système tégumentaire; s'il en était ainsi, la coloration du sang pouvait dépendre du même phénomène, et serait un ac- cident au lieu d'être l'état normal de ce liquide. Burdach (g), en s'appuyant sur l'au- torité de Carus, dit que le sang des Tarets est rouge ,* mais Carus , à son tour, n'en parle que d'après Home {h), qui était un observateur fort peu exact. Et, d'ailleurs, le fait annoncé par ce dernier («) est controuvé : le sang des Tarots est en réalité incolore comme celui des autres Mollusques (j). Quelques naturalistes ont dit que les Éolides ont les uns du sang rouge, les (fl) Ermnii, Wahmchmiinacn iibev (las Blut einiger MollusUen (Abhandlimgen der Alcad. dcr Wissensch. zu Berlin, 1810-17, p. 20t)). (b) Moquin-Tatidon, Ilist. nat. des Mollusqties terrestres et fluviatiles de France, p. 92. (c) Swamnicrdani, Biblia natnrœ, t. I, p. 189. (d) Quatrefiig-es, Sur le l'kinnrbis imbricatus (journal l'Institut, 1S4C, t. XIV, p. 4). (e) Mo(piin-Tandon, Observations sur le sang des Planorbes {.\nn. des se. nat., 1851, 3° série, I. XV, p. 145). (f) Cuvier, Mémoires pour servir à l'histoire des Mollusques : Sur la Llmnée el le Planorbe, p. 12. {g) rfui'Jarli, Traité dephijsloL, (rad. par Joiirdan, t. VI, p. 1(5. (/i) Carus, Anat. comp., l. Il, p. 507. (î) Home, On Ihe Teredo Gigantea and T. Navalis {rUilos. Trans., 1800, p. 270). 0) Qualrefa^jes, Mém. sur le genre Tard (Ann. des se. nat., 1849, 3° série, t. XI, p. 50). 94 SANG DES ANIMAUX INVERTÉBRÉS. son fort singulier qui appartient à l'embranchement des Verté- brés, mais qui est le représentant le plus dégradé de ce grand autres du sang vert (o) ; mais cela n'est pas, et l'erreur s'explique facilement : c'était probablement des matières ali- mentaires rouges ou vertes qui avaient été aperçues en mouvement dans les ramifications de l'appareil gastro-vas- culaire de ces Mollusques (6), et qui avaient été prises pour du sang, car ce liquide est en réalité presque incolore. J'ai observé aussi sur les côtes de Sicile une Ascidie simple, du genre Phallusia (Savigny), qui avait le sang coloré en rouge ; mais le plasma était incolore comme chez les Mollusques ordinaires, et la teinte en question était due à la présence d'une multitude de petits granules qui flottaient dans ce liquide (c). Je n'ai rencontré qu'un seul individu de cette espèce d'Asci- die, et je suis assez porté à croire que la couleur rouge de son sang pouvait tenir à quelque circonstance patho- logique ; du moins on ne pourrait sans de nouvelles observations arguer de cet exemple unique pour établir une exception à la règle générale qui régit à cet égard toute la classe des Tuni- ciers. Dans la classe des Insectes, le sang est tantôt incolore, tantôt jaune ou d'une teinte verte plus ou moins pro- noncée. Lyonnet a constaté que chez la che- nille du Cossus ce liquide paraît in- colore quand on l'examine en couche mince , mais présente une couleur orangée quand on le réunit en grosses gouttes ((/). Chez le Bombyx du mû- rier il est jaune (e). Comme exemple d'insectes à sang vert on peut citer la chenille de la Vanessa urticœ if). M. Marcel de Serres (y) a cru re- marquer une relation constante entre la couleur du sang des insectes et celle de leur tissu graisseux ; il ajoute qu'elle est verdâlre chez certains Or- thoptères, brun sombre chez la plu- part des Coléoptères, etc., mais il n'in- dique pas les espèces chez lesquelles il a fait ses observations. Burdach {h) attribue ces résultats à Meckel,qui s'est borné à en rendre compte {i). J'ai trouvé le sang jaunâtre ou verdâlre chez beaucoup de Coléoptères, mais jamais d'un brun foncé. Berzelius a dit que' les Mouches ont du sang rouge dans la tète, et du sang incolore dans le reste du corps (j) ; mais cela n'est pas, et c'est la matière colorante rouge des yeux de ces in- sectes qui en a imposé au savant chi- miste de Stockholm. Dans la classe des Crustacés, le sang est souvent d'une couleur rose (a) Voyez Wagner, Handworterbuch des Physiologie, Bd. I, p. 76. (b) Milne Edwards, Sur l'existence d'un appareil gastro-vasculaire chez la CalUopée {Ann. rfessc. 7Wf., 2"séne, t.XVIII.p. 330). ,o««.v,v aium (c) Milne Edwards, Rech. zool. [Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1844, t. MX, p. 114U). (d) Lyonnet, Traité anatomique de la chenille qui ronge le bols de saule, 1762, p. 426. (e) Malpighi, Dissertatio epistolica de Dombyce, p. 15. (/■; Swaminerdam, iiif^na )in(iu-ff, t. II, p. 574. (g) Marcel de Serres, Observ. sur les usages du vaisseau dorsal [Mém. du Muséum, t. IV, p. 170). (/() Traité de physiologie, trad. franc, t. VI, p. 16. (i) J.-F. Meckel, Ueber das Riickengefdss der Insekten {Deutschcs Archiv fiir dic Physiologie, 1815, Bd. I, p. 469). (j) Rorzolins Traité de chimie, ('dit. do 1833, t. VII, p. 78. GLOBULES BLANCS. 95 type zoologique (1 ). Nous avons vu aussi que le sang est incolore chez les Vertébrés ordinaires pendant la première période de la vie embryonnaire. En général, cet état transitoire ne dure (juc très peu de tem|^,s; mais il paraîtrait que chez les Poissons il n'en est pas toujours ainsi, et que chez quelques-uns de ces ani- maux le sang ne se colore qu'à une période assez avancée de la vie embryonnaire. Effectivement cela a été constaté chez le Brochet par M. dcQuatrefages. Ces variations observées chez des animaux de la môme classe, et jusque chez le même individu à différentes époques de la vie, doivent nous porter à n'attribuer à la couleur du fluide nourricier que peu d'importance, et les observations microsco- l>iques viennent confirmer cette manière de voir, car elles nous montrent que le sang incolore des animaux invertébrés et le sang rouge des Vertébrés sont constitués à peu près de la même manière, sauf ce qui est relatif aux proportions de leurs maté- riaux solides et liquides. grisâtre très légère, ou plutôt de celle Chez les Zoophytes qui ont du que les peintres désignent sous le nom sang proprement dit, ce liquide est de teinte neutre; chez la Langouste incolore ou teinté en jaune, celte nuance est plus marquée que (1) L'existence d'un sang parfai- chez les Écrevisses ou les Crabes tement incolore chez VAmphioxus Chez les Arachnides, le sang est a été constatée successivement par presque incolore. Chez les Araignées, ]\IM. lletzius, Millier, Ouatreiages et il est d'une teinte un peu bleuâtre, et Huxley. Ces observateursont remarqué chez les Scorpions il est jaunâtre (a). aussi que le liquide ne contient pas des Chez une espèce de la famille des Tar- globules analogues à ceux des Verté- digrades qui se rattache à la classe brés ordinaires, et ne charrie que qucl- des Arachnides {VEnujdium testudo), ques corpuscules semblables à ceux M. Doyère a trouvé le sang coloré en que j'appelle ici les globules plas- brun rouge (6). miques (c). (fl) Blanclianl, Xote sur le sang des Arachnides {Ann. des se. nat.,i° série, t. Xll, p. 351 , 1^49). (()) Doyùic, Mémoire sur les Tardigrades {Ann. des se. nat., 1840, -2' soric, t. XIV, p. 311). (c) MiiUcr, Ueber den Uaii und die Lebciiserscheinungen des Branchiosloma lumbricum (Coslu), Ainpinjoxus lanccolatus (Varrd), p. 33 (lire des Mdm. de IWcaddmie dellerUn, 1842). Ùnalrcfagus , Màmire sur le système nerveux et sur V histologie du Dranchiostomc ou .\m- phgo.rus {Ann. des se. nnl., iHiô, 'à' scr\o, l. IX, p. 2'3-2). Uuxlcv, /luraotJH. of the Corpuscles of Vie Lilood of Amphijoxus {rrans^ liril. Assoe., 1847, p. 1)5). ' 96 SANG DES ANIMAUX INVERTÉBRÉS. En effet, le sang blanc contient aussi bien que le sang rouge des globules d'apparence utriculaire; seulement ces corpus- cules sont presque toujours incolores, leur contenu est granu- laire, et leur nombre est beaucoup moins considérable (1). Sang § â. — Chez les Mollusques (2) les globules du sang sont cir- Mollusques, culaires et plus ou moins aplatis ; leur contenu offre en général un aspect granuleux, et leur envelop])e utriculaire devient sou- vent bien distincte par l'action de l'eau qui la distend et la sé- pare de la portion centrale (3) . Une tendance que l'étude du sang chez les divers animaux vertébrés nous a laissé entrevoir se montre ici de la manière la plus nette : c'est l'abondance croissante des globules à me- sure que l'organisme se perfectionne. Chez les Bryozoaires, qui occupent les rangs les plus inférieurs de l'embranchement des (1) Jusqu'en ces derniers temps, on n'avait fait que très peu d'obser- vations microscopiques sur le sang des animaux invertébrés; mais, eu 18Zi6, M. Wharton Jones publia dans les Transactions philosophiques de la Société royale de Londres un travail important sur ce sujet («), et en 1852 M. T. Williamsinséradansle même re- cueil de nombreuses recherches sur la constitution physique du fluide nour- ricier dans tous les principaux groupes inférieurs du Règne animal (6). C'est principalement à ces physiologistes que l'on doit la connaissance des faits exposés ici. (2) Pour les observations microsco- piques sur les globules du sang des Mollusques, voyez : Poli, Testacea utriusque Siciliœ, t. I, p. Zi8, lab. 2,fig. 1-5 (1791); — Milne Edwards, Sur le sang de la Mactre {Ann. des se. nat., 2" série, t. IX, p. 369.pl. 50, lig. 9 (18'i6) ; — Schullz , lias System der Cir- culât., p. o5, pi. 2, lig. 10 et 12 (1836); — Wagner, Ziir vergleichrtiden Physiologie des Blutes, p. î9, etc. (1833) ; — Lebert and Robin , Kurze Notiz uber allgemeine vergleichende Ana- tomie niederer Thiere { Miiller's Arch., 18/i6, p. 121). — Wharton Jones, loc. cit., p. 96. — Williams, loc. cit., p. 6Zi3. (3)Voy. les observations de _AI.AVhar- lon Jones sur les globules du sang de la JMoule et du Buccin. Par l'action de l'eau, la cellule finit par se dissoudre et laisse échapper son contenu. {Loci. cit., p. 96 et 97.) {a) Wharton .tones, The Blood Corpuscle conmlered in Us dijfcrent Phases of Development on the Animal Séries. Mem. 2, Invertchrata (Philos. Trans., 1840, )i. 89). (6) Williams, On the Blood Proper and Ghijlaqueous Fluul of Invertebratc Animais (Philos. Trans., 1852, p. 595). GLOBLLES BLANCS. 97 Mollusques, ces corpuscules ne sont qu'en très petit nombre; il en est encore de même chez les Tuniciers. Chez les Mollus- ques acéphales et gastéropodes le sang en est plus chargé, et c'est dans la classe des Céphalopodes, c'est-à-dire dans le groupe comprenant tous les animaux les plus parfiiits du type Malacozoaire, qu'ils abondent le plus. Il est aussi à noter que ces corpuscules, comparés entre eux chez le môme animal, présentent, sous le rapport du volume et de l'aspect, d'autant moins de fixité qu'on les étudie chez des espèces plus dégradées. Chez les Mollusques les plus parfaits en organisation, ils sont loin d'offrir l'uniformité qui se re- marque d'ordinaire dans les globules sanguins d'un vertébré, et chez les espèces les plus imparfaites (les Molluscoïdes) on en voit de toutes les grandeurs, depuis environ xo-o jusqu'à tf de milli- mètre, et même davantage, sans qu'aucune de ces dimensions soit prédominante. Dans la classe des Bryozoaires, animaux qu'on a confondus pendant longtemps avec les Polypes, les corpuscules charriés par le sang varient dans leur aspect. Les uns sont des sphérules opaques et d'apparence homogène ; d'autres ont dans leur intérieur un amas de petites granulations, et il en est aussi où l'on aperçoit soit seul, soit au milieu de ces granulations, un noyau proprement dit. On distingue aussi ces trois sortes de globules chez les Mollusques acéphales et gastéropodes (1); mais les cellules granulées ou framboisées, qui sont les plus gros, varient moins sous le rapi)ort du volume, et c'est surtout dans la classe des Gastéropodes et dans celle des Céphalopodes que l'on trouve souvent un nombre considérable de globules à noyau simple (2). (1) Voyez les observations et les (2) Voici coinment M. Williams s'ex- ligures que M. Williams a données prime en parlant du sang des Cépha- des corpuscules sanguins chez un lopodes : « Ce liquide est riche en glo- grand nombre de .Mollusques doc. bules, et ceux-ci ont une structure cit., pi. 3li, fig. 6i-80). mieux élaborée que chez les autres I. 13 Sang des Insectes. 98 SANG DES ANIMAtX INVERTÉBRÉS. Il y ;i donc une grande analogie entre tous ces globules du sang des i^Iollusqucs et les globules blancs que nous avons trouvés en petit nombre dans le sang des Vertébrés, et que nous avons été conduit à considérer comme n'étant que des éléments organiques accessoires dans la constitution de ce li- quide; mais dans l'embrancliement dont nous nous occupons ici leur rôle doit avoir plus d'importance, car on ne rencontre jamais de globules semblables à ces utricules colorées qui sont les globules sanguins proprement dits de l'animal vertébré (1). § 4. — Chez les animaux de la grande division zoologique des Arthropodaires, ou animaux articulés proprement dits, les globules du sang varient beaucoup quant à leur forme et à leurs dimensions -, mais ici encore ils ne ressemblent jamais aux glo- bules rouges des animaux vertébrés. Dans la classe des Insectes ces corpuscules sont pour la plupart fusiformes ou naviculaires et plus ou moins déprimés ; Mollusques ; ils offrent plus d'unifor- mité sous le rapport du volume et de la forme que dans les familles moins élevées en organisation , et se rappro- chent davantage des globules sanguins des Vertébrés. Ils ont toujours un noyau, qui d'ordinaire est central, mais quelquefois périphérique. L'es- pace compris entre ce noyau et l'en- veloppe ulriculaire est occupé par un liquide bleuâtre fortement chargé de granules d'une petitesse extrême ; en- fin on y distingue par-ci par-là une gouttelette huileuse. D'autres globules simplement utriculaires et sans noyau ni granules intérieurs se rencontrent également; et, entre ces deux formes extrêmes, il y a beaucoup d'inter- médiaires. Du reste, les globules arri- vés à l'état de maturité offrent une ré- gularité remarquable sous le rapport du volume aussi bien que de la struc- ture et sont toujours utriculaires, mais leur capsule est très mince.» (Williams, loc. cit., p. 648.) (1) Dernièrement M. Davaine a insisté avec raison sur l'analogie qui existe entre les globules blancs des Vertébrés et les corpuscules sanguins des Invertébrés, ainsi que sur les dif- férences qui distinguent ces derniers des globules rouges du sang des Ver- tébrés, dilférences qui consistent dans la manière dont ils se comportent en présence de divers réactifs, aussi bien que dans leurs caractères phy- siques (o). (a) Davaine, Remarques sur les corpuscules du sanij de la Lamproie et sur ceux des animaux en général {Mém. de la Soc. de Biologie, 1856, 2° fcrio, t. II, p. 55). GLOBULES BLANCS. 99 ils sont incolores, et par l'action de l'eau ils s'arrondissent et se détruisent avec une grande facilité. En général, chez la larve, ils ne présentent d'abord ni noyau ni granulations inté- rieures; parfois ils se chargent bientôt de granules très fins et leur structure utriculaire est d'ordinaire assez bien carac- térisée. Chez l'adulte, ils sont plus petits et sont pourvus d'un noyau très distinct ainsi que de granulations périphériques; enfin leur membrane tégumentaire semble s'être atténuée au point de devenir difficile à apercevoir, et après leur sortie du corps ils se désagrègent rapidement, surtout en présence de l'eau. On voit donc qu'ici, de même que chez les Vertébrés, les globules du sang se modifient avec les progrès du développe- ment de l'organisme, et éprouvent des métamorphoses quand l'animal passe.de l'état de larve à l'état parfiiit. Chez les Crustacés, les globules sont en général ovoïdes ou circulaires, quelquefois naviculaircs, et ils offrent un aspect framboise dû à la présence de granules intérieurs. Dans ceux qui sont arrivés à l'état de maturité on distingue d'ordinaire un noyau central comme chez les Insectes, et ici encore l'enve- loppe membraneuse paraît tendre à disparaître (1). Sang des Crustacés et des Arachnides. (1) L'exislence de globules dans le sang de quelques animaux articulés avait été constatée par Leeuwenhoek, et Baker en mentionna l'exislence chez les Sauterelles (a). Ilewson publia aussi quelques observations sur les globales du Homard et du Palémon {h). M. Bowerbank a été un des pre- miers à faire bien connaître les carac- tères microscopiques du sang des In- sectes, dans un .Mémoire sur la circu- lation chez les larves d'Éphémères (c). M. Wagner [d), Ncvvport (e) et^Vharton Jones ont pubhé aussi quelques ob' servations à ce sujet (/"); enfin iM. WiU (a) Baker, The Microscope Made Easy, 1742, p. 130. (b) Hewson's Wortis, p. 234. (c) Bowerbaiik, Observ. on the Circulalion of the Blood in Insects {Entomological Magazin, 1833, vol. I, p. 240). {(/) Wag-ner, Ueber Blulkôrperchen bel RL'genwiivmern, Blutegclii nnd Diptercn-Larven (Miiller's Arch., dS35, p. 3M). — Vergl. Phys.'des PAules, lîd. I, p. 2!». (e) Newport, On the Structure and Development of theHloud(.\nn. of S'at. Ilist., 1S49, vol. \V. p. 281). — Ce travail n'a été publié que par extrait, et l'auteur m'a dit avoir tliangé d'opinion quant à l'interprétation des faits (ju'il avait observés. ifi NVharlon Joncs, Oj). cit. {rhilos. Trans., 1840). 100 SANG DES ANIMAUX INVERTÉBRÉS. Chez les Arachnides les globules du sang ressemblent en général à ce que nous venons de voir chez les Crustacés (1). Je ne pourrais, sans consacrer à l'histoire de ces corpus- cules plus de temps qu'il ne convient ici , rendre compte de tous les détails relatifs à leur aspect chez les divers animaux articulés. Mais je crois devoir ajouter qu'ici, plus encore que chez les A'ertébrés, il semble v avoir une certaine relation entre liams en a fait une nouvelle étude, principalement chez des larves de Libellules et autres espèces aqua- tiques. Ce dernier physiologiste a trouvé les globules fusiformes transparents et dépourvus de granules à leur inté- rieur chez la larve des Libellules, tan- dis que chez les mêmes insectes à l'état parfait, ils renferment des gra- nulations ainsi qu'un iiucléus. Chez d'autres larves, il a trouvé les glo- bules tantôt oblongs, tantôt fusiformes et légèrement granulés, mais toujours dépourvus de nucléus. Malheureu- sement il ne donne pas la détermi- nation spécifique des diverses espèces chez lesquelles il a observé et figuré ces corpuscules. On voit du reste par ces figures que les globules navicu- laires sont toujours mêlés à des globu- lins circulaires {a). 11 est à noter que chez quelques larves aquatiques de Diptères les glo- bules sont en si petit nombre, qu'ils échappent facilement à l'observa- tion [b]. (1) Les premières observations sur les globules du sang chez les Crustacés furent faites par Leeuwenhoek sur les Crabes. En 1753, Baker signala l'exis- tence de ces corpuscules chez VAselle vulgaire, petite espèce d'Isopode d'eau douce assez voisine des Cloportes. {Employment for the Microscope, p. 352.) Enfin, depuis une vingtaine d'an- nées, le sang de plusieurs autres espèces a été examiné par Weber, Wharton Jones, Williams et quelques autres naturalistes. Chez le Carcin Ménade, j'ai trouvé un petit nombre de globules circu- laires ou un peu ovoïdes qui parais- sent être légèrement déprimés au centre, qui varient en diamètre de rio '' rà, de millimètre, et qui nagent au milieu d'une multitude de granu- lations d'une petitesse extrême. Chez le.l/am squinado il y a quelques gros corpuscules fortement granulés dans lesquels j'ai cru distinguer un noyau central (c); mais iM. Wagner les croit simplement granulés {d^. M. Wharton Jones ne dit pas sur quelle espèce de Crabe il a fait ses ob- servations ; mais, comme le Tourleau {C. pagurtis) est le plus commun sur (fl) Th. Williams, On the Blood Propcr and Ch[iliiqueous Fltiid of Invertebrate Animais (Philos. Trans., 1852, p. 595, pi. 32 et 33, tlg. 40-50). (b) Wagntr, Op. cit. (Meckel's Arch., 1835, p. 3-20). Verloren, Mém. sur la circulation dans les Insectes (Extr. des Méni. del'Acad. de Bruxelles, Mém. comonnés, t. XIX, p. Cii). (c) Milne Edwards, Ilech. mici-osc. (Ann. des se. nat., 1820, t. IX, p. 300, pi. 50, fig. 9). {d} Wa-ner, Verni. Phys. des Dlntes. Tîd. I, p. 21, 1833. GLOBILES BLANCS. 101 la taille des aniihaiix et les . 180. (f) Milne Edwards, Recherches pour servir à l'histoire de la circulation che% les Annélides {Ami. des se. nat., 1838, 2" série, i. X, p. 190). (d) Dujardin, Observ. sur quelques Annélides marins {Ana. des se. nat., 2» série, t. XI, p. 288). (e) Quatrcfages, Sur la circulation des Annélides {Ann. des se. nat,, 3« série, t. XIV, p. 2S7). I. 1^ lOG SANG DKS ANIMAUX INNERIÉBRÉS. sang; en général, celirjuide y est incolore, mais dans la famille (les Némertes on connaît plnsieurs espèces dont le sang est rouge (1). Je ne m'arrêterai donc pas ici à éninnércr Joutes ces varia- tions de teinte; mais j'appellerai rattcnlion sur un l'ait plus iuipor- tant: c'est que lors même que chez un animal invertébré le sang est rouge comme celui d'un Vertébré, il s'en distingue par la manière dont cette coloration est produite. Chez les Vertébrés, avons-nous dit, la couleur rouge du sang est due aux globules que ce liquide charrie ; chez les Vers à sang rouge, c'est en dissolution dans le liquide lui-même (jue se trouve la matière dans une porlion du syslôme vascu- laire et du sang vert dans une autre portion du même système (a). Mais !\I. de Quatrefages a expliqué cette anomalie en constatant que , chez quelques Annélides tubicoles des côtes de la Sicile, il est paifailemcnt rouge quand il est en masse , mais paraît d'un jaune verdàtre quand il est en couches minces {b). Je me suis assuré ((ue le sang est incolore ou jaunâtre seulement dans les genres Aphrodite, rolynoé,Sigaléon et l'hyllodocé. M. de ()uatrefages a observé la même chose chez des Syllis (c). L'existence de sang incolore chez quelques Hirudinées avait été constatée en 1825 par MM. Mayor et Gosse , de Genève ((/). IVaprès d'autres observations ana- logues, M. do Filippi a séparé cette famille en deux sections, d'après des différences de cet ordre, savoir: les Sangsues à sang rouge { genres Sangnisuya, Hœmupis, Xephelis, Al- bione, etc.), et les Sangsues à sang blanc, qui forment les genres llœmn- caris et Clepsina (e). Enfin, M. Blan- chard a constaté aussi l'existence de sang incolore chez les IMalaco- bdelles [f). (L) iMihie Edwards, art. Annelida (Todd's C(/c/op. ofAnat. andPhysioL, V, p. 165, 1836). M. de QuaUefages a observé ce caractère dans le Cere- bratnlus crassus, le C. depressus, la Polia sanguiruhra et la P. beinbix. Dans cette dernière, la teinte du sang est jaune verdàtre quand il est en lames minces, et d'un rouge foncé quand il est en couches épaisses [çj). (a) Délie Gliiajc, ileniorie sulla xtoria e notomia dcijli animali senza vertèbre del vegno di ^a]iolï, vol. H, p. 390. (b) Quatrefages, Note sur le sang des Annélides (Ann. des se. nal., 2' série, t. V, p. 379). ((■) (Ju.ilrefages, Op. cit. {.\nn., 3' série, t. XIV, ]<. 28"). ((/) Voy. Mo'nogr. des Hirudinées, par Moquin-Taii.loii, iH-lC), p. 59, et Ilihl. univ. de Genève, mai 1827, p. -i7. ie) Del'ilippi, Men>. sunli Annelidl délia fam'KjUa délie Sangusughe, in-i. Milano, 1837. (f) Deu.rièmc Mém. sur les Malanihdelles {A)ni. des se. nat., 3- série, 18i9, t. XII, p. 270). iil) Quatrefages, Mrm. xur lu l'auiilU- des Xéutrrlieus i.\uu. des se. nat., 1840, 3' série, t. VI, ).. -Jti'i). Slilîl M CULOUÉ. 107 rolonuilo. C'osI donc h' pkisinii (jni, jauno ou inoolore chez les Verlébrés, et olIVant d'ordinaire la même leinle chez les Inver- l('brés, se colore parfois en jaune Ibneé, en rouge ou en vert chez les animaux inférieurs. Les globules ne jouent dans celte coloration aucun rôle essentiel, et d'ordinaire ces corpuscules [)araissent même manquer complètement dans ce liquide, qui ressemble par conséquent au sang incomplet d'un embryon de Vertébré dans la première période de son développement, plutôt (ju'au sang parlait de ces mêmes animaux parvenus au terme de leurs métamorphoses embryogéniques(l). Au premier abord l'absence complète de globules dans le sang rouge de beaucoup d'Annélides semble devoir renverser tout ce (|ue j'ai dit relativement à l'importance du rôle que ces corpuscules organisés jouent dans l'économie animale. Mais une étude plus attentive des choses fait disparaître cette objec- tion. En effet, ce sang rouge n'est pas le seul lluide nourricier dont les Annélides sont pourvus. Ils ont en même temps dans le système de cavités où se trouve en majeure partie le sang (1) La constatalion de ces faits re- que, chez ces êtres, le principe colo- laUfs à la composition pliysique chi rant est dissous dans le sang iiii-nième. sang cliez les Annélides est due prin- Les corpuscules que Ton y trouve sou- cipalement à M. de Qualrefages. J'a- vent, dit-il, n'appartiennent pas à ce vais déjà remarqué que, d'ordinaire, fluide, et proviennent du liquide con- ce sang, quoique rouge, ne contient tenu dans le système cavitaire géné- pas de globules comparables à ceux rai (c). l'ar ses recherches ultérieures, des animaux verlébrés ; et lliuiefeld M. de Quatrefages a été même con- avait annoncé que, par Texamen mi- duit à penser que, dans l'immense croscopique, on n'y apercevait aucune majorité des cas, le sang rouge des trace de ces corpuscules (a). M. Colin Annélides est complètement privé de avait constaté que la matière colo- globules quelconques. Il n'a rencontré rante du sang du Lombric terrestre qu'une exception à cette règle, et elle n'est pas contenue dans les corpuscules lui a été fournie par une espèce de quil voyait mêlés à ce liquide {h). En- Glycère des côtes de la Manche, chez fin, M. de Quatrefages a reconnu laquelle il a trouvé des globules rouges {a) Ueher das lilut tler negenwurmer (Journ. fur prakt. Chem., 1830, vol. XVI, p. -152). [b) De snnçinine ejusinœpai'tibus, Dissfrl. hiaug., Borol., 184-2 (voy. Miiller's Arr/i., 184:?, Bericht, p. r.xvi). (f) Note sur le sann des Annélides (Ann. des se. nat., ISiO, 3« série, I. V, p. 380). 