- y/2 ./vto, l'CiVi. m Sa REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE VERSAILLES, IMPRIMERIE CERF ET G io , 59, U'JE D'JPLSSSIS. REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES BULLETIN BIMENSUEL, DE LA SOCIETE NATIONALE D'ACCLIMATATION DE FRANCE Fondée le 10 février 1854 RECONNUE ÉTABLISSEMENT D'UTILITÉ PUBLIQUE [PAR DÉCRET DU 26 FÉVKIKR 1855 1894 — DEUXIEME SEMESTRE QUARANTE ET UNIEME ANNEE KA* i oW YU*«L (SOTAMCAI PARIS AU SIÈGE DE LA SOCIÉTÉ 4I , RUE DE LILLE, 41 1894 1. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. A » Y**K£ K»ï AMICAL i -* K Ufc'N LA DESTRUCTION DU BISON AMERICAIN d'après m. hornaday, superintendant du parc zoologique de washington Par M. H. BREZOL. (suite*) Pour donner une simple idée de l'énorme valeur de ces peaux et de ces robes, nous reproduisons le compte détaillé des chiffres d'affaires de deux des principales maisons de fourrures de New- York, pendant ces dernières années. La faible importance des dernières transactions marque approxi- mativement la date de l'extinction de cette espèce animale. Robes et cicirs achetés par MM. Boshowitz de New- York et Chicago. ROBES. CUIRS- NOMBRE. VALEUR. NOMBRE. VALEUR. or 1876 31,838 1877.... .. 9,353 1878 41,268 1879 28,613 1880 34,901 1881 23,355 1882 2,124 1883 5,690 1884 » Totaux 177,142 211,570 fr. 190,424 803,670 589,642 940,908 810,612 83,304 158,971 » 3,789,101 » » 4,570 26,601 15,464 21,869 529 » » » 70,167 475,420 235,707 358,794 9,184 69,033 1,149,272 {*) Voyez Revue, 1893, 1' semestre, p. 433, et 1894, 1" semestre, p. 337. 5 Juillet 1894. * 2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Ce sont donc 246,175 peaux valant 4,938,373 fr. qui ont été achetées en neuf ans par une seule maison. Le chiffre d'affaires de M. Joseph Ullmann, importateur et exportateur de fourrures à New-York et à Saint-Paul, Min- nesota, n'était pas moins important. En 1881, il a acheté 14,000 cuirs au prix moyen de 18 fr. 70 l'un, et 12,000 rohes à 40 fr. En 1882, de 35 à 40,000 cuirs valant 18 fr. 70 et 10,000 robes à 45 fr. 35. En 1883, de 6 à 7,000 cuirs et 1 ,500 robes payées un prix un peu plus élevé que l'année précédente. En 1884, il n'a pu se procurer que 2,500 cuirs, venant du Nord- Ouest, et M. Ullman suppose qu'iN devaient avoir été fournis par des animaux tués pendant la campagne précé- dente et non par des animaux abattus en 1884. Quant aux robes on n'en trouva que quelques unes et elles aussi da- taient de 1*83. En 1885, les achats furent presque nuls. Ces robes et ces cuirs, travaillés par les Indiens, venaient généralement du Nord-Ouest, surtout du Montana. Les cuirs se subdivisaient en deux catégories : ceux qui conservaient leur fourrure et pouvaient se vendre comme des robes préparées à l'indienne, et les lourdes peaux au pe- lage court des taureaux. Les premiers se vendaient à la maison May de Budgeport, Connecticut, et à de petits tanneurs de robes Les autres étaient achetées à raison de 66 centimes à 1 franc le kilog par les tanneries de cuir. La société Wilcox, à Wilcox, Pensylvanie, en travaillait surtout une grande quantité. L'établissement de la ligne du Pacifique-Nord, en facilitant les transports des peaux, a surtout accéléré la destruction des Bisons, qu'on tuait alors simplement pour leur peau, les ca- davres pourrissant sur les plaines. De 1880 à 1884, le prix moyen payé au chasseur était de 16 fr. pour une peau de vache, 13 fr. 35 pour une peau de taureau, 8 fr. pour une peau de veau d'un an, de Yearling, 4 fr. pour une peau de veau. Les frais du transport élevaient le prix moyen à 18 fr. 70. A côté des deux maisons citées ci -dessus, il en existait encore d'autres : MM. Baker et C i0 , de Fort Benton ; Weare LA DESTRUCTION DU BISON AMERICAIN. 3 et C i0 , de Chicago; Obern Hoosick et C ie , de Chicago; Martin Bâtes et C i9 , de New-York ; Shearer Nichols et C i0 , de New- York, etc. Au Canada, le commerce des robes et des peaux de Bisons fut longtemps monopolisé par la Compagnie des fourrures de la Baie d'Hudson ; les troupeaux n'étaient du reste pas nom- breux dans cette région, et le chiffre d'affaires peu élevé. La Compagnie trouva ensuite sur son meilleur terrain de chasse, sur le pays du Sud du Saskatchewann, un concur- rent redoutable dans la maison Baker et C i0 , du Fort Benton. La saison pour la chasse des Bisons fournissant des robes durait du 15 octobre au 15 février, elle se prolongeait un peu plus tard dans l'extrême Nord Aux Etats-Unis, le poil res- tait court et les robes peu estimées jusqu'au 1 er novembre. Dans le Montana, les plus belles robes étaient celles des ani- meaux tués du 15 novembre au 15 décembre. Le poil n'avait pas encore atteint toute sa longueur avant la première de ces dates, et après la seconde, sa teinte brune s'effaçait et se dé- colorait. Les tempêtes de décembre et de janvier pâlissant et emmêlant les poils commençaient surtout à produire des effets visibles vers le 1 er février. Le poil était absolument dé- coloré vers le 15 février et la chasse se ralentissait considé- rablement ; souvent cependant on continuait jusqu'en mars, mais elle cessait alors par suite et du peu de valeur qu'a- vaient les robes, des troupeaux en migration vers le Nord, et du besoin qu'éprouvaient les chasseurs de dépenser le pro- duit de leurs fatigues Dans la région du Nord, ie chasseur isolé, et c'était le cas le plus fréquent, s'empressait de dépouiller le cadavre encore chaud du Bison abattu, l'opération étant beaucoup plus facile que si la rigidité cadavérique s'en était emparée. Il le faisait tourner jusqu'à ce qu'il portât sur le dos, les pieds en l'air, et le maintenait clans cette position en ramenant la tête de côté, près de l'épaule, en guise de cale. Une incision annu- laire pénétrait jusqu'à l'os de chaque jambe, à 12 centimètres au-dessus des sabots, et la peau des quatre membres était fendue longitudinalement sur la face intérieure, depuis cette incision jusqu'à la ligne médiane du corps. Le chasseur pra- tiquait ensuite sur la poitrine et l'abdomen une longue inci- sion allant de la naissance de la queue au menton, puis il détachait la peau sans oublier celle qui recouvrait la queue * REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Avec les vaches et les veaux, on n'abandonnait que la peau de la face et des naseaux, celle de la gorge et des joues ve- nant avec le reste de la dépouille. Sur les vieux taureaux, qui avaient le cuir de la tête dur et résistant, on arrêtait l'é- corchage par une incision transversale passant sur le cou derrière les oreilles, la tête restant alors couverte de son cuir. Ces énormes crânes, conservant longtemps leurs touffes de poils d'un brun noir et la blancheur d'ivoire du squelette, donnaient aux prairies qui en étaient parsemées un aspect sinistre et macabre. Ce lugubre caractère persiste encore dans les vastes plaines d'herbes du Montana, là où les ramas- seurs d'os n'ont pas encore achevé leur tâche. Les crânes des veaux et des vaches sont blancs et polis comme s'ils sortaient des mains d'un ostéologiste. Aussitôt que la peau était enlevée, on retirait en tous sens, et on retendait le côté chair en dehors sur un endroit de la prairie où le sol était propre, uni et bien de niveau ; elle res- tait ainsi jusqu'à parfaite dessiccation, sur les touffes bouclées de l'herbe aux Bisons. Dans les régions du Nord, les peaux étaient souvent ten- dues au moyen de piquets enfoncés dans le sol, et cette pra- tique avait également pénétré dans le range du Sud, alors que les Bisons devenant plus rares, le chasseur pouvait con- sacrer plus de temps à la bonne conservation des peaux. L'absence de bois sur l'immense étendue de la prairie em- pêchait seule ce procédé de se généraliser. Dans le range du Nord encore le chasseur découpait ses initiales dans le mince muscle peaussier qui adhérait toujours au cuir des deux côtés. Les marchands qui allaient acheter des robes sur le range du Sud emmenaient parfois une solide presse à quatre mon- tants verticaux entre lesquels on empilait les robes préala- blement pliées, pour les presser en balles comme du coton, au moyen d'une vis manœuvrée par un levier. Le transport sur les chariots était moins coûteux alors que celui des robes libres. D'après M. Théodore Davis, le marchand répar- tissait ses robes en piles de dix, en ayant soin de n'en pas mettre trop des plus belles dans chaque lot. Ces piles étaient ensuite grossièrement pressées au moyen de chaînes et de leviers. Quand la chasse était terminée sur le range du Nord le LA DESTRUCTION DU BISON AMERICAIN. S chasseur revenait avec un chariot à ridelles attelé de quatre chevaux, rassemblait ses peaux, les pliait en deux suivant la longueur, le poil à l'intérieur et les chargeait. Un chariot pouvait en recevoir une centaine environ. On avait adopté dans cette région la classification suivante : Sous le nom de robe, on comprenait toutes les peaux des vaches de plus d'un an, tuées pendant la bonne saison de chasse, et les peaux des taureaux de un à trois ans abattus dans les mêmes conditions. Les peaux des taureaux de plus de trois ans étaient classées comme cuir, mais les meilleures d'entre elles s'employaient comme les robes, les plus mau- vaises seules étant tannées pour en faire du cuir. Les grandes robes servaient généralement comme garnitures et couver- tures de traîneaux dans les parties froides des États-Unis, et comme couvertures de lit dans les régions de froid extrême. On faisait avec les robes des jeunes animaux et aussi avec certaines robes de Bisons adultes des pardessus excessivement chauds, mais par cela même très incommodes. Beaucoup de peaux de vieux Bisons servaient à confectionner des chaus- sures très chaudes, mais extrêmement longues et larges. Au dessus des robes ordinaires, communes, chasseurs et marchands distinguaient quatre catégories spéciales : La Beaver Robe, la robe de castor, à la fourrure la plus fine, ondulée, couleur castor, parsemée de poils longs, gros- siers et rigides, qui devaient être enlevés à la main. Peu de robes pouvaient être rangées dans cette catégorie et, en 1882, on en trouva seulement une dans un lot de 1200 ; elle fut payée 400 francs, alors que les robes ordinaires valaient 18 fr. 10. La robe Black and tan, la robe noir et tan, avait la face, les flancs et les parties intérieures des membres d'un brun sombre, couleur de la tannée et le reste d'un noir parfait. Puis c'était la Buchshin Robe, la robe peau de daim, nom- mée encore Bison blanc. Elle avait en réalité une teinte plu- tôt jaunâtre, couleur crème que blanche. En 1882, une de ces robes se vendit 1068 francs. C'était la seule de ce genre qui eût été trouvée sur le range du Nord pendant l'hiver. Les Indiens ont quelquefois, mais plus rarement encore abattu des Bisons ayant la robe d'un blanc pur. La robe bleue, ou couleur souris, avait le poil long et fin, de nuance bleuâtre. Sur un lot de douze cents robes achetées 6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. en 1882, M. Mac Nancy n'en trouva que douze de cette caté- gorie, elles se vendirent 85 fr. 50 chacune. Comme il a déjà été dit, les prix payés sur le terrain de chasse pour les robes communes, variaient avec la saison, avec les circonstances, avec la région où l'animal était tué, avec l'âge et le sexe, depuis 3 fr. 35 jusqu'à 53 francs. Ce dernier prix fut demandé en 1882 au Texas pour les robes des derniers Bisons tués dans cette état. Les robes attei- gnirent leur taux le plus bas, pendant l'horrible massacre qui anéantit ce troupeau du Sud. En 1877, une robe de vache se payait de 3 fr. 35 à 4 fr. 65 dans le range du Sud, et les robes des taureaux 6 fr. 85. Sur le range du Nord, les prix va- riaient entre 13 fr. 35 et 22 fr., de 1881 à 1883. Les marchands de fourrures de Montréal, Chicago, New- York ne possèdent plus guère actuellement que quelques centaines de robes, et ne les vendent pas trop cher, quoique ce stock ultime