108 SANG DES ANIMAUX INVERTÉBRÉS. incolore des autres animaux articulés, un liquide qui remplit évidemment des fonctions analogues et qui ressemble au sang rouge des Vertébrés aussi bien qu'au sang blanc des animaux inférieurs parla présence de globules organisés et libres. Avant que d'avoir étudié la disposition des canaux d'irrigation et des réservoirs du fluide nourricier chez les animaux invertébrés, il serait peut-être difficile de comprendre comment les Anné- lides peuvent avoir à la fois du sang de deux sortes, et com- ment je suis conduit à assimiler au sang blanc des Mollusques, des Crustacés et des Insectes, le liquide qui chez les Vers occupe la cavité générale du corps plutôt que le liquide contenu dans leur système vasculaire. 3e ne discuterai donc pas la question au- jourd'hui, me réservant d'y revenir quand je traiterai de la cir- culation chez les Vers. J'ajouterai seulement que le fluide nour- ricier général ou cavitaire des Annélides a été étudié avec une sagacité remarquable par M. de Quatrefages (1), et que les vues émises à ce sujet par ce naturaliste ont été pleinement et de forme discoïde nageant dans un liquide incolore {a). Mais M. Wil- liams, qui a publié récemment une sé- rie nombreuse d'observations sur le fluide nourricier des animaux inver- tébrés, affirme que cette exception n'existe pas ; que les globules rouges décrits par M. de Quatrefages se trou- vent dans le liquide de la cavité géné- rale du corps, et non dans les vais- seaux sanguins , et que , dans aucun Annélide, le sang proprement dit (ou sang coloré) ne renferme des éléments « morphotiques » quelconques, c'est-à- dire des globules (b). Carus admet- tait aussi que , chez les Sangsues , il n'y a pas de globules sanguins ; mais il dit positivement que, chez les Lom- brics, le sang en est chargé (c). Nous verrons bientôt ce qui a causé celte divergence dans les résultats de l'é- tude microscopique du sang des An- nélides. (1) Voyez de Quatrefages : Note sur le sang des Annélides ( Ann. des se. nat., 18/i6, 3-= série, t. V, p. 280). — Mémoire sur la cavité générale du corps des Invertébrés {Ann. des se. nat., 1850, 3"= série, t. XIV, p. 309). (a) Mém. sur la circvlation des Annélides {Ann. des se. nat., 1850, 3" série, t. XIV, p. 2R8). (b) On the Dlood Properand Chylaqueous Fluid of Invertehrate Animais {Philos. Trans., 1852, p. 032). (c) Carus, Anat.comp., i. M, p. 314 et 315. FLUIDE CWITÂIRE. 109 confirmées par les observations plus récentes de M. Williams(l). Il est aussi à noter ici que la description des globules du sang rouge des Annélides, donnée par Wagner (2),Wliarlon Jones (3) et quelques autres physiologistes (4), s'applique en réalité, non pas à cette humeur, mais au liquide cavitaire dont il vient d'être question (5), et que dans quelques animaux de cette classe les globules charriés par ce dernier liquide sont rouges comme les corpuscules sanguins des Mammifères (6). § 6. — Pour avoir des idées nettes au sujet du lluide nourri- Dégradations cier dans l'ensemble du Règne animal, il me paraît nécessaire, ^''Sufàr' tout en résumant ce qui vient d'être dit, d'anticiper un peu sur les résultats de nos études ultérieures, et de considérer ce liquide non-seulement en lui-même, comme nous venons de le faire, mais aussi dans quelques-uns de ses rapports avec les autres agents physiologiques. Nous avons vu que chez tous les animaux il existe un fluide nourricier, mais nous verrons par la suite que ce liquide n'est pas toujours renfermé dans un système de cavités closes, et nourricier. (1) Voy. Report on the British An- nelida, by Doctor Tliomas Williams {Report of the British Association for the AdvancementofSciencrs for 1851, p. 168, etc.). — On the Blood pro- per, etc. {Phil.Trans., 1852, p. 595). (2) Verçil Phys. des Blutes, Bd. 1, p. 23. (o) Phil. Trans., 18i6, p. 9/i, etc. (Zi) Ainsi , c'est parce que le sang rouge des Annélides , dont j'ai parlé dans mon Mémoire sur la circulation chez ces animaux, s'est trouvé mêlé à du liquide cavitaire, que j'y avais admis l'existence de globules, tout en reconnaissant que la matière colorante se trouve dissoute dans le sérum. (5) Quatrefages, Ann. des se. naL^ 3" série, t. XIV, p. 312. (6) M. de Quatrefages a constaté ce fait chez des Vers assez voisins des Térébelles, qu'il a nommés Apneunies («}, et iM. Williams a observé la même chose chez la Glycera alha. Chez cet Annéllde, le liquide de la cavité gé- nérale du corps charrie en très grande abondance des globules rouges, ova- laires et aplatis , qui ressemblent beaucoup à ceux de la Grenouille. Le sang rouge des vaisseaux est faible- ment rougeàtre, et serait, comme d'or- dinaire dans cette classe, dépourvu de globules. {Op. cit.,t\. Brit. Assoc, 1851, p. 172.) la) Quatrefages, Op. cit. (Ann. des se. nnt., 4850, 3' série, t. XIV, p. 3H) HO SANG. que dicz beaucoup d'aniiiiaux inférieurs, tels que les Polypes et les Acalèphes, les réservoirs qui le eoutienuent ne sont pas distincts de la cavité digestive. Chez ces Zoophytes, ce fluide n'est donc pas une humeur particulière, et ne consiste que dans l'eau qui arrive directement du dehors dans l'intérieur de restoma(\ et qui s'y mêle avec les matières alimentaires élaborées par le travail digestif et avec les produits excrémen- titiels éliminés de la substance des tissus organiques. Ce n'est donc pas du sang, et l'on pourrait l'appeler sérosité chymeuse ou séro-chyme. Chez les autres animaux la division du travail physiologique s'établit entre l'élaboration digestive des aliments et l'irrigation nutritive; le fluide nourricier est distinct du chyme ou lluide alimentaire et se trouve renfermé dans un svstème de cavités closes : c'est alors un suc propre de l'organisme, et l'on peut y appliquer d'une manière générale le nom de sang. Mais chez la plupart des animaux inférieurs, tels que les iMollusques, les Crustacés et les Insectes, cette division du tra- vail pliysiologique n'a (iiit que peu de progrès, et il n'existe dans la profondeur de l'organisme qu'un seule sorte de liquide chargé à la fois de remplir les fonctions d'un agent de nutrition et de servir à d'autres usages dont l'étude nous occupera dans la suite de ces leçons. Ce liquide général est api)elé le fluide cavitaire ou sang séreux. Chez les Échinodermes et les Annélides, la plus grande partie du tluide nourricier est encore représentée par ce liquide cavi- taire, mais il existe en outre un liquide particulier qui est con- tenu dans un système vasculaire distinct, et qui paraît prendre une part de plus en plus considérable dans le travail nutritif à mesure que l'on s'élève des Zoophytes vers les Annélides les plus parfaits. Ce dernier liijuide acquiert alors une couleur distincte, et il constitue le sang proprement dit. Enfin cliez les animaux supérieurs, dont se compose l'em- RKSIMÉ. 111 hraïK'lienioiit «les Verlébivs, la division (lu travail est portée encore plus loin, el au lieu d'un lirpiide cavitaire général par- tout le même, on trouve dans les divers réservoirs de l'orga- nisme trois sortes de liquides : la sérosité, qui occupe les lacunes iulerorganiijues, connue le l'ait le lluide nourricier conmnni chez les animaux inlérieurs, mais qui n'intervient plus d'une manière directe dans la nutrition; le sang proprement dit, (jui est au contraire l'agent essentiel de la nutrition ; enlin la lymphe, (jui ne diffère guère du sang que par l'absence de globules rouges, et (|ui semble être, connue nous le verrons par la suite, un simple dérivé de ce liquide , destiné à y retourner promptement et à y i)orter les matières dont elle s'est cliargée en passant à (ravers certaines parties de l'organisme. Je ne pourrais, sans m'éloigner beaucoup trop de l'objet de cette leçon, m'arreter sur les caractères et les usages de ces diverses humeurs organiques; mais il m'a semblé indispen- sable d'en signaler ici l'existence, pour faire bien comprendre ce qu'est le fluide nourricier chez les animaux inférieurs. En effet, nous voyons que chez les Vertébrés il existe quatre liquides récrémentitiels : le chyme ou liquide alimentaire, le sang ou liquide nourricier, la lymphe, qui est une dépendance du sang, et la sérosité ; mais que ces diverses humeurs tendent à se con- fondre de |)lus en [)lns à mesure (jue l'organisme se dégrade, jusqu'à ce qu'entin il n'y ait [)lus dans l'économie anituale qu'un seul liquide qui est en même temps du chyle, du sang, delà lymphe et de la sérosité, ou plutôt qui tient lieu de tous ces agents sans avoir encore d'ime manière nette les caractèi-es propres à aucun d'entre eux. Dans la suite de ces leçons j'aurai [)lus d'une fois à revenir uésmi.ë. sur ce sujet; mais dansée moment je me bornerai à rappeler les i>rincipaux résultats généraux fournis par les laits dont l'élude nous a déjà occupés. En résumant ces faits, nous voyons que cbez tous les animaux 112 SANG. qui sont pourvus d'un fluide nourricier propre, il existe, flot- tant dans ce liquide, un nombre ])lus ou moins considérable de globules ou corpuscules organisés qui paraissent être des utricules, ou cellules fermées, dont les parois sont membra- neuses et d'une délicatesse extrême ; que ces organites abon- dent dans le sang des animaux vertébrés et se trouvent aussi dans le sang cavitaire des animaux invertébrés, mais man- quent d'ordinaire dans le sang proprement dit chez ces der- niers : de sorte que dans le petit nombre de ces êtres qui possèdent à la fois ces deux humeurs, c'est au sang cavitaire plutôt qu'au sang vasculaire que semble être dévolu le rôle le plus important dans le travail nutritif. Nous avons vu aussi que ces corpuscules organisés augmen- tent en nombre et se régularisent de plus en plus à mesure que l'on s'élève des groupes inférieurs jusqu'aux classes les plus perfectionnées du Règne animal. Ces corpuscules organisés ne sont pas tous de même nature et se rangent en deux catégories principales : d'une part, les globules ordinaires, ou globules liématiques proprement dits, qui sont des cellules à parois membraneuses bien distinctes, rpii renferment une matière colorante rouge, qui dans l'état normal ne sont que peu ou point granulés à leur intérieur, et qui ne sont pas le siège de mouvements sarcodiques; d'autre part, les globules plasmiques^ qui sont incolores^ qui ont une structure utricMilaire moins bien caractérisée, qui ont le plus souvent un apparence granulée et qui semblent être composés en grande partie d'une substance sarcodi(jue susceptible de changer de foi'me et d'exécuter même des mouvements lenis analogues à ceux de certains animalcules infusoires. Bienlôt nous aurons l'occasion de voir que ces deux sortes de corpus- cules diffèrent aussi entre eux par leurs propriétés chimiques. Les globules 'plasmiques se rencontrent dans le fluide nour- ricier de tous les animaux. Chez les Invertébrés, ils existent RÉSUMÉ. 113 seuls ou mêlés seulement à des granules libres que l'on a nom mes (jlobulins, et même dans les cas, d'ailleurs très rares, où ils sont colorés, ils se distinguent des globules hématiques par l'ensemble de leurs caractères. Chez les Vertébrés, ils ne paraissent jouer qu'un rôle secondaire et se trouvent mêlés aux globules hématiques. Les globules hématiques^ que l'on désigne le plus ordinaire- ment sous le nom de globules rouges, ne se trouvent que chez les Vertébrés ordinaires, et nous avons vu aussi que chez ceux-ci, dans les premiers moments de la vie embryonnaire, de même que chez le vertébré le plus dégradé et chez tous les animaux invertébrés, le sang en est dépourvu. Nous ren- controns donc ici un premier exemple de cette ressemblance qui existe si souvent enire l'état transitoire de l'embryon des animaux supérieurs et l'état permanent de l'organisme chez d'autres aniuiaux moins parfaits ; mais dans ce cas, de même que dans les autres dont j'aurai à parler dans la suite de ces leçons, c'est une analogie seulement que je signale, et rien ne nous autorise à croire que le fluide nourricier d'un Mol- lusque ou d'un Amphioxus soit réellement de même nature que celui d'un embryon de Poulet ou de ^lammifère. Je rappellerai également que la coloration du sang n'est pas toujours en rapport avec le mode de constitution physique de ce tluide, et que le sang des Annélides, quoique le plus ordinai- rement rouge, comme celui des Vertébrés, en difl'ère par un caractère des plus importants : il doit sa couleur à la teinte [particulière du plasma, et non à l'existence de globules héma- tiques. Ainsi, pour le physiologiste qui étudie d'une manière atten- tive les modifications introduites par la Nature dans la consti- tution du fluide nourricier, le Règne animal se divise, non pas en animaux à sang rouge et animaux à sang blanc, comme on serait porté à le penser au premier abord , mais en animaux I. 15 li II SANG. dont le sang est chargé de globules hématiqiies ou en manquent; et celle division corresi>ond, sauf quelques cas de dégradation organique, à celle l'ondée sur l'anatomic comparée, dont nous aurons souvent à faire usage ici. En etïet, les animaux dont le sang charrie des globules hémati(|ues sont tous pourvus d'une colonne vertébrale, et ceux dont le sang ne contient que des globules plasmiques manquent de vertèbres. Les résultats fournis par l'étude de la constitution physique du suc nourri- cier des animaux sont donc en accord pariait avec les faits d'un tout autre ordre, d'après lesquels les zoologistes ont classé ces êtres en deux groupes principaux : les Vertébrés et les Inver- tébrés. Coagulation du sang. § 7. — La densité des globules sanguins ne diffère que peu de celle du liquide dans lequel ils sont plongés, et, lorsque le sang de l'homme, d'un Mannnifère, d'un Oiseau ou de tout autre Vertébré est dans son état normal, ces corpuscules y nagent librement ; ils y donnent de l'opacité , mais ils n'en diminuent que peu la fluidité. Lorsque le sang est sorti du corps vivant et abandonné à lui-même, il n'en est plus ainsi. On le voit alors se figer en quelque sorte, et se prendre en une masse gélatineuse qui t)eu à peu se contracte et laisse suinter de sa substance un liquide jaunâtre. Par suite de cette coagulation spontanée , le sang de tous ces animaux ( les seuls dont nous ayons à nous occuper en ce mo- ment) se sépare donc en deux parties : Tune, solide, opaque, rouge et d'une consistance gélalinelise, occupe le milieu du vase j l'autre, fluide, transparente et presque incolore ou légèrement teintée en jaune, surnage en plus ou moins grande abondance; Le premier de ces produits se nomme le caillot, ou truûr du sang; le second est appelé le sérum. COAGULATION. 115 § 8. — Ce pliénomène a été connu de tous temps , même par le vulgaire. Mais les physiologistes de l'antiquité et du moyen âge ne savaient, au sujet de cette coagulation sponta- née, que le peu que je viens d'en dire; et ici encore c'est à IMalpighi que l'on doit les premières expériences instructives Par le lavage, ce physiologiste dépouilla le caillot de la matière rouge du sang , et il reconnut que la trame en est formée par une substance fibreuse blanchâtre (1). A la même époque, les recherches de Borelli conduisirent ce médecin-mathématicien à penser que cette matière fibrineuse se trouve à l'état liquide dans le sang encore contenu dans l'organisme vivant, mais se coagule spontanément lorsque cette humeur s'est échappée du corps (2), opinion que les expériences les plus récentes des physiologistes de nos jours ont pleinement justifiée. (juglielmini ( 3j fit un pas de plus, car, en examinant le caillot au microscope, il y reconnut la présence des globules rouges du sang mêlés aux filaments blanchâtres précédemment obser- vés par Malpighi et les autres physiologistes de la fin du xvu« siècle. Enfin Ruysch (/|.), anatomiste célèbre par son habileté Principe coagiilabio. (1) De pohjpo cordis dissertatio (Op.umn.,p. 123, 1666). (2) De motu animalium , proposit. cxxxii, vol. Il, p. 167 (édit. de 1710). (3) De sanguinis natura et consti- tutione, 1701. (Op. omn., t. Il, p. 30.) (Zi) Comme divers auteurs qui font autorité dans la science attribuent cette découverte à un chimiste du xvm° sit-clc nommé Bucquct («), il me paraît utile de rapporter ici l'un des passages de l'ouvrage de Ruysch , où elle se trouve consignée : N'° XXXIX. «Phiola in liquore con- » tinens ramulum fruticis capensis » Portulacae, folio Hort. Amst. part. 1. » Inferior pars dicti rarauli obsita » est pseudo-membranula ex san- » guine seu cruore meo ( post venae » sectionem ) a me confecta , idque » sola conquassatione ramuli per san- » guinem, donec frigus contraheret )) sanguis : hoc facto aquae purte ra- » mulum indidi, aquà autcm saepius » renovatà , ramuloque digilis ali- » quolies compresso , cruor ramulo » cohœrens, albedinem Induit, repre- » sentans membranam veram , foliis » firmiter cohœrentem et pseudo- » fibris mcmbranosis ita perlexlam, » ut omnes sint putaturi veram esse (a) Voyez Dumas, Traité de chimie, t. VIII, p. M(\. 116 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. dans l'art des injections, compléta les découvertes dont il vient d'être question en séparant du sang' encore fluide la matière blanche et fibrineuse qui était destinée à former le caillot, et en empêchant ainsi le sang de se coaguler. Il y parvint en l)attant ce liquide avec des baguettes dès sa sortie du corps de l'animal vivant, procédé qui se pratique aujourd'hui dans tous les abat- toirs lorsqu'on veut conserver au sang sa fluidité, afin de l'uti- liser dans certaines opérations industrielles. De petits filaments blanchâtres et élastiques s'attachent alors aux baguettes avec lesquelles on pratique le battage -, et, en comparant ces filaments avec ceux que l'on obtient en lavant le caillot, Ruysch les trouva de même nature. Ainsi , il fut dès lors bien établi que la propriété de se coa- . guler spontanément, dont jouit le sang, est due à la présence d'une matière particulière qui, en se condensant, prend la forme de filaments (1). Dans les ouvrages des anciens physiologistes, elle est ordinairement désignée sous le nom de matière fibreuse. D'autres écrivains l'ont appelée tantôt gluten du sang , tantôt lymphe coagulable; enfin Fourcroy, au commencement du siècle actuel, lui donna le nom de fibrine (2), sous lequel elle est généralement connue de nos jours. » membranam, è corpore desiim- la fibrine forme en se coagulant, et il ») ptam. Notandiim vero illucl neuti- les décrit comme étant constitués par » quam successurum, nisi illico, post des séries de granules d'environ ~^„ » venae apertioneni , spiritibus non- de ligne, qui , à leur tour, sont com- » dum dissipatis, hoc fuerit institu- posés de corpuscules plus petits (de » tum. Vid. tab. 3, fig. 6, thés. 7. » ,V„; de ligne). Il a observé des mou- ( Thésaurus anatumicus septimus. vements moléculaires vifs, de con- Amst. 1707, in-/i", p. 11.) traction et de contorsion , dans ces Dans la figure à laquelle Ruysch ren- fibrilles, pendant plusieurs heures, voie se trouvent représentés les fila- {Correspondenzhl. Rhein. Westph. ments de fibrine retirés du sang par Aerzte, IS^'i, n° 10. Cité par Millier, le battage et encore adhérents à la Arch. fur Anat. und l'iujs., 18/i6, petite branche qui avait servi dans Bericht, p. 65.) cotte opération. (2) S^jstème des connaissances chî- (1) Récemment M. Mayer a étudié miques, t. IX, p. 157, an ix (1800). la structure intime des filaments que COAGULATION. 117 § 9. — C'est à la présence de la fibrine, disons-nous, que le sang doit la propriété de se coaguler spontanément et de se prendre en une masse de consistance gélatineuse et de couleur rouge. Mais d'où vient cette fibrine ? Dans le sang normal se trouve -t-elle réellement en dissolution dans le sérum, comme le pensait Borelli, ou est-elle fournie par les globules rouges? Ces questions ont longtemps partagé les physiologistes, et n'ont été pleinement résolues que par les expériences récentes d'un des naturalistes les plus habiles de notre époque, le professeur J. Millier, de Berlin. La plupart des physiologistes les plus éminents du siècle dernier pensaient que les globules du sang interviennent seuls dans le travail de la coagulation, et fournissaient à la fois la ma- tière rouge et la fibrine du caillot (1). Cette manière de voir fut adoptée et développée il y a environ trente ans par Home (2), ^IM. Prévost et Dumas (3) et quelques autres micrographes. Elle était môme assez généralement reçue tant en Allemagne qu'en France, et, dans cette hypothèse, on se rendait compte du phénomène de la coagulation spontanée du sang, en suppo- sant que les globules privés de l'influence de la vie s'attiraient (1) Sydenham , célèbre médecin ainsi que celles obtenues dans l'expé- anglais du xvii° siècle, pensait que rience de Iluysch sur le sang, ne sont la couenne du caillot est formée par la autre chose que les globules sanguins substance rouge du sang (qu'il appelait de Leeuwenboek dépouillés de leur fibrine) dépouillée de son enveloppe couleur(c). Jurin s'exprime d'une nia- colorée (a). Boerhaave considérait les nière plus nette, et attribue la forma- fibres sanguines comme étant formées tion du caillot à la réunion spontanée d'une chaîne de globules (6), et Ilaller, des globules {d). dont l'autorité était si grande parmi {1)Croonian Lectures on Blood,c[c. les physiologistes du siècle dernier, (Philos. Trans., 1818 et 1820). dit, dans son commentaire sur le pas- (3) Examen du sang, etc. {Hibl. sage précédent des écrits de Boer- univ. de Genève, lS2i, t. XV U). haave, que les fibres de la couenne, (o) Opéra omnia, p. 246. (b) Prœdilectiones academicœ, vol. II, p. 310. (c) Note f, loc. cit. {d) Jurin, .4?i Account ofSome Experimcnts lidating lo the Spécifie Cravitij nf Blood iPhilos. Trans., ni9,p. 1000). Soiivcn do la fibiiiic. 118 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. promptement, laissaient échapper leur nucléus, composé de fibrine, et, réduits à leur portion tégumentaire et rouge seule- ment , se trouvaient alors enveloppés et saisis par l'espèce de (rame résultant de la réunion des noyaux ou corpuscules fibri- neux ainsi nïis en liberté. Hewson, à l'exemple de quelques-uns de ses prédécesseurs, avait soutenu cependant une thèse contraire ; et, si les faits sur lesquels il basait ses convictions avaient été suffisamment dé- veloppés, son opinion aurait certainement prévalu depuis long- temps, Les médecins avaient déjà remarqué que, dans les maladies inflammatoires et dans f[uclques autres cas pathologiques, la masse gélatineuse formée par la coagulation du sang n'a pas le même aspect dans toute son épaisseur; que, dans sa partie inférieure , elle est rouge comme d'ordinaire ; mais que, vers le haut, elle est formée par une matière blan- châtre, à laquelle ils donnèrent le nom de couenne. Or, un physiologiste dont les écrits n'ont eu que peu de retentisse- ment, Davies, avait \n aussi que cette couche couenneuse est formée par une substance identique, au moins en apparence, avec celle qui constitue la trame de la portion rouge du caillot situé au-dessous; et il s'expliquait la différence de couleur entre ces deux couches en admettant que , dans les circon- stances ordinaires , la coagulation du sang ayant lieu avant que les globules, dont la pesanteur spécifique est plus grande (jue celle du fluide d'alentour, aient eu le temps de descendre vers le fond du vase, ceux-ci se trouvent empâtés également dans toutes les parties du caillot, qu'ils colorent uniformément ; tan- dis que, dans les cas où ime couenne se produit, les globules descendent plus aisément et plus vite, de façon qu'ils ont déjà abandonné la partie supérieure du liquide lorsque la coagula- tion s'efïectue : et alors le caillot est blanc là où la matière roagulable n'en rencontre plus, tandis qu'il devient rouge là COAGULATION. 119 OÙ il saisit ces corpuscules (1). Davies considérait donc la ma- tière plastique comme étant distincte des globules aussi bien que du sérum, dont elle se sépare par la coagulation spontanée; et, sans connaître les idées déjà émises à ce sujet en France par Petit, il professa une opinion analogue. Eftectivement, ce chirurgien avait été conduit à regarder le sang comme étant formé, non pas de globules et de sérum seulement, mais aussi d'un troisième élément physiologique, savoir, la lymphe , ou , pour me servir du langage moderne , la fibrine (2). Hewson soutenait la même doctrine, et il fit à ce sujet une expérience des plus ingénieuses et des ])lus concluantes. En examinant l'action de divers agents cliiiniques sur le sang, on avait constaté qu'en ajoutant à ce liquide une [lortion conve- nable de sulfate de soude ou de sel commun en solution dans l'eau, on retarde beaucoup sa coagulation, et Hewson ayant préparé un de ces mélanges de sang humain et de dissolu- (1) Davies, Essays to Promote the » sérosité se sépare du caillot de la Expérimental Analysis of Hunian » même manière que le petit-Iait se Blood, in-8. Bath, 1760. » sépare du lait caillé. La sérosité (2) J.-l^. Petit, qu'il ne faut pas » du sang n'est donc point susceptible confondre avec un autre académicien » de coagulation. Les deux autres par- du même nom et de la même époque, » lies , qui sont la lymphatique et la ranatomiste F. Petit, naquit à Paris » ylobuleuse , pour l'ordinaire, font en 167/i, et fut bon observateur non » ensemble un caillot qui nage dans moins que cliirurgien babile. Il mou- » la sérosité ; et l'on pnnrrait croire rut en 1750, et il est plus connu » que ces parties du sang sont toutes comme palhologiste que comme pby- » deux susceptibles de coagulation, si Biologiste ; mais je croirais manquer à )> nous n'avions pas observé plusieurs la justice qui lui est due, si je ne citais » fois, au fond des palettes et surtout ici textuellement Texplication qu'il o à l'ouverlure des cadavres , que la donne de la coagulation du sang. » partie globuleuse et la sérosité con- « Tout le monde convient que toutes » servent quelquefois leur lluidité, » les parties du sang ne sont pas sus- » pendant que la partie lymphatique » ceptibles de coagulation ; il est ce- » est seule coagulée. Il est ordinaire » pendant vrai que, quand on tire du n qu'à l'ouverture des cadavres, on » sang dans une palette, il se coagule » trouve le sang coagulé dans le cœur » d"abord tout entier ; mais, lorsqu'on » et dans tous les vaisseaux ; mais » le laisse reposer, on volt que la » celte coagulation n'est pas toujours 120 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. lion saline (1) le laissa reposer jusqu'à ce que les globules se fussent déposés dans la partie inférieure du vase, puis il décanta le liquide incolore qui surnageait, et y reconnut la présence de la fibrine. Eflectivement, en y ajoutant un peu d'eau, il la vit se prendre en gelée, comme cela a lieu dans le sang chargé de ses globules rouges, et former un caillot blanc. » la même. Quelquefois , la partie » rouge et la lymphe, exactement mè- » lées, forment un caillot rouge et » assez ferme ; d'autres fois, ces deux » substances, quoique coagulées, sont » presque exactement distinctes et » forment un caillot de deux couleurs ; » mais, attendu que la lymphe est plus )) légère, la moitié supérieure de ce » caillot est blanche , et l'inférieure » est d'un rouge brun, supposant que » le cadavre se soit refroidi dans la » situation horizontale, comme cela )» arrive d'ordinaire. Si l'on examine le n bassin dans lequel on vient de sai- » gner du pied, on trouvera toutes les )) parties du sang noyées dans l'eau » chaude, et, si l'on veut voir à l'in- )) stant quelle est la partie susceptible » de coagulation, on n'a qu'à jeter un )) pot d'eau froide dans le bassin, et » sur-le-champ on verra la partie » blanche se séparer de la partie » rouge et s'élever sur la surface de » l'eau, où elle forme des caillots très » durs , pendant que la partie rouge » demeure exactement mêlée avec n l'eau et sans former de caillot. De » ces expériences , connues de tout le » monde, on peut conclure que la par- » tie blanche est non-seulement plus H disposée à la coagulation que la par- » lie rouge, mais qu'elle est la seule » qui se coagule, et que la partie rouge » ne ferait point partie du caillot sans » la partie blanche qui la retient (a).» Pour mettre ce passage en accord complet avec la théorie de la coagula- tion du sang adoptée aujourd'hui , il suffirait de mettre le mot fibrine à la place du mot lymphe, et de dire glo- bules rouges au lieu de partie rouge. (1) Cette propriété remarquable que possèdent le sel commun et quelques autres substances de retarder la coa- gulation du sang lorsqu'on les emploie en proportion convenable était déjà connue il y a un siècle. Senac en parla {b) ; Fordyce également (r) : et il paraîtrait même que cette in- fluence du sel sur le sang n'était pas ignorée du vulgaire , car, en 1771, Ilewson disait qu'en Angleterre, les personnes qui emploient le sang des animaux de boucherie pour la pré- paration de substances aliiuentaires avaient l'habitude de recevoir ce li- quide dans un vase contenant du sel, et de l'y agiter à mesure qu'il s'écou- lait des vaisseaux, ce qui l'empêchait de se coaguler et permettait de le faire passer à travers un tamis sans qu'il restât sur celui-ci le moindre caillot((i). Quelques physiologistes ont cru avoir découvert ce fait il y a une quinzaine d'années. {(() Petit, Second Mémoire sur la manière d'arrêter les hànorrhagies {Méin. de VAcad. des sciences, il3i, p. 'Mi). (b) Scnac, Trailc de la structure, ITiO, t. II, p. 439. (f) G. Fordjxe, Eléments of the Practice ofPhysic, 17G8, 2* partie, p. 28. (d) Hcwson's Works, p. 14. COAGULATION. 121 Cette l)ellc exitérieiicc date de 1770 (1), et, iioiir la rendre déeisive, il ne restait [)lns qn'à voir si, dans ee cas, les globules rouges étaient restés intaels, car on pouvait croire que la librine provenait de ces corpuscules, et que le dépôt coloré était lornié de la matière rouge enveloppante des globules séparés de leur noyau. La théorie de la coagulation du sang soutenue par Hewson , et adoptée par beaucoup de compalrioles de ce physiologiste liabile, manquait donc encore d'une démonstration sut'lisante, et les faits dont ils arguaient pouvaient s'expliquer également bien par l'hypothèse contraire. Tel était à ])eu près l'état de la question (2), lorsque M. Mill- ier vint s'en occuper à son tour, et en donna une solution com- plète. 11 lit d'abord une expérience très analogue à celle de Hewson. Elle consista dans la hllration du sang de Gre- nouille délayé dans un peu d'eau sucrée, ce (pii en refarde la (1) On the Properlics of Blood, cliap. I, Experiment III {Op. cit., p. 12). IJiintcr a lait à pou pii's la même expérience, cl c'est pour celte raison que quelques écrivains lui attribuent la découverte de la théorie de la coa- gulation du sang; mais ses observa- tions sont postérieures à celles de llcwsoii. {On Blood, loc. cit., p. o^.) Une observation assez analogue à celle de Hewson a été faite par MM. Piorry et Scellc-Mondczert en opérant sur du sang couenneux non mélangé de liquide salin. Mais ces expériences ne sufllsaicnt pas pour donner la clef du pliénomènc de la forma lion dn cail- lot sanguin, car beaucoupdc physiolo- gistes pensaient que la matière de la couenne était dillérente de la fibrine ordinaire. (Voy. licch. sur Icarruin du ftdun, thèse par M. Sccllc-Mondczcrt, 1830.) {'}) L'illustre Bcrzclius pensait que la librine devait cire en dissolution dans le sang, .et non en suspension sous la forme de globules. Mais les motifs qu'il donne à l'appui de celte opinion pèchent par leur base, et n'a- vaient par conséquent aucune valeur aux yeux des physiologistes. Voici, en ed'et, comment il s'exprime : « Le » liquide incolore que charrient les » vaisseaux lymphatiques ne contient » pas, que nous sachions, de globules )) en suspenvion, ce qui n'enqièche » pas qu'il se coagule exactement » comme le sang et qu'il dépose un » caillot incolore. Mais, si ce liquide, )) séparé du sang par une espèce de » lillraiion, contient la librine dis- » soute , cette dernière est aussi en » j)aitie à l'élat de dissolution dans le » sang. La coagulation consiste alors » en ce que la librine dissoute se sé- » parc et emprisonne les globules. » IG 122 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. coagulation. Les globules des Batraciens, à raison de leur volume considérable, ne passent pas à travers le papier du liltre, comme cela arrive souvent lorsqu'on se sert de sang humain ; et 31. Miiller obtint ainsi un liquide incolore, dont la coagulation eut lieu cependant tout comme si les globules n'en avaient pas été préalablement séparés (1). Puis, dans une autre expérience, il s'assura, à l'aide du microscope, que dans le sang défibriné par le battage, et rendu par conséquent incoagulable, les globules ne sont ni déchirés ni altérés d'au- cune manière ajipréciable (2). Enlin, il arriva encore au même résultat par un autre i>rocédé. Il plaça au loyer de son micros- cope une gouttelette de sang de Grenouille étendu avec du sérum, de façon à écarter beaucoup les globules entre eux, et il vit bientôt le tout se prendre en une masse gélatineuse, bien que les globules fussent demeurés intacts. § 10. — Ainsi, aujourd'hui, on ne peut plus se refuser à admettre que la fibrine, dont dépend la coagulabilité du sang, {Traité de chimie, t. Vif, p. 32.) Ce manque dans la traduction française raisonnement est logique ; mais les de cet ouvrage (t. I, p. 95). Si l'on prémisses en sont erronées, car Hew- ajoute de Teau au sang avant de le son, et tous les autres micrograplies battre, Texpérience ne réussit pas, et qui se sont occupés de l'étude de la ce fait donne peut-être l'explication de lymphe, y ont reconnu la présence de ce que Berzelius avait dit relativement corpuscules incolores qui ressemblent à la disparition des globules dans le beaucoup au noyau des globules san- sang défibriné. {Traité de chimie , guins et aux globulins du sang. (Voy. t. Vil, p. 33.) Hewson, On the Fluid of Lymphatic ]\f. Figuier, qui a répété cette cx- Glands, loc. cit., p. 253, etc.) périence avec succès, tout en opé- (1 ) Beobachtungen zur AnaUjse dcr rant parfois dans des conditions moins Lymphr, des Bluts ^nld des Chylus favorables, puisqu'il s'est servi même (PoggendorfT's Ann. fiir Physik, 1832, de sang humain, a obtenu les meilleurs t. XXV, p. 537 ; — Trad. kmc.,An7i. résultats en mêlant à un volume de des se. nat., 2' série, t. I, p. 339). sang deux volumes d'une dissolution {'2) MùWer, Eléments uf Physiologij, de sulfate de soude marquant 16° à Translated by Balhj, t. I , p. 113. Le 18 " à l'aréomètre de Baume {a). passage relatif à l'état des globules Pour empêcher l'altération des glo- (tt) Voyez Comptes rendus de iAcadcimc des sckiiccs, lb-i4,t. XIX, p. iOi , cl Aun. de chimie, 3'=sciic,t. XI, i-. 503. COAGULATION. 123 se trouve en dissoliilion ou en suspension ( à l'élal de division extrême) dans le liquide où flottent les globules, et ne provient pas de ces corpuscules eux-mêmes (1). Le sérum qui se sépare du caillot après la coagulation du sang n'est donc pas identique avec le li< [uide qui tient les globules en suspension dans l'intérieiu' de l'organisme; et, pour intro- duire de la précision dans le langage de la pbysiologie, il est nécessaire de lui donner un nom particulier : c'est ce qui a été tait dans ces derniers temps, et aujourd'hui on l'appelle géné- ralement le plasma (2). Le sang normal se compose donc do globules solides et de plasma liquide. La fibrine se trouve alors dans le plasma. Par la coagulation spontanée, cette fibrine abandonne le billes et la dissolution d'une partie de leur matière colorante pendant la du- rée de la filtration, M. Dumas a trouvé de l'avantage à faire passer dans le li- quide placé sur le filtre un courant de bulles d'air {a). Voyez aussi à ce sujet une Note sur les globules du sang, par M. Bonnet {Comptes rendus, t. XXIII, p. 361, 18Zi5). (1) J. llunter, un des physiologistes et des chirurgiens les plus distingués de l'Angleterre , a publié en 179/i un travail très étendu sur le sang, et tout en admettant que la lymphe coagu- lable (c'est-à-dire la fibrine) se trouve h l'état liquide, il pensait qu'elle est simplement mélangée avec le sérum et non dissoute dans ce fluide {h). C'est aussi l'opinion d'un des pathologistes les plus célèbres de l'époque actuelle, M. Andral. Ce dernier pense que la fibrine affecte la forme de granulins dcT.'v de millimètre, qui seraient tenus en suspension dans le sérum {<;). (2) Schultz, Das Stjstem der Circu- lation, 1836, p. 8. En 1830, M. Babinglon a publié un Mémoire intéressant sur le sang, dans lequel, venant à l'appui des opi- nions de Hewsou sur le mécanisme de la coagulation, il cherche aussi à éta- blir que, dans le sang normal, la fibrine et le sérum sont unis, et for- ment un liquide particulier auquel il donne le nom de liquor sanguinis [d). C'est aussi sous ce nom que le plasma est désigné par Millier (e), par M. Mandl (/") et par plusieurs autres physiologistes. (a) Dumas, Bech. sur le sang (Ann. de chimie, 3' série, 1840, t. XVII, p. 453). (6) Œuvres de Hunier, frail. par Richclot, I. III, p. 34. ((■) .'Vndral, Essai d'Iiématolnijie pathologiiiue, 1843, p. 34. ((/) Some Considérations witli Respect to the Blood Founded on one or two Very Simple Experi- ments {Medico-chirurgicaL Transactions, vol. XVI, p. 293). (e) Millier, Pliysiologie, t. I, p. 80. (/') },lanA\, Sanguis respectu physiologico, in-8. Pestli, 1830. Séparalion (lu «ôrum. 12(1 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. plasma pour se réunir autour des globules et constituer avec eux le caillot, tandis que le plasma dépouillé de fibrine devient du sérum. Au moment où la coagulation spontanée du sang s'effectue, le caillot et le sérum ne forment qu'une seule masse gélati- neuse ; mais la fibrine qui consfitue la trame de ce caillot est une substance très élastique, qui tend à revenir sur elle-même, et, en se resserrant, elle chasse peu à peu la majeure partie du sériun emprisonné dans ses mailles. Le caillot acquiert ainsi plus de consistance et nage dans le sérum, mais il n'ex- pulse jamais la totalité de ce liquide, et dans la plupart des cas en conserve environ un cinquième de son volume, circonstance dont il faut tenir compte lorsqu'on veut évaluer les proportions des matières solides et fluides du sang (1). Il est aussi à noter Quelques auleurs l'appellent liquide intercellulaire {a), et des vues théori- ques au sujet du mode d'origine des cellules organiques y ont fait donner le nom de zoocambium [h); mais au- jourd'hui le nom de plasma est plus généralement employé. (1) Le professeur Schmidt, de Dor- pat, a fait, à l'orcasion de ses recher- ches sur le choléra, un grand nombre d'expériences sur le sang, et a étudié avec beaucoup de soin le phénomène de la coagulation. Il a constaté que dans les circonstances ordinaires le caillot se resserre d'une manière lente et continue pendant fort longtemps; mais que dans les premières douze heures les trois quarts de la quantité totale du sérum en sont expulsés. Dans les douze heures suivantes, IZi à 17 cen- lièmesde ce liquide se séparent du cail- lot, et pendant les deu\ ou trois jours qui suivent il en suinte encore une petite quantité (8 à 10 centièmes de la quantité totale du sérum). Lorsque la température est d'environ 16 ",1a rétrac- tion du caillot atteint son maximum entre vingt -quatre et quarante -huit heures; mais lorsque la température est entre 0" et 5", la séparation du sérum et du caillot se fait plus len- tement. Quoi qu'il en soit, le sérum qui s'échappe ainsi peu à peu paraît être identique pendant toute la durée du phénomène, et il en reste toujours une certaine quantité dans le caillot. En examinant au microscope des tran- ches minces de celui-ci, M. Schmidt a vu que les globules y sont très serrés, mais il a évalué l'espace oc- cupé par le liquide interglobulaire, ou sérum, à environ un cinquième du volume total du caillot. Enfin il estime que les globules forment au moins les /l dixièmes du volume total du sang; quelquefois même le volume de ces corpuscules est supérieur à celui du sérum (environ b'6 ou 5Z| pour 100 (r). (a) Sclimidt, Charakterisiik der epidemischen ChoUva. Leipzig, IRTiO, p. 3. {1} Horn, Leben des Blutes wid Geseize des Kreislaufs. Wiirlzb., -1812. ((•) C. Sclimidt, Charaliteristik der epidemischen (Umlera, p. U, COAGULATION. ^25 que cette propriété rétractile de la lil)rinc n'est pas également développée chez tous les animaux, et que chez l'homme elle s'affaiblit dans cerlains états pathologiques de fae'ori i\ ne plus pouvoir déterminer la séparation entre le sérum et le caillot. Celui-ci reste alors sous la forme d'une sorte de gelée trem- blotante, et (pielipies physiologistes (»nt cru nécessaire de dis- tinguer par une dénomination particulière la l]hriiie ainsi modifiée. On l'a i\\)\)c\vQpseuJo- fibrine (1). Le temps pendant lequel le sang conserve sa lluidilc' a[)rès sa RapMiié sortie du corps varie un peu chez les divers animaux, ainsi que h roagniaiion. chez les individus d'une même espèce, et jusque chez le uKMne individu, suivant qu'il est en santé ou qu'il est malade. Ainsi le sang du Cheval se coagule plus lentement que celui de l'honnnc. Le sang du Cliicn, au contraire, se prend en masse plus vite que le nôtre, et celui du Glouton et du Lapin éprouve le même chan- gement avec une rapidité encore plus grande. La coagulation du sang des Oiseaux, des Reptiles et des Poissons s'effectue aussi très promptement. On a remarqué encore que chez les jeunes individus elle est en général plus rapide que chez les adultes, et que des différences du même ordre existent entre le sang de la femme et celui de l'homme (^2). Ainsi la résistance (1) Magendie a ck'signé de la sorle la fibiine qui se produit rapide- ment dans l'organisme à la suite de saignées copieuses, et qui est moins dense que la librine normale [a). Ci) Le temps que le sang met à se coaguler a été estimé très diversement par les auteurs, et ce désaccord tient d'une part aux variations qui existent réeiiomont ù cet égard, et d autre part l'i la phase du pliénomène dont les observateurs ont tenu compte. En gé- néral il se forme d'abord une pellicule mince ù la surface du lluide, et ce premier degré de coagulation a lieu pour le sang de riiomme entre 1 mi- nute lib secondes et G minutes après que la saignée a été pratiquée; un second degré dans la coagulation con- siste le plus souvent dans la formation d'une couche gélatineuse contre les pa- rois du vase, et a lieu au bout de 2 à 7 minutes; la masse tout entière se prend en gelée entre U et 12 minutes après la sortie du sang ; enfin la coa- gulation devient complète entre 7 et IG minutes après celte sortie, et alors le sérum commence à se séparer du (a) Magendie, Leçon.i sur les phénomènes phtjsiquen de la vie, 1R37, t, 111, p. 3,)3. .^^ ^4° ^ÇviCA/ ^. \<2Q SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. que le sang' oppose à cette altération semble être plus grande chez les organismes puissants et actifs que cliez les êtres faibles ou lents dans leurs mouvements. Et j'insiste sur cette circon- stance, parce qu'elle viendra corroborer les vues dont j'aurai bientôt à vous entrelenir relativement à la cause de la lluidité du plasma. Il est aussi à noter qu'en général la consistance du caillot est en raison inverse de la rapidité avec laquelle le sang s'est coagulé (1). • § 11 . __ La couenne du sang (2"), dont j'ai parlé il y a quel- raillot, qui offre assez de consistance pour pouvoir ètie remué sans se dé- chirer. Or les observateurs qui parlent du temps employé par le sang pour se coaguler font allusion, les uns à l'ap- parition de la première pellicule, les autres à la prise en masse, et d'autres encore à la consolidation de celte ge- lée, M. A'asse a étudié avec attention tous ces divers degrés, et les chilTrcs rapportés ci-dessus sont basés sur ses observations («). La coagulabilité relative du sang de divers animaux a été étudiée par Thack- rah. Nasse et quelques autres phy- siologistes; mais les observations n'ont pas été assez multipliées pour que Ton puisse donner une évaluation moyenne du temps pendant lequel cette humeur conserve sa lluidité. Dans les expé- riences de 'rhackrah le sang des pe- tits Passereaux commença à se coa- guler en 20 secondes ou 1 minute; celui du Canard et de l'Oie en 1 à 2 minutes; celui du Lapin en moins de 1 minute; celui du Chien en moins de 3 minutes ; celui du Bœuf, terme moyen, en 6 minutes, et celui du Cheval entre 5 et 13 minutes (6). M. Nasse a trouvé que le sang du Pigeon se coa- gule plus vite que celui de la Poule, et celui de l'Oie plus lentement que ce dernier. Ses observations sur le sang des Mammifères sont en général assez d'accord avec celles de Thackrah, mais il considère le sang du Chien comme étant plus lent à se coaguler que celui du Bœuf et du Cochon. Dans les expériences de Nasse, la coagulation a commencé, terme moyen , au bout d'un peu moins de 3 mi- nutes pour le sang de la femme et de h minutes pour le sang de l'homme. La prise en masse gélatineuse s'est effectuée aussi environ une minute et demie plus tard chez l'homme. (1) Ilunter, Traité du sang et de l'injlam mation {OEuvres, trad. franc. , t. m, p. 38). (2) On donne souvent à cette couche le nom de couenne inflammatoire, parce qu'elle se montre le plus ordinai- rement dans les cas de phlegmasies, et que beaucoup de médecins l'ont considérée comme étant un signe caractéristique de ces maladies ; mais (a) Article Sang, par Nasse, dans Wagner's Handuiorterbuch der Physiologie, 1842, f. I p i04. — Voyez aussi Hunier, Traité du sang ( Œuvres, t. III, p. 30). (b) Tliackrali, Inqinry iiUo the Nature and Properties of l'.lood, 1819, p. 29. COAGULATION. 1-' quesinsUmls, etdoul l'élude îi beaucoup occupé les médecins de tous les (enii)s, n'est ipie la portion du caillot qui ne renferme [)as de globules rouges, et, par sa nature, elle ne diffère pas notablement de la tibrine, qui, dans les couclies inférieures du même caillot, a englol)é les globules dans sa substance au moment de sa solidification. Aussi la présence ou l'absence de cette matière blanchâtre à la surface supérieure du caillot et son épaisseur plus ou moins considérable dépendent-elles prin- cipalement soit de la lenteur ou de la rapidité avec laquelle la fibrine se prend en gelée, soit du degré de promptitude avec lc({uel les globules cessent de rester en équilijjre dans le plasma et tendent à se déposer au fond du vase où le sang a été recueilli. Chez quelques animaux dont le sang ne se coagule que lentement (le Cbeval, par exeuii)le), il se forme presque toujours une couche épaisse de couenne; tandis que chez ceux dont le sang se prend en masse très vite (comme cela s'ob- serve chez les Oiseaux), l'existence d'une portion incolore du caillot n'a pas été observée (1). Couenne du sang. elle n'est pas nécessairement liée à cet état patlioiogique. Dans ces derniers temps, M. natin a proposé de l'ap- peler hémaleucinc, et de donner Té- pilhète cVhémaleucogène au sang qui en produit ; mais cette nomencla- ture, dont je ne rapporte ici que la moitié, ne me semble ofl'rir aucun avantage, et par conséquent je ne l'emploierai pas (or). En parlant de la digestion, nous aurons à revenir sur l'influence que ^1. Uatin altrihue à cette fonction sur la production de la couenne. (1) L'influence que la lenteur de la coagulation de la fibrine plasmiquc exerce sur la production de la couenne a été mise bien en évidence par les rechercbes récentes d'un médecin italien, M. G. Polli. Effectivement, celui-ci a constaté, par une série de plus de quatre cents observations, que pour l'espèce bumaine la coagulation du sang s'opère, terme moyen, en 27 minutes lorsque le caillot est couenneux, et en 11 minutes quand il n'y a pas de couenne ; il a vu aussi que tout sang qui ne donne pas de couenne est toujours susceptible d'en fournir lorsqu'on en ralentit suflisam- ment la coagulation, el qu'au con- traire du sang couenneux donne un (fl) It;ilin, Ikch. cxjiévlm. sur l'hémaleiwose {l'Esculape, 1840), et liccli. cTpt'rim. sur la partie blanctie du sang appelée fibrine {l'Examinateur médical, nov. 1841). Cause de 128 SAKG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. 4s 12. — Nous connaissons donc maintenant le mécanisme do la coaguiaiioii. ]j| coagulalion spontanée du sang; mais, si nous voulions aller l)lus loin et chercher quelle est la cause du changement qui se manifeste ainsi dans la fibrine, nous nous trouverions prompte- caillot dépourvu de couenne lors- qu'on accélère sufEsammenl la coagu- la lion («)• Il est évident que si le temps em- ployé par la fibrine pour se solidifier reste constant , mais que la rapidité avec laquelle les globules tendent à descendre et à se déposer au fond du vase vienne à varier, il en résultera des dillérences du même ordre dans l'as- pect du caillot. Or l'observation nous apprend que celte tendance est loin de se manifester toujours avec une égale promptitude, et l'on a fait un grand nombre d'expériences pour découvrir la cause de cette inégalité. La tendance des globules à se dé- poser au fond du vase dans lequel on a reçu le sang varie suivant diverses circonstances ; on l'observe dans le sang qui a été défibriné aussi bien que dans le sang normal, et par le repos seulement ces corpuscules se séparent du sérum presque aussi complètement que lorsqu'ils sont entraînés par la solidification de la fibrine (6). Les dif- férences qui se remarquent dans la rapidité avec laquelle ce dépôt s'ef- fectue paraissent dépendre en grande partie des rapports qui existent entre la densité du plasma et la pesanteur spécifique des globules. La densité des diverses parties du sang avait été étudiée par Jurin au commencement du siècle der- nier (c), et a été déterminée avec plus de précision il y a quelques années. Les expériences de M. J. Davy ont donné , pour la densité du sérum , 1020 à 1030 , et , pour celle des glo- bules , environ 1132, évaluation qui ne s'éloigne que peu de celle donnée par Jurin. D'après quelques essais de M. Babington, la densité des globules serait même un peu plus considéra- ble {d). M. J. Uavy estime la densité de la fibrine à 10/i6 ou 1060(e). Enfin, MM. A. Becquerel et Rodier ont tiré de leurs expériences à ce sujet les ré- sultats suivants : densité du sang dé- fibriné de l'iiomme , moyenne, 1060 ; max., 1062 ; min., 1058 ; — du sé- rum, moyenne, 1028; max., 1030; min., 1027 (/'). La détermination exacte de la densité des globules pré- sente de grandes difficultés à cause de la quantité variable de sérum qui reste toujours interposée entre ces corpus- cules; mais à l'aide de quelques pré- cautions on peut arriver à une ap- proximation sufjisante. M. Scbmidt, de Dorpat, a fait beaucoup d'expériences à ce sujet, et, à l'aide d'une métbode qu'il serait trop long d'exposer ici, il est {a]Vo\\\,nicerche ed esperimoili littonto alla forma^ione délia cotenna nel sanguc, iii-8. Milano, 1843. (Extrait ries Annali universali di medtcina. 1843.) (b) SclmiiJt, Charak. der GhOlcra, p. 13. — Popp, Unlcrsuchmy ûbcf die Beschalfenhdl des menschlkhen DUilcs in vcrschiedencn hrnnkhcttcn, 18 45, p. 8. (t) Philos. Trans., 1719, p. iOOl. [il] Voy. ait. Morhid lllood m ToildV Ojclop. of Anal., vol. I, p. 418. (e) Voy. J. Liavy, Hesearch., Pltysiol. and Aiiat., \ol. II, p. 17. (/) Becquciol et Rodier, Recli. sur la composition du sang, iii'8, 1844, p. -2û. COAGILATION. 