ne soit pas renouvelable. En 1888, les bonnes robes préparées à l'Indienne se vendaient de 80 à 160 francs, suivant la taille et la qualité, à New- York. Les prix étaient plus élevés à Montréal, où ils atteignaient 213 francs environ. Sous le nom de cuirs, se classaient toutes les peaux qui pour une raison quelconque ne possédaient pas assez de fourrure pour être vendues comme robes, et ne pouvaient être utilisées que par la tannerie. C'étaient pour la plupart des peaux de vieux taureaux, aux poils rares, trop épaisses et trop lourdes pour être employées comme les robes. Il s'y ajoutait quelques peaux de bisons tués au printemps et en été alors que le corps et les quartiers de derrière sont presque dépouillés de tout poil. On trouvait du reste peu de peaux d'été sur le marché, car c'étaient seulement les membres les plus tarés, les moins honnêtes de la grande armée des chas- seurs, qui poursuivaient les Bisons à cette époque pour leur peau. La chasse d'été s'était cependant si communément pratiquée pendant quelque temps sur le range du Sud, que les chasseurs sérieux en avaient été alarmés, mais ceux qui s'y livraient encoururent des blâmes si unanimes qu'ils durent renoncer à leurs errements. Après les robes et les cuirs, le produit du Bison le plus im- portant était représenté par les os, dont le climat, des plaines à bisons rendait l'utilisation possible. Sous l'action du vent, du soleil, des températures extrêmes pour la chaleur ou le LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 7 froid, la chair des Bisons dépouillés de leur robe se desséchait et tombait en poussière, laissant presque tous les os du sque- lette aussi nets que s'ils avaient été traités par un procédé chimique. Aussitôt que les Bisons diminuèrent, on songea à utiliser ces millions de tonnes d'os blanchissant. L'Est leur fournit aussitôt un marché en les employant sous forme de superphosphate ou de noir animal pour sucreries et raffi- neries. La récolte des os commença en 1872, et pendant cette an- née, une seule voie ferrée, la ligne d'Atchinson à Topeha et Santa-Fé, en transporta 515.000 kilogs. Elle en expédia 1.250.000 kilogs en 1873, et 3.140.000 kilogs en 1874. Ces transports se continuèrent tant que les plaines ne furent pas entièrement glanées jusqu'à une distance des chemins de fer où les transports devenaient trop coûteux, et il paraîtrait même qu'il ne reste plus un seul os sur toute la région située au sud de la ligne Union Pacific. L'établissement de la ligne Northern-Pacific permit sur- tout de faire d'importantes expéditions, et, en 1886, la récolte des os occupait de nombreux bras entre James-Town, dans le Dakota, et Billings, dans le Montana. A toutes les stations, des montagnes d'ossements attendaient les trains chargés de les enlever. En 1885, une seule maison en expédia plus de 200 tonnes de Miles-City. La vallée du Missouri fut glanée par des chariots qui bat- taient toute la région jusqu'à 160 kilomètres à droite et à gauche du fleuve, ramenant les os vers cette grande voie de communication, où on les chargeait sur des navires. Ils étaient généralement moulus avant d'être embarqués. Une compagnie de marchands d'engrais du Michigan payait la tonne de poudre d'os mise en sacs et chargée sur navire, 96 fr. 10. Les os bruts, verts, chargés sur wagon, valaient 64 fr. 10 la tonne. On ne saurait déterminer la valeur exacte de l'engrais ainsi recueilli, mais il est certain qu'il y en avait des milliers de tonnes, représentant des sommes considérables. La quantité de viande de Bison fraîche mise sur le marché, était insignifiante. Tant que ces animaux abondèrent, elle se vendait seulement de 25 à 35 centimes le kilog. dans les centres de consommation, et beaucoup de raisons rendaient cette vente peu rémunératrice. Le poids de la viande qu'on écoulait ainsi, ne représentait 8 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. peut-être pas le millième de la quantité de chair de Bison, qui n'était pas utilisée. Les corps des Bisons gaspillés, perdus chaque année sur les grandes plaines du Nord-Ouest et du Sud-Ouest pendant la saison du massacre, auraient sans doute suffi à nourrir pendant ce temps plus d'un million d'individus. Quant à la qualité, la viande de Bison différait fort peu de la viande du Bœuf nourri des mêmes espèces d'herbes. Les plus beaux pâturages du monde sont peut-être ceux du Montana, et les Bœufs qu'ils produisent actuellement figurent parmi les plus estimés pour la saveur de leur chair, or, ces Bœufs sont les successeurs directs des Bisons qui trouvaient jadis dans ces prairies des conditions d'alimen- tation similaires. Beaucoup de personnes prétendent, trouver une certaine différence entre la saveur de la viande du Bœuf et la saveur de celle du Bison. M. Hornaday pense qu'il n'y a aucune différence entre la chair d'un Bœuf de trois ans et celle d'un Bison du même âge, sinon que la viande du Bison est plus tendre et plus juteuse. Ayant vu du reste un boucher manger une tranche d'Éléphant, la prenant pour du Bœuf de son étal, et un autre boucher déjeuner d'un morceau de Tortue, croyant également que c'était du Bœuf, M. Hornaday se défie beaucoup des impressions du palais des dégustateurs. Il a mangé du Bison de tout âge, depuis un an jusqu'à onze ans, accommodé de toutes façons, grillé, frit, rôti, bouilli, étuvé, et estime sur- tout les tranches étuvées, levées sur un quartier de derrière gelé, les déclarant supérieures au meilleur Bœuf du monde. La chair de la bosse du Bison femelle, coupée en tranches, qu'on fait frire dans la pâte à la cowboy, est un régal digne des dieux. On a dit que la texture de la chair du Bison avait un grain plus grossier que celle du Bœuf. M.. Hornaday est d'un avis contraire. Quant à la répartition de la graisse dans la chair, ilne peut en parler, les animaux dont il a mangé étant tous absolument dépourvus de graisse. Il est très probable que l'infiltration de la graisse à travers la chair, le persillé si ca- ractéristique de la race Durham, qui n'a été obtenu que par un élevage méthodique, ne se rencontre pas chez le Bison, pas plus du reste que chez le bétail commun. La viande du Durham prime évidemment, sous ce rapport, la viande du Bison et celle du bétail commun, mais à tous les autres points LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 9 de vue, saveur, texture, tendresse, il n'y a aucune différence. Les opinions erronées répandues sur la qualité de la viande du Bison tiennent à ce que des chasseurs ayant abattu un taureau patriarcal essayaient vainement d'en manger, et s'appuyaient ensuite sur cette pseudo-expérience, pour dé- clarer le Bison en général, dur, coriace et sec. Un taureau domestique du même âge eût donné des résultats similaires. Le Pemmican était la l'orme sous laquelle on utilisait sur- tout la viande du Bison. Quoique préparé presque exclusive- ment par les Indiens du Nord-Ouest et les métis, il consti- tuait un article régulier de commerce, acquérant une grande valeur pour les voyageurs. On l'appréciait d'autant plus, qu'il était plus vieux. Son principal avantage était de ren- fermer beaucoup d'éléments nutritifs sous un faible volume, ce qui lui donnait une valeur inestimable pour les voyageurs, dont les expéditions n'étaient possibles qu'avec un faible bagage. Une poignée de Pemmican suffisait à un repas. En 1883, le Pemmican se vendait de 1 fr. 65 à 2 fr. 20 le kilogramme. C'était probablement le dernier qui ait été pré- paré. En 1878, il valait 3 fr. 45. Un prêtre catholique, le Père Belcourt, qui fit partie d'une grande expédition contre les Bisons, décrit, dans les termes suivants, la préparation du Pemmican par les métis de la rivière Rouge : « Les morceaux de viande destinés à être » transformés en pimihehigan, Pemmican, sont exposés à » une ardente chaleur, qui les dessèche et les rend cassants, » et on les pulvérise à coups de fléau sur une peau de Bison. » La graisse, découpée et fondue dans de grandes chaudières » en fonte, ayant été versée sur cette viande pulvérisée, on » malaxe toute la masse avec des pelles jusqu'à ce qu'elle » soit devenue bien homogène, et on la comprime chaude » encore dans des sacs en peau de Bison, qu'on coud soi- » gneusement. Le mélange, se refroidissant lentement, » devient aussi dur que la pierre. Quand on fait entrer dans » cette préparation la graisse des régions voisines du pis, on » obtient un Pemmican qualifié de fin. Dans quelques cas, on » ajoute des fruits secs à la viande, des poires des prairies, » des cerises, et on a alors le Pemmican à graines. La pre- » mière de ces trois variétés de Pemmican serait très bonne » au dire des gourmets, la seconde meilleure encore, et la » troisième excellente. La fabrication du Pemmican entraîne 10 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. » un grand gaspillage de matière, car une vache en fournit » seulement un demi-sac (25 kilogs environ) et 20 à 25 kilogs » de viande sèche ou les trois quarts d'une liasse, de sorte » qu'il faut les produits obtenus de huit ou dix Bisons, pour » constituer le chargement d'un chariot. » D'après le témoignage de nombreux voyageurs désinté- ressés dans cette question, il fallait une certaine habitude pour apprécier le Pemmican, mais c'était une ressource très précieuse pour les Indiens et les chasseurs canadiens, aussi les marchands qui en vendaient ne pouvaient-ils satisfaire à toutes les demandes. La façon la plus populaire et la plus employée de conserver la viande du Bison, consistait à la découper en bandes minces de moins de deux centimètres d'épaisseur et de longueur indéfinie, qu'on desséchait sans les saler, en les exposant au soleil, sur des perches, des claies d'osier ou des cordes, ou en les étalant sur des touffes de Sagebrush, à'Artemisia ludo- viciana, une Composée croissant dans les sols alcalins. Ce procédé donnait le fameux Jerked des Anglo- Américains, le Tasajo des Hispano-x^méricains, d'une consommation si géné- rale autrefois, depuis le Rio-Grande jusqu'au Saskatchewan. Le Père Belcourt, qui a assisté chez les Indiens du Nord- Ouest et chez les métis à la préparation de cette viande sèche, en a laissé la description suivante : « La viande rapportée au a camp est découpée par les femmes en longues bandelettes » épaisses d'un quart de pouce, qui sont jetées sur des treil- » lages afin de les dessécher. Ces treillages consistant en » deux poutres parallèles, portées par des chevalets, et en » travers desquelles de petites pièces de bois sont disposées » à égale distance, rappellent vaguement un immense gril. -> La viande absolument desséchée au bout de quelques jours, » est alors pliée et mise en liasses de 27 à 32 kilogs. » « Les femmes font une sorte de parchemin avec les peaux » tendues sur un châssis et grattées du côté chair avec un os » aiguisé, du côté poil avec une lame recourbée. Les hommes •> brisent les os, et les plongent ensuite dans l'eau bouillante, » pour extraire la moelle qui trouve de nombreux emplois cu- » linaires. La moelle fondue surnageant, est versée dans des » vessies, qui en contiennent chacune douze livres, 5 kilogs 5 » environ, produit des os de deux Bisons. » Dans les territoires du Nord-Ouest, la viande séchée, qui LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 11 se vendait jadis 2 francs 45 le kilog., valait 11 francs en 1878. Le Bison jerhed répugnait à beaucoup de personnes. Il émettait en effet après cuisson, peut-être parce qu'on évi- tait l'emploi du sel dans sa préparation, une désagréable odeur de corne grillée , mais malgré son goût d'extrait de Liebig, il se mangeait plus facilement que le Pemmican commun. Les Indiens desséchaient autrefois, pendant l'été, de grandes quantités de viande de Bison qu'ils employaient l'hiver, mais les distributions officielles de vivres, connues sous le nom de Bœuf du Gouvernement, ont épargné depuis longtemps déjà aux squaws, le soin de préparer ces