129 ment arrêtés. Effectivement, on ne sait presque rien à ce sujet. On en a fait l'objet d'un grand nombre d'expériences , mais on n'est guère arrivé qu'à des résultats négatifs. Ainsi , on a constaté que la coagulalion du sang ne dépend arrivé à des résultais propres à jeter quelque jour sur la question dont nous nous occupons ici (a). EfTeclivement il a vu que la densité des globules sanguins est susceptible de varier notablement. Cbez riiomme à l'état de santé il n'a trouvé que des différences très légères, la pesanteur spécilique de ces corpuscules se main- tenant entre 1,0885 et 1,0889. Chez la femme leur densité est un peu plus faible (entre 1,0880 et 1,0886). Enfin il a constaté que dans certains états pathologiques ces corpuscules acquiè- rent une densité sensiblement plus grande que dans l'état normal, tandis que dans d'autres maladies le con- traire a lieu. Ainsi M. Sclimidt dit que leur pesanteur spécifique était de : 1,1025 ou même 1,1027 chez des malades atteints de choléra ; 1,0855 dans un cas de dysenterie; l,08Zi5 dans un cas d'albuminurie; 1,0817 chez un hydropique {b). On peut juger approximativement de la densité du plasma par celle du sé- rum. Or, celle-ci est également sujette à varier. Ainsi MM. A. Becquerel etRo- dier ont trouvé que dans les maladies inflammatoires et autres affections ai- guës où le sang donne généralement une couche couenneuse plus ou moins épaisse, la densité du sérum, an lieu de s'élever à 1,028, comme dans les circonstances ordinaires, n'est que de 1,027. Ils ont trouvé aussi que cbez la femme la densité de ce liquide est, terme moyen, de 1,027, mais s'é- lève à 1,0281 pendant la grossesse et descend à 1,0257 chez les chloro- tiques (c). On voit par ces exemples que le dépôt des globules peut être accéléré ou ralenti, soit parles modifications qu'ils sont susceptibles d'éprouver dans leur densilé,soit parles variations du même ordre dans les propriétés physiques du sérum. On comprend donc que l'apparition d'une couche couenneuse puisse être due à des causes très diffé- rentes. Quelques physiologistes ont pensé que la promptitude plus ou moins grande avec laquelle les globules se déposent est dépendante de la dispo- sition de ces corpuscules à s'accoler entre eux et à se réunir en piles num- mulaires. On a cru aussi pouvoir ex- pliquer ces différences par l'adhérence plus ou moins grande entre leur sur- face et le liquide visqueux qui les charrie {d). Mais ces hypothèses ne reposent pas sur des bases solides. Il est d'ailleurs h noter que la fibrine n'exerce que peu d'influence sur ce phénomène, et l'on a constaté que les (rt) Schmicit, Op. cit., p. 18 cl suiv. (6) Op. cit., p. 53 et 143. (c) Becquerel et Pioiiiei-, Recherches svv la composition du sang, p. 92. (d) Henlc, Traite d'analoviie (inicrale (Kncijclop. anatom., t. I, p. 407). Gulliver, On the Formation uf tfic Huffyront of lilood (l.ancct, 1845, vol. I, p. 221) Lelimaun, Lehrbuch der pinjswioyisriien l'.liemie, 1853, t. 11, p. 134. 17 130 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. pas de ce qu'il est en repos, au lieu d'être en mouvement, comme cela a lieu dans l'intérieur de l'organisme vivant , bien que cette circonstance puisse contribuer à la déterminer (1). globules du Cheval, qui se déposent plus rapidement que ceux de la plu- part des animaux, se comportent à cet égard de la même manière quand on les place dans le sérum d'une autre espèce. M. IMiiller, il est vrai, a vu les globules se déposer plus lentement dans du sang défibriné que dans du sang dont la coagulation avait été re- tardée par l'addition d'un peu de car- bonate alcalin, mais cela dépendait probablement de l'action de ce dernier réactif (a). Quant à l'influence accéléra irice que cerlaines matières, telles que le sucre et la gomme, exercent sur le dépôt des globules, bien qu'elles aug- mentent la viscosité du sérum , il est probable que cela tient à une aclion exosmolique qu'elles auraient sur ces corpuscules et à l'augmenlation de la densité de ceux-ci par suite de la soustraction d'une portion de leur eau. La connaissance du mécanisme de la formation de la couenne nous permet d'expliquer plusieurs phénomènes sin- guliers en apparence qui ont depuis longtemps attiré l'attendon despallio- logisies. Ainsi on avait d'abord pensé que le sang n'était couenneux que dans les cas de maladie inflammatoire; mais on a vu que diverses circonstances indépendantes de l'état de l'économie influent également sur la production de la couenne : la forme du vase dans lequel le sang est recueilli, par exem- ple. En effet, le même sang peut don- ner une couche couenneuse épaisse ou mince, suivant qu'on le reçoit dans un vase large et peu profond , tel qu'une des palettes à saigner de nos hôpitaux, ou dans un vase étroit et conique, comme un verre à vin de Champagne, ce qui dépend probablement de la facilité plus ou moins grande que les globules trouvent alors pour s'éloigner de la surface du liquide en se dépo- sant (6). La rapidité du jet et l'élat d'agita- tion plus ou moins grande du liquide au moment de sa réception dans le vase influent d'une manière analogue sur la promptitude de la chute des globules, et par suite sur la couleur des parties supérieures du caillot. Il paraîtrait, d'après les expériences de M. Schultz, que la proportion de couenne est susceptible de variations assez grandes par l'ellet du mélange de diverses substances médicamen- teuses dans le sang. Ainsi le sang, qui, dans son état normal, fournissait 1,/|4 pour 100 de couenne fraîche, en donne, par l'addition de la teinture de cantha- rides, 1,66 ; avec le sulfate de quinine, 2.06; et avec l'essence de romarin, 2,7Zi (c). (1) Lower attribuait la coagulation du sang à ce défaut de mouvement (d). (a) Millier, Manuel de physiologie, l. I, p. P". (h) Vojez Scudamore, Essay on l'Aood, t8i'i, p. 42. Raiier, Essai sur la couenne inflammatoire, lliôsc, ■IStO. Babinglon, On Blood (Med. Chir. Tiaus , ISaO, vul. XVI, [i. 296). (c) Scliuliz, Yersnche ûber kunstliclie P.ildvnQvon entziindlichem Blut diirch Armeimrkungen {Ann. der Phys. vna Chem., t. LXVI, ji. 294). [d) Lower, De corde.. IfifiO, p. ■I":!. COAGULATION. 131 On sait que le refroidissement éprouvé par le sang après sa sortie de nos vaisseaux n'est pas la cause de la coagulation de ce liquide, car il se prend également en masse lorsqu'on le maintient à la température de notre corps. D'ailleurs, comme l'a fait remarquer Hunter, il se coagule chez les animaux à sang froid aussi bien que chez les animaux à sang chaud, et cependant il n'éprouve par le fait de sa sortie au dehors aucun refroidissement (1). On a prouvé d'une manière non moins certaine que ce n'est pas le contact de l'air qui détermine ce phénomène, car on a et cette opinion a été adoptée par beaucoup de pliysiologistes Senac conslala aussi qu'on peut empèclier ce liquide de se prendre en masse en le secouant fortement dans un flacon {a], Mais Hewson a prouvé que l'agita- tion ne retarde pas la coagulation de la fibrine (Op. cit., p. 9), et les re- cherches de J. Davy (6), de Scuda- more (c), de Prater ((/) et de quelques autres physiologistes montrent que, si le sang ne se prend pas toujours en masse lorsqu'on l'agite violem- ment, comme dans l'expérience de Se- nac, cela tient à la rupture du caillot à mesiue de sa formation et à la réu- nion de la fibrine en grumeaux, mais non au défaut de coagulation de celte matière. C'est en agissant d'une ma- nière analogue qu'on peut retarder notablement la prise en masse du sang, en remuant ce liquide au moment de sa sortie de l'organisme. Du reste, le repos, tout en n'étant pas la cause im- médiate de la coagulation, est une cir- constance qui est favorable à la pro- duction de ce phénomène et qui en est souvent la cause indirecte (e). (1) Voyez newson. On the Proper- tiesof Blood, Exper. I {Op. aï., p. 3). On a fait aussi beaucoup d'expériences pour déterminer l'irifluence de la tem- pérature sur la rapidité avec laquelle la coagulation s'elTectue, et, d'après l'ensemble des résultats ainsi obtenus, ij paraîtrait que, pour le sang humain et probablement celui de tous les ani- maux à sang chaud, la températm-e la plus favorable à la prompte coagula- tion est à peu près celle du corps ; qu'une température plus élevée, mais insufiîsante pour solidifier l'albumine, retarde la formation du caillot, et que le froid agit dans le même sens, mais d'une manière encore plus marquée. Dans quelques expériences de M. J. Davy, la coagulation, qui d'ordinah-e s'opère en quelques minutes, a été retardée de plus d'une heure par l'in- fluence d'ime température de 0". On peut consulter sur ce sujet l'ouvrage de Hunter sur le sang , ceux de Hey (a) Senac, Traité de la structure du cœur, t. II, p. 134. (h) Researches, Ptiysiological and Anatomical, vol. II, p. 04. {c) Scmlamorc, On the Blood, p. 41 et 113. (d) Exper. Inquir. in Chem. Phys., part, i, p. 17. (e) Voyez Hunter, Traité du sang ( Œuvres, t. III, p. 43). 132 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Vil le caillot se former dans le vide barométrique aussi bien que dans des vases ouverts (1). On s'est convaincu que la sortie du sang au dehors de l'éco- nomie animale n'était pas la seule cause de sa coagulation spon- tanée, car, dans beaucoup de cas pathologiques aussi bien que dans les expériences des physiologistes , on a vu ce fluide se solidifier de la sorte dans l'intérieur du corps vivant (2). Enfin on n'a pu découvrir aucun phénomène physique, ni aucune réaction chimique qui soit de nature à nous éclairer sur la cause de ce changement dans le mode de constitution de (06s. on Blood, iii-8, 1779),(leThack- rah (0?t Blood, 1819, p. 937, etc.), de Scudamore {Op. cit.), de J. Davy ( Researches , vol. II ) , et les expé- riences consignées par M. Gulliver dans ses Notes à l'ouvrage de Hew- son. (1) Hunter, Op. cit., p. 35. J. Davy a oblcnu le même résultat en recueil- lant sous une couclie d'huile le sang au moment de sa sortie du corps vi- vant, de façon à le préserver du con- tact de l'air (o). Dans les expériences de Scudamore, la coagulation du sang, toutes choses étant égales d'ailleurs, s'est faite plus lentement à l'abri du contact de l'air qu'en vase ouvert {b). Schrœder van der Kolk déduit de ses expériences que le contact de l'air, quoique n'étant pas nécessaire à la coagulation du sang , la favorise (c). Les mêmes résultats ont été obtenus par M. Gulliver. Nous reviendrons sur ce fait lors- que nous étudierons les propriétés chimiques de la fibrine. (2) Les expériences de Hewson [d], les observations des chirurgiens sur la formation du caillot dans l'intérieur des poches anévrysmales , et l'histoire nombreuse des cas pathologiques dans lesquels la coagulation du sang a eu lieu dans l'intérieur des veines chez des malades affectés d'œdème des membres inférieurs, etc., prouvent assez que ce phénomène n'est pas nécessairement lié à la sortie de ce liquide hors de l'économie (e). On sait aussi que, dans le cadavre, on trouve des caillots dans le cœur et les gros vaisseaux ; mais, dans toutes ces cir- constances, l'influence de la vie a cessé de s'exercer d'une manière normale : tantôt elle est éteinte, et d'autres fois on peut penser qu'elle a été beaucoup diminuée par le fait de la mort par- tielle dont les globules extravasés peuvent avoir été frappés. (a) Edinb. Medic. Journ., iS-2S, t. XXIX, p. 244, et Research., t. II, p. 'JO. (b) Essay oa the Blood, iii-8, 18-24, p 27. le) ScliiTCdtT van lU'i- Kolk, Commentath de sangîtinis vase effluentis coagulatione. Groninga, 1820, p. 11. (d) Notes de l'ouvi-aire de Hewsoii, p. 20. (e) Boucliiil, Mémoire sur la coudulalioii du sauij veineux dans les cachexies cl les maladies chroniques (Gazette médicale, 1845, p. 241). COAGULATION. 133 lu fibrine plosmiciue, et, ainsi que nous le verrons dans la pro- chaine leron, nous ignorons encore ce qui se passe dans la composition de cette matière au moment où elle cesse d'être liquide pour se prendre en gelée (1). Ce qui, dans les circonstances ordinaires, contribue le [)lus à la conservation de l'état particulier de la librine en vertu duquel celle-ci reste fluide et coagulable, c'est l'inlluence de la vie. Hevvson, dans ses expériences sur les animaux vivants, a vu que du sang rendu stagnant dans l'intérieur des vaisseaux au moyen de deux ligatures ne s'y coagule qu'à la longue (2). (1) Quelques chimistes ont pensé que la coagulation du sang est accom- pagnée d'un dégagement de clialeur, pliénomène qui semblerait indiquer une réaction chimique. Ainsi Four- croy avait annoncé que, pendant ce changement , la température du sang s'élève de plusieurs degrés (a). Gor- don assure avoir constaté le même fait (6), et plus récemment Scuda- more a cru pouvoir tirer une con- clusion analogue d'expériences qui lui sont propres (Ojj. cit., p. 75). Hunier, au contraire, avait dit que ce changement n'est accompagné d'aucun dégagemeni de chaleur {Op. cit., p. 28). M. J. Davy est arrivé au même résultat en prenant beaucoup de pré- cautions pour éviter les causes d'er- reur qui se produisent dans les expé- riences de ce genre (c). M. Schrœder van der Kolk, qui a fait à ce sujet beaucoup d'expériences, en tenant compte de la température du sang près du iond du vase aussi bien qu'à la surface, est arrivé av[Qs liquides albumineux, influence qu'il rapporterait à la classe desphénoinèues de métabolisme. Or, dans le cas où le résultat annoncé par .\l. Buchanan ne serait pas inexact, ne pourrail-on pas penser que le sérum de l'hydrocèle a dissousde la fibrine et s'est transformé de la sorte en une espèce de plasma artificiel? (Voy. O71 the Coagulation of blood and otiier Fibriniferous fluids, in Proceedings of Glasyoiv Phil. 6'oc., ib/j5.) 18 138 SANG. prend en une masse gélatineuse dans laquelle les globules rouges du sang se trouvent empâtés. Nous voyons aussi que cette fjieulté de se coaguler sponta- nément se perd par Faction de divers agents chimiques, et je dois ajouter que parfois la fibrine plasmique semble éprouver, en partie an moins , une modification analogue dans le sein même de l'organisme, car, dans certains cas de mort subite par l'effet de la foudre (1), ou d'empoisonnement par des ma- tières que les toxicologistes appellent des poisons septiques, on voit que le sang reste fluide après la mort (2). Mais, dans (1) Hunter pensait que, chez les animaux tués subitement par une commotion électrique (riiomme frappé de la foudre, par exemple), le sang perd la propriété de se coaguler spon- tanément (a) ; mais un résultat diffé- rent a été invariaiîlement obtenu par Scudamore b). J'ai vu aussi le sang se coaguler très bien chez des oiseaux de petite taille tués par une décharge de la batterie électrique. Mais, dans certains cas, le sang est évidemment moins coagulable chez les individus foudroyés que dans les cadavres ordi- naires, et cette particularité se trou- vant liée en général à une rigidité cadavérique très considérable, je suis porté à penser qu'elle peut dépendre de la solidification d'une portion de la fibrine du sang dans les capillaires, même des muscles, plutôt qu'à la transformation de cette matière en une substance non coagulable. Chez les foudroyés, cette rigidité est parfois telle que le cadavre reste debout dans la position où était l'individu au mo- ment de la décharge électrique (c). (2) Le sang a été trouvé presque fluide dans le cadavre de quelques personnes empoisonnées par des cham- pignons, par l'acide cyanhydrique, etc. , ou asphyxiées par le gaz acide sulfhy- drique (d). Ainsi .1. Kavy a souvent trouvé le sang liquide dans le cadavre d'individus asphyxiés, et s'est assuré que cet étal ne dépendait pas d'un état de putréfaction {e). Les pathologistes ont enregistré plu- sieurs exemples de sang non coagu- lable. Ainsi Senac parle d'un de ses malades, un homme de trente-cinq ans, qu'il fit saigner, et dont « le sang ne se figea point (/"). » llewson rap- porte l'observation d'une femme en couche dont le sang était également incoagulable (g). On trouve des ob- (a) Hunter, Traité sur le sang (Op. cit., p. i'Sl). (6) Essay on Blood, 1824, p. 530. (c) Voyez Boiulin, Sur les victimes de la foudre (Comptes rendus de l'Acad. des scienc, 1854, t. XXXIX, p. 783 . (d) Orfila, Traité des poisons, 1827, t. II, p. 447, 482. (e) Traité du cœur, l. Il, p. 129. (/■) Hevvson's Works, p. 00. (g) i. Davy, liesearches, t. Il, p. 192. COAGULATION. 139 les circonstances ordinaires, rien de semblable n'arrive, et la fluidité dn sang se trouve liée à l'activité vitale, soit de l'ensemble de l'économie, soit des parties avec lesquelles servations analogues dans les Notes ajoutées à la nouvelle édition des OEu- vres de Hewson par M. Gulliver, et dans beaucoup d'ouvrages de méde- cine. ^ous reviendrons sur ce sujet dans une des procliaines leçons. Amussat a cru remarquer que, par TelTet de l'éthérisation , le sang de- vient souvent moins coagulable que dans Pétat normal (a). Hunter pensait que le sang est coagulé dans les vais- seaux des animaux hibernants pendant qu'ils sont en léthargie, et se liqué- fierait à leur réveil [b) ; mais les obser- vations de Saissy montrent qu'il n'en est rien, et que le sang, quoique dans un état de stagnation apparente, reste liquide chez le-; Marmottes, les Héris- sons, etc., au plus profond de leur léthargie (e). Ce l'ail a été vu égale- ment par M. Marshall-Mail id). On attribue aussi au défaut decoa- gulahilité du sang l'impossibilité où l'on s'est trouvé quelquefois d'arrêter l'écoulement de ce liquide, soit par des plaies très petites, telles que des pi- qûres de sangsues, soit à travers le tissu des membranes muqueuses. Ainsi, dans un cas de ce genre observé par M. Tardieu, le sang ne s'est pas coagulé par six heures de repos et paraissait dépourvu de fibrine (e). Les patholo- gistes désignent cet état morbide sous le nom de diathése hémorrhngique, ou hémon-hagie constitutionnelle, et il en est fait mention dans les écrits d'un médecin arabe Alsaharave ou Albucasis, qui vivait probablement dans le xi i' siècle (/"). Des exemples très remarquables de cette disposition à l'hémorrhagie ont parfois été observés chez divers membres d'une même fa- mille. Ainsi un médecin américain, Hughes, cite une famille oii, pendant quatre ou cinq générations, tous les in- dividus mâles étaient sujets à des acci- dents de ce genre ; les plus petites inci- sions donnaient lieu à un écoulement de sang qu'on ne pouvait pas toujours tarir, et plusieurs de ces personnes en sont mortes (g). M. Dubois, de Neu- chatel, a publié des observations ana- logues : dans une famille du nom de Gambe, trois enfants sont morts ainsi d'hémorrhagie, l'un par l'application de ventouses scarifiées au genou, un second poiu" s'être entamé la peau de la tempe en se heurtant à l'angle d'une table, et le troisième à la suite d'une api>lication de deux sangsues à l'é- paule {h). Beaucoup d'autres faits du même ordre ont été recueillis, principale- ment en Allemagne, en Amérique et (a) Comptes rendus de l'Acad. des sciences, 1847, t. XXiV, p. 284. (6) Hunier, Traité sur le sang, t. III, p. 48. (c) Rech. sur les anim. mammifères hibernants, p. 40. (d) MarsIiall-HiiU, On Ihjbernation {l'hilos. Trans., 18:i-2, p. 354). (e) Archives générales de médecine, 1841, 3' série, t. XI. (/■) Liber theoricœ nec non praclicœ MsalmravU e manusc. Arab. lat. versus a P. Ilicio, 1 519, fol. cxiv, cliap. XV. (g) Hu-hps, Case of Hercdllanj Uenwrrhaglc Tendency {American Journal of Ihe Médical Science,'\iM, vol Xt, p. 54-i). (/i) Duljois, Observ. remarquable d' hé nwrrhapli die {Galette méditak, 1838, p. 43). uo SANG. COAGULATION. ce liquide est en contact, soit des organites qu'il charrie avec lui (1). en Angleterre, depuis un qnart de siècle, ei Ton connaU ;uijoiird'iini plus de cent exemples de familles où cette disposition était héréditaire, ainsi qu'un grand nombre de cas isolés, l^mr plus de détails à ce sujet, je renverrai aux publications faites par Biadiey, lîush et Otio, iNasse et Krimmi'r, Schlei- mann, Grandidier, Sanson, Osborne, M. Lebert , M. Dequevauviller , M. Burnes, M. Wolll', M. VVaclis- muth, lange, i\l Bordmann, etc. (a). (l)La manière dont llunter com- prenait la viialilé du sang es! très dif- férente de ia théorie présentée ici. En eflet, ce physiologiste pensait que la fibrine (ou lymphe coagulable, comme il l'appelait) est elle-même une matière vivante, et que sa coagulation sponta- née est un phénomène d'organisation commençante, comme celui du dépôt de la matière plastique dans la cicatri- sation des plaies par première inten- tion et les inflammations adhésivesen général 6). Dans l'opinion professée ici, la fibrine ne serait pas elle-même une pnrtie vivante, mais une matière dont la fluidité est déterminée par l'in- fluence viiale , comme on conçoit qu'elle pourrait l'élre par une tempé- rature déterminée ou par tonte autre cause physifpie;et sa coagulation spon- tanée, loin d'être un phénomène vital, serait au contraire la conséquence de sa soustraction à celte influence, exer- cée soit par les globules, soit par les parois des vaisseaux ou par l'ensemble des parlies organisées et vivantes de l'économie animale. Il est probable que ce changement d'état de la fibrine tient à quelque phénomène chimique encore inaperçu ; mais ce qui déter- mine ce phénomène, ce semble être la cessation deriniluence de la vie. ! (a) Bradiey Rush et Odo, Médical Repository. Nrw-York, iS03, (. VI, p. l. îsasse et Kiimmor, Arck fiïr medlciiiische Erfahrungen, vou Horn, 1820, p. 385. SclilL-iniann , De disposUione ad hemorrhmjias pcviiiciosas heredilaria. Wirceburgii , iii-8, 1831. Grandidier, De dispos, ad hemoi'rhag. lelhal. hœredit. Diss. iiiaiig-. Case'lii, 1832. Sanson, Des liéinorrhagies Iraumaliques, th.pe île concours. Paris, 18:^6. p. 16 Osborne, Dublin Jniirnal of Médical Sciences, 1835, t. V, n° 19, et Arch. gén. de inéd.t 2» série, t. Vlll, p. 387. Leliert, Herherchcs sur les causes, les symptômes et le traitement des hémorrhagies constitu- tionnelles (Archives générales de médecine, 1837, 2° série, t. XV, p. 3(5). Dequevauviller. De la disposition aux hémorrhagies, Ih se. l'aris, 1844. Wolff, Delà diathèse hémorrhaijique héréditaire, tlièi^e. Strasbourg, 1844. Burnes, Heinorrhagic Duithcsis {Lancet, 1840-41, vol. I, p. 404), Waclismiilh, Die lUulerkrniilih' il, 1849. Litnge, Slatistische Unlersucltnng ilber lilutkrankheil, 1850 Bordmann, De l'hémophilie, ou de la diathèse hémorrhagiqiis congénitale, thèse. Strasbourg, 1851. (&) Vo^ez Hunier, Traité sur le sang, l' inflammation et les plaies d'armes à feu (Œuvres, I. III). QUATRIÈME LEÇON. Composition chimique du sang. — Notions historiques. — Classitication des matières constitutives. — Eau. — Principes albuminoïdes. — Matières grasses. — Matières sucrées. — Matières salines. — Matières de passage dans le sang. § 1. — Les applications utiles de la chimie aux études Historique physiologiques datent d'une époque si récente, qu'il ne me la fiucsiion. faudra pas remonter au delà d'un petit nombre d'années pour rencontrer les premières indicalions fournies par cette science au sujet de la composition du sang. Les alchimistes s'en étaient beaucoup occupés; mais il serait oiseux pour nous d'examiner leurs travaux. Les premières expériences sur lesquelles j'appellerai ici l'attention nous apprirent seulement que le sérum contient en dissolution une matière qui se coagule par l'action de la chaleur et de certains acides : c'est la substance qui donne au blanc d'œuf ses propriétés les plus remarquables, et qui est connue de nos jours sous le nom di albumine. L'illustre Harvey constata ce fait vers le milieu du xvu' siècle (1), et un de ses succes- seurs, Willis, en donna une démonstration plus complète (2). A la même époque, ainsi que je l'ai déjà dit, .Alalpighi (o) sépara du sang coagulé la matière rouge dont la couleur de ce liquide dépend, et une autre substance, la fibrine, que Ruysch isola plus tard à l'aide du battage, procédé dont les chimistes se servent encore aujourd'hui [k). J'ajouterai aussi qu'un con- ' (1) Harvey, De générât, anim. (3) En 1666, voyez ci - dessus , 1651, exercit. lu {Opéra omnia , p. 115. p. Z(06). (k) Ruysch, Thésaurus anatomicus (2) Willis, Defebribus, 1659, ch. i, septimus, 1707, p. 119. p. 13 et suiv. i4'2 ' SANG. temporain de Ruysch, Giiglielmiiii, dont le nom a déjà été pro- noncé ici , constata l'existence de sels cristallisables dans le sang (1j, et qn'un demi-siècle plus tard, Menghini, Badia et quelques autres expérimentateurs y démontrèrent la présence d'une certaine quantité de fer (2). Vers 1773, l'étude du sang fit un pas de plus : on savait déjà vaguement par les expériences de Boyle, de Haen et de quel- ques autres physiologistes, que ce liquide contient des matières terreuses et les laisse sous la forme de cendres lorsqu'on le calcine. Or, Rouelle, professeur au Jardin des plantes médici- nales (établissement qui porte aujourd'hui le nom de Muséum d'histoire naturelle de Paris), fit voir alors que l'une de ces matières inorganiques qui résiste à l'action du feu n'est autre chose que de Y alcali minéral, c'est-à-dire de la soude (3). Un autre chimiste de Paris, Bucquet, fit en même temps une étude comparative des diverses mafières animales contenues soit dans le sérum, soit dans le caillot, et Macquer eut le mérite de réunir tous ces résultats épars et de les coordonner de façon à donner (1) D. GcJGLiELMiNi, professeur à runiversité de Bologne, publia en 1701, à V'enise, une dissertation inti- tulée De sanguinis natura et consii- lutione, et cherciia à prouver que le sang contient une matière combustible qu'il désigne sous le nom de soufre, et que c'est par la décomposition de cette matière que cette bumeur four- nit 'ians les organes sécrétoires tantôt un liquide acide, tantôt un liquide alcalin. {Opéra, t. II, sect. hk.) (2) MENCHiNt, médecin de Bologne, fit un grand nombre d'expériences pour établir non-seulement que le sang contient du fer, mais que la pro- portion de ce corps y augmente lors de l'administration des médicaments ferrugineux [a) Vers la même époque, Badia publia des observations sur le même sujet [b). L'existence du fer dans les cendres provenant de la com- bustion du corps des animaux avait été constatée précédemment par Ga- leati ic). (3) Uoueile, Exp. sur le sel qu'on trouve dans le sang {Journ. de tnéd., 177.J, t. XL, p 37/i). —Obs. de chimie {Op. cit., 1776, t. XLVI,p. 67). (a) Meni,'-liiiii, De ferreai'uin partie ulnrum sede in sanguine (Institulo P.onnniensi Commeiitarii, 1740, t. II, y.ivl. Il, p. iii4, et |i:ni. m, p. 47.5). (6) BaJia, 0)iusculi scientiliche e filohgici. Xuncna, t. XVIII, p. i!42 (c) Caloaii , De ferreis pai'ticulis quœ in corporibus rcperlunlur (Inslil. Bonoii. Gominent., 174tj, i. II, p:iri. 11, p. 20). ( ONSTITUTION CHIMIQUE. iÛo pour la première l'ois un aperçu assez net de la constitution chimique du sang (1). Jusqu'alors c'était surtout en décomposant le sang par la distillation, que les chimistes avaient cherché à coimailre les matières qui concourent à le former; or, en agissant de la sorte, ils détruisaient la plupart de ces suhstances et en produi- saient d'autres, de façon que leurs expériences ne donnèrent que peu de résultats utiles (2). Mais à l'époque où nous sommes arrivés maintenant, on entra dans une voie nouvelle, ou plutôt on marcha d'un pas plus ferme dans celle déjà ouverte pai" Malpighi, Lower, WiUis, Ruysch, et quelques autres physiolo- gistes dont on néglige trop souvent de citer les travaux lors- qu'on fait l'histoire chimique du sang. En effet, on s'appli- qua alors lion pas à détruire, mais à séparer seulement les (1) Voyez l'article Sang dans la 2' édition du Dictionnaire de chimie de Mucquer, t. II, p. 341. Paris, 1778. C'est dans cet article que furent publiées les recherches de Bdcquet. Ce dernier naquit à Paris, en 17Zi6. Il rendit des services réels à la physio- logie. Mais c'est à tort que quelques chimistes lui attribuent la découverte de la fibrine ; l'expérience de la sépa- ration du caillot en fibrine et en nia- Uère ciilorante au moyen du lavage avait été faite plus d'un siècle avant par Malpighi , et, comme je viens de le rappeler, en 1707, Uuysch avait ex- trait ceue substance du sang liquide à l'aide du battage. Bucquet mourut en 1780. (2) Voyez, par exemple, les recher- ches de Horaberg sur le sang, insé- rées dans les Mémoires de l'Académie des sciences, pour 17 12. Les premières expériences de ce genre paraissent avoir été faites par Juncken, médecin à Francfort {Chimia experimentalis curiosa, 1681, p. 75). Il est singulier de voir combien les anciens chimistes se contentaient facilement d'explications vagues et de ressemblances grossières dans leiu's études physiologiques. Comme exem- ple de cette disposition et de l'obscu- rité qui devait en résulter dans leurs écrits, je citerai le chapitre du Cours de chimie de Lemery, où celui-ci expose ses idées relativement au sang et à la nutrition. C'est à propos du magistère de soufre (ou sulfure de potassium) qu'il en parle, et c'est par la ressemblance des phénomènes offerts par cette substance avec ceux de la sanguification qu'on peut, dit-il, se former une idée de cette opération physiologique {Op. cit.,\). 