appro- visionnements. Quand les troupeaux de Bisons existaient encore, quelques chasseurs intelligents eurent l'idée de dessécher la chair des animaux qu'ils tuaient, mais en la laissant en masses et sans la découper en lanières comme pour la préparation du jerked. Ils employaient des procédés analogues à ceux qui sont actuellement encore en usage aux États-Unis pour la dessic- cation de la viande de Bœuf, qui y jouit d'une grande vogue sous cette forme. D'après M. Allen, un chasseur de Hays City, expédiait annuellement plusieurs centaines de barils de viande ainsi desséchée, et les consommateurs l'achetaient sans doute pour du bœuf. De nombreuses tentatives ont été faites pour utiliser le poil des Bisons dans les industries textiles. En 1636, Thomas Morton rapportait que les Indiens du lac Erocoise, qu'on suppose être le lac Ontario, en faisaient des vêtements. Le colonel William Byrd, répéta cette assertion en 1729. Le professeur Allen a cité une foule d'autorités parlant de cein- tures, de jarretières, d'écbarpes, de sacs, etc., fabriqués par différentes tribus indiennes. Il rappelle aussi que dans son ouvrage intitulé Red River Settlements (les établissements de la rivière Rouge), Roy mentionne des colons anglais éta- blis sur cette rivière, qui fondèrent en 1821 une compagnie industrielle pour l'exploitation de la laine du Bison, compa- gnie qui devait fabriquer avec cette matière un succédané de la laine du Mouton. On fit venir d'Angleterre un grand nombre d'ouvriers et de machines, mais on reconnut, trop tard pour les actionnaires, que la quantité de poil de Bisons 12 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. qu'on pouvait trouver sur le marché était absolument insuffi- sante pour alimenter une semblable entreprise. La matière première coûtait du reste 3 fr. 90 le kilog et le drap qu'on en faisait revenait à 62 francs le yard, de 91 cen- timètres de longueur, alors qu'une étoffe équivalente ne coû- tait que 5 fr. 25 en Angleterre. Les tissus de poils de Bison sont peut-être intéressants comme objets de curiosité, mais c'est là le seul rôle qu'ils aient jamais joué. Le Muséum national de Washington possède une paire de bas faits au Canada avec des échantillons les plus fins de cette laine, ils sont grossiers, lourds, hérissés de poils ri- gides et durs qui, paraît-il, ne peuvent jamais être séparés de la laine. On y voit également un lasso de poils de Bison fabriqué par les Comanches, et un autre lasso, plus mince, qui vient de chez les Indiens Otoe du Nebraska. Préparés avec les longs poils de la tête et des épaules, ils ont été tor- dus du mieux qu'on a pu, mais leur surface reste cependant couverte de poils raides. Les déjections des Bisons, nommées bnffalo chips, copeaux de Bison, n'étaient pas les produits de cet utile animal ayant le moins de valeur pour le voyageur errant dans la plaine privée d'arbres. Après un an de dessiccation, elles consti- tuaient un excellent combustible. D'autant plus précieuses qu'elles ne se rencontraient que là ou le bois faisait absolu- ment défaut, elles étaient quotidiennement employées par des milliers de chasseurs ou de voyageurs. Bien sèches, ces déjections, ces chips s'allumaient facilement, brûlaient vite, et donnaient un feu ardent, d'où se dégageait seulement une faible fumée, mais elles se consumaient rapidement. Infé- rieures comme combustible au plus mauvais des bois, elles va- laient cependant mieux que V Artemisia hidovAciuua, qui devenait la dernière ressource du voyageur quand les chips lui faisaient défaut. Les chips se rencontraient surtout dans le fond des vallées abritées, auprès des trous où stagnait l'eau, dans les endroits enfin que les pionniers choisissaient de préférence pour y établir leur camp. C'était également là, en effet, que les troupeaux se rassemblaient, afin d'être à l'abri du vent pendant l'hiver et d'avoir de l'eau à volonté pendant l'été. Quand le cow-boy, le ranchman, le chasseur, l'arpen- teur devaient camper dans la prairie herbue, leur premier LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. \'i soin était de se mettre en quête de chips pour l'entretien de leur feu. Les plus infimes produits eux-mêmes, de cet utile animal, rendaient donc à l'homme d'incomparables services. Les Bœufs sont si rarement employés comme animaux de trait aux Etats-Unis, que ceux qu'on exploite ainsi, de- viennent presque des objets de curiosité. Il n'y avait donc qu'un faible intérêt à essayer de leur substituer des Bisons, aussi fit-on peu d'expériences à ce sujet. A. Miles City, Montana, on a parlé à M. Hornaday, d'un Allemand propriétaire d'une petite ferme située dans la vallée de la Tongue, qui avait dressé deux vaches Bisons au joug. Elles passaient pour de solides et lestes marcheuses, suscep- tibles de rivaliser avec les meilleurs bœufs domestiques ; mais elles se montraient si obstinées en certaines circons- tances, si absolument entêtées, que ce défaut annihilait toutes leurs qualités. L'événement le plus remarquable à signaler, dans l'existence de ces Bisons domestiques, survint un jour que leur maître était allé avec eux, à la ville voisine de sa ferme, chercher un chariot de pommes de terre. Les ani- maux altérés par cette longue course se dirigèrent soudain à toute vitesse vers une rivière qu'ils apercevaient dans le lointain, les cris et les coups d'aiguillon de leur propriétaire ne servant qu'à accélérer leur allure. Arrivés sur la berge, ils se précipitèrent dans l'eau entraînant à leur suite le cha- riot qui se renversa avec son contenu et fut bientôt emporté par le courant ; ce fut même à grand'peine que leur proprié- taire les empêcha de se noyer. D'après M. Robert Wickliffe, les Bisons bien dressés, bien brisés au joug valent les meilleurs bœufs ; ils leur seraient même préférables pour la traction des chariots, des char- rettes et autres véhicules lourdement chargés et destinés à parcourir de longs trajets. Il est probable qu'à défaut du che- val, le Bison aurait fourni un animal de trait plus leste et plus résistant que le Bœuf, mais il eût peut-être manqué de force. La faible puissance de son bassin et de ses quartiers postérieurs serait cependant largement contrebalancée dans certaines circonstances, par sa vitesse plus grande et sa longue endurance. (A suivre.) u CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE- GUINÉE OU PAPOUASIE a l'industrie de la mode Par M. J. FOREST aLné. (suite *) 37. EPIMACHUS MAXIMUS. — E. SPECIOSUS Cuvieb. Français : Le Grand, Epimaque. Anglais : The Great Sickle Bird of Paradise, The Great Promerops. Allemand : Der KragenJtopf. Hollandais : De Langstaartige Paradijsvogel. Papou, à Dorey : Mam-isap (oiseau de passage) , sur la côle nord- ouest : Tei ou Tai-mandoe, aux monts Arfak : les mâles adultes Kambilnja et Lessoa pour les jeunes mâles et femelles. Fig. Part. VII, Gould. Elliot. L'espèce la plus remarquable de ce groupe est le grand Promerops, de Sonnerat et de Buffon ; Promerops rayé, de Vieillot; Promerops à large patwr. de Levaillant; Cln- namolegus magnus. de Lesson. C'est le géant de la famille des Paradisiers. Voici sa description d'après mes exemplaires. Bec noir ; pattes noires ; plumes de la tète, vert glauque métallique ; plumes du corps, brunâtres avec des reflets luisants, dorés et violets: plumes des flancs, noir velouté, avec raie azur relevée par une frange d'un vert émeraude ; plumes postérieures, bordées d'un bleu céleste, etc. ; longue queue, d'un beau teint de vert émeraude en dessus et uniformément d'un brun marron ou cbocolat en dessous. Il se distingue par la longueur de son bec qui a le poli de l'ivoire, incurvé comme celui d'une huppe et par la longueur de ses pennes caudales atteignant à l'état adulte près de cin- (*) Voy. Revue, 1894, I e1 ' sumestre, p. 441. 15 CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINEE. quante centimètres de long. Le dessus du corps, les ailes, sont d'un noir velouté à reflets métalliques, beaucoup moins bril- lants sur la dépouille que sur l'oiseau vivant ; la tête est cou- ■ m \\ \erte d'une calotte métallique, le dos est recouvert par une plaque de plumes métalliques de forme effilée. Mais ce qui est le plus remarquable, ce sont les parures des flancs variant de dimension, de l'orme et diver- sement bordées de couleurs ve- loutées très vives et d'un riche coloris. L'aigrette des flancs, de couleur marron bronze, est bor- dée de couleurs métalliques na- rrées, auxquelles s'ajoutent en se graduant d'autres plumes ayant la forme d'une hache, très velou- tées et bordées d'un liseré bleu- âtre à reflets d'acier , complétées par d'autres plumes à liseré pourpré bordé bleu acier. Ces Le Grand Epimaque [hptmactms J 1 , ,. Lximus). aigrettes prennent diverses posi- tions, selon les caprices de l'oi- seau, et constituent une parure d'un caractère tout parti- culier n'ayant d'analogie avec celle d'aucun autre Paradisier. Cette parure des adultes, pour atteindre son plein dévelop- 45 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pement, exige plusieurs années. Les jeunes mâles ont le bec beaucoup moins prolongé que les mâles adultes et que les femelles, auxquels ils ressemblent d'ailleurs par le plumage brun dessus, blanc roussâtre en dessous du corps, avec de nombreuses stries transversales sur la poitrine et l'ab- domen. Cette espèce se rencontre sur les Monts Arfak , où Beccari la trouvait avec Astrapia niger, à 2,000 mètres d'altitude environ ; elle se nourrit des fruits de diverses Pandanées, entre autres de ceux des Pandanus et Freycinelia. Dans ces dernières années, l'énorme quantité d'oiseaux fournis à l'industrie par la Nouvelle- Guinée a permis l'em- ploi très courant des belles parures du grand Epimaque. Les plumes les plus recherchées pour la parure dans la mode sont celles des flancs qui, pour ainsi dire, constituent la valeur intrinsèque de l'oiseau. La tête, en raison de son énorme bec, est d'un emploi difficile ; la queue est rarement utilisable, la tige trop raide de ses pennes ne peut subir la préparation nécessaire pour l'utilisation dans un but somp- tuaire. Les ailes n'ont rien de particulier qui leur donne une valeur; ce sont donc les flancs qui constituent toute la valeur industrielle du grand Epimaque. Il y a une dizaine d'années le prix de cinquante francs était celui d'un bon exemplaire ; aujourd'hui les exemplaires défectueux, mais abondants, valent de 15 à 20 francs ; il est vrai qu'ils remplacent mal les belles dépouilles d'autrefois. 38. EPIMACHUS ELLIOTII Ward Word, Proceed. Zool. Soc. (1873, nov. 18). Fig. Gould. Elliot. On ne connaît aujourd'hui qu'un unique exemplaire de ce splendide oiseau. Sa patrie est inconnue; Bernstein croit qu'il se trouve dans le N.-O. de la Nouvelle-Guinée. D'après Labillardière, Lesson, Vieillot et plus récemment Beccari, on le trouverait à Waigiov. Sa dimension est à peu près celle du grand Epimaque, mais sa coloration générale est d'un riche violet améthyste. Il se- distingue encore par l'extrémité des plumes caudales se ter- minant en pointe, et par l'aigrette de ses flancs formée par CONTRIBUTIONS OIIN1TIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 17 une série de plumes graduées, de couleur uniforme à la base, au bout frangé vert bleu métallique. Voici sa description d'après la superbe figure dans EllioVs Monog. of the Paradis et dans Gould Part. XI : Dessus de la tète d'un brillant améthyste ; occiput et côtés du cou, nacrés de couleur améthyste se dégradant suivant le jeu de la lumière jusqu'au vert métallique clair. Dos, ailes, couverture supérieure de la queue et queue, d'un brillant vio- let pourpré ; les ailes et la queue sont marbrées d'une teinte améthyste claire, lustrée comme de la soie, changeant de ton à la lumière; la gorge, la partie supérieure de la poitrine, les côtés de la poitrine, les flancs et le reste des parties infé- rieures, vert foncé. 39. EPIMACHUS (SELEUCIDES) ALBUS. NIGRA ou NIGRICANS. Lesson, 1835. Anglais : The twelve-vnred Paradise Bird. Allemand : Der Fadenhopf. Français : Le MultifU. Malais : Malingo. Fig. Part. XII. Gould. Elliot. Le Multifil a été décrit, en premier, par Valentyn ; sous le nom de Manucode à douze filets, par Audebert- et Vieillot; sous le nom de Nébuleux ou Promerops multifil, par Levail- lant, il porte, selon l'auteur moderne, les noms contradic- toires de Seleucides nigra et de Seleucides alb.us, qui ne sont très heureux ni l'un ni l'autre , le nom de Seleucides albus fut créé par Blumenbach et Le Vaillant. Celui de « res- plendens », de Vieillot, ou « Violacea », de Bernstein, seraient mieux appropriés. Ce courageux naturaliste a en- voyé plusieurs Ep. multifil et des Epimaques gorge d'acier vivants en Europe: malheureusement leur existence, dans nos contrées, est de courte durée. La tète, le dos, la poitrine sont couverts de plumes velou- tées, d'un violet intense à reflets bronzés; les couvertures des ailes et les pennes sont violet évêque foncé ; le velours de la poitrine est frangé à l'extrémité par une écharpe de plumes veloutées noires, bordées de vert métallique très clair et très brillant, tranchant vivement sur l'ensemble du 5 Juillet 18S4. 2 18 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. corps et des flancs , qui sont garnis , à chaque côté , d'une touffe de plumes vaporeuses, jaune or pâle sur l'oiseau vi- vant, mais très fugaces, et se décolorant jusqu'au blanc sale au moment des mues, ou sur la dépouille plus ou moins an- cienne. Ces touffes sont terminées chacune par six longs brins dénudés qui ont donné le nom de Multifil à l'oiseau, et que celui-ci lait mouvoir à volonté, ainsi que ses flancs et les plumes de sa poitrine qui se redressent en forme de bouclier. Cet oiseau, fort abondant aujourd'hui, est un de ceux qui offrent le plus de ressources dans la plumasserie de luxe, c'est aussi un de ceux dont l'extermination se fait aujourd'hui à tout âge, à toute époque, si j'en juge d'après un lot impor- tant venu en ma possession, tout récemment. Il y a une vingtaine d'années, un bel exemplaire, en peau ronde, se payait 80 à 100 francs, les peaux plates, moins rares, valaient moitié de ce prix; aujourd'hui, le nombre des peaux rondes domine, mais ce sont généralement des dé- pouilles de jeunes oiseaux en formation de plumage. Les peaux plates, d'il y a vingt ans, étaient préparées unique- ment par les Papous du nord-ouest de la Nouvelle-Guinée et de l'ile Salawatty, patrie du Multifil, lesquels aujourd'hui font la mise en peau européenne, qui leur a été enseignée par les chasseurs malais au service des divers explorateurs natura- listes européens qui ont visité leur pays. M, Ralfray, un des rares Français qui ont parcouru la pa- trie du Multifil, nous dit que le Rajah de l'île Salawatty dé- sire garder pour lui son trésor, et que tous les Multiflls doivent passer par ses mains ; il est sage de tenir compte de cet avis, car ce souverain ne se ferait aucun scrupule de sup- primer tout voyageur téméraire, quitte à mettre son crime sur le compte des sauvages insulaires agissant à son instiga- tion occulte. C'est sans doute pour ce motif que, depuis de longues années, tous les essais de pénétration européenne, dans l'intérieur de la Nouvelle Guinée, soit anglaise, soit alle- mande ont échoué, à quelques kilomètres de la côte, souvent avec perte de vies humaines. Les Hollandais, moins hasar- deux, entretiennent leurs relations habituelles comme par le passé, par l'intermédiaire des Malais placés sous leur pro- tectorat ; aussi la majorité des productions papoues passe- t-elle par leurs mains non seulement par troc, mais aussi contre espèces sonnantes. M. Meyners d'Estrey, d'api es Ro- CONTRIBUTIONS OUN1TUOLOGIQUKS DE LA NOUVELLE-GUINÉE. 4 3 senberg, nous apprend que, depuis quelques années, les habi- tants de Dorey commencent à connaître la monnaie d'argent, et qu'ils préfèrent aujourd'hui être payés de leurs produits en espèce plutôt qu'en marchandises. Pourtant ils ne refusent jamais les bouteilles de genièvre, car, si sur d'autres points de la Nouvelle- Guinée, les Papous n'ont pas encore su apprécier les boissons alcooliques, ceux de Dorey en sont avides et ne cessent de boire, tant qu'il reste une goutte dans la bouteille. On voit que là, comme ailleurs, les peuples sauvages com- mencent toujours par emprunter à notre civilisation ce qu'elle a de vicieux. Wallace, parlant de Dorey où il séjourna quelque temps, dit que les Fourmis et les Mouches lui faisaient endurer des souffrances intolérables et abîmaient ses préparations d'oi- seaux qu'elles infestaient de leurs œufs , dont les larves étaient écloses le lendemain de la ponte. « In no other loca- » lity T bave ever been troubled with such a plague as this. » M. Meyners, d'autre part, signale la férocité des indigènes, j'en conclus que rien de tout cela ne rebute l'Européen à la recherche de nouveautés scientifiques ou , plus prosaïque- ment, cherchant à gagner sa vie. D'après Bernstein, le cri habituel très sonore du Multifil est « Iokh-Iokh ». D'Albertis nous donne les renseignements suivants recueillis à son cinquième voyage, en 1877, près la rivière Fly ou des Mouches. — « Les Pam/anus abondent et par conséquent les Paradisiers. — J'ai abattu aujourd'hui un superbe Séleucide blanc qui, perché sur la branche, chantait sa mélancolique chanson. Ce bel oiseau est fort circonspect, mais une fois qu'on a découvert l'arbre où il fait son séjour, on n'a qu'à l'y attendre, il y revient toujours. » Les Paradisiers, d'après mes observations, sont surtout frugivores, les Séleucides, principalement. Sur plus d'une cinquantaine de ceux-ci, dont j'ai ouvert l'estomac, j'en ai trouvé un seul renfermant un petit Lézard. Le docteur Bec- cari a vu une Grenouille dans un autre. Un peu de chair pour varier 1 régime, voilà tout. D'insectes, onc^ues n'en ai aperçu. » Les Séleucides, étant une des espèces les mieux connues, n'offrent pas maintenant un grand intérêt scientifique, mais leur beauté leur assure une place élevée parmi les hôtes de la forêt; de tous leurs congénères, je ne mets au-dessus d'eux 20 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. que VAsLrapia, YEpimachus speeiosus, YEpimachus El- liotii. Pour la splendeur du coloris et la disposition singu- lière de sa brillante parure, certes le Séleucide peut lutter avec le Magnifique, la Lophorine, le Sifilet. De chaque côté de la poitrine, six plumes diminuent de largeur jusqu'à n'être plus qu'un fil noir d'une ténuité extrême, terminé par une pointe blanche. Si l'on passe la main sur son dos, d'un noir si doux à l'œil, on croit toucher du velours, et sous une vive lumière, le chatoyant bouclier vert du thorax devient cou- leur de bronze, pour se changer ensuite en pourpre. » Les longues plumes qui recouvrent la partie inférieure du corps sont du jaune le plus délicat, qui, par degrés, passe au blanc, pour s'accentuer sur les côtés : les yeux grands et rouges brûlent comme des escarboucles sous la cape noire. Chez les tout jeunes Séleucides, ils sont brun clair, puis ils tournent au jaune et prennent définitivement chez les adultes, le plus éclatant vermillon... mais quelles jambes informes, quels pieds maladroits, quelles vilaines cuisses dé- nudées, et tout cela d'un rouge si dur ! Les femelles et les jeunes ont la queue plus longue de moitié que les mâles par- venus à toute leur croissance. » Les admirables planches coloriées, de Gould, représentent un Multifil en train d'absorber une Sauterelle (Part. XII, 2 pi.) l'une représente deux mâles, l'autre deux jeunes mâles et une femelle. 40. EPIMACHUS ( SEMIOPTERA ) WALLACEI. G. R. Gray. 1859. Français : Le Semioptère de Wallace. Anglais : Wallace Standard Bird- Le Paradisier se rapprochant par ses formes de la Lopho- rine sans posséder son riche plumage, est le Semioptera, trouvé en 1859, par le célèbre naturaliste anglais, Alfred Russel Wallace, à Batchian et à Gilolo (Halmaheira) ; il n'a pas été trouvé ailleurs en Nouvelle-Guinée. (Wallace.) Cet oiseau et le Drepanomis se distinguent dans la fa- mille des Paradisiers par l'ensemble de leur coloration géné- ralement claire, qui est l'exception. Wallace nous décrit la découverte du Semioptera de la CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINEE. 21 façon pittoresque suivante : « Look hère, sir, what a curions bird », lui dit son chasseur Ali au retour d'une expédition, tenant à la main ce qui d'abord intriguait fort le savant na- turaliste. Le chasseur avait trouvé l'oiseau grimpant sur le tronc d'un arbre, à la façon des Pics, cherchant des insectes dont il est friand et regardant curieusement le chasseur sans se déranger. « Je vis un oiseau avec une grande quantité de plumes vertes splendides sur la poitrine, allongées en deux touffes brillantes ; mais ce qui m'étonnait le plus, ce fut une paire de longues plumes blanches qui sortaient roides de chaque épaule. Je vis alors que j'avais acquis un oiseau de haute valeur, au moins une forme complètement nouvelle d'oiseau de Paradis, différant d'une manière remarquable de toutes les autres espèces. Le plumage complet est très sobre, étant d'un pur olive cendré, avec une légère teinte pourprée sur le dos; le sommet de la tête est couvert de très belle nuance violet pâle métallique superbe et les plumes du front s'étendent largement sur le dos, comme dans d'autres genres de la famille. Le cou et la poitrine sont écaillés de fine couleur verte métallique et les plumes de la partie inférieure sont allongées de chaque côté, en forme de camail à doubles pointes pouvant se replier contre les ailes ou se redresser et s'étaler hérissées, de la même manière que les plumes des flancs de la plupart des oiseaux de Paradis. Les quatre longues plumes blanches qui donnent d'ailleurs un caractère unique â l'oiseau, sortent de petits tubercules fermés, placés sur le coin supérieur de l'épaule, implantés sur l'aile; elles sont étroites, gracieusement recourbées et d'égale dimension sur les deux côtés, leur couleur est blanc crème pur. Elles ont environ six pouces de long, ainsi que les ailes, et peuvent se redresser droit au-dessus d'elles, ou s'allonger le long du corps de l'oiseau et à sa volonté. Le bec est de couleur corne, l'iris est de couleur olive pâle, les jambes sont jaunes. Cette remarquable nouveauté a été dénommée par M. G.-R. Gray, du British Muséum, « Semioptera Wallacei », ou « "Wallace's Standard Wing ». Le Wallace, malgré son caractère ornemental, unique dans le groupe des Paradisiers, est d'un emploi somptuaire très limité. Cet oiseau n'a jamais eu le succès qu'il méritait en raison de sa rareté et de l'étrangeté de son riche plumage. 22 ItEVL'E DES iJCIKNCKS NATURELLES APPLIQUÉES. EPIMACHUS (SEMIOPPERA) WALLACEI ; Var. Halmaheira. Cette variété diffère de l'espèce précédente par des dimen- sions plus grandes et une coloration plus accentuée. Bernstein dit que ces oiseaux se nourrissent des insectes qu'ils cherchent à la façon des Pics, sur les troncs des Leptospernium. Les Semioptères sont devenus assez abondants pour être offerts dans la mode, mais leur étrangeté et leur aspect parti- culier, d'une élégance remarquable, ne sont pas appréciés, aussi ont-ils une valeur peu importante dans le commerce, variant de 10 à 35 francs. 