527, 11' édi- tion, Paris, 1780). Le contraste entre les idées dont Lemery se contente et celles exposées avec tant de netteté, trois ans avant, par Lavoisier, est frappant. idll SANG. matériaux constitutifs de cette humeur et à les étudier isolément; pour cela on substitua à l'action du l'eu celle des réactifs, tels que l'eau, l'alcool, les acides, ou les alcalis, à l'aide desquels on parvient à dissoudre telle ou telle matière sans toucher aux autres (1). Cette direction nouvelle conduisit bientôt à des résultats importants, et, grâce aux travaux de Berzelius, qui datent des premières années du siècle actuel, on put se former une idée assez juste des principaux matériaux qui entrent dans la com- position du sang (2). § 2. — Les connaissances acquises de la sorte auraient été cependant insuffisantes pour la physiologie, si en même temps les chimistes n'avaient jeté de nouvelles lumières sur la nature intime ou composition élémentaire de toutes ces matières dont le rôle est si important dans l'économie animale. Quelques expériences de Priestley [o) et de BerthoUet (4) nous avaient appris que les matières animales, telles que la fibrine ou l'albumine, diffèrent des substances végétales, du (1) Ce changement de direction dans voyage en Angleterre, et publia , à la les éludes de chimie physiologique a demande de Marcel un Mémoire très été très bien indiqué par Fourcroy dans étendu sur cette partie de la chimie ses Éléments d'histoire naturelle et animale, dans le troisième volume des de chimie (l'aris. 1786, t. IV, p. ol/j). Transactions de la Société médieo- L'article sur le sang, qu'il publia en chirurgicale de Londres (1812). 1800 dans son giand ouvrage intitulé Ce grand chimiste naquit en 1779, Système des connaissances chimiques à Vi'cslerlosa, dans la province d'Oslro- (t. IX, p. l'iô à 167), marque un gothie, et mourut en 18/i8. grand progrès depuis l'époque de (3) Les expériences de Priesdey sur Macquer : c'est clair et riche de faits. la production de Tair phlogisliqué par (2) Les travaux de Bk.rzelius sur l'action de l'acide nitrique sur les le sang et les autres liquides de l'éco- substances animales furent publiées nomie animale parurent d'abord dans en 1775 {Exper. on Air, etc., t. II, un ouvrage en langue suédoise intitulé p. 1Z|5). ForelasningariDjurkemieniSlockh., {k) BerthoUet, Recherches sur la 1808, 2 vol.), mais demeurèrent iguo- nature des substances animales [Mè- res de la plupart des physiologistes moires de l'Académie des sciences, et des chimistes, jusqu'au moment 1779.— Suite, /oc. cîÏ., 1/85, p. ^31). où cet expérimentateur habile fil ua CONSTITLTION flUlMIQUE. l/l5 sucre OU du bois, [)ar exemple, eu ce qu'elles coulieuncnt un élément qui ne se voit pas dans ces derniers , savoir de Vazote; du mouffet ^ pour me servir du langage de Berlhollel, ou de l'air phlogistiqué , suivant la vieille nomenclature encore em- ployée par Priestley. Mais c'est à Lavoisier que l'on doit les premiers essais judicieux d'analyse élémentaire des matières organiques. Ce grand chimiste comprit que pour se rendre compte des molé- cules simples qui en sont pour ainsi dire les matériaux pri- mitifs , il fallait sinon isoler ces éléments , du moins les réduire à un petit nombre de composés dont la constitution serait bien connue et dont le dosage serait facile. Pour y arriver, il les fit brûler dans des cloches remplies d'oxy- gène , de taçon à transformer , d'une part , leur carbone en acide carbonique, et, d'autre part, leur hydrogène et leur oxygène en eau-, puis il calcula la proportion de ces éléments d'après le poids des produits obtenus (l). Le principe sur lequel cette analyse repose est celui employé de nos jours, mais le procédé à l'aide duquel on l'exécute a changé. Si j'avais à faire ici l'histoire des progrès de la chimie organique, il me faudrait dire comment cette méthode a été modifiée et rendue applicable à la solution des questions dont nous nous occupons ici par deux des anciens professeurs les plus aimés de cette école, Gay-Lussac et M. Thenard (2); comment elle a été ensuite améliorée par Berzcliiis (o) et par beaucoup d'autres (1) Lavoisier, Mémoire sur la corn- chimistes consiste à fournir de l'oxy- binaison du principe oxygiiic (sic) gène aux corps coini)uslibk's au moyen avec l'esprit-de-vin, l'huile et diffé- du clilorate de potasse qui se décom- rents corps combustibles {Méin. de pose facilement sous rinlUience de la VAcad. des se, 178/i, p. 593). chaleur. (2) Gay-Lussac et Thenard, Méthode (3) Par la combustion lente à l'aide pour déterminer la proportion dos de l'oxygène fourni par le peroxyde principes que contiennent les sub- de plomb. (Voy. Berzclius, Traité de stances animales et végétales (Itecher- chi7nie, trad. par Esslinger , 1831, ches physico-chimiques, 18M, I. II, l.^',p. 27.) p. 2G5). La méthode inventée par ces I. 19 l/l6 SANG. expérimentaleurs habiles; mais ce serait m'éloigiier du sujet de ces leçons, et je me bornerai à ajouter que le perfectioimement le plus grand apporté à l'analyse élémentaire des matières organiques consiste dans remploi de l'oxyde de cuivre, pour opérer la combustion des substances que Lavoisier brûlait à l'aide de l'oxygène gazeux , et que ce pertectionnement est dû à Gay-Lussac (1). Depuis lors les deux genres d'investigation (juc je viens de caractériser ont été poursuivis par un grand nombre d'expéri- mentateurs : les uns se sont appliqués à séparer les divers prin- cipes immédiats qui coexistent dans le sang, et à en déterminer la ({uantité relative soit dans l'état de santé, soit dans l'état de maladie ; les autres ont étudié les propriétés et la composition élé- mentaire de ces diverses matières. Les travaux relatifs à l'histoire chimi(jLie du sang, lails depuis le commencement de ce siècle, sont trop nombreux pour que je puisse en présenter ici l'énuméra- tion, et je me bornerai à ajouter que c'est principalement dans les écrits de Berzelius (2) , de MM. Prévost et Dumas (3), (1) Gay-Lussac, Becherches sur et M. Dumas, après avoir publié les l'acide prussique (Ann, de chimie, recherches sur les Globules du sang 1815, t. XCV, p. 156). dont il a été question dans la deuxième (2) Le travail fondamental de Ker- leçon (p. Z|5), donnèrent un second zelius sur ce sujet date, comme nous Mémoire relatif à Texaraen du sang et l'avons déjà dit, de 1808 (a), mais de- y consignèrent les résultais de nom- meura presque ignoré jusqu'en 1812 , breuses expériences sur la constitution époque de la publication d'un Mé- chimique de ce liquide chez l'homme moire sur le même sujet, en langue et divers animaux. Enfin dans un troi- anglaisc (6), En i81Zj, iM. de la sième Mémoire, ils firent connaître Piive, de Genève, donna une traduc- leurs découvertes relatives à l'exis- tion française de ce Mémoire , et les tence de l'urée dans le sang et au rôle fait i qui s'y trouvent consignés ont été de cette humeur dans les sécrétions, reproduits dans le Traité de chimie Ces derniers travaux parurent d'abord de IJerzelius, dont une édition fut tra- dans la Bibliothèque universelle de duite en français, en 1831, et une Genève, et se trouvent reproduits dans autre en 1839. les Annales de chimie et de physique (3) En 1821, Prévost, de Genève, (1823, t. XXHI, p. 50 et p. 90). {«) Berzelius, Foei'claesninger i Djurkemien. "1 vol., Stockli., dSOS. {b) General Yiews of Ihe Composition of Animal Fluids (Med. Chir. Trans., vol. III). CONSTITUTION CHIMIQUE. 147 de M. Chevreiil (1), de M. Lecnmi (2), de M. ^Iiilder (3), de M. Nasse (4), de M. Denis (5), de Fr. Simon (6) et de (1) En 182i, M. Chevreul publia les résultats de ces expériences sur les matières grasses du sang et sur la composition du sérum dans certains états pathologiques. En 1827, il donna aussi sur l'histoire chimique de ce li- quide un article général. Voyez Mnn. sur plusieurs points de chimie orga- nique et considérations sur la nature du sang {Journal de physiologie, de Magendie, 182Z|, t. IV, p. 119), et l'article Sang du Dictionnaire des sciences naturelles, 1827, t. XLV'll, p. 187. (2) M. Lecanu, professeur à rÉcole de pharmacie de Paris, a publié plu- sieurs ■Mémoires sur ce sujet. Son principal travail est sa thèse inaugu- rale soutenue à la Faculté de médecine en 1837, et intitulée : Études chimi- ques sur le sang humain. (3) M. Mulder, professeur de chi- mie à Ulrecht, s'est principalement occupé de l'étude des matières albu- minoïdes du sang ; ses publications à ce sujet sont très nombreuses et se trouvent disséminées dans divers re- cueils hollandais et allemands ; mais il en a donné le résumé dans son ou- vrage sur la chimie physiologique (a). {h) Le professeur Nasse , de Mar- bourg, après avoir publié une série d'analyses du sang de divers animaux domestiques (h) et des recherches sur plusieurs autres points d'hématolo- gie (c) , a résumé les résultats de ses propres travaux et de ceux de ses contemporains dans un article très étendu inséré dans le Dictionnaire de physiologie publié par VI. AVaguer ((/). (5) M. Denis, médecin à Comniercy, a lait des expériences intéressantes sur les propriétés chimiques de la fibrine du sang et sur les modifications que ce fluide peut éprouver dans sa com- position. Son dernier ouvrage sur ce sujet vient de paraître au moment où cette feuille allait passer sous la presse [e). (6) Franz Simon, né à Francfort- sur-l'Oder, en 1807, s'occupa d'abord de pharmacie et de toxicologie ; il dé- buta dans la chimie physiologique par un travail sur le lait de la femme (en 1838), et fit paraître bientôt après plu- sieurs Mémoires importants , ainsi (a) Millier, The Chemisbij of Vcgetable and Animal Physiologrj, translated by Frombcrg;, witli Noies In- Jolinstoii. In-8, 184!l. (b) Nasse , Ueber das Blut der Hausthiere {Journ. fiïv praktische Cliemie , von Erdmaiin und Marchand, 1843, t. XXVIII, p. liC). (c) Das Blut in mehrfacher Beaiehung physiologisch und pathologisch Untersiwht. In-8, nonn,183G. (On trouve à la fin de cet ouvrage des indications bibliographiques très nombreuses relatives à riicnialologie.) (d) Handwurterbuch der Physiologie, von Puid. Wagner. Brunswick, 18i-2, t. I, p. 75 à 220. (e) Denis, lîechevches expérimentales sur le sang humain considéré à l'étal sain, i vol. in-8, Paris, 1830. — Essai de l'application de la chimie à l'élude physiologique du sang de l'homme el à l'étude physiologico'palhologique, hygiénique et thérapeutique des maladies de cette humeur. 1 vol in-8, Paris, 1838. — Études chimiques, physiologiques et médicales sur les matières albuminoides . 1 vol. in-8, 1842. — Nouvelles éludes chimiques , physiologiques et médicales sur les substances albuminoïdes. i vol. in-8, 1850. l/lS SANG. M. Lehmann (1), que je puiserai les faits dont je vais vous entretenir. Les reelierelies récentes des patliologistes de la France et de l'AIlcMiiagne sur la constitution du sang dans les maladies me fourniront aussi des résultats importants pour la physiologie. Mais, en abordant cette étude, je ne dois pas vous dissimuler l'imperfection extrême de nos con- naissances à ce sujet, et l'impuissance réelle où se trouve la chimie de faire dans l'état actuel de la science une analyse rigoureuse du sang, faute de moyens ])ropres à séparer entre elles les nombreuses matières qui s'y trouvent réunies, sans en changer la nature. Les résultats obtenus ont certes une grande imi)ortance, mais ce serait s'en former une idée fausse que d'y attribuer un caractère de précision qui est incompatible avec la nature des choses. Nature § 3. — L'cuscmble de ces recherches nous a appris que ^"nlng*"'' 1^^ s^^i'8' se compose essentiellement d'eau tenant en dissolution ou en suspension des matières très variées, mais qui se rappor- tent toutes à quatre classes de corps, savoir : 1° Des principes immédiats azotés que les chimistes con- qu'un trailc général (le chimie animale gischen Chemie und Mikroscopie, in fort riche en observations originales ihrer anwendung auf die praktische et renfermant un chapitre étendu sur Medizin (1vol. in-8, Berlin, IS/i/i), l'histoire du sang. Cet ouvrage, inti- dont la publication a été interrompue tulé Physiolugische und Pathologis- par sa mort. che Anthropochemie mit Beriicksich- (1) Le professeur Lohmann , de tigung der eigentlichen Zoochemia Leipzig, a publié ré(;emment un ou- ( Berlin, 18/i2), a été traduit en anglais vrage très important sur la chimie par les soins de la Société Sydenha- physiologique, dans lequel il rend mienne (a). On doit aussi à Simon un compte de ses recherches sur le sang recueil périodique intitulé : Beitrage et expose l'état actuel de l'hémato- zur physiologischen und palholo- logic (6). (a) Animal ChemUtry willi référence to Ihe Physinlogij and thc Palhology nfMan, h\ Fr. Simon, Iraiislateil by G. Day and !.. Cantclj. 2 vol. iii-8, 1845. (6) Lelimann, Lehrbuch der physinlod'tsclien Chemie. Zwpito Aiillag-c, lSb3, lUl. 11, p. 125 à244'. Un petit abrûgé île ce Manuel vionl d'èlre traïUiit en français sous le titre de Pn'cis de chimie phy- sinlngique animale (in-18, 1855). Enfin, une Iraduction anglaise par M. l'ay a été publiée par les soins de la Société Cavendi^li ilo Londrc:. 3 vol. in-8, 1852 à 1854. COMPOSITION CHDIIQUE. 1^9 naissent aujourd'hui sous le nom de matières albuminoides ou protéiques; 2° Des principes immédials ninilros liydrocarbonés, de la subdivision des corps gras; 3" Des malières sucrées; 4° Des matières salines. Sous ce rapport, le sang ressemble aux autres fluides que la nature élabore pour servir à la nutrition des animaux. En effet, le lait, qui est pour ainsi dire le type de l'aliment naturel, se compose d'eau, d'une matière albuminoïde (la caséine), de graisse (le beurre), d'une matière sucrée (la lactine), et de malières salines. Enfin, le jaune de l'œuf qui est destiné à fournir les premiers matériaux constitutifs de reml)ryon, est aussi un mélange de matières albuminoides , de matières grasses, de sels inorganiques et d'eau. La composition (chi- mique du sang est par conséquent en harmonie complète avec le rôle physiologique de cet agent. § 4. — L'eau constitue la plus grande partie de la masse Eau. du sang; et il est important de noter qu'une portion de cette substance entre dans la composition des globules, tandis que l'autre portion, chargée de fibrine et des principes propres au sérum, forme le plasma. ^5. — Ce sont les matières albuminoides qui donnent au sang Matières ^ 1 ^ albuminoïde». la jilupart de ses propriétés les plus remarquables , et on les apiielle souvent des matières plastiques, parce que ce sont elles surtout qui sont susce[>fibles de s'organiser et de constituer les pai'lies vivantes de l'économie. La fibrine, ([uc nous avons vue jouer un rôle si importaut dans la coagulation du sang, appar- tient à ce groupe. Il en est de même de l'albumine, dont nous avons également signalé la présence dans le plasma, et de la matière rouge (pii donne aux globules sanguins leur couleur caractéristique. Ces divers ])rin('ipes se ressemblent beaucoup eiUre eux et 150 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. sont composés essentiellement d'azote, de carbone, d'hydro- gène et d'oxygène unis à peu près dans les mêmes proportions. Ils sont si peu stables, qu'abandonnés à eux-mêmes sous l'in- fluence de l'air humide et d'une température douce, leurs élé- ments se dissocient ; ils se putréfient, et, par l'effet d'une sorte de combustion lente, ils se transforment en produits dont la constitution moléculaire est plus simple que la leur, savoir : de l'eau, de l'acide carbonique et de l'ammoniaque, par exemple. Cette instabilité est d'ailleurs une conséquence néces- saire de leur mode de constitution. La chimie nous apprend que les corps s'unissent entre eux, toutes choses égales d'ail- leurs, avec d'autant plus de force que leurs relations atomiques sont plus simples. Or dans chaque molécule d'un principe albuminoïde il entre comme matériaux constitutifs un nombre très considérable de molécules élémentaires. Ainsi, tandis que la composition de l'eau se représente par la formule HO, c'est- à-dire une molécule d'hydrogène unie à une molécule d'oxygène, celle de l'acide carbonique par CO-, et celle de l'ammoniaque par AzH^, la composition d'un atome ou équivalent de matière albuminoïde paraît correspondre à C^°H^"Az''^0^'^ (l). (1) Dans toutes les analyses qu'on a faites de cette matière, on a trouvé, pour 100 de protéine réputée pure, environ 55 de carbone, de 15 ù 16 d'azote , environ 7 d'iiydrogène et environ 22 d'oxygène. Mais la ma- nière d'interpréter ces résultats et de représenter la protéine par une formule varie suivant l'idée qu'on se forme de ce composé, et sera néces- sairement très arbitraire j-jsqu'à ce qu'on ait trouvé quelques combinai- sons bien définies et cristallisables, dans lesquelles on pourra déterminer le nombre atomique correspondant à un équivalent de cette substance. Dans ses premiers travaux, M. Mulder adopte la formule G'^Hi^^ Az^O^^ (a) ; mais, par suite d'une rectification dans le poids atomique du carbone et d'un cbangemenl dans la manière de considérer l'équivalent d'azote, il y substitua ensuite la fornuile G')0n30Az'«O'2 (6). I\I. Dumas a adopté cette dernière formule (sauf le change- ment dépendant d'un dédoublement (a) Muldei-, Sur la composition du quelques substances animales {Bulletin des sciences phy- siques et naturelles en Néerlande, 1838, p. 104). (b) Mulder, Chemistry of Animal and Vegetable Physiology, p. 294. composition; matières alblminoïdes. 151 L'histoire eliinn(iuc des substances albuminoïdes est encore très obscure ; mais, d'aprèsl'ensenibledes i'ails connus, il semble } avoir lieu de penser (]ue ces corps dérivent tous d'un môme principe organique, lequel, combiné avec^ quelques autres sub- stances inertes, telles que de l'eau, de la soude ou des sels on proportions très minimes, revêtirai! des caractères variés et constituerait les matières que l'on dislingue depuis longtemps sous les noms de fibrine^ d'albumine, de caséine, etc. Un habile chimiste hollandais, jM . j\Iulder, pense même avoir isolé et obtenu à l'état de pureté cette substance fondamentale de tous les principes albuminoïdes , et il lui a donné le nom de protéine {i). M. Liebig et ses disciples, il est vrai, sont d'avis Protéine. dans l'équivalent du carbone qui la fait écrire C8»H30Az'0O'2), mais il fait remarquer qu'on pourrait également bien représenter la composition cen- tésimale de cette substance par C96^60Azi2oi2^ ce qui la rendrait com- parable à quelques autres principes immédiats (a). !\I. Scherer pense que ces évaluations sont trop élevées en carbone et en azote, et d'après ses analyses, il serait préférable d'écrire C<8H72Azi20'< [b). Enfin, M. Regnault adopte pour celte substance la for- mule C36h25Az*0'û(c}. :\Iais les physio- logistes qui, au premier abord, pour- raient s'étonner de différences en apparence si grandes, ne doivent pas oublier qu'elles dépendent en majeure partie de la manière dont les chimistes évaluent le poids atomique du carbone et de l'azote, de sorte que dans le système symbolique des uns Az^ cor- respond à la même quantité pondé- rale que Az dans le système des autres ; ei que C^" dans l'ouvrage de iM. Du- mas est en réalité la même chose que C^" dans ceux de M. Alulder. Ces explications paraîtront superflues aux personnes qui sont au courant des travaux chimiques récents, mais ne seront peut-être pas inutiles à quelques naturalistes. (1) Depuis fort longtemps, on avait remarqué la grande analogie qui existe entre l'albumine, la fibrine, etc. Quel- ques chimistes les considéraient même comme étant identiques, tandis que d'autres les regardaient comme for- mant une famille naturelle de produits dont la composition élémentaire varie- rait dans des limites étroites. La théo- rie proposée par .M. Mnlder, et qui consiste à admettre, non lidentité de ces matières ni la dégradation dans la proportion de quelques-uns de leurs éléments, mais l'existence d'un prin- cipe fondamental dont les combinai- sons variées avec de petites quantités (a) Dumas, TraiU de chimie, t. VU, p. 43'.t. {b) Sclierer, Chemisch-physioloiteur a trouvé que la fibrine du sang veineux, couenneux ou non, est toujours solublc dans l'eau nitrée, et que celle du sang artériel l'est moins ; celle des deux espèces de sangs du Bœuf paraît être insoluble ; il résulte aussi de ses expériences que chez le Cheval, la fibrine du sang arté- riel serait au contraire plus soluble dans ce sel que la fibrine du sang vei- neux; enfin que la fibrine du sang des capillaires de l'homme est so- luble [e]. Berzelius remarque avec raison que cette dissolution protéique n'a pas toutes les mêmes propriétés que l'al- bumine ; elle ne se coagule qu'à une température plus élevée, et l'albumine ne donne pas comme elle un précipité gélatineux par l'addition de l'eau if). C'est donc à tort que MM. Denis, Liebig et Scherer ont admis que la fibrine se convertit en albumine par l'action du salpêtre. (a) Denis , Essai sur l'application de la chimie à l'étude physiologique du sang de l'homme, 1838, p. 70. — Etudes chimiques et ph\jslologiques sur les matières albumineuses,\)a\-U.Dm\i. Commercy, 1842, p. 104, etc. —Nouvelles études sur les subst. albuminoÏdes, 1856, p. 35. (b) Traité de chimie, t. \U, p. iôO. (c) Liebig, Lettre sur l'albumine, etc. {Comptes reiidus, 1841, t. XII, p 539). (d) Pharm. Central fllatt, 1843, p. 014. (e) Zimmeniiann, Polcmisches und Positives iiber den Fasersloff (Arch. fiir phys.IIeUk., 184G, t. V, p. 348. el Caz-. med., 1847, p. lO'J). (/) Ucrzclius, lUipp. sur les progrès de la chimie pendant l'année 1841, p. 312. 160 SAXCx DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. dissoudre de la sorte (1), et, comme nous le verrons parla suite, elle peut éprouver luie modification analogue dans l'intérieur de l'organisme. Par une ébullition jtrolongée dansl'ean, la fd)rine subit une autre transformation qu'il est important de noter : elle parait absorber de l'oxygène, et elle donne naissance à deux ])roduits, dont l'un, appelé par M. Mulder du bioxy protéine, est inso- luble, tandis (pie l'autre, nommé trioxyprotéme, se dissout dans ce liquide (2). Cette dernière substance paraît exister toute formée dans le sang ou s'y produire très facilement, et abonde dans la couche couenneuse du caillot-, mais sa nature cliimi(iue n'est encore que très imparla itement connue. Une transformation remarquable s'opère aussi dans la fibrine fraîche, lorsqu'elle est exi)0sée à l'action prolongée de l'air: M. Denis a vu (pi'elle peut alors se changer en partie en une matière albuminoïde solul)le (3 , et M. Scherer a constaté que dans les premiers temps qui suivent son extraction du corps vivant, elle absorbe de l'oxygène et dégage de l'acide carbo- nirjue(4i. Le même phénomène a été observé par :^I. George (1) Scherer, Chem. physiol. Unter- /|0 ou 50 fois son poids d'eau; la quan- such. {Ann. der Chem. und Pharm., tilé de matière ainsi formée ne varie l. XL, p. 13). La fibrine qui a élc mise que peu pour une quantité déterminée en digestion dans l'alcool devient éga- de fiijrine, et un résultat analogue est lement insoluble dans les dissolutions fourni par le traitement de Talbu- salines ; celle obtenue en fouetlant le mine {a). Des expériences de AL Le- sang, ou qui a été exposée pendant un canu tendent à établir que celte snb- certain temps à l'air humide, est dans stance est un composé de soude et le même cas. d'albumine (6). (2) Le tritoxyprotéine de M. Mul- (3) Denis, Études sur l'albumine, der est probablement la même chose p. 97, et Nouo. études sur les prin- que la critorine de M. Denis, ma- cipes albuminoïdes, p. 11/|. tière soluble dans l'eau, surtout à (h) Scherer, Chem. physiol. Unter- chaud, que ce physiologiste a obtenue such. {loc. cit.). en faisant bouillir de la fibrine dans C'est peut-être à une réaction du (a) Umii, Ilech. expérim. sur le sang, p. iOS. (b) Lecaïui, .Nouvelles recherches sur le sang {Journ. de vharmacie, IbJl, t. \\n, p. ■♦jj). COMPOSITION ; MATIÈRES ALBUMINOÏDES. 161 Liebig (1). Mais, d'après les expériences de M. Sclieerer, il paraîtrait que la fibrine modifiée par rébullilion ne jouit pbis de cette propriété, et que les changements o|)éi"és dans la constitution de la fibrine fraîche par l'aclion de l'oxygène ne consistent pas seulement dans l'élimination d'une partie de son carbone. Effectivement, une portion de Foxygène employé n'est pas représentée par l'acide carbonique exhalé et reste pro- bablement unie à de la protéine pour constituer un composé soluble. Nous verrons plus tard quelle relation peut exister entre cette oxydation de la librine et d'autres phénomènes physiologiques ; mais il ne sera peut-être pas inutile de faire immédiatement l'application de ce fait à une circonstance particulière de l'histoire du sang que M. Marchai, de Calvi, a récemment signalée à l'attention des médecins. Ce pathologiste distingué a trouvé que le même sang fournit des quantités variables de fibrine suivant les conditions dans lesquelles la coagulation s'en effectue, et qu'il en donne moins lorsqu'il a été fortement agité que lorsqu'on le laisse en repos. Or l'agitation multiplie et renouvelle les points de contact entre la fibrine non coagulée et l'air dissous dans le sang ou mêlé à ce liquide, et par conséquent doit la voriser l'espèce de combus- tion lente par laquelle une portion de ce principe protéique s'oxyde au point de devenir soluble. On comprend donc que dans cette opération il puisse y avoir de la sorte destruction même ordre que tient la propriété reste à noter que cette propriété se dont jouit la fiijrine fraîche de décom- perd quand la fibrine a été modifiée poser l'eau oxygénée sans ciianger par l'élnillition, l'action de Talcool, etc. notablement de composition, pliéno- ISclierer, loc. cit.) mène qui ne se produit pas sous Tin- (l) Études sur la respiration {Ann. fluence des autres matières azotées des se. nat., 1850, 3' série, t. XIV, neutres de l'organisme (a;. Il est du p. 3121]. (a) Voyez Thenard, ^ouvellct obsen: sur Veau oxygénée {Ann. dephys. et de chim., 181P, l"série,'t. \I, p. 80). I. 21 Fibrine plasniiqiie. 15^ SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. dimc partie de la matière spontanément coagulable du sang, ainsi que l'ont observé MM. Corne el Alhiet, aussi bien que M. Marchai (1). § 7 . — La fibrine que nous venons d'étiidierdit'fère beaucoup de celle qui se trouve dans le sang à l'état normal, et que l'on peut appeler la fibrine plasmique. Celle-ci est en dissolution ou à un état de division extrême dans le sérum, et jouit seule de la singulière propriété de se prendre en masse sans le concours d'aucun agent étranger, et par le seul lait de la cessation de l'in- Uuence physiologique (ju'exercent sur elle soit les globules du sang, soit les tissus vivants de l'économie animale. Nous avons vu que la chimie nous fournit les moyens de retarder cette trans- formation de la fibrine plasmique en fibrine solide, ou de former avec la première de ces substances des composés solubles ; mais une fois que la coagulation spontanée de ce principe s'est effectuée, il nous est impossible de le ramener à son état pri- mitif, c'est-à-dire de reconstituer de la fibrine plasmique. Les (i) Marchai de Calvi, Note sur la dans les mêmes comliiions, ont été diminution de la fibrine par t'agita- analysées environ six lienres après la tion du sang [Comptes rendus, 1850, saignée. La diiïérence a été quelqiie- t. XXX, p. 30). fois de près d'un cinquième. [Comptes Cesexpériences intéressantes ont été rendus, t. XXX, p. ;<16.) répétées par \1. Corne et ont donné le De nouvelles recherches, faites par même résiillat. Voici comment il M. Alhiet, sont venues conlirmer ces opérait : Le premier et le quatrième résultats; dans une expérience, la quai t de la saignée ont été versés dans diirérence a été dans le rapport de immènievasecylin(lrique;ledeuxièiTie 3,8 à '\,0, el dans la seconde de 2,9 et le troisième quart ont été reçus à 3,0 pour 1000 parties de sang (a). dans un autre vase semblable au pre- Les résultats obtenus par M. Abeille mier. Le sang contenu dans l'un de paraissent être en opposition avec ces ces vases a été laissé eu repos; l'autre conclusions; mais comme il n'a pas a été soumis, pendant dix minutes, fait connaître tous les détails de ses à une agitation rapide; puis, ces deux expériences, nous ne pouvons y avoir portions de sang, placées d'ailleurs une conliance entière (6). (a) Alhiel, Effet de l'agitalion du sang considéré par rapport à la diminution qui en résulte dans la proportion de la ft-brine {Compt. rend , 1851, t. X\X1I, p. 7-23). , .„.. (&) Mcm. iur la cause- de la pbrin(ition et de la déHbrinatwn du sang {Compt. rend., ISol, {. XXXII, p. 378). composition; matières albuminoïdes. 163 dissolutions de la fibrine dans des eaux alcalines , acides ou salines, ne donnent jamais ce résultat; jamais on n'y rend la propriété caractéristi(|ue de la fibrine plasmique, savoir : la jacullé de se dissoudre dans le sérum sans le concours d'autres agents cliimiques et de s'y coaguler spontanément. La cause de ce cliangement d'état ou plutôt de mode de constitution de la fibrine est encore inconnue. Nous avons vu dans la dernière leçon que l'intervention ni de l'oxygène de l'air, ni d'aucun autre agent cliimique ou pbysique , n'est né- cessaire à la production de ce phénomène , et l'on considère généralement ces deux espèces de fibrines connue étant des substances isomériijues , c'est-à-dire des matières composées des mêmes éléments réunis dans les mêmes proj)ortions pondé- rales, mais dont les molécules constitutives sont groupées entre elles d'une manière diflerente, et dont les propriétés chimi(pies varient par suite de ces divers modes d'arrangement intérieur. Je suis porté à croire ce[)cndant qu'il y a ici quelque chose de plus , et qu'il s'opère alors un dédoublement dans la molé- cule de fibrine plasmique, par suite duquel une portion de ses éléments formerait une substance nouvelle insoluble, et une autre portion une matière soluble , à peu près connue dans la production des deux oxydes de protéine dont il a été question ci-dessus , mais sans addition d'oxygène et par un simple par- tage inégal de cet élément entre les deux dérivés de la fibrine plasmique (1). En effet, on trouve toujours dans le sang, comme nous le (1) Les recherches de M. Cahen , s'y produisent au moment de la coagu- quoiquc insuffisantes pour ('tabhr les lalion, par le dédoublement d'une sub- conciusions qu'il en déduit, ont conduit stance aibuniiuoïde plasmique déter- ce chimiste à une opinion qui a quel- miné par l'alcali libre du sang. Le que anal(ij:ic avec colle émise ci-dessus. rôle de la soude ne paraît pas avoir En ellet, il pense que la fibrine et l'ai- une importance si grande, et l'on voit, buniine, lellcs que nous les connais- par les expériences de M. Wiirtz, que sons, n'existent pas dans le sang, mais l'albumine peut être soluble lors même I. 20* 164 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. verrons bientôt, une certaine (|nantité de matière protéique soluble, (jui se distingue de l'albumine et qui pourrait bien avoir cette origine. Albumine. § 8. — L'albuminc qui se trouve aussi à l'état liquide dans le plasma du sang ressemble beaucoup à la matière protéique qui existe en grande abondance dans le blanc d'œuf, et qui est généralement désignée sous le même nom; mais elle n'est pas identique avec cette subslance, et M. Denis l'appelle serine (1). De même que la fdjrine, elle est susceptible d'affecter deux formes principales, et elle constitue (antôt une substance soluble dans l'eau, d'autres fois une matière solide et insoluble. Cette dernière, qu'on appelle albumine coagulée (2), se jiro- duit quand la température du sérum (ou, en d'autres mots, de qu'elle a été dépouillée des matières minérales avec lesquelles on la trouve (l'ordinaire unie, tout aussi bien que lorsqu'elle esta l'étatd'albuminate alca- lin. (Voyez, pour le travail de M. Cahen sur l'alcalinité du sang, les Arch. gén. de méd., W série, t. XXIII, p. 519.) Une hypothèse analogue est soute- nue par M. Denis. Ce physiologiste pense que la librinc n'existe pas dans le sang, mais provient de la décompo- sition de quelque matière albumi- noïde unie à des principes salins (a). Du reste, l'état actuel de la science ne permet que des conjectures vagues à ce sujet. (1) Il résulte des expériences de M. Muldcr que l'albumine du sérum conlient deux l'ois aulaiil de soufre que l'albumine du blanc dVeuf, la- quelle ressemble sous ce rapport à la fibrine. Ce chimiste croit pouvoir re- présenter l'albumine de l'œuf par la formule 10 Trot. + S.Ph., el l'albu- mine du sang par 10 Prot.-}-S2ph, (6). MM. Ticdemann et Gmelin ont trouvé que celte dernière variété d'albumine n'est pas coagulée par l'éther privé d'alcool , tandis que la j.rcmière l'est toujours (c). l'Jilin M. Melsens a re- marcpié que l'albumine du blanc d'œuf donne par l'agitation des filaments élastiques (d), tandis que M. Denis n'a pu obtenir rien de semblable avec l'albumine du sérum. Ce dernier au- teur réserve le nom iValbumine à la variété propre au blanc d'œuf, et appelle serine la variété qui se ren- contre dans le sang (e). [2) M. Denis a désigné cette va- riété d'albumine sous le noui d'aWii- min (/"). {a) Denis, Noiiv. études sur les substances albumiiioïdes , 185G, p. 1(55. (h) Miildor, Ctiemistnj of Animal and Vegetable l'Iiysioloyy , p. 30(5. (c) Tifdemanii et Gmelin, [iccli. sur la digestion, trjil. par .lourdan, 1827, t. I, p. xvij. (rf) Melsens, Note sur les matières albwninoïdes [Ann. de chimie cl de plnisique, 1851, 3" série, I. XXXIII, p. 4 70). {e) Denis, Nouvelles éludes sur les substances albuminoïdes, p. 7t). (/') Denis, Études sur les matières albvmineuses, p. 7!i. COMPOSITION ; MATIÈRES ALBIMINOÏDES. 165 ralbumiiie liquide) s'élève à 75 degrés, ou que ce fluide est soumis à l'aclion de certains réactifs avides d'eau, de l'alcool, par e\eni[)le; elle ressemble alors extrêmeuient à la fibrine ordinaire , mais elle n'agit pas de la même manière sur l'oxy- gène (1) , et elle ne paraît pas avoir tout à fait la même com- position ; elle renferme un peu plus de soufre poiu^ une même quantité de |)roléine, et d'après les analyses qu'en ont faites MM. Dumas et Cahours., elle contiendrait un peu plus d'oxygène relativement à la quantité |)ondérale de ses éléments combus- tibles (2). De même que la protéine et la fibrine , l'albumine coagulée entre en combinaison avec les alcalis, et forme ainsi des espèces de sels solubles. Plusieurs chimistes pensent que Valbumine soluble n'est autre chose qu'un composé de ce genre, et que c'est à l'état d'albuminate de soude que ce principe protëique se trouve en dissolution dans le sérum du sang. IMais, ainsi que Berzelius l'a tait remarquer, lalbuminate alcalin ne se coagule (1) M. Schercr a trouve^ que le se- pondérale du cirbonc n'a varié qu'en- runi du sang frais absorbe beaucoup Ire 0,535 et 0,532, tandis que pour la moins d'oxygène que ne le fait la fibrine ces r.himisles ont trouvé seu- fibrine humide , et ne donne pas , lemcnt entre 0,527 et 0,525 de car- comme celle-ci, de Tacidc carbo- bone. r>ans l'albumine, l'évaluation nique (a). La plupart des auteurs indi- de l'hydrogène a été de 0,0708 à quent aussi comme un des caractères 0,0729 , tanchs que pour lu fibrine la propres à distinguer l'albumine de proportion de cet élément a été esli- la fibrine l'inactivité de la première mée à 0,0692 ou 0,0700 {b]. Dans les sur l'eau oxygénée ; mais nous avons analyses de ?.I. .'^cherer, le carbone vu ci-dessus que la fibrine modifiée s'est trouvé, terme moyen, pour la par la chaleur, l'alcool, etc., ne jouit fibrine, 0,5/47/) , et pour l'albumine, plus de la faculté de déterminer la (),5/i88 (c). décomposition de ce corps. Il est aussi à noter que M. Vogel (2) Dans les diverses espèces d'albu- a toujours trouvé plus d'azote dans la mine d'origine animale analysées par fibrine du sang de lîœuf que dans 1\I!VI. Dumas et Cahours, la quantité l'albumine de l'œuf de l'oule (d). (a) Schercr, Chem. physiol. Untersuch. {loc. cit., p. iS). (6) Dumas et Cahours , Mém. sur les sjibstances azotées neutres {Annales de chimie, 1842, 3' série, t. VI, p. 385). (c) Sclieror, Chem. physiol. Untersuch. [Ann. der Chem. tind l'harm., t. XL, p. l). (d) Ueber cinigc Oegenstande ans der thierischen Chemie {Ann. der pr. Chem., 1839 , I. XXX , p. 36). 166 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. pas sous rinlluence de la elialciir, comme le fait l'albumine séreuse (4) ; et d'ailleurs M. Wûriz a montré que celle-ci peut être séparée presque complètement des matières minérales avec lesquelles elle est d'ordinaire associée, sans que pour cela elle vienne à perdre sa solubilité (2). L'albumine du sérum peut être solidifiée par une évaporation lente au-dessous de la température de 60 degrés, sans que cela la rende insoluble; et, chose remarquable, quand elle est ainsi à l'état solide, elle peut supporter sans se modifier une chaleur bien suj)érieure à celle qui en détermine la coagulation quand elle est en présence de l'eau. Je note ce tait , dont la constatation est due à M. Chevreul , |)arce qu'il nous fournira plus tard l'explication de phénomènes physiologi(pies très sin- guliers, observés chez quehpies Animaux inférieurs, connus des naturalistes sous les noms de ïardigrades et de Rohfères. Quant à la différence chimique qui peut exister entre l'albu- mine soluble et l'albumine coagulée , l'expérience ne nous a encore rien appris , et je suis porté à considérer également cette coagulation comme étant due à une simple transformation isomérique de ce corps (3). (1) Beizclius, Traité de chimie, (3) Quelques chimistes pensent que t. VII , p, 83. railjumine en se coagulant aljandonne [1) Ann.de phys. et de chim.,\^[xh, toujours une certaine quantité de o" série, t. XII, p. 217. soude, et que c'est de cette niodifica- Le résultat obtenu par M. Wiirtz lion dans sa conslilulion chimique que vient également à rencontre des idées dépendson élat particulier, quand elle émises par M. Denis, au sujet de l'état est coagulée [a), il est d'ailleurs à noter de l'albumine liquide dans le sang. que l'albumine coagulée, de même En ellet, ce dernier auteur pense que la fibrine, est susceptible d'éprou- que l'albumine pure est une substance ver une modilicaiion inverse par l'ac- insoluble , et que c'est à raison de sa tion de la chaleur. Klleclivement , à combinaison avec des principes salins, la température de 150 degrés, ces tels que le chlorure de sodium, qu'elle matières redeviennent solubles dans devient soluble. (A'o»r. r^uJ., p. 80.) l'eau (6). (a) LeliniaLin, Lehrhuch (1er plnjsiuluyischen Chemie, 185^, 1. I, ji. 313. (b) Woliler, Ueber die Loslichkeitdes librineii imd coagitl. Mbumins in Wasscv {.\nn dev Chem. jaulPharm., ■l8t-2, t. XLI, p. iî38). COMPOSITION ; MATIÉHES ALBLMINOÏUES. 167 En parlant des pro|)riétés de la protéine, qui sont aussi celles de toutes les matières albuniinoUles, j'ai dit (|ue ce corps pou- vait s'unir aux sels neutres à base alcaline et Ibrmer ainsi divers composés solubles. Or, le sérum , comme nous le verrons bientôt, contient j)lusieurs de ces substances salines, et par conséquent la serine ou albiuniiie que ce liijiiide renlerme doit y exister sous la forme d'un ou de plusieurs de ces composés salitères. J'insiste sur ce point, parce que la proportion des principes salins ainsi combinés avec l'albumine peut faire varier (luelques-uns des caractères de cette substance (par exemple, le degré de chaleur auquel la coagulation s'en effectue ) ; et que si le physiologiste n'en tenait pas compte, il serait souvent porté à croire à l'existence de princii)es protéiques nouveaux là où il ne rencontre en réalité que de l'albumine ordinaire combinée avec une proportion plus ou moins grande de chlorure de sodium, de phosphate de soude ou de quelque autre sel du même ordre (l). On admet généralement que l'albumine du sang se trouve en dissolution dans le plasma ; et, en effet, l'observation mi- croscopique vient conllrmer celte opinion. 3Jais le liquide ainsi constitué ne tîltre pas à travers les membranes organiques, comme cela a lieu quand l'albumine a été modifiée par l'action des acides dilués ou de quelques autres agents dont nous aurons à nous occuper par la suite. Cette circonstance a conduit M. Mialile à penser que l'albumine du sang se trouve à l'état granulaire, et, pour le prouver, il ajoute à ce liquide un })eu d'eau (1) Les expériences de M, Panum aussi que la quantité d'acide néces- montrent qnVn général le point de saiie pour précipitci" cette substance coagulation s'abaisse à mesure que la à une température donnée est en proportion de sel combiné ou mêlé proportion inverse de la quantité de avec l'albumine augmente. 11 a trouvé sel qui y a été ainsi ajoutée (a). (a) Panum, Ferneres ûbe;' die bisher wenig bcachtete coaguUrte Proteinverbindung , die constant im Sérum vovko^nmt {Archiv filr pathol. Anat., 1852, t. IV, p. 17; — Ann. de chimie, 1853, 3* série, t. XXXVU, p. -237). 168 SA>G DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. de biiryte qui y fait apparaître des granules albuiiiineux (1) ; mais cette expérience ne me parait pas démonstrative, et le résultat obtenu s'explique facilement par la formation d'un albuminate de baryte insoluble qui se précipiterait sous la forme globulaire. Caséine § 9. — Lu librinc et l'albuinine ne sont [)as les seules solublc. . , , . 111 r^ 1 matières ])roleiques contenues dans le plasma. Dans les pre- mières analyses un peu exactes de ce fluide complexe, les cbimistes y avaient reconnu l'existence de substances orga- niques qui ne se coagulent point par l'action de la chaleur; on les désignait sous le nom de matières extractives^ et Berzelius pensait qu'elles étaient formées en partie par de l'albumine unie à de la soude. Mais dans ces dernières années, ces résidus solubles ont été l'objet de nouvelles investigations, et l'on a extrait ainsi du sérum une substance protéique qui diffère nota- blement de l'albumine et qui est considérée par beaucoup de chimistes comme étant identique avec la caséine ou principe albuminoïde du lait. Pour l'obtenir, après avoir séparé le caillot du sérum et avoir dépouillé celui-ci de son albumine, en faisant coaguler ce prin- cipe à l'aide de la chaleur, on fait bouillir la liqueur liltrée avec quelques goutles d'acide acétique , sous l'influence duquel cette substance, qui était restée dans la dissolution, se coagule et se précipite. Elle ressemble beaucoup à la caséine du lait, mais ne jouit pas de toutes les propriétés cliiniiques ([ue possède cette sub- (1) Voyez De ralbiuniiie et de ses p. 1/iG. Luc opinion aualo;;ue relative divers états dans l'économie animale, à l'élat granulaire de l'albumine dans par M. Mialhe (L'««onmed/ca/e. juillet le sang a été soutenue aussi par 185'2), et Chimie appliquée à la phij- Uorn (a). siologie, par le même, 1850, in-8, ((() Xetie mcdiiinisch-chu'urgische Xcituiid, ci Ga:i. Jiieii., 1851, p. 3'.t, COMPOSITION ; MATIÈRES ALBUM INOÏDES. 169 stance (4), et elle semble se nipproelier davanlage encore d'une matière qui se produit aux dépens de l'albumine (juand celle-ci est soumise à l'aclion des agcnis de la digestion. Ce dérivé de l'albumine a été désigné sous le nom iWilbuminose (2), et quel- cjues chimistes la considèrent comme étant identique avec la matière protéitiue du sang dont nous nous occupons en ce mo- ment. Ce serait nous éloigner trop de l'objet essentiel de ces leçons que de discuter ici cette question, dont la solution d ail- leurs n'aurait dans l'état actuel de la science que peu d'impor- tance pour nos études actuelles: car les propriétés et la nature des diverses substances protéiques sont encore trop imparfai- tement connues pour qu'il y ait grand intérêt à savoir si la (1) Ainsi, ^]. Lehmann fait reniar- quer que colto siibslaiico prni('it|tie est piéci|Mli''e(le sa dissolution par l'acide carbonique, tandis que la caséine ne Test pas (Lehrb der physiol. Chemie, 1853, t l. p. o59). (2) Ainsi que je l'ai déjà dit, le nom (Valbiiiniiiose a été créé par M. Bou- chaidal pour désigner la matière qui se produit par Taction de.s acides très dilués sur les diverses subsiauces proléiques (a), mais a été ensuite détourné de son acception primilive pour être appli(|ué par M. Miallie à la substance qui résulte de l'action du suc gastrique (ou pi^psine acidiliée) sur les principes albumiuoïdes, sub- stance (jui est soUible dans l'eau et n'est précipilable ni par la cbaleur, ni par les acides, ni par la pepsine (6). Dans un autre travail, M\l. Mialbe et Pressât se prop'^sent de démontrer qu'il existe un étal intermédiaire entre raibumine proprement dite et l'alhu- minosi', et ils dés gnent sous le nom d'albumine modifiée ou cciséifurme, ce produit qui serait incomj»lé:ement jiréiipilable p.ir la ciialeur et Tacde nilrique, mais apte à se redissoudre dans un excès de ce réactif (c). MM. Robin et Verdeil, qui emploient également \c nom iValbumiiio^e, l'ap- pliquent à toutes les substances pro- téiques qui sont liquides, non coagii- lables par la cbaleur. iucomplélemenl co;'.gidab!es par les acides et suscepti- bles de se redissoudre dans un excès de ceux-ci {d . Enfin, M. Lebmann a donné le nom de peplone au même produit que M. Mialbe avait appelé albuminose [e]. (a) Compt. rend., 1842, t. XIV, p. 9G2. (b) De ht digestim et de iassimdat on des malières album'uioïdes {Jourii. dcpharmacie, 1846, :}• série, l. X, [i. 161). (c) Méiii. sur l'état physiologique de l'albumine dans l'éionomie {Compt. rend., 1851, t.XWlIl. p- 450). {d) Truite de chimie anatomique et physiologiiue, 1S53, !. 1 1, p. 329. (e) Lehrbvfih ier phjiiioloqi^th^n Ch-emie, i863, 3- Aufl., Bil. I, p. 318. I. 22 170 SANG DES AMM.U.V VERTÉBKÉS. fiiatièrc 'cilbiuniiioidc du st'rnni, i|iii est iiicoîigiilahit' \k\v I;i chaleur, se rapproche seuleiuenl dehi caséine par l'eiiseinble de ses propriétés, ou s'en distingue par quelque caractère secon- daire. Quoi (juil en soil, cette aihuunnose, ou caséine hémaiuiue, n'avait été signalée d'abord (jue dans du sang à l'état patholo- gique ; mais depuis une dizaine d'années son existence comme un des matériaux normaux du sérum a été niHtement constatée par plusieurs expérimentateurs (1 1. Ainsi un cliiiniste jiabile de Bruxelles, M. Stass, l'a trouvée dans le sang placentaire de la femme ;2), et vers la même époque, M. Panum (3j à (>)p('n- hague, et 31M. Natalis Guillot et Leblanc à Paris, après l'avoir rencontrée en al>ondance dans le sang des nourrices, en oui (1) Dès Ib'Jl, rexislence d'une nia- lière caséeuse dans le sang se trouve mentionnée plusieurs fois dans Ton- vrage de Tiedeniann et (înielin, inli- tul»i : Recherches expérimentales phy- siologiques et chimiques sur la di- gestion (trad. franc., 1. 1, p. 189, etc). Une observation relative à la présence du caséum dans le sérum du sang d'une Anesse, morte peu de jours après avoir mis bas, a été faite par .M. Morand, et publiée par M. Lepecq dans sa thèse inaugurale intitulée : Dissertations sur les causes qui donnent Heu a l'altération du sang. (2) Note sur le liquide de l'amnios et- de l'allantoïde (Comptes rendus, 1850, t. XXXI, p. 629). (3) M. Panum a constaté la présence " 'I- COMPOSITION ; MVTlKUriS am;lmi>oïi»i>. 