41. DREPANORN1S ALBERT1SI. Sclater, 1873. Français : Le Drepanornis d'Alberlis. Anglais : D' Albert is Bird o/ ' Paradise (1). Fig. T. I. Gould. Beccari et d'Albertis trouvèrent cet oiseau en 1872, à Dorey, dans la baie du Geelvink ; son nom indigène est Sa- graja. Meyer le trouva en 1873 sur les monts Arfak et lui donna le nom de Epimachus Wilhelminœ [Journal fur Or- nithologie, 1873, p. 4()5). Mais la description de Sclater dans Naiura, 1873 (p. 405), et encore dans Proced. Zoot. soc. Jvni 1873, p. 557, 60, pi. xlvii, accordent la priorité à d'Al- bertis, d'où le nom d«i 'Drepanornis Alberlisi. D'autre part, Rosenberg, en 1870, rapporta un exemplaire de Ternate. Sa description, sous le nom de Epimachus V % et Mam- Audjier ; Aux Arfak, Komieda. Fig. Part. VI. Gould. Cette espèce anciennement connue sous le nom de Prince Orange en provenance du nord-ouest de la Nouvelle-Guinée a été trouvée dans le sud par d'Albertis, avec une dissem- blance suffisante pour la création par Salvadori d'un genre spécial sous le nom de Xantlwmelus arclens. Wallace le trouva à Salawatty, Beccari autour de la baie de Humboldt ; il est probable qu'il est répandu dans une grande partie de la Nouvelle-Guinée. D'Albertis dans son Exploration des monts Arfak nous décrit sa trouvaille du Prince Orange comme suit : « Nous passons au milieu d'un bouquet de Chênes aux feuilles et aux glands en tout semblables à ceux d'Europe; j'aperçois deux oiseaux que je ne connais pas encore, mais leurs couleurs éblouissantes ne me laissent aucun doute, je suis enfin dans la patrie du Xantlwmelus aureus! » Cet oiseau n'a de remarquable qu'une espèce de collet qu'il peut redresser à volonté sur la nuque, d'une belle couleur orange rougeâtre, rappelant la nuance du Coq de roche du Pérou et de la Guyane, mais plus vif et à barbules plus 26 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. longues, plus soyeuses. Son emploi industriel pour cette raison (le bas prix des Coqs de Roche), est peu important, les deux espèces précédentes le remplacent avantageusement dans toutes sortes d'emplois. 45. ORIOLUS (XANTHOMELUSi ARDENS. D'Albertis D'Albertis trouva cette variété, en août 1877, le long de la rivière Fly. Sa couleur plus éclatante en fait une espèce par- ticulière dénommée par Salvadori Xanlhomelus ardens. {Ami. Mus. Genova, XIV, 113, 1879.) 46. SERICULUS MELINUS-AUREUS. — ORIOLUS REGIUS AURkUS. SwAlNSON 1825. Français : Le Loriot Prince Régent. Anglais : The Régent Bird ou Honei/sucker des colons anglais de l'Australie. Allemand : Der Prin: pirol. Cette espèce, que Quoy et Gaimard ont les premiers (ait connaître sous le nom de loriot Prince régent, a été décrite en 1825 par Swainson. sous le nom de Sericulus melinus et par ïemminck sous le nom de Oriolns rngius, D'après Gould, le Prince Régent paraît limité à l'Australie orientale et ne se nourrit que de fruits : il ne trouva jamais d'insectes dans l'estomac de ceux qu'il tua. Cet oiseau, fort apprécié dans la mode, est une des plus jolies créatures que l'on connaisse. Sa forme générale est fort gracieuse et per- met de l'employer sans le dénaturer. La tête, la nuque et une bande recourbée se dirigeant de la nuque vers la poitrine, sont d'un jaune vif velouté ; le reste du corps est noir velouté à reflets loutre foncé. La première des rémiges primaires est noire; les autres sont noires à la racine et à la pointe, jaunes dans le milieu; les rémiges secondaires sont jaunes, bordées -extérieurement de noir. L'iris est jaune clair ; le bec jaune ; les pattes sont noires. La femelle et les jeunes ont un plumage complètement dif- férent. Tète et gorge brunâtres, une tache noire au sommet de la tête; le dessus des ailes et de la queue brun-olive; les plumes CONTRIBUTIONS ORNITHOLOG1QUES DE LA. NOUVELLE -GUINÉE. 27 du dos marquées à leur extrémité d'une tache triangulaire brunâtre ; la lace inférieure du corps d'un brun olive, avec des taches plus foncées ; l'iris brun ; le bec et les pattes noires. Il y a une vingtaine d'années, le Prince Régent, se payait «ncore 60 à 80 francs ; progressivement le prix diminua, va- riant de 50 à 35 francs. Aujourd'hui ce bel oiseau ne vaut plus qu'une dizaine de francs, mais ce prix accidentel pourra augmenter sensiblement, lorsque la mode de l'oiseau naturel et sa couleur jaune d'or si harmonieuse, lui accorderont, à nouveau, les faveurs de nos élégantes. 47. SERIGULUS RAWNSLEVI Deggles. Cat. Birds. Brit. Mus B. d. V. M. VI, 138. Fig. Gould. Elliot. D'Australie, très rare, peu connu, se trouve dans de rares collections. D'après Sharpe qui le décrit, il forme la transi- tion entre Je genre Sericulus et le genre Ptilonorynchus. (A suiv?^e.) 28 PISCICULTURE AUX LABORATOIRES DE QUILLAN ET DE GESSE Par M. BOUFFET, Ingénieur en chef du département de l'Aude. Lettre adressée à M. le Président de la Société nationale d 'Acclimatation de France. Vous m'avez témoigné le désir d'être tenu au courant des résultats de la campagne de 1893, aux. établissements de pis- ciculture que l'Administration des Ponts et Chaussées a éta- blis depuis 1888 dans la haute vallée de l'Aude, à Quillan et à Gesse. Quoique je n'aie pas de trop bonnes nouvelles à vous en donner cette année, je défère bien volontiers à votre de- mande, car elle me fournit une nouvelle occasion de remer- cier la Société Nationale d'Acclimatation de l'intérêt qu'elle n'a cessé de porter à l'œuvre que nous avons entreprise. Cette œuvre, vous le savez, Monsieur, a de hautes visées : Notre espoir ne s'élève à rien moins que d'acclimater le Sau- mon Quinnat de Californie dans les eaux de la Méditerranée. Ces eaux étant dépourvues de toute espèce de Saumon, on peut dire que le succès de notre tentative sur le cours de la Rivière d'Aude serait sûrement un immense bienfait pour toute la contrée qu'arrosent le Rhône et ses nombreux af- fluents. Il n'est pas douteux en effet, que si nous parvenions à faire définitivement prendre souche, sur notre petit fleuve côtier, à cette précieuse espèce, elle ne tarderait pas dans ses migrations annuelles et alternatives, des hautes régions des fleuves aux profondeurs de la mer, à s'engager dans les embouchures du Rhône, et peu à peu à remonter son cours pour y frayer. Les embouchures de l'Aude et du petit Rhône ne sont séparées que par une distance de 100 kilomètres ; la franchir n'est qu'un jeu pour un Saumon adulte. D'autre part, les fleuves de Californie débouchent dans le Pacifique par la PISCICULTURE A QUILLAN ET A GOESSE. 29 moyenne latitude de 37°, qui est celle de la côte algérienne ; il est à croire par suite que le Saumon Quinnat peut trouver dans le golfe du Lion un habitat â sa convenance. Nos vastes espoirs s'appuient donc sur une confiance raisonnée. Sans revenir sur nos premiers essais dont le compte rendu a été inséré dans le Bulletin de la Société du 20 mars 1889, je rappellerai seulement que, grâce aux bons offices de la Société Nationale d'Acclimatation, nos deux laboratoires de Quillan et de Gesse ont déjà reçu par trois fois de grandes quantités d'œufs fécondés de Saumon Quinnat. Recueillis sur les bords du Sacramento par les soins du Commissaire Général des Pêcheries des États-Unis, puis transmis avec les précautions requises et par les voies les plus rapides, ces œufs sont arrivés avant l'éclosion, à nos laboratoires de Quillan et de Gesse. Là ils ont achevé leur incubation dans les conditions les plus satisfaisantes. Dé- duction faite des pertes au déballage ou en cours d'éclosion dans les augettes, les bassins d'alevinage, où les jeunes sujets étaient versés après résorption de leur vésicule nourricière, reçurent en janvier 1889, 70.000 alevins, 39.000 en janvier 1890 et 64.000 en mars 1891. Grâce à une nourriture appropriée, ces colonies se déve- loppèrent normalement dans les bassins ; et après un laps de temps de 4 â 5 mois elles furent lâchées dans la Rivière d'Aude entre Quillan et Gesse. Les Saumoneaux avaient, â ce moment, de 6 à 8 centimètres de longueur, et jusqu'à 15 centimètres lors des dernières mises en liberté. Les lâchers successifs portèrent en 1889 sur 61.500 sujets; en 1890 sur 36.300, et en 1891 sur 50.600. C'est donc en tout 148.000 Saumons Quinnat qui ont été versés dans l'Aude de 1889 à 1891. Qu'est devenue depuis lors cette colonie ? sans nul doute elle a accompli sa descente â la mer, puisqu'â diverses re- prises de jeunes Saumons ont été trouvés dans la partie basse du cours de l'Aude, particulièrement lorsqu'on mettait â sec les canaux agricoles, dérivés de cette rivière, qui arrosent les plaines de Narbonne. Une preuve directe de la descente â la mer a d'ailleurs été fournie par la capture, dans la baie de Banyuls-sur-Mer, d'un Saumon Quinnat mesurant m ,21 de longueur qui fut apporté le 25 mai 1890 au laboratoire Arago. 30 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. M. de Lacaze-Duthiers en a rendu compte à la séance de l'Académie des Sciences du 23 juin 1890. Mais la remonte, à 1 époque du frai, de la mer vers le haut du fleuve s'est-elle également accomplie? Jusqu'à ces der- niers temps aucune observation directe n'avait été relevée, lorsque dans les premiers jours de janvier 1894 on a capturé aux environs de Carcassonne une femelle dont les ovaires étaient pleins, et qui pesait près de 3 kilos. Ce poids, déjà notable, permet de supposer qu'elle revenait de la mer, après y avoir acquis un développement qu'elle n'aurait guère pu atteindre dans la rivière d'Aude elle-même, aux eaux rapides et peu profondes. Quoi qu'il en soit, ce qu'il importe de retenir, c'est que si l'on a déjà fait heureusement les premiers pas, il reste encore beaucoup à faire, (le n'est pas avec les quelques milliers de Saumoneaux déjà versés dans la rivière, qu'on peut se flatter d'avoir atteint le but convoité. Trop de causes de destruction permanentes ou accidentelles sont à craindre : je n'en citerai qu'une. Le 25 octobre 1891 l'Aude a éprouvé une crue extra- ordinaire qui a atteint 8 mètres de hauteur à Carcassonne et 10 mètres à Narbonne, en dépassant toutes celles dont les siècles passés nous avaient gardé la mémoire. En débordant de toutes parts les eaux ont dû entraîner dans les terres et faire ainsi périr des quantités considérables de jeunes pois- sons. Que sont devenus nos Saumoneaux dans cette débâcle? Je vous le laisse à penser. Je m'en serais cependant consolé sans trop de peine, si une autre partie de nos opérations avait aussi bien réussi que celle dont je viens de vous rendre compte. Pour parer à tout accident, non moins que pour ne pas mettre sans cesse à l'épreuve la complaisance du bureau des pêcheries des États-Unis, j'avais eu le soin, en effet, de con- server en stabulation, comme reproducteurs, un certain nombre de sujets de chaque envoi. J'espérais, d'après les résultats obtenus au Trocadéro et grâce à l'opération bien connue de la ponte artificielle, m'affranchir de tout souci pour l'avenir de notre œuvre. C'est ainsi que j'avais fait ré- server 300 Saumoneaux des éclosions de 1889, 1.200 de celles de 1^90 et 2.000 de celles de 1891. Des viviers suffisamment amples, et bien alimentés en eau courante, avaient été dis- posés pour eux à l'établissement de Gesse. Jusqu'au mois de PISCICULTURE A QUILLAN ET A GESSE. 31 mai 1892 tout allait â souhait, et malgré sa captivité notre colonie ne cessait de prospérer, quand, au moment presque de toucher au but, une maladie qui n'a pu être déterminée, et dont il a été impossible d'enrayer les effets meurtriers, est venue arrêter le développement et détruire peu à peu notre précieuse réserve. Une ou deux femelles ont seules pu, l'an- née dernière et cette année, nous donner quelques centaines- d'œufs qui ne sont pas venus â éclosion. Aujourd'hui il n& nous reste plus dans les viviers qu'une douzaine de sujets de 20 â 30 centimètres de longueur. Vous voilà, Monsieur, au lait de nos déboires ; mais la bonne volonté et la foi dans le succès définitif restent entières chez mes collaborateurs de Quillan et de Gesse. Ils n'ignorent pas qu'une œuvre d'acclimatation comme celle que nous avons entreprise ne peut réussir qu'à la condition d'être poursuivie pendant de longues années avec un esprit de ferme persévérance. Et c'est pourquoi aussi je me flatte de l'espoir que la So- ciété Nationale d'Acclimatation voudra bien, à notice in- tention, renouveler ses démarches auprès du Commissaire Général des pêcheries des États-Unis, pour obtenir, pendant plusieurs années encore, de nouveaux envois d'œufs fécondés de Saumon Quinnat. Notre but offre un trop grand intérêt; pour qu'à la première traverse nous renoncions à l'atteindre. 