171 coiisliiU* la pn'soncp dans lo sanii' do l'iionimo of d'iiii lii'and jionibre de Vlaniniirèi'es 1). f^ 10. — Ce sont aussi des subslaneos ))rotéi(|uos très voisines de l'albiunine et de la fibrine, (|ui, unies à de pelites quantités de malières grasses <'t iuoruani(]ues, l'ouslifuent les ulobules sanguins. -M. Lceauu a fait voir ([ur ccseorpuseules Iburnissenl à Tana- jyse eliimique au moins deux de ees subslane(^s, l'une incolore, l'autre rolorée en rouge intense f^). Il eonsidéra la première r.ldbiiliiie. (1) Dans une première noie, ces expérimentateurs annoncent avoir extrait du sérum du sang de deux IV-mniPs en pleine lactation une suh- blance qui leur a offert tous les carac- tères de la caséine. Le sérum du sang, privé d'albumine par la coagulation à chaud et filtré, donna ce précipité lorsqu'on le fit bouillir avec quel- ques gouttes d'acide acétique {(P. Dans un second travail, MM. Natalis, Ciuillot et Leblanc établissent que la présence de la caséine dans le sang de l'homme, de la l'enimc et de divers animaux tels que le Taureau, le Bœuf, la Vache, le Bouc, la Chèvre, le Mou- ton, la Brebis, le Porc et le Cliien, est un fait normal ; ils l'ont trouvée aussi dans le sang du fœlus. chez la Brebis et la Vache {b). Plus récemment, M. Moleschott, de Ileidelberg, a fait de nouvelles recher- ches sur cette substance albnminoïde du sérum, et il la considère comme étant bien réellement de la caséine (c). (2) Le nom de glohuline a été d'abord donné à la matière rouge des globules sanguins, par M. Lecanu (8). (b} Niisse, Uebev die Forin des geronnenen Fasersloffs (Miillcr's Arch., 18 il, p. 139). (rj Reichen, L'eber die sofjenannUn BluthOrperchen enthaltendenZeUen{lAii\\cv'sArch.,]'ti:>i, p. 481.) (rf) l-'unlie, Uebcr das Milivenenblut (Hc-nle uiid Pfeufer's Zeltschrift filr ration, iledicin, 1851, 11* 5, Bd. I, p. 172, t.ib. 1). — Neuc Beobachtungen iiber die Krystalle des Milzvenen- und Fisch-Blutes (ZeUschr. fiir ration. Med , 1852, I. 11. p 199). — Ufber Blutlirystatlisation [ZeUschr. fiir ration. Med., 185-J, t. II, p. 288). — Atlas der physiologisclten Chemie, Leipzig, 1853. — Atlas of Physiol. Chemistry, p. !.">, pi. X. (e) Kunde, Ueber Kryslallbdduny im Blute {Zeilschr. fur ration. Med., 18G2, t. II, p. 271, lab. 9, fu' 1-31. (f) Lilimaiin, Ber. d. Kijnigl. Sachs. Ces. d. Wiss., Leipzi:?, 1852, p. 23 et 78. — Annales de chhiiie, 1852, 3" ^énc, t. X.XXVI, p. 245. — Lehrb. der yhyuiol. Cliemie, 1853, t. I, p. 364. {g) l'urlure, et faut-il employer soit du sérum, soit une dissolution dans laquelle l'hématosine est insoluble : de l'eau chargée de sulfate de soude ou de sel comnum, par exemple ; ou bien encore une solution dans laquelle l'eau se trouve pour ainsi dire retenue en captivité par la présence du sucre, de la gonune ou de quelque autre matière organique analogue. Les propriétés chimiques des jirincipes constitutifs des glo- bules sanguins nous permettent aussi de comprendre la cause de quelques-uns des accidents qui se sont manifestés chez un malade atteint d'hydrophobie qu'un physiologiste avait espéré guérir en lui injectant de l'eau dans les veines (!2). L'hématosine soluble, de même ({ue l'albumine, ne se laisse ni coaguler ni fixer par le sulfate de magnésie, caractère (jui l'éloigné de la caséine; mais le sulfate de chaux l'entraîne et le retient, connue les mordants employés dans les arts fixent les matières tinctoriales (3). Unie à la globuline, elle se coagule à (1) Cette action de l'eau sur la ma- membrane muqueuse intestinale, et tière colorante des globules sanguins lors de l'autopsie on trouva son sang a été constatée par Young (fl). liquide partout et dans un étal de Mais c'est surtoutparlesexpéricnces putréfaction très avancée. (Voyez Hist. de Schultz sur la coloration des glo- d'un hydrophobe traité à l'Hutel-Dieu bules ainsi attaqués que la distinction de Paris, au moijen de l'injection de entre la matière colorante et le tissu Veau dans les veines, par Magen- tégiimentaire des globules a été mise die, Journ. de physiologie, 18'2o, en évidence. (Voyez ci-dessus p. 68.) t. III, p. 382.) (2) A la suite d'une expérience de (3) liobin et Verdeil, Traité de chi- ce genre, le malade eut une hénior- mie anatom,, t. III, p. 378. rbagie passive très abondante par la («) nemarks on Dlooil, etc., iii Introduction to Médical lAteralure, 1813. COMPOSITION ; MATIERES ALIÎUMINOIDES. 179 une température d'environ 75 degrés et devient insolulde dans l'eau. Alors elle ne reprend plus sa forme première, même après être entrée dans des combinaisons salines qui elles-mêmes sont solubles (1). H est aussi à noter (jue l'hémalosine est une substance très facile à altérer, et que sa teinte change sous l'influence d'une multitude d'agents cliimiques. Vue par transparence et en peiiie quantité, elle paraît d'un jaune rougcatre pale ; vue à la lumière réfléchie, elle est d'un rouge intense qui, à l'abri de l'action de l'air, est d'un ton louche et violacé, mais devient vif et éclatant au contact de l'oxygène. En abordant l'histoire chimique du sang, j'ai dit que les cen- dres obtenues par l'incinération de ce liquide renferment une quantilé remarquable de fer (2). C'est avec l'hématosine que ce métal se trouve en combinaison ; il paraît y èlre associé en proportion détinic , mais sa présence n'explique en rien la couleur rouge de cette matière, et il résulterait même des expé- riences de M. 3Iulder et de M. Van Goudoever que celle-ci peut en être dépouillée complètement sans que sa couleur soit changée par cette opération (3). Quant à la manière dont le fer se trouve uni à la matière protéique dans ce composé, nous ne savons rien de positif, mais il est probable que cet élément y existe à l'élat mélalli(jue, car M. Scheckund a vu qu'en l'atta- quant par l'acide sulfuriipie, il donne lieu à un dégagement assez considérable d'hydrogène^ puis se retrouve dans la liqueur à l'état de sulfate (h). (1) Ainsi l'iiématosinc coagiil(ie t-st (/i) La plupart des chimistes de la soluble dans l'eau ou l'alcool additionné (in du siècle dernier attribuaient la d'une petite quantité d'ammoniaque, couleur rouge du sang au fer. Deyeux ou de potasse, ou de soude caus- et l'armeiiticr pensaient que ce métal lique. s'y trouve en dissohilian, à peu près (2) Voyez page l/i2. comme dans la préparation nommée {'i) M\.MQV,Chemistni ofVcfjrtahlr jadis teinture martiale de Stalil, et avJ Animal Physiology, p. 'oô'). obtenue eu versant du nitrate de 180 SANG DES ANIMAIX VERTÉBRÉS. inoièiqL § M. — Une autre matière albiiminoïde peu diflerenle de utrictics. la fibrine, mais qui semble devoir en être distinguée, constitue, peroxyde de fer dans une solution de carbonate de potasse (a). Fourcroy crut pouvoir expliquer cette coloration en supposant que (la sous-phosphate de fer y était en disso- lution dans ralbiiniine , et il pensait même qu'il était possible de fabriquer ainsi de toutes pièces la matière rouge du sang (6). Wells, au contraire, attribuait la couleur rouge du sang à une matière organique (c), et Berzelins démontra pleinement ce fait dans sa Chimie animale, publiée en Suède en 1808 ; mais ses expériences à ce sujet ne furent connues en France et en Angle- terre qu'après la publication d'un travail de Brande qui conduisait au nicme résultat [d';. Brande alla rnèmc plus loin, et crut devoir conclure de ses expériences que la matière colorante du sang ne contient pas notablement de fer [e). Bientôt après, Vauquelin entreprit à ce sujet de nouvelles expé- riences (/■). Kt Berzelius fil voir que le fer est bien un des éléments consti- tutifs de la matière organique dont dépend la couleur rouge du sang {g). Enfin, le nom d'héinatosine fut donné à ce principe immédiat, en 1827, par M. Chevreul (/)). Vers la même époque, un chimiste allemand, Engelhard, fit une longue série d'expériences relatives à l'état dans lequel le fer se trouve dans le sang, et il arriva à cette conclusion que ce n'est pas sous la forme d'une combinaison saline ou même d'oxyde que ce niélal y existe, mais, ainsi que le phosphore et le calcium, uni directe- ment aux éléments dont se compose la matière organique rouge. Il montra, eu effei, que les acides ne le séparent pas, ou du moins qu'après avoir agi sur la matière colorante , ils ne donnent pas de précipité avec les alcalis et les autres réactifs employés d'ordinaire pour déceler la présence des sels de fer («). Mais d'autres expériences, faites par .M. il. Rose, prouvent que ces résultats n'ont jias la significalion qu'o:) leur attribuait, car la i)résence de l'albumine ou de toute antre substance organique non volatile (l'acide urique excepté) em- pêche la précipitation du fer dans les dissolutions où il existe cependant des sels ferrugineux en petite quantité (j). Berzelius pensait que c'est 3 l'état d'oxyde que le fer se trouve uni ù la matière colorante du sang, car on sait que l'albumine peut former avec les oxydes de ce métal des composés solubles ; l'hématosine serait donc une (a) Mémoire sur le sang {Journ. de phys., de chim. et d'hist. nat., 1"04, t. XLIV.p. 380, et 447. (b) Voyez Fourcroy et Vauquelin dans le Système des connaissances chimiques, par Fourcroy, 1. IX, p.'iSii!, etc. (f) Observations and Experiments on iltc Colour of the Blood {Pltil. Traus, 1797, p. 427). ((/) Berzelius, On Animal Fluiis (Med. Cliir. Trans., 1 SI 2, vol. III). (e) Braiulo, Chcm. ResearcUes on Hlood{Phil. Trans., 1812, p. 90). (/) Vaurpieliii, Sur le principe colorant du sang {Ann. de phys. et chim., 181C), t. I, p. 0). (g) Ann. de phys. et chim., 1817, t. V, p. 48. [h] Art. Sang du Vlct. dessc. nat., 1. .XLVII, p. 187. (i) Eugelliard, Commentatio devera materiœ sanguini purpureuni colorem impcrticntis na tura. Gœtliiig., 1825. (j) Ann. de chim. et phys., 1S27, I. XNXIV, p. 2r,S. COMPOSITION ; MATIERES ALBIMINOIDES. 181 suivant M. Lelimann, la membrane extérieure des globules (1). Elle fait gelée dans l'aeide acétique et les alcalis étendus d'eau ; elle ne se dissout pas dans l'eau chargée de nitrate de potasse, et elle ne contient pas de soufre ; mais du reste elle ne paraît combinaison analogue aux album. nalcs de fer. Cette opinion semblait assez bien îonriée; mais, d'-ipiès quelques nou- velles expériences, faites parScheckund et rapportées par Mulder, on revient anjourd'luii à l'hypothèse d'Engelhard. Elï'ectivement, si Ton fait digérer dans de l'acide sulfurique du sang desséché, et si ensuite on ajoute de l'eau , on dissout du sulfate de fer, et cette opération est accompagnée d'un déga- gement d'hydrogène, ce qui semble indiquer que de l'eau a été décomposée par du fer mélallique, et que ce n'est pas à l'état d'oxyde que ce principe préexistait dans le sang. Les expériences faites par AI. liermb- siiidt tendent aussi à prouver que le fer existe à l'étal métallique dans la matière colorante du sang, et qu'il y constituerait un sulfo -ferrocyanurc qui serait uni à un principe albumi- noïde («). Il est aussi à noter que le fer, tout en se trouvant uni à riiémalosine, ne paraît pas être essentiel à la constitu- tion de cette matière colorante. En effet, le sang auquel on a enlevé ainsi tout son fer, et qui a été ensuite bien lavé, donne encore, lorsqu'on le traite par de l'alcool aiguisé d'acide sulfu- rique, une dissolution rouge d'héma- tosine combinée avec de l'acide sulfo- protéique , mais ne renfermant plus de fer (h). M. Schecrer assure aussi qu'il est parvenu à enlever à riiémalosine la totalité de son fer sans en altérer la couleur (c). .Mais je dois ajouter que ]\f. Taddei a combattu l'opinion de l'existence d'une matière colorante rouge du sang qui serait exempte de fer {(/) . !\I. JMulder a trouvé dans l'héma- tosine 6,6/i centièmes de fer. et a cru pouvoir représenter la composition élémentaire de cette substance par la formule G"H22Az306Fe. Mais je ne vois pas bien comment celte composition s'accorderait avec l'hypollièsc, d'ailleurs si probable, de l'existence d'une matière protéique fondamentale, et avec la formule que M. JMulder en donne (voy. p. 150). J'ajouterai encore que .M. Polli pense que la matière colorante rouge du sang et la matière jaune de la bile sont une même substance à divers degrés d'oxydation ; mais cette hypo- thèse ne repose pas sur des bases suflisantes (e). (1) Lehmann, Précis de chimie physiologique animale, 1855, p. Vlh. (a) Versîwhe iiber die Hemâl'me (Jouni. fur Chemie nnd Plujsik, von ?cli\veiggcr, 1S32, l. LXIV, p. 314). (7;) Mulder, Chem. of Veget. and Aniin. Phijsiol., p. 335, cl Joimi. fiir pvakt. Chem., 1844, t. XMI, p. 186. (c) Sclieerer, Chemisch-physiologische Untersuchung. (Ann. der Chem.iindPharm.,i8iï , t. XL, p. 30. (rf) Sut color rosso del sangiie (Gaz-. Toscana délie scieniiemedico-fisiche, 1844, n- 17). (e) Polli, SuUa natura delta materia colorante rossa delsangue {Ann. di chimica appiir. alla Medic, Mil.iiic), grniiajo lS4(i). 182 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. Niicléine. |);is avoir toujours les mêmes caractères, et n'est encore que très imparfaitement connue (1). ^12. — Le noyau des globules rouges de sang des Verté- brés ovi|)ares paraît être formé principalement d'une matière |)rotéi(pic assez semblable ù relie qui constitue l'envelopjie de ces corpuscules. Jus(]ue dans ces dernières années la plupart des physiologistes j)ensaient que cette substance était de la fd^rine (2; ; mais les exi)ériences de M. J. Yogel, de Fr. Simon, et de M. Lehmann montrent ({u'elle ne se comporte pas de la même manière en présence de divers réactifs, et tendent à établir que, tout en appartenant au groupe des principes protéiques, elle serait distincte de tous ceux connus anciennement (3). On a proposé de la désigner sous le nom de nucléine (k)-, mais on (1) M. Mulder considère celle enve- loppe membraneuse comme élant formée par la subsiance qu'il nnnimc bioxyprotéine, mais les caractères clii- miques de ces deux corps ne sont pas les mêmes. M. Lehmann fait remarquer aussi que la facilité avec laquelle les parois des divers globules du même sang se laissent attaquer par l'eau, les acides affaiblis, l'éther, etc., est très variable, et que d'après ces différences on est conduit à présumer que la constitulion cbimique de ces téguments n'est pas toujours identique. Il pense que ce sont les jeunes cellules sanguines qui résistent le mieux ù l'action dissol- vante de l'eau, et que les globules déjà vieux se détruisent plus facile- ment. (Lehmann, Lehrbuch der phy- si(>logische)i Chemic, 1853, Bd. H, p. 150.) (2) Lv. Home, Op. cit. — Prévost el Dumas, Bibl. univ. (le Genève, t. XVIL — Letellier, Mém, sur le sang [Ga- zette médicale, 18o9, t. Vil, p. 25/i). (o) La fibrine estpromptement atta- quée par l'acide acétique, se gonfle, devient transparente et disparaît. La subsiance constitutive du nuciéus résiste au contraire pendant fort long- temps à l'action de ce réactif. M. J. ^'ogel, qui fut un des premiers h étu- dier atlentivcment les propriétés chi- miques du noyau des globules san- guins de la grenouille, le considère comme ayant plus d'analogie avec l'albumine coagulée qu'avec la fi- brine (a), Fr. Simon a été conduit à penser que cette substance albumi- noïde n'est identique avec aucun de ces principes protéiques [b), et M. Leh- mann adopte la même opinion (c). (/i) M. Maitland, qui a proposé celte dénomination, pense que le noyau des (a) Vog'i!l, Plnjsicn-Chemicnl Anahjse of llic Blood (in Waçjiier's Eléments nfRliysiolnfin, p. 2r)7). (/)) Fr. Simon, Animal Cliemiulnj, vol. I, p. ]i\. (c) I,eliniann, l.etninirh der phy.tiologischen C.hemie, I. IT, p. \^'t. COiMPOSmOiS -, MATIÈIlliS ALBL MINOIDES. d 8o ne sait en réalité presque rien sur sa nature un sur ses caractères, et, ainsi ([ue nous le verrons bientôt, il est probable que le nucléus des globules sanguins est Ibrmé en grande parlie de l)rineipes immédiats d'une autre classe. ^ 13. _ Enfin MM. Dumas et Caliours ont extrait du caillot .<:~ 'J insolubli'. une substance voisine de la caséine, mais qui est soluble dans Talcool à chaud, et ces chimistes pensent qu'elle constitue les globules blancs dont un nombre plus ou moins grand se trouve, comme nous l'avons déjà dit, mêlé aux glol)ules rouges (1). La caséine, ou quelque chose de très analogue, se trouverait donc sous deux formes dans le fluide nourricier, à l'état soluble dans le plasma, et à l'état insoluble dans les globules blancs. § l/i. — Enfin il existe aussi dans le sérum du sang une Maiière jaune. matière colorante jaune qui n'est encore que très mal connue, mais qui semble devoir appartenir au groupe des produits azotés dont l'histoire nous occupe ici (2j. globules sanguins est formé par un abondance dans le sérum des ictc- principe immédiat particulier de la riques une matière colorante jaune nature des matières cornées (a) ; mais, fort analogue à celle que renferme la ainsi que l'observa 1\I. Nasse, le pro- bile, mais que ce chimiste n'a pas cru cédé employé par ce physiologiste pour devoir y assimiler d'une manière posi- la séparation des noyaux devait lui don- live [d). M. Chcvreul a constaté la ner plutôt les débris des téguments présence d'une matière colorante des globules sanguins [h]. rouge orangé dans le sang des enfants (1) MM. Dumas et Cahours ont fait nouveau-nés qui sont attaqués d'ic- l'analyse élémentaire de cette sub- tère et d'induration sous-culanéc [e]. stance qu'ils désignent provisoirement M. Lecanu et M. V. lîoudet ont sous le nom de caséine du sang, et y retiré aussi la même matière du sang ont trouvé la même composition que de divers malades en proie à la jau- pour la caséine du lait (c). nisse {[). (2) Deyeux a trouvé en grande En 1835, .M. Martial Samson, dans (a) Maitlaml, An Expérimental Essmj on the Physiology of the Dlood. Edinbm-ii, 1838, p. 27. (b) Nasse, ;u-t. Sany (Wagner's Ilandwurterb. der Physlol., t. I, p. 140). (c) Dumas et Cahours, Mémoire sur les matières azotées neutres de l'organisation {Aau. de chimie, 3' séi-ic, 1812, t. VI, p. 415). (,G DES AMM.U'X VERTÉBRÉS. ^ 15. — En résumé, nous voyons donc qu'il existe dans le sang non-seulement de la fibrine, de l'albumine, de l'iiémalo- sine et de la globuline, mais aussi plusieurs autres matières albuminoïdes dont les caractères n'ont été encore que mal définis; et que parmi ces corps les uns sont tenus en dissolution dans le sérum, et d'autres y sont suspendus à l'état solide. Nous avons vu aussi (pie toutes ces substances ont entre elles une étroite analogie, et constituent pour ainsi dire une lamille naturelle dont tous les membres semblent dériver d'une môme souche; que toutes sont susceptibles d'éprouver une foule de modifications sous l'intluence des matières inorganiques avec lesquelles on les met en contact , et que les diftercnces qui les distinguent entre elles semblent être du même ordre que celles résultant de réactions de ce genre. Que toutes paraissent être formées d'une seule et même substance protéique dont les [)ropriétés secondaires varieraient un peu suivant que cette une Uù'se soutenue à l'École de phar- macie de Paris, et intitulée Études sur les matières colorantes du sang, a rendu couiple d'une longue série d'expériences sur le sang du Bœuf, et y signale quatre matières colorantes, dont une esl le principe jaune men- tionné ci-dessus. Elle donne au sérum sa teinte particulière, et elle est so- lublc dans l'eau, l'alcool, l'étlier et les graisses ; les acides concentrés et les alcalis ne lui font éprouver aucun changement à froid ; enfin elle est décolorée par le chlore. Plus récemment, M. Denis a con- staté que par l'ensemble de ses pro- priétés cette substance ne paraît pas différer de la matière colorante de la bile (ff). Cette dernière matière, que l'on désigne souvent aujourd'hui sous le nom de hilicerdine, ressemble à l'hé- matosine par sa composition, et con- tient aussi du fer. Fr. Simon considère la matière colorante jaune du sérum comme étant identique avec celle qu'il a décrite sous le nom d'hémaphéine, laquelle serait un dérivé de l'hématosine, modifiée par l'absorption de l'oxygène et l'élimination d'une certaine quantité de carbone (6) ; et enfin M. Marchand pense que cette hémaphéine n'est que de l'hématosine modifiée par un alcali. On voit donc qu'il existe beaucoup d'incertitude au sujet de la nature de ce principe colorant. {a) DiMiis, Esnai sur V applkaiion de la chimie à l étude du sanc, 1838, p. 130. (b) Simon, Me Farbeslojfe des Dîmes [Joiini. fUr prakl. Chem., 18 il, 1. XXII, p. 113). Animal Chemislrtj, vol. I, p. 43 et \). 169. COMPOSITION ; MATIKUES ALBIMINOÏDES, 185 subslaiicc luiiilamcnUile s'iiHil à nu iicu plus ou à un i)eu moins de telle ou telle matière saliue , alcaline ou acide , ou suivant (|ue cerlaius de ses atomes constitutifs sont éliminés et rem- [dacés par des atomes dilTérenls. En d'aulres mois, (jue lous ces corps dont le rôle est si imporlant, non-seulement dans la constitution du sang', mais aussi dans la Ibrmalion de toutes les autres parties de l'organisme , sont connue les variantes d'im même texte dont le sens ne cliangerait pas, mais dont la coii- texlure se modifierait par suite de quchpies subslilutions de mots, de quel(iues abréviations , ou bien encore de l'introduc- tion de quelcpies péri[)brases. Une étude approfondie des trans- formations qui s'o[)èrciit ainsi dans les matières albuminoïdes , lors même qu'elle ne conduirait pas à la solution de questions dont les chimistes se préoccupent à juste raison, touchant le mode de groupement des molécules constitutives de ces corps, [)0urrait avoir pour le physiologiste un grand intérêt; et pour n'en citer ici qu'un exemple, je rappellerai que, sous riniluence de l'oxygène ou d'autres agents, la fdjrine est susceptible de se transformer en deux substances protéiques dont l'une est soluble, l'autre insolultle: ce sont les coqis auxquels M. Muldcr a donné les noms de bioxyprotéine et de trioxyproléine. 0\\ dans l'organisme les matières albuminoïdes rencontrent sans cesse de l'oxygène, et Ion voit s'y développer d'une manière non moins fréquente des substances qui ont avec ces corps une ressemblance frappante. Il serait donc intéressant de comparer plus aîtentivemeni (pfon ne l'a fait jiisqu ici ces produits arti- ficiels avec (piel([ucs-uns des i)rin(Mpcs i)rotéi(iues d'une im- [lorlance secondaire dont il vient d'être ([uestion, et de cher- cher s'ils n'auraient pas une origine analogue. (]ela me [larait probable; mais, dans l'état actuel de la science, on ne saurait porter tro{> île réserve dans les appréciations de ce genre. Je iK^ m'arrêterai donc [)as sur ces (pieslions, et je m'abs- tiendrai aussi de parler de i^uchpies autres substances (pii I. 2/j 186 SA^G UKS ANIMAUX VERTÉBRÉS. semblent appartenir an même gronpe de matières organiques, et qni ont été signalées par les chimistes comme se trouvant dans le sang, mais qni ne sont probablement que des produits dus à diverses altérations des principes normaux de ce liquide déterminés par les réactifs dont on avait fait usage pour en effectuer la séparation. Telles sont les substances dont plu- sieurs auteurs ont parlé sous les noms de gélatine du sang, d'osmazome, d'épidermose, d'hémaphéine, de subrnbrine, de clilorohématine, de xantholiématine, etc. {i). (1) On avait remarqué depuis long- temps que le sérum coagulé par la chaleur laisse suinter une sérosité jaunâtre qui, dans certaines circon- stances, est susceptible de se prendre en gelée. Fourcroy et Vauquelin con- sidéraient cette matière comme étant de la gélatine (a). Parmentier et Deyeux admirent aussi la i^élatine au nombre des matériaux normaux du sang. Mais Bostock montra que les conclusions tirées des expériences de ces cliimistes n'étaient pas exactes, et que le sang ne contient pas de gé- latine (6). Berzelius était arrivé de son côté à un résultat analogue (c). Enfin Brande, en soumettant cette matière à l'influence de la pile électrique, en a retiré de la soude, et depuis lors on Ta considérée comme étant un albu- minatc soluble de soude (d). Dans ces derniers temps Texistencc de la géla- tine, comme principe constilulif du sang, a été de nouveau annoncée par M. Bouchardat {e)\ mais la matière dont ce chimiste parle ne paraît être que le produit de l'oxygénation de la protéine, découvert par iM. Mulder et appelé triuxijprotéine. La substance que M. Bouchardat a extraite des globules sanguins, et qu'il a nommée épidermose, paraît être aussi un produit de même origine, et ne diffère probablement pas de celui que M. Mulder nomme bioxy protéine (voy, p. 160). M. Ludwig a aussi obtenu dans ses analyses du sang une matière coa- gulée qui paraît être du bioxypro- téine (/'). La matière que M. Denis a séparée du sang par l'action de Taicool, et qu'il rapporte à la substance obtenue par M. Thenard dans ses expériences sur la chair musculaire, et désignée par ce chimiste sous le nom iVosma- zôme, est bien évidemment aussi un produit complexe {g). Berzelius la considère comme un mélange de laclate de soude et de matière orga- (fl) Ann. de chim., f. VI, p. 182, et t. VII, p. 140 ; puis avec plus de détails, Jlém. de l'Acad. des se, 1789, p. 297. {b) Boslock, 0)1 the Gélatine of the Blood [Medic. Cliir. Trans., vol. I, p. -47). (c) Berzelius, General Vieius oftIieGompos. of An'niial Fluids {Medic. Chlr. Trans., 1812, vol. III). ((/) Medic. Chir. Trans., vol. III, p. 220. (c) Compt. rend., 1842, t. XIV, p. 90. If) Ann. dcr Chem. tind Phurm., t. LVI, p. 05. — Berzelius, Rapp. pour 1845 , p. 477 ; ut Annuaire de chimie, 1847, p. 745. {(j) Hech. expcrim. sur le sang, ]>. 107. leres grasses. composition; matières grasses. 1^7 § IG. — Le deuxième groupe naturel de subshuices cousli- Mauèi tutives du sang se compose de corps gras. Parmi ces matières je citerai en première ligne, non pas à choksiérino raison de son importance, mais à cause de la netteté de ses caractères chimiques, la cJwlestérine^ principe qui fut trouvé vers la fin du siècle dernier, dans les calculs biliaires, mais qui n'est bien connu que depuis la publication des beaux tra- vaux de M. Chevreul sur les corps gras (1). C'est uue graisse non saponifiable qui re^te solide jusque vers 137 degrés, qui se dissout très bien dans l'alcool bouillant, mais qui s'en sépare presque entièrement par le refroidissement, et qui se présente nique, opinion qui osl aujourd'iuii généralement paita2;ée par les clii- mistes. Quoi qu'il en soit, celte sub- stance n'est probablement pas un des matériaux de l'organisation, mais un produit des opérations chimiques qu'on a fait subir à la fibrine, etc. La mntièrp colorante brune que M. ;Marlial Sanson a exlraite du sanjj, et que ce cliimislo considère comme étant distincte de la matière colorante rouge, paraît ne pas être autre chose qu'une portion de cette dernière altérée par l'action des acides concen- trés (a). Ce produit brun avait été précé- demment signalé par Sigwart ib). Les matières décrites par M^L Brelt et Bird sous les noms de chloro- hématine et de xanthohématine ap- partiennent à la même catégorie ; elles résultent de l'action de l'acide nitrique sur le caillot, et ne préexistent pas dans le sang. {London Médical Gazette, t835, vol. XVf, p. 751.) Scheerer a obtenu celte dernière substance par ses analyses du sang dans quelques cas de leukémie. (l'er- haiidl. der Plnjs. Mcd. Gesellsch. in Uurzburg, 1851, Bd. II, p. ^}'.:1.) Enfin la substance que M. O'Sliaugh- nessy a décrite sous le nom de sub- ruhine n'est aussi que de l'héma- losine altérée par les procédés d'a- nalyse (c). (l) Paulletier de la Salle fut le pre- mier à observer cette substance en traitant les calculs biliaires par l'alcool, et lourcroy, qui publia la découverte de ce chimiste, retira le même corps gras d'autres parties de l'organisme, mais le confondit avec la matière trouvée dans des cadavres et désignée sous le nom à'adipocire {d). En ISl/i, I\I. Chevreul" distingua nellement ces substances, et donna à celle qui nous (a) Eludes sur les matières colorantes du sang. (Joiirn depharm., 4835, t, XXI, p. i-20.) (b) Cité par Burdacli, Physiologie, I. VI, p. 80. (c) O'Sliauglinessy, Discovery of a Xew Principle in Iluman Dlood (Lancet, ISai-S,"), t. I, p. (M 7.) (d) Ann. de chimie, 178!<, t. III, p. 2i2, elc. i88 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. r.lors sons la forme de lames cristallines nacrées, rectangu- laires ou liiomboïdales. La cliolestérine eslinsohible dans l'eau, mais elle est tenue en dissolution dans le sérum du sang, et, ainsi que nous le verrons par la suite, se rencontre aussi dans la bile et dans le cerveau. Quelques cliimistes pensent que combinée avec des matières albuminoïdes, elle jonc un rôle im- piirtant dans la composition du noyau des globules (1). cm'ijrine. Unc maticrc grasse qui contient du phosphore au nomltrc de ses éléments constitutifs, et(pii a été désignée sous le nom de cérébrine^ parce que ce fut dans la substance du cerveau qu'on la découvrit (2), a été extraite du sang par M. Chevreul. Ce chimiste l'a retirée de la llbrine ainsi que du sérum (3). Mais, d'après les recherches les plus ré'centes, il paraîtrait que c'est occupe ici le nom de clwlestérine, jouaiil iiii rôle imporlaiu dans leur c'cstà-dire graisse biliaire solide (a). constilution, tjuelle que soit d'ailleurs La présence de la cliolestérine dans ccllequia pu appartenir anx substances le sang a été constatée par M. ]>cnis. de ce genre dans la première forma- Enfin, celte matière en a été mieu.\ lion des cellules. La facilité avec la- séparée par M. l)0iidet {I)). (piolle les globules et les noyaux sont (1) Iliinefeld considère le nucléus dissous par la potasse tendrait aussi à des globules du sang comme étant faire penser que la graisse de ces cor- formé d'une malièro grasse (la cbo- pnsculesn'estpasde lacho!estérine((/). lestérinc ou quelque substance ana- Nous aurons à revenir sur ces qucs- logue) combinée avec de Falbumine, tjons, lorsqu'en traitant de la forma- comme dans le jaune de Panir ('■:. lion des lissus organiques, j'exposerai .Mais, ainsi que l'observe l''r, Simon, les vues d'Acberson à ce sujet, quoique la fibrine et les globules soient (J) Vau(ineiin, Analyse de la malien' plus riches en matière grasse que les cérébrale {Aim. de chimie, 181L', autres matériaux solides du sang, ces t. LXXXI, p. 37 . corps n'en contiennent tout au plus (3) Art. Sajig du Dictionnaire des ((ue 5 pour iOO, et par conséquent sciences nalurclles, 18'27, t. XLVII, elle ne saurait être considérée comme p. 187 et 18S. (n) lies corjis qu'on appelle adipoclrcs (.In», de cliim., 1815, I. XCV, p. '>}, vi lîech. iliiin'ujnes sur les corps finis d'orioine animale, d53, de. (/;) fCssai chim. et crit. sur le sann {.loiirn. de pliarn)., I. MX, p. i7.'i), cl Nouvelles rech. sur la composition du sérum du sang humain (.\nu. de liiim , 18li3, t. LU, p. '-'W). — .M. I.cctiiii. Etudes cidmiqucs sur le sang, thèse. (c) Hiiiiefelil, Der Cliemismus, p. 108. ' ((/) Simon, Animal Cliemistrii, l.I, p. H^. composition; matières grasses. 189 prinripalenient dans les globules que ce produit se trouve (1). Jusque dans ces derniers temps on le considérait connue un principe immédiat parliculier, mais il semble résulter des expé- riences de M. Fremy que ce serait plutôt un mélange de deux substances auxquelles ce savant a donné les noms iVacitle oléo- phosphorique et d'acide céréhrique (2). Du reste, on ne le con- naît encore que très imparfaitement, et ce qu'il olTre de plus remarquable, c'est sa composition élémentaire. Le sang renferme aussi des acides gras (3). V acide oJéique, Anjessia* par exemple, se trouve dans le sérum soit à l'état de com- binaison avec la soude sous la forme de savon, soit à l'état libre ; car c'est un acide si faible, qu'U peut se trouver dans ce liquide en présence de carbonates alcalins sans se substituer à l'acide . (1) Berzeliiis, Traité de chimie, édit. (le 1838. Quelques expériences faites i"écem- nient par un physiologiste anglais, !M. Owen liées, tendent à confirmer cette opinion. En efTet, M. Rees a trouvé que les matières grasses obte- nues par faction de l'éther sur le caillot du sang veineux donnent par l'incinération des cendres dont la réaction est fortement acide ; tandis que les cendres obtenues de la mùme manière avec le sérum du sang vei- neux ou du caillot artériel étaient al- calines : ce qui suppose l'existence d'un carbonate alcalin ou d'un sel à acide organique dans ce liquide, tandis que l'acidité des cendres des matières grasses extraites des globules veineux devait être due à un acide fixe, proba- blement de l'acide phospliorique ré- sultant de la combustion du phosphore contenu dans ces graisses. [On a New Function of tlie Bed Corpuscles of the Blood, by 0. IVees, Philosoph. Magazine, 18ù8, t. XXXI! 1, p. 29.) ('2) L'acide oléophosphoriqué de Al. Fremy est liquide, l'acide céré- hrique est solide ; c'est surtout le pre- mier qui paraît se trouver dans le sang. {Recherches sur la compositiDii chimique du cerveau de l'homme, Comptes remhis, ]8/i0, t. Il, p. 7()3.) !\1. Denis dislingue dans le sang deux matières grasses phosphorées. Tune blanche, l'autre rouge (a). Mais il est probable que cette dernière n'est autre chose que la matièro phospho- rée blanche, altéi'ée ou colorée par de l'hématosine. (Lccanu, Thi'se, p. J3.) (3) C'est essentiellement aux travaux de M. Chevreul que l'on doit la con- naissance de la nature et des propriétés des graisses animales. Ses recherches à ce sujet se trouvent réunies dans un ouvrage spécial publié en 1823 (6). (n) Denis, Bech. expérm. surle sang, p. 101, 107, etc. (b) Clievrcul, UecUerches chimuiues sur les corps gras d'origine animale, \>i-î'^. p. IHi. 190 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. carbonique de ces combinaisons salines. C'est une substance (le consistance huileuse qui se solidifie et affecte une forme cristalline à la températin^e de k degrés au-dessus de zéro, qui se dissout dans l'alcool et dans l'élher, mais qui est insoluble dans l'eau et se trouve probablement à l'état d'émulsion ou de suspension dans le sérum, ou tenue en dissolution à l'aide des sels à acides gras que ce liquide renferme. h'acide margarique^ qui diffère de l'acide oléiqne par son point de fusibilité plus élevé et par quelques autres caractères d'une importance secondaire pour nous, se trouve dans le sang, mêlé à ce principe immédiat, en partie à l'état de liberté, en partie à l'état de combinaison avec de la soude (1). On a signalé aussi l'existence de l'acide stéarique et du stéaraîc de soude dans le sérum de Bœuf (2), et il est probable (|ue ces matières grasses se trouvent aussi dans le sang des aulres Ruminants. Je n'ai pas à in'occuper ici de l'histoire chimique de ces acides, mais il me semble utile d'ajouter qu'ils ont entre eux une très grande ressemblance, et que leur composition élémentaire ne diffère (pie fort peu, de façon que Ton comprend facilement qu'ils puissent se transformer les uns dans les autres, ou naître sous l'inlluence des mômes causes légèrement modifiées. En effet, la composition de l'acide oléique semble devoir être représentée par la formule Ç?^W^Kf,\{0. L'atome d'acide margarique paraît correspondre par sa com- j)Osition à deux atomes d'acide oléi(iue qui auraient perdu chacun deux équivalents de carbone , car sa formule est iMifin l'acide stéarique [)arait être de l'acide margarique qui (ij Voyez Lccanu, Eludes chimiques le sang {Gaz. médicafe, 1851, p. 5o0). xur le sançi, \^ù7.— Marcel, De la na- (2) i\ol)in et Verdeil, Chimie atia- lurc des graisses qui se trouvent dans tomique, t, II, p. 80 et 88. Oléine et stcariiio. composition; matières grasses. 191 aurait perdu un atome d'oxygène, et devoir être représenté par la formule C*^^H««0"',2H0. La chimie nous apprend aussi que ces acides dérivent de certaines graisses saponiliables que l'on désigne sous les noms (ïoléine^ de stéarine et de margarine, lesquels semblent même n'être autre chose que des composés salins, ou idiilôt des acides composés analogues à l'acide suHbvinique, formés de deux atomes de l'un de ces acides gras unis «\ un atome d'une substance particulière nommée glycérine, ((ui se laisse repré- senter par la formule C*^H"^0^,HO. Effectivement, sous l'influence des alcalis, ces graisses, dites saponifiables, abandonnent la glycérine pour former des stéa- rates, des oléates ou des margarates à base alcaline, et en [)ré- sence de l'acide sulfurique qui s'empare de la glycérine, leur acide est mis à nu. Or, le sang renferme de l'oléine et de la stéarine aussi bien que les acides gras dont il vient d'être question. On en a con- staté la présence dans le sérum ; et bien que ces corps soient insolubles dans l'eau, on comprend qu'ils puissent êlre dissous par ce liquide, car on sait que la stéarine est susceptible de se combiner à la manière d'un acide faible avec les alcalis (1), et le sérum, ainsi que nous l'avons déjà dit, est toujours alcalin (2). Le nom de séroline a éié donné à une matière grasse qui se scroiinu relire aussi du sérum, et qui a été considérée comme étant dis- tincte des i)récédentes (3); mais d'après des recherches récentes dont ce produit a été l'objet, il paraîtrait que c'est seulement (1) Extrait de quelques recherches clans l'état normal ils ne se réunissent faites à Giessen par MM. Liebijj et pas entre eux, tandis qu'ils se con- Pelouze {Comptes rendus, iS36,\.U\, fondent après qu'on les a soumis à p. /j!20). Taction de l'acide acétique [a). ('-') Zimmermann pense que les (3) M. lîoudel a obtenu celle sub- globules de graisse sont revêlus d'une slance en faisant bouillir dans de pellicule de matière albuminoïde ; car l'alcool du sérum dessécbé. La séroline (a) Op. cit. (Ai:ch. fur physiûloy. HeUkunde, iSlS, Bil. VII, p. ISI). i\n SANG DES AMMAUX VEUTEBRES. Cliolalc de soude. l'riiici|io odoranl. lin niéhiiiiie des parties cristallisables des diverses graisses dont il vient d'être question (1). Les reeherches d'Enderlin tendent à établir que le cholate de soude est un princi[)C constituant normal du sang, mais que dans les circonstances ordinaires cette substance en est promp- tement éliminée (2). Enfin il est probable que l'odeur particulière au sang est due à la présence de quelques traces d'une matière grasse volatile ana- logue à celle découverte par M. Chevreul dans le beurre de Chèvre et de Vache, ou dans la graisse du iMarsouin (3). En efiet, ^I. Malteucci a constaté que le sérum du sang de la Chèvre, chautïé avec de l'acide sulfuri(pie , donne de Yacide caproique, et l'on sait que chez d'autres animaux l'odeur sut (jeneris du sang s'exalte par l'action de ce réactif (4). se dissout alors dans ce liquide, et se dépose parle refroidissement; elle est fusible à û6" et se dissout facilement dans l'éther. {Xouvelles recherches sur la composition du sérum du sang, dans le Journ. de pharmacie, ISoo, l. XIX, p. 299.) (1) Les expériences de M. Gobley tendent à établir que la séroline n'est pas un principe immédiat, mais un mélange d'oléine, de margarine, de choleslérine, de cérébrine [Gazette médicale, 1851, p. 602). M. Lehmann adopte une opinion analogue {Précis dechiin. physiol, p. 139). {'!) New York Monthly Journal, 1852, et Scbmidt's Jahrhucher, 1853, t. LXWIi, p. li. (k) L'odeur du sang est en général assez marquée et varie suivant les animaux ; elle ressemble à celle de la sueur, et paraît être toujours plus intense cbez le mâle que cbez la fe- melle. Quelques anciens chimistes en avaient cherché la cause : Parmenlier etDeyeux, par exemple (a), ^lais on ne savait que peu de chose à ce sujet, lorsque Barruel en fit Tobjet d'expé- riences intéressantes, quoique les ré- sultats à en tirer aient été singuliè- rement exagérés par cet auteur. Il a constaté que Tacide sulfurique exalte l'odeur du sanget qu'elle est due à une matière volatile ; mais il a été beaucoup trop loin lorsqu'il a cru pouvoir ap- pliquer ces données à la solution des {o jChQwcaï, Recherches chimiques questions de médecine légale {b sur les corps yras d'origine animale, M. Soubeiran a fait justice de ces exa- 1823, p. i'ôli. géralions (c), et AL Schmidt de Dorpat, (()) l'aimciilicr cl Dcyciix, Mémoire mv le sang (Journ. deplvjs., 179-4, I. XLIV, p. 38G). [h] Uarniol, Mémoire sur le principe aromatique du sanij [.\nn. d' hygiène publique et de médc- riuc légale, 1S2'J, t. 1, p. 2ti7). (t) Souljciran, Sur un moijen de distinguer le tawj des divers aniinau,v (Arch. ijcii. de 'ncd.i 1" série, t. XM, p. 134). composition: matières sichées. 19o § 17. — On sait depuis longtemps que dans une maladie partieulière, eonnue sous le nom de diabète, l'organisme i)ro- duit et évacue au dehors, avec les urines, une matière sucrée à laquelle on donne aujourd'hui le nom de glucose (1), et déjà dans le siècle dernier on annonça avoir trouvé la même substance dans le t^ang des personnes en proie à cette affec- tion (2). Les recherches d'Ambrosioni (3), de 31ailland (/i), de Rees (5), de 31.M. Herry et Soubciran (6), et de beaucoup d'autres physiologistes , ont pleinement établi ce fait ; mais jusque dans ces derniers temps on croyait que le sucre était seulement un produit pathologique de l'organisme et n'existait pas dans le sang à l'état normal. En 18/t9, les belles expériences Malicres sucrées. qui a examiné celte question au même point de vue , a trouvé que l'odeur développée de la sorte est très recou- naissablc chez la Chèvre , le Mouton et le Chat, mais ne l'est pas chez les autres animaux soumis à ses expé- riences (a). M. Denis a reconnu que le principe odorant du sang est so- luble dans l'alcool et devait être con- sidéré comme un acide gras vola- til {h). Enfin AI. ]\Iatteucci a complété cette démonstration de l'analogie entre le principe odorant du sang et les acides gras volatils découverts par AI. Chevreul. L'acide caproïque dont il a constaté In présence dans le sang de la Chèvre s'y trouvait combiné avec une base, probablement de la soude. Il est à présumer aussi que l'odeur exhalée, en présence de l'acide sulfu- rique, par le sang de l'homme, est éga- lement due à l'existence d'im atpruate alcalin (c). (1) Quelques auteurs changent l'oi'- lliographe de ce mot, et écrivent gly- cosE comme étant plus conforme aux règles grammaticales. (2) Dobson , Experiments and Ob- servations on the Urine in a Diabètes {Med. Observ. bij a Society ofPhysi- cians in London, 1775, t. V, p. 298). (3) Ambrisioni, Dello zucchero nelle urine et net sangue dei diabetici {An- nali univ. di medicina di Omodei, 1835, t. LXXIV, p. 160). (ù) Rees, On Diabetic Blood {Cuy's Hospital Reports, 18o8, t. Ili, p. o98). (5) Henry et Soubeiran, Recherches sur le sang d'un diabétique {Journ. de chini, médic. , 1826 , t. XII , p. 3'JO). (6) Alailland, Suyar ublained from the Blood of a Patient in Diabètes {Lond. Med. Gaz., 18o6, t. XVII, p. 900). {a) ScbniiJt, Diagnostlk verdcichtiyer Flecke in Criminalfdllen. Leipzig', 1848. (b) Denis, Hecli. e.rpcriin., 1830, p. 82, a\. Essai sur l'application de la chimie à l'ctudcdn sang; 1838, p. 152. (c) MailtMicfi , Sur l'odc'.'.v dcveloppce par l'action de l'acide sulfariquc sur le sanij {.Uui. de chm. et de ph>js., 1833, t. LU, p. 137). I. 25 19/l SA>'G DES ANIMALX VERTÉBRÉS. de^^I. Cl. Bcniord sont venues montrer cependant que cette ma- tière se rencontre toujours dans certaines parties de l'économie animale (1 ; enfin un ])hysiologiste distingué de Dorpat, M. Cari Schmidt, a constaté bientôt après rpie chez le Ba3uf, le Chien et le Chat, aussi bien que chez rhonuiie, le sucre est un des prin- cipes constitutifs du sang à l'état normal (2). Je ne pourrais, sans anticiper sur l'étude de phénomènes dont nous aurons à nous occuper longuement dans la suite de ces leçons, faire connaître ici la source de cette glucose, ni dire quelles sont les circonstances dans les(pielles on la rencontre en plus ou moins grande abondance dans le fluide nourricier. Je me bor- nerai donc à ajouter (pie ce sucre animal se trouve princi- palement dans le sang qui sort du foie, et qu'il se détruit promptement de façon à disparaître [»resque entièrement dans le sang des parties de l'organisme qui sont un peu éloignées de son point d'entrée dans le torrent de la circulation (3). (1) Cl. Bernard, De l'origine du sucre dans l'économie cinimale {Mém. de la Soc. de biologie, 18Z|9, t. \, p. 121). — Recherches sur une nou- velle fonction du foie (Thèse inaugu- rale à la Faculté des sciences de Paris, in-i, 1853). (2) Schmidt , Charackteristilc der epidemischen Choiera gegemiber ver- wandten Transsudatious Anonialicn. ln-8 , Leipzig , 1850. — Harnznc- kei\ ein nurnialer 'Blutbesta)uUheil, p. 161. (3) Diverses questions relatives à l'origine et au mode d'élimination du sucre contenu dans le sang ont été très vivement agitées depuis quelque temps. Lorsque je traiterai des sécré- tions et de la statique chimique de l'organisme je rendrai compte des faits dont on a argué de part et d'au- tre et j'en démêlerai les conséquences ; mais en attendant je crois devoir citer les principaux travaux que ce débat a fait naître {a]. {a) iMguier, Mémoife sur l'origine du sucre contenu dans le foiéel sur icxislence normale du, sucre dans le sang de l'homme et des animaux (Ann. des se. nat., 1855, i' série, t. III, p. 17). — Deux'ième mcmo'ire sur les fonctions gUjcogéniques du foie (Loc. cit., p. -24). — ■ Troisième mémoire (Même recueil, l. IV, p. 91). Lelmiann, Analyses comparées du sang de la veine porte et du sang des veines hépatiques, elc. (Mcnic recueil, t. m, p. .^l)- Sur la présence du sucre dans le sang de la veine porte (Même recueil, t. IV, p. 1 53). Cl. Bernard, Remarques sur la sécrétion du sucre (Même recueil, t. IV, p. 51). Leçons de jihysiologic expér'imenlale, appliquée à la médecine , faites au collège de France, i855, in-8. COMPOSITION ; MATIKRr.S SALINF.S. lOo ^^ 18. — [.OS nialériaiix salins (pio l'on retire du sang coiisislent priiieipaleinenl en ehloiMire «le sotlimii, earbonafe de Bonde, phosphate de sonde, snllate de potasse et phosphates de ehanx et de maiinésie. Je dois rappeler eepeiidani que qiiel- qiies-nns de ces sels pourraient hicn ne pas y exister tout formés, et. être le résultat de la combustion du soufre et du phosphore contenus dans les matières albuminoïdes. Ainsi Berzelins pense que le sang ne renferme pas d'acide snlfurifiue, et que le sulfate de potasse obtenu dans l'analyse se forme dans le creuset du chimiste (1). 11 est aussi à noter que, d'après M. Liebig (2: et M. Enderlin (3), la soude qui donne au sang sa réaction alcaline ne s'y trouverait pas à l'état de carbonate, et appartiendrait à un sous-phosphate ; mais celte opinion ne paraît pas être fondée {l\). Quoi qu'il en soit, ces matières salines, indépendamment de Malii'MPS salincp. (1) Berzelins, Gêner. Vicies of the Compos. ofAnirn. Fluids {Med. Chii\ Tram., vol. Ill, p. 227). (2) Liebig, Uoher die Ahicesenheit der kolensauren Alkalien im Blute ( Ann. der Chem. und l'Iiarm. , l. LVIf, p, 126, et Renie scientif. et industr., l. XXIV, p. 85). (o) Ce chimiste pensait que oNaOjPO^ se transformait, sous l'influence de l'air et des matières carbonifères, en 2XaO,P05 + XaO,C02 [a). {!^) En elfet, le sang contient do Ta- cide carbonique libre, et ce corps, on présence du phosphate basique de soude, s'empare d'une portion de cet alcali et ramène le sous-phosphate à l'état neutre; il faut donc qu'une por- tion de la soude du sérum soit ici à l'état de carbonate, et non à l'état de — .Smi- k mécanisme de In formnVion du siirvc dans le foie {.\nn. des se. nat., tS55, i' série, t. IV, p. 109). Loconte, Recherches sur les fonctions glycogi'niques du foie (Wmc rcnnpil, t. III, p. 01). Reynoso, Mém. sur la présence du sucre dans les nrines et sur la liaison di ce 'phénomène avec la respiration (Même recueil, t. III, p. 120). Dumas, Rapport sur divers Mémoires relatifs aux fonctions du foie (Loc. cit.. t. lit, p. 320). .\n(lral, De quelques faits patholoijiques propres à éclairer la question de la production du sucre dans l'économie animale (.Même i-ecucil, t. III, p. 347). (lilili, Mém. sur l'assimilation du sucre (Même rociieil, I. IV, p. 2"). Cliaiivcau , Nouvelles recherches sur la fonction glycoqén'uiue {Comptes rendus de r.\cadcmie des sciences, 1850, t. .XLII, p. 1008). C.ollin, De la formntiDn du sucre dans l'intestin et de son absorption par les chiilifères {Gazette hebd. deméd., 1854, t. III, p. 233i. (a) Entlerlin, Ueber die milchsnurcn Sahe im Blute {.\nn. der Chcm. und Phys., 1843, t. XLVI, p. 104). — Physiol. chem. l'ntcrsucli. (.\nnal. derChem. vnd Pluirm., 1814, I. \(,1\, p. 317, vl 1. 1,\, 11. 33; — .\nnunirc de chimie. ISi.",, [,. ,")i4). 196 SANG DES ANIMAUX VERTÉBRÉS. leurs usages dans le travail nutritif dont l'économie animale est le siège, jouent un r(Me important dans la eonstitution même du sang. El'feetivement nous avons vu (ju'en présence de l'eau les globules sanguins s'altèrent prompfement, tandis que dans des dissolutions salines analogues à celles rpie représente le plasma, ces cori)usculcs (^inservent longtemps le mode d'orga- nisation qui leur est propre, et ne subissent ni décomposition ni déformation. Quelques-unes de ces matières semblent même s'être combinées avec les principes protéiques du sang : ainsi la librine retient d'ordinaire une quantité assez considérable de phosphates terreux, et une certaine portion de chlorure de so- dium est très intimement unie à l'albumine, mais dans cet état ne donne pas, avec les réactifs employés d'ordinaire pour en déceler la présence, les précipités qui le caractérisent. L'affinité que les matières salines contenues dans le sérum d'une part, et les substances organiques constitutives des glo- bules, d'autre part, manifestent pour l'eau, nous donne une explication facile de beaucoup de phénomènes observés par les micrographes, lorsqu'ils étudient l'action, de divers réactifs sin^ le sang. Ainsi, indé[)endamment des altérations produites dans les globules sanguins par la combinaison chimique de certains sels avec les principes immédiats dont ils se composent, on observe que ces corps se contractent et se flétrissent pour phosphate tiibasique (a). Les vues de des premiers à reconnaître qu'à l'aide Bcrzelius h ce sujet ont été confirmées des procédés d'analyse employés par par de nouvelles expériences dues à M.Ii. riose,onpeutconstaterrexistence MM. Golding Bird (b), Lehmann'(c), du carbonate de soude dans le sang de II. Rose, Robin et Verdeil (r/), etc. la femme, du bœuf, etc. (e). Enfin M. Endcrlin a été lui-même un (a) Marcli;\nd, Jnurn. fiïi' pmkl. C.hem., t. XXXVIF, p. 321. — Bcrzulhis, Uavp. sur les yrnqr. de la phys. et de la chim. pour 18 iO, p. ?,2C>. (b) Ooliling Binl, On Certain lùillancs in Endcrlin s Resenrcheson the Constitution of Ihe Saline Ingrédients of Animal Fluids (Philos. Mag., 1845, vol. XXVI, p. 532). (r) Lclmiann, Arcli. der Pharni., t. L, p. 330. ((() RoMii cH ViTilcil, Traite de rhimie anatomiqite, I. H, p. 257. (ci Annal, der Cliein. und l'harm.. i. l.XVIl, p. ".iOl'.el Annal, de chimie, lRiO,p. 553. composition; matières salines. 197 niiisi dire quand la proportion des sels dissous dans le sérum dépasse certaines liuiites ; qu'ils se gonflent et deviennent tur- gides lorsque la (piantité des substances dissoutes dans ce licpiide (liniiniie notablement par rapport à l'eau qui leur sert de vélii- cule ; enfiu que la présence de quelques autres substances eu proportion déterminée tend à maintenir les globules dansleur état normal. C'est qu'en effet, lorsque les sels du sérum ne trouvent pas dans le liquide la proportion voulue d'eau, ils en enlèvent aux globules ; tandis que dans le cas contraire, c'est-à-dire quand la quantité d'eau qui les tient en dissolution dépasse cette limite, c'est la substance organique contenue dans les globules qui leur en enlève, et qui se gonfle par suite de cette absorption. Il y a donc daus le sang une sorte d'équilibre instable qui se rompt cbaque lois que les matières solides du sérum deviennent, à raison de leur nature ou de leur quantité, plus avides d'eau, ou bien qu'elles retiennent cette substance avec moins de force que dans l'état normal ; et la conséquence de ces cbangements est tantôt la sortie d'une portion de l'eau contenue dans les globules, d'aulrcs fois l'entrée d'une quantité surabondante daus rint('rieur de ces corpuscules. Les matières qui tendent à conserver les globules intacts sont au contraire celles dont l'affinité pour l'eau n'est pas assez grande pour en prendre aux globules, et dont la présence dans le sérum tend à empêcher ce liquide de passer dans la substance des globules et à rendre permanent le degré de concentration qui lui est ordinaire (1). Parmi les sels énumérés ci-dessus, les plus importants sous le rapport physiologique paraissent être le chlorure de sodium (1) L'action dos matières salines et ce liquide. L'élude des modifications des autres réactifs sur le sang est extrè- qu'elles y déterminent a beaucoup oc- mement complexe, et dépenden partie cupé l'attention des physiologistes, de leur avidité pour l'eau, en partie de Ainsi, vers la fin du \vii° siècle, un leur action chimique sur l'albumine philosophe dont l'influence a été consi- et les autres matériaux constitutifs de dérable sur la marche de la science, 198 SANG DFS ANIMAUX VERTÉBRÉS. et le sûiis-plio.spliate de soude. Ce dernier a la propriété de dissoudre non -seulement les matières protéiques, mais aussi des substanees inorganiques (pii sont insolubles dans l'eau Hubert Boyle, a fait beaucoup crexpé- l'iences h ce sujet (a) , et je dois citer égiilenient ici les recherches de Senac (b) , de Hewson (c) , de M. J. Davy(f/),de M. Schultz, etc. {c), • Hiinefeld (f) a également étudié l'action de diverses substances snr les globules du sang, et il est arrivé aux résultats suivants : L'enveloppe et le nucléus sont l'un et l'autre dissous par Taninioniaque, la potasse, la soude, la chaux , la ba- ryte, le savon, la bile, l'acide acétique, l'acide cyanhydrique, l'alcool, l'éther, le sulfure de carbone, etc. L'enveloppe est attaquée, mais non le nucléus, par l'eau, tous les sels am- moniacaux, les carbonates de potasse et de soude, le cyanate de potasse, le borax, les chlorures de baryum et de calcium, les oxalates, et les acides phosphorique, arsénieux, oxalique, citrique, chl