32 LES ESPÈCES DE BAMBOUS DU JAPON LEUR CULTURE ET LEUR EMPLOI Par M. le D r MEYNERS D'ESTREY. Le Bambou du Japon trouve par sa qualité exceptionnelle, un emploi croissant pour la fabrication des meubles ; jadis il fut importé en Europe, exclusivement par la France et par la ville libre de Hambourg. Tout récemment on en a importé aux Indes orientales néerlandaises afin d'y encourager l'amélioration et l'exten- sion de cette culture. A l'exposition de Batavia, en 1893, on avait. exbibé une grande collection de Bambous du Japon. Nous allons tàclier de donner, dans cet article, quelques ren- seignements concernant la culture du Bambou qui permet aux Japonais de fournir aux fabricants de meubles une ma- tière première si précieuse. Ces renseignements nous sont fournis par M. Léon Van de Polder, chargé d'affaires des Pays-Bas, à Tokio (Japon), qui a déjà fait connaître en Europe beaucoup d'industries célèbres du pays où il est accrédité, notamment celle de la laque (1). L'espèce de Bambou appelée Madàke ou N.igadahe ; en vieux japonais : Kaicadake ou Kogaivadake; en chinois : Kutchlku, est l'espèce la plus utile du monde entier. Elle est cultivée avec le plus grand succès dans les terres noires, grasses ou argileuses, mélangées de sables qui lui donnent son brillant et sa solidité. Les terres dures ou humides ne lui conviennent point. Les hauts plateaux, les pentes douces ou raides des vallées, les bords des rivières et dés canaux sont très favorables à cette culture, mais il faut choisir de préfé- rence les pays chauds, et faire en sorte que les plantations soient abritées par des forêts contre les vents du sud -ouest. (1) Nous possédons dans notre bibliothèque le travail original en hollandais de M. Léon Van de Polder sur le Bambou; il est illustré de 66 figures d'après des dessins japonais. LES ESPÈCES DE BAMBOUS DU JAPON. 33 Les engrais qu'on emploie sont les cadavres de Chiens, de Chats, de Chèvres, de Rats et d'autres animaux à peaux poi- lues ; des sabots et des- os de Chevaux et de Vaches; des feuilles de Riz pourries ; des cendres ; du fumier d'écurie et enfin des excréments de toutes sortes d'animaux et même humains, mais ceux-ci dissous ou liquéfiés. Si le Bambou est cultivé sur un terrain ne contenant pas de sable, il est abso- lument nécessaire de mêler un peu de chaux aux engrais. Il faut éviter comme engrais, l'emploi des herbes marines ou les eaux dans lesquelles celles-ci ont trempé ; les poisons de toutes sortes ; le sel et les enveloppes du Maïs qui font mourir le Bambou en peu de temps. La fin de juin est la meilleure époque de l'année pour com- mencer une nouvelle plantation de Bambous. Si l'on veut planter un Bambou, on creuse un trou de trois pieds carrés et l'on dépose dans le fond une couche d'un des engrais indiqués plus haut, d'un pied d'épaisseur, ensuite trois ou quatre couches de 5 à 6 pouces d'épaisseur, de terre très légère ou de terre mélangée d'engrais, et par dessus tout cela une petite couche d'engrais ou de terre fine, jusqu'à ce que le trou soit rempli à 5 ou 6 pouces près. On y place ensuite le plant de Bambou, on l'arrose avec de l'eau ordi- naire et on lui donne un tuteur, afin d'empêcher que le vent ne le déracine. En plantant une trentaine de Bambous sur un terrain d'un millier de mètres carrés environ, on obtient facilement, en y donnant les soins nécessaires, en quatre ou cinq années, un véritable bois de Bambous. Le Bambou se multiplie surtout dans la direction du nord-ouest vers le sud-est. S'il ne tombe pas de pluie après qu'on a planté le Bambou, il est bon de l'arroser tous les soirs. Un bois de Bambous, bien soigné, ne tarde pas à devenir une forêt inépuisable ; pourvu que l'on évite, surtout dans les pays chauds, d'en couper trop à la ibis et que l'on choisisse toujours les plus anciens. En observant constamment ces précautions, le bois de Bambous restera toujours bien fourni. Il faut avoir soin qu'un bois de Bambous ne soit ni trop serré, ni trop ouvert ; car dans ce dernier cas les rayons du soleil y pénétrant avec trop de force, dessèchent le sol et les engrais, jaunissent les Bambous et les l'ont dépérir. Il faut donc couper ceux qui ont atteint l'âge de quatre ans et avoir soin que le sol ne se dessèche point. Dans ces conditions les 5 Juillet 1894. 3 34 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. feuilles pourrissent et procurent un engrais constamment renouvelé qui donne au Bambou une belle nuance verte fon- cée et le rend de plus en plus fort. Dans les pays froids où tombe beaucoup de neige, on prend une mesure appelée au Japon Yabu maki (lier ou entourer le bois) afin d'empêcher les Bambous de se casser et par suite de mourir. On attache les tiges avec des cordes à 4 ou 5 pieds au-dessus du sol de sorte que l'on n'a rien à craindre ni du vent, ni de la neige. Un bois de Bambous ainsi préparé pour l'hiver a l'aspect d'une quantité de petites pyramides. A la fin de l'hiver on coupe les cordes, en commençant par le haut, et les Bambous reprennent tout seuls leur position na- turelle. Le Bambou fleurit après soixante ans, et quelques auteurs prétendent qu'ensuite il meurt ; mais dans un ouvrage qui traite des cultures de l'Inde centrale, on dit que le Bambou fleurit généralement après trente ans. On a remarqué ce l'ait en 1802, 1832 et 1862, c'est-à-dire tous les 30 ans. De notre temps, lorsque l'on voit fleurir le Bambou, on dit que c'est un signe de famine et que le Bambou va mourir. Ce fait est en effet confirmé par un auteur hindou. Le Bambou est employé à la fabrication d'une foule d'ob- jets. Au Japon on s'en sert souvent comme moule, pour fondre des tuyaux de fer ou de cuivre pour les conduites d'eau, etc. Les plus grands servent à fabriquer des radeaux, pour les rizières des contrées basses ou marécageuses et même pour aller à la pêche sur les côtes de la mer. Dans les construc- tions on emploie le Bambou comme poutres, gouttières, palis- sades, plafonds et toiture. On en fabrique aussi des tables, des bancs, des sofas et autres meubles ; ainsi que des car- casses de boites, des paniers, des cerceaux et des feuillards pour les tonneaux et les seaux de toutes sortes ; des armes et des centaines d'objets de tout genre. L'espèce de Bambou appelée Mosotchihu ou Wasedahe en chinois : Konantchihu, Rilolchihu, Biotanlchihu, Biodjit- chiJui ou Matotchihu, n'est pas dure et plutôt courte, par con- tre, très épaisse. Les feuilles sont courtes, minces et étroites, les jeunes pousses recouvertes d'une sorte de duvet. Elle est d'une nuance vert tendre et jaunit au bout de quel- ques années. Cette espèce est originaire de la Chine, d'où elle fut importée au Japon, il y a cent cinquante-sept ans, par LES ESPÈCES LE BAMBOUS DU JAPON. 3o un nommé Liou Kiou. Aujourd'hui on la rencontre dans toutes les provinces, excepté celles du nord et l'île de Yeddo. Sa force et sa beauté font l'admiration de l'étranger. Sa cul- ture prend constamment de l'extension. Il lui faut un ter- rain chaud ou tempéré. Elle acquiert une hauteur considé- rable dans les provinces de Thuga, Osumi et Satsuma et une épaisseur de plus de trois pieds de circonférence Aux envi- rons de Tokio on la cultive principalement pour les jeunes pousses. Les terres qui conviennent le mieux à cette espèce sont celles qui ont été travaillées pendant des années et qui sont, par conséquent, légères jusqu'à une bonne profondeur. Les sols durs, pierreux et argileux ne lui convient pas du tout. L'engrais à employer est composé comme suit : Excréments humains. . . 2 parties. Fumier de cheval 1 — — paille 1 — mêlés à des feuilles pourries. Les pousses de cette espèce de Bambou constituent un mets délicieux au printemps. Cinq années après la plantation ce Bambou produit les premières pousses pour la table des gourmets, mais il faut dix ans avant qu'un bois de Bambous en produise des quantités suffisantes. Ces pousses consti- tuent un légume exquis, même pour les étrangers qui visi- tent le Japon. Si on trouvait le moyen de les conserver dans des boîtes en fer blanc ou des flacons, elles deviendraient un important article d'exportation. Il y a au Japon encore beaucoup d'autres espèces de Bam- bous moins importantes et dont nous ne pouvons parler ici faute de place. Nous terminons cet article par quelques observations con- cernant le travail, le traitement et l'emploi du Bambou en général. Pour obtenir un Bambou propre à faire des cannes, on at- tend que la tige ait atteint une hauteur de 8 à 9 pieds. Pour rendre un Bambou léger, on le coupe lorsqu'il a un an, on attache une pierre à l'une de ses extrémités et on le pend dans un endroit où il est exposé à la fumée. Pour "aplatir le Bambou, on enlève les boutons des extré- mités, ainsi que les parties dures du milieu avec le rabot. 36 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Ensuite on le fend avec un couteau dans toute sa longueur et on le fait bouillir dans un pot de fer avec de l'eau mélangée de son de Maïs. Puis, en le plaçant sur une table unie, on l'ouvre doucement. On répète ce procédé, s'il le faut, jusqu'à ce que le Bambou soit parfaitement plat. Finalement on le re- passe avec un fer chaud afin d'éviter qu'il ne reprenne sa forme primitive. On peut remplacer le son de Maïs par une certaine herbe appelée en chinois Hakurakkwai {Macleya cordata). Afin de pouvoir plier le Bambou on le fait bouillir dans de l'eau mélangée d'Hotaros (espèce de petits Vers luisants) séchés à l'ombre ; une poignée dans un litre d'eau. Pour donner au Bambou la couleur de la Tortue, on l'en- toure d'une corde enduite de boue et on l'expose au feu. Les parties enveloppées restent blanches, tandis que les autres deviennent brunâtres. On peut, de cette manière, produire toutes sortes de dessins sur le Bambou. Depuis quelque temps, on demande beaucoup de Bambou fumé pour les parapluies, les cannes, etc. On frotte le Bam- bou avec de l'eau contenant un peu d'acide nitrique, on le sèche et on le lave, puis on l'expose à la fumée, dans la che- minée ou au-dessus du feu. Pour le blanchir, on le plonge dans de l'eau de riz, pen- dant trois à quatre jours, puis on le frotte avec du sable ou de l'écorce de riz et on le laisse blanchir au soleil. Les Japonais ont un grand nombre d'autres procédés pour travailler le Bambou, mais la place nous manque pour les dé- crire ici. 37 II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Production et commerce des fruits au Cap. (suite et fin *.) Les Compagnies de navigation ont demande, dès le mois de juillet dernier, que les expéditeurs retinssent d'avance l'espace dont ils ont besoin pour leurs chargements en chambre réfrigérante, des produits de la saison prochaine, et elles ont demandé une garantie pour le paiement de l'espace alloué, utilisé ou non. Il en est re'sulté que l'Association des Cultivateurs de fruits a accaparé le tonnage des chambres de refroidissement et les particuliers ne pourront faire d'en- vois que sous certaines conditions. Les emballages ont été fixés d'une grandeur égale, afin de ne pas perdre de place dans les chambres. Ces grandeurs sont : Raisins tardifs 60 centimètres. X 45 centimètres, x 15 centimètres. — précoces 60 — X 45 — x 12.5 — Pêches, Brugnons 45 — X 30 — X 10 — — et Tomates 47.5 — x 32.5 — X 12.5 — Poires 47.5 — X 32.5 — X 12.5 — Abricots et Prunes .. . 45 — X 30 — x 7.5 — Pour les Pommes et les Melons qui ne vont pas dans les chambres, les caisses peuvent être de toutes dimensions : les Coings sont emma- gasinés sur le pont. Les proce'de's d'emballage varient suivant les fruits et ont donné lieu à de nombreux tâtonnements. Pour les Pèches, c'est assurément, le Liège en poudre qui a donné les meilleurs résultats. Les Tomates sont emballe'es de la manière suivante : Dans le fond de chaque boîte on place une couche mince d'un papier spe'cial de'- coupé en étroites bandes. Puis les Tomates de choix e'tant trie'es par grandeur, de manière à être aussi semblables que possible, même en forme et maturité, sont entourées avec dexte'rité d'une poignée de ha- chures du même papier, en laissant le dessus et le dessous dégage's de manière à laisser voir la qualité' du fruit. On place ensuite les To- mates l'une à côte' de l'autre, sans laisser de vide, mais sans leur donner aucune pression mutuelle, et les interstices sont remplis du même papier hache'. Par dessus tout on place une feuille de papier tissu intacte, et enfin une nouvelle couche de hachures. Le couvert doit être place' et cloue' en ne produisant qu'une légère pression sur (*) Voir 1894, 1 er semestre, page 518. 38 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. le contenu. Les boîtes sont empilées par dix et on les maintient l'une au-dessus de l'autre, avec d'e'troites lattes de bois sur chaque côté, soit diagonalement d'un coin à l'autre, soit perpendiculairement au milieu des côte's. Les noms de l'expéditeur et de la variété' de To- mates sont estampe's sur le sommet. Il y a toujours une demande re'gulière pour les Tomates, du com- mencement à la fin de l'année. Les Tomates cultivées en Angleterre arrivent tardivement en juin jusqu'à la fin d'août, Madère et les Ca- naries commencent leurs expéditions d'assez bonne heure, mais elles sont incapables de remplir les ordres, et les besoins anglais devien- nent alors une opportunité' pour le Cap. En lévrier, mars, avril et mai, une boîte de vingt-quatre, en bonne condition, se paye à Londres de 2 sh. à 2/6, et s'il y a une grande demande ou des approvisionne- ments difficiles, le double peut être paye'. Les Pommes extra et les Poires sont enveloppe'es une par une dans une feuille de papier tissu et disposées en plusieurs couches se'parées par des lits de hachures ; la contenance des boîtes est de 40 lbs. Les Prunes enveloppées de papier se comportent très bien, spécia- lement la varie'té Reine-Claude de Bray. Il est à remarquer que l'on expédie des Pommes de terre nou- velles, en boîtes carrées de 45 à 60 livres et aussi en barils de ci- ment vides qui ont trouve' là un emploi inattendu. Les prix obtenus à Londres ont été très variables et certains char- gements arrivant dans un mauvais état, ont donné de pauvres résul- tats. Cependant, des Pêches ont re'alisé plus d'un shelling pièce, les Brugnons 21/- la boîte de 4 douz. ; mais beaucoup se sont vendues à 2 pence pièce. Les boîtes d'Abricots de 36 à 13/- la boîte. Des boîtes de Prunes contenant de 70 à 80 fruits ont été payées 17/6 d. et des caisses plus petites de 48, mais plus beaux fruits jusqu'à 10 et 13 sh. 6 d. Le Raisin en caisses de 20 à 25 lbs s'est bien vendu : le beau noir à à 16/-, le rouge Ilaanepoot à 11/6 et 2 e qualilé à 7/6, le Barberousse noir ou blanc à 11/- ; le blanc commun de 5 sh. à 9/6. Les petites Pommes se sont vendues couramment à 1 d. pièce ou de 10/6 à 13/- la boîte de 40 lbs. Une sorte de Pommes vertes appele'es Reinettes de New-York a e'té en faveur à 14/6, et une autre dite Alexandre à 9/6. Une variété récemment découverte dans la colonie et qui lui paraît propre, elle porte le nom local de « fleur tardive », atteindrait les plus hauts prix, paraît-il, si elle était fournie en quan- tité appréciable. Les Poires ont obtenu relativement un moins bon prix, mais on les payerait de 15 à 20/- pour 40 livres. Les Tomates qui arrivèrent cependant, ou encore vertes, ou trop CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 39 mûres, meurtries et avec le goût de Pommes de Sodome, furent payées de 3/6 à 5/6 pour 14 lbs. Les Coings ont e'te' revendus de 2 d. jusqu'à 4 d. pièce, tandis que dans la colonie, ils sont sans valeur, le Cognassier poussant en haies le long des roules. Une variété qui devient rouge en cuisant, dite Portugal, a paru très en faveur. Ces prix payent les frais et au delà certainement, c'est pourquoi tout le inonde se prépare activement pour la prochaine saison. Le tableau suivant donne l'état des exportations de la saison 1892-93. Nombre d'emballages en caisses, boîtes et mannes : Sortes déc. janv. fév. mars avril totaux Pommes » 27 112 213 51 523 Abricots 146 335 » » » 481 Raisin » 60 3.951 5.559 1.326 10.896 Melons » 34 117 30 » 181 Brugnons » 13 17 » » 30 Poires » 11 182 399 62 654 Pêches » 1-670 734 24 » 2.428 Prunes » » "' » » 7 Grenades » » » 5 » 5 Coings » » » 121 85 206 Tomates » 13 501 1.833 3^0 2.717 Nombre do colis .. . 146 2.163 5.681 8.244 1.894 18.128 Valeur déclarée (liv. st.) : 105 521 1.836 3.318 856 6.636 Ces exportations sont dues principalement à des marchands de Londres qui ont placé des capitaux dans celte entreprise. Avec MM. W. N. White et C ie et Duthoit Sainsbury et C ic de Co- Ven-Garden il s'est formé à Loudies deux Sociétés, la « Cape Orchard C ie » elle « Cape Fruit syndicale /> qui sont les qualre grands acheteurs du Cap, actuellement; ils ont un agent ou représentant à Capetown, pour faire leurs acbals, aulant que possible du cultivateur directe- ment, pour soiguer l'emballage opérer la séledion du fruit et assurer à sa maison beaux bénéfices que donne seulement le fruit de choix. Au contraire, les fermiers eux-mêmes peuvent envoyer leurs mar- chandises à des consignataires de Londres en leur payant une com- mission raisonnable sur le prix de vente obtenu. Dans ce cas, il n'est pas de leur intérêt de consigner ces marchandises à des maisons qui achètent directement au Cap. MM. George Munroé et Gaicia Jacob et C ie de Covent-Garden ont aussi reçu de forles consignations cette saison. 11 serait préférable que 40 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. le cultivateur consignât tous ses produits à ses risques et périls ; le fruit gagnerait à ne pas changer de mains, à être emballe', trie' sur place ; mais il est peu de personnes qui prendront cette initiative. Les autres seront trop heureuses de voir le courtier venir sur leur ferme, leur faire une offre pour une certaine classe de produits, et payer imme'diatcment par chèque. Le fermier est bien plus satisfait ainsi, que d'une affaire en commission. A Londres, le fruit est généralement vendu aux enchères et l'ha- bileté' du crieur est pour beaucoup dans les prix obtenus. Les maisons indiquées se sont efforcées de s'assurer des prix à peu près réguliers et suffisamment remune'raleurs. La Chambre de commerce de Londres a môme été sollicite'e de donner son appui à un projet de monopole, mais elle a répondu que, n'étant pas opposée en principe aux moyens nécessaires à maintenir les prix, elle ne pouvait cependant en assurer l'exécution. La saison prochaine va marquer une recrudescence certaine, et l'on se demande si le marche' de Londres pourra absorber les expéditions. On fait remarquer cependant la part croissante qu"occupe le fruit dans l'alimentation, et que la demande s'accroît aussi bien que l'offre. Les Tomates étaient inconnues il y a vingt ans, tandis qu'aujourd'hui sur les tables anglaises ce n'est plus un légume, mais un fruit qui se consomme journellement. La Banane était, il y a quelques années seulement, considérée comme un fruit insipide digne des sauvages ; et aujourd'hui, une maison de Covent-Garden distribue à elle seule jusqu'à dix mille ré- gimes par semaine. Vu l'intention des Anglais de faire des expéditions à Paris, la saison prochaine, il serait peut-être à désirer que des maisons de Paris agissent comme on l'a fait à Londres, et envoient quelques acheteurs au Cap. Nos compatriotes, cultivateurs de fruits, pourraient trouver aussi, je crois, une entreprise fructueuse dans cette région. Malgré tout, les bonnes fermes, même dans le voisinage du Cap proprement dit, ne sont pas rares, et sont encore d'un prix peu élevé ; dans quelques années, au contraire, le prix s'en élèvera beaucoup parce qu'elles seront de plus en plus recherchées. G. Vassahd, Titulaire d'une bourse commerciale à l'étranger. [Moniteur officiel du Commerce.) 41 III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Exportations du Honduras. — D'après les Colonial Office Reports (n° 91 pour 1893), cette possession anglaise de l'Amérique centrale a exporté dans l'année : 616,838 livres anglaises de bois de Campêche, 389,855 livres d'Acajou, 212,882 livres de Bananes, 12,191 livres de plantains (fibres de Bananier), 7,450 livres de Caoutchouc et 2,610 livres de bois de Cèdre des Indes occidentales (Cedrela). Le chiffre d'exportation des fruits, en y comptant les noix de Coco, atteint maintenant les deux tiers de l'exportation d'Acajou. De S. Reproduction de l'Hippopotame amphibie (H. amphibiusL.) en captivité. — Depuis 1887, on a obtenu cinq jeunes des Hip- popotames du Jardin zoologique d'Anvers (1). On en garda un ; les autres furent élevés, puis vendus. La durée de la gestation chez les femelles varia entre 233 jours (1887), 241 (1889), 238 (1890), 239 (1891) et 243 jours (1893), ce qui re- présente comme moyenne 259 jours ou environ huit mois. De 1887 à 1891, la mère Hippopotame mit bas sur terre; l'an der- nier, elle accoucha dans l'eau du bassin où le petit se mit aussitôt à nager avec aisance. Il fut toujours nourri par elle jusqu'à ce qu'il fut sevré; il cessait de téter au sixième ou au septième mois. Le jeune, né en 1893, fut sevré à cinq mois. — La femelle allaite son petit aussi bien à l'air que dans l'eau. Elle se montre remplie de sollicitude. L'on s'étonne aussi de voir cette masse gigantesque se remuer près du jeune sans lui causer jamais le moindre froissement (2). Db B. Piège à Pigeons des Maoris. — Le Rév. W. Colenso de Na- pier, dans la Nouvelle-Zélande, a recueilli une foule d'objets curieux en usage chez les anciens Maoris. Le musée royal de Kew a reçu encore de ce zélé collectionneur une sorte de tasse faite en écorce de Totara (Podocarpus totara A. Cunn.) qui mesure dix pouces de long sur huit pouces de large. L'écorce est en partie grattée à l'extérieur ; ses deux extrémités sont ramenées et attachées avec soin. Cet auget a donc à peu près la forme d'un petit bateau. Les Maoris s'en servaient comme accessoire dans leur chasse. Ils le plaçaient rempli d'eau au haut des arbres. Les Pigeons attirés (1) La Revue (1890 p. 262) publia dans son Procès- Verbal des observations sur la naissance d'un Hippopotame obtenue en 1890 dans ce même éta- blissement. (2) Les Hippopotames captifs ont reproduit dans plusieurs établissements zoologiques. Notons en particulier les intéressants élevages de ces animaux menés à bien au Jardin zoologique d'Amsterdam grâce au dévouement du sous-directeur M. Noordhoeck Hegt. 42 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pour boire étaient transpercés par un dard partant d'un piège dissi- mulé à côté de l'auget. Le Rév. Colenso rapporte ailleurs, dans les Transactions of the New Zealand Institute (XXIV, 1891, p. 451), avoir été témoin de cette chasse. Dans la région boisée d'Urewera, il vit des Oiseaux atteints de cette façon et les Maoris, entièrement nus, montant aux arbres avec l'agilité de Singes pour s'emparer de leur butin. G. L'époque du frai chez le Saumon de fontaine. — L tige où les divers Poissons cultive's dans nos établissements sont aptes à la reproduction n'a été contrôle' que pour un petit nombre d'es- pèces. Le Saumon de fontaine [Salmo fontinalis) paraît atteindre sa puberté à des époques peu régulières ; les causes qui influent sur son développement mériteraient donc d'être étudiées de plus près. La Fischerei Zeitung (1) mentionne les faits suivants : Le 15 mars 1893, on avait mis dans les viviers de l'établissement de Starnberg, en Bavière, des Saumons de fontaine qui venaient de perdre leur ve'si- cule embryonnaire. Au 10 février 1894, soit onze mois plus tard, cer- tains d'entre eux, mesurant 13 centimètres de taille, e'taient prêts à frayer. A leurs vives couleurs, on présumait que leurs organes sexuels e'taient de'veloppés. Chez plusieurs femelles que l'on ouvrit, on vit la laitance sortir de l'ovaire. Par contre, on constata que d'autres fe- melles du même âge n'étaient point aptes à engendrer. Une observation analogue a été notée précédemment dans la pisci- culture de Seewiese où l'on retira, au mois de novembre 1891, un Saumon de fontaine mQle, mis au printemps, alors qu'il possédait en- core une partie de la ve'sicule. Ce Poisson avait les organes de repro- duction bien développés. Pendant son séjour dans le vivier, il n'avait reçu aucune nourriture artificielle. De S. Composition chimique des Bois de Santal rouge et de Campêche. — Vers 1832, Pelletier a extrait le principe colorant des bois de Santal rouge sous l'orme d'une matière réslnoïde pulvérulente, blanchâtre, qu'il a nommée Santaline ou Acide santalique. Un peu plus tard, Preisser a pu obtenir ce corps à l'état cristallin, pur et incolore. La Santaline absorbe facilement l'oxygène de l'air et se colore instan- tanément en rouge foncé sous l'action des alcalis. Presque insoluble dans l'eau froide, les huiles fixes et volatiles, cette substance est un peu plus soluble dans l'eau bouillante ; elle se dissout presque entiè- rement dans les acides étendus, les solutions alcalines, l'éther et exceptionnellement, dans les essences de lavande, de romarin, d'a- mandes amères et de girofle ; la santaline est fusible à 104°. Soumise à l'ébullition, la solution de Santaline laisse déposer après refroidis- (1) N» 4 du 14 février et n° 5 du 28 février 1894. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 43 sèment une poudre rouge dans laquelle on distingue, à l'aide du mi- croscope, une foule de petites aiguilles prismatiques d'un rouge vil qui constituent la Santalène- Le bois de Santal rouge renferme en outre plusieurs autres compose's chimiques étudiés plus récemment par Wcidel, Francbimont, Sicherer, Cazeneuve, Hugounenq, etc. Les mieux connus sont la Ptérocarpine, Y Homoptérocarpine et le Santol, encore n'offrent-ils qu'un intérêt secondaire. Une chose plus impor- tante serait de connaître, et de pouvoir éliminer pratiquement, une autre matière colorante brune qui entrave les procédés industriels basés sur l'emploi du Santal rouge en teinture. L'eau froide et les huiles grasses sont à peine colore'es par le Santal rouge, l'eau bouillante ne lui enlève que très peu de matière colorante, mais celle-ci se dissout facilement dans l'alcool, l'e'iher, les solutions alcalines et l'acide acétique concentré. En résumé, le Santal rouge est un bois non extiactif qui ne cède sa couleur qu'aux tissus mordancés. Il donne en teinture un beau ronge marron solide et sert à la prépara- tion du « Bleu de Nemours ». On l'emploie surtout pour les lainages. Le bois de Campêche se distingue du Santal rouge par la solu- bilité de sa matière colorante dans l'eau, avec laquelle il donne un macère' d'un rouge foncé qui devient d'un rcuge jaunâtre sous l'action des acides et passe au violet presque noir par les alcalis. Ses princi- pales réactions sont les suivantes : Coloration rouge violet très fonce' par l'alun, plus claire par les sets d'étaiu; précipite' violet noirâtre avec le chlorure ferrique, bleu grisâtre avec le sous-ace'tate de plomb, bleu noirâtre avec l'acétate de cuivre, laque bleue en présence de l'ammo- niaque Ainsi qu'il résulte des travaux de Guibourt et des remarquables recherches de Preisser, il est bien établi que le principe colorant des bois rouges de teinture est le produit de l'oxygénation de l'air sur une matière incolore qui existe naturellement dans le tissu ligneux. Celui du Bois de Campêche a été isolé en 1810 par Chevreul qui l'appela Eëmatine. L'élude de ce corps, nommé aujourd'hui Hématoxglme, a été reprise en 1842 par Erdmann et vers 1859 par O. Hesse. C'est une substance non azotée, d'une saveur douce et sucrée, peu solublc dans l'eau froide et dans l'éthcr, facilement soluble dans l'eau bouillante et dans l'alcool. Sa solution aqueuse rougit sous l'action de l'air et de la lumière solaire, mais cette coloration s'efface en présence de l'acide sulfhydrique ; les autres acides la colorent en rouge vif et les alcalis la font passeï au violet pourpre foncé. A l'état de pureté, l'Hémaloxyline cristallise, en paillettes dorées ou en prismes trétragonaux incolores ou d'un jaune clair, brillants et transparents. VHématéine est le produit de l'action combinée de l'oxygène et de l'ammoniaque sur l'Héma- toxyline. Le Bois de Campêche est employé, le plus souvent sous forme d'ex- trait, pour la teinture des fonds bleus, noirs et violets, sur les tissus 44 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. de lin, de coton, de laine et de soie. On l'associe encore aux Brésil- leis, au Quercilron et au Sumac pour en obtenir de belles nuances va- riant avec les différents procèdes de mordançages. C'est à cette ma- tière colorante que les draps noirs de Sedan doivent le mérite de leur douceur et de leur velouté. L'extrait solido se prépare eu grand pour les besoins de l'industrie; on le trouve dans le commerce sous forme d'une masse rouge brun très foncé, cassante, réunissant les composés chimiques de l'Hématoxyline et de l'IIématine. En médecine, le Bois de Campêche est parfois administre' contre la diarrhe'e chronique, surtout chez les enfants, à cause de ses propriétés astringentes tempére'es par une saveur douçûtre. M. V.-B. Naturalisation de végétaux en Tunisie. — J'ai l'honneur de rendre compte à la Socie'te' nationale d'Acclimatation des résultats obtenus dans le Sud de la Tunisie avec les graines qu'elle a eu l'o- bligeance de me remettre. Les divers Atriplex australiens, les Atriplex nummularium, semibac- catum, halimoïdes, Muelleri, vesicarium, etc., ont parfaitement réussi dans les terrains salants. Ces plantes, semées au printemps de l'anne'e 1893, ont de'jà donné des graines en abondance qui ont e'te' utilisées en novembre dernier ; — nous avons ainsi obtenu beaucoup de nouveaux plants. — Cela rendra de grands services pour la nourriture du bé- tail; — les Moutons surtout broutent les Atriplex avec avidité. Les Kochia villosa se fout remarquer également par la vigueur de leur croissance. Les graines d'Halimodeiidron argenteum données par M. Cornu ont produit une vingtaine de pieds, mais les jeunes plants paraissent encore chétifs. La Société m'avait procuré aussi des graines de divers Eucalyptus. Trois espèces (les Eucalyptus incrassata, incrassata var. Dumasa et co- ■rynocalyx) se sont très bien développées. L'E. incrassata ne serait-il pas celui que le baron von Mueller de'signe comme produisant une essence précieuse? Quant aux E. corynocalyx, selon les conseils du baron von Mueller, je les ai fait placer dans des endroits désertiques ; ils y ont déjà passe près d'une année, sans recevoir d'autre irrigation que celle produite par les rares pluies de ces contrées et ils se com- portent très bien. Excellente réussite également pour les graines des Casuarina glauca, Callitris verrucosa, Acacias decurrens, pyenantha et New South Walss. On peut dire, d'une façon générale, que les essences australiennes viennent très bien sous la latitude de Gabés et dans les terrains de cette contrée, composés uniformément de sable et de gypse très cal- caire. J'ai l'honneur de présenter à la Société nationale des Galles de Ta- marix et de Limoniasirum Gtuyonianum. Le Limoniastrum Guyonianum CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 45 est un petit arbuste que l'on trouve en très grande abondance dans les terres fortement salées : il y aurait probablement inte'rêt à faire analyser ces Galles pour savoir la quantité de tanin qu'elles con- tiennent. J'ai cru devoir aussi pre'senter du Charbon de Tamarix. Des contro- verses se sont établies depuis longtemps sur le point de savoir si le Tamarix produisait ou ne produisait pas de bon ebarbon. D'après les expériences faites avec celui-ci, l'épreuve paraît tout à fait satisfai- sante. Ce ebarbon est de première qualité; il est lourd, compact, brûle lentement en produisant beaucoup de cbaleur. La culture du Tamarix demanderait à être encouragée. Grâce à cet arbre si intéressant, on pourrait boiser de grands espaces de terrains salés, qui jusqu'ici ont été complètement inutilise's. J'ai môme fait des essais de boutures de Tamarix en pleine Sebka et ces boutures ont parfaitement poussé. Dans notre domaine, nous avons, depuis deux ans, donné un très grand développement à la culture du Tamarix (nous en avons déjà plus de 10,000 pieds ) et cela dans des terres qui n'avaient aucune valeur et dont on n'aurait jamais pu tirer parti. Il est curieux de noter, à propos du Tamarix, la singulière vénéra- tion dont cet arbre est l'objet de la part des Arabes du Sud de la Tu- nisie. Pour eux, cet arbre est feguir. C'est un sacrilège de brûler une branebe de Tamarix et même un danger, car la fumée se rabattrait sur l'imprudent qui tenterait la chose et le rendrait aveugle! Mais tous les Arabes ont un bâton de Tamarix : c'est pour eux un porte-bonbeur. Le Tamarix, lorsqu'il est planté dans un sol très humide, atteint de grandes dimensions. Nous en avons un échantillon qui a e'té plante' il y a six ans, dont le tronc a plus d'un mètre de circonfe'rence et dont la hauteur atteint près de 7 mètres. Paris, le 15 mai 1894. Baronnet, Administrateur délégué de la C 10 française du Sud-Tunisien. Le fruit du Canéficier est une gousse ligneuse inde'hiscente, cylindrique, noirâtre et unie, pendante, longue de 10-50 centimètres sur un diamètre de 2-3 centimètres environ, composée de deux valves réunies par deux sutures longitudinales. On rencontre souvent sur une même branche, rassemblées par un pe'doncule commun, jusqu'à 12-15 gousses qui font, en se heurtant, lorsque le vent les agite, un grand bruit et tombent lorsqu'elles sont mûres. L'intérieur du fruit présente un grand nombre de petites loges formées par des cloisons transversales, renfermant chacune une semence elliptique, aplatie, rougeàtre, lisse et assez dure. Ces semences sont entoure'es d'une pulpe noire, épaisse, douce, sucrée et un peu acidulée qui constitue la Casse proprement dite. 46 UEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Fraîche, elle est inodore, d'une saveur fade et douçâtre; la fer- mentation à laquelle elle est sujette lui communique un goût désa- gréable analogue à celui des fruits gâtés. Pour l'extraire, on ouvre la gousse en frappant sur la suture ; on racle ensuite à l'inte'ricur les deux valves avec une spatule, et l'on sépare les graines et les de'bris ligneux mêles à la pulpe en passant celle-ci sur un tamis de crin. Elle constitue alors ce qu'on nomme la Cause mondée ; elle est dite casse en noyaux lorsque les graines n'ont point e'té enlevées. La casse mondée repre'sente environ la moitié du poids total des gousses. On la prépare en conserve, bouillie dans de l'eau, passe'e au tamis, coudense'e en extrait et renfermée dans des pots. C'est en cet état, sous le nom de Casse cuite ou confite, qu'on la trouve ordinairement dans le commerce. Les gousses entières prennent le nom de Casse en bâtons. Dans quelques contre'es, les gousses sont recueillies avant leur ma turité pour être confites au sucre après avoir e'te' préalablement bouil- lies dans l'eau. Les nègres sont très friands de casses vertes. D'après Vauqueliu, la Casse se compose chimiquement de : sucre (glucose et saccharose) 148,44 ; pectine 31,25 ; gomme 15,62 ; glutine 7,92 ; matière extractive amère ou principe actif 5,10 ; eau 236,99. La Casse e'iait fort en usage autrefois, mais son emploi tend à dis- paraître peu à peu. C'est un purgatif doux, utilisé dans les fièvres inflammatoires, à la dose de 60 à 125 grammes, soit pur, soit mélangé à d'autres substaaces, telles que la manne, le tamarin, les pruneaux, les sels neutres, etc. Ce produit, qui arrivait jadis du Levant, est reçu aujourd'hui en presque totalité de l'Amérique. J. G. Exportation des bois en Suisse. — On évalue à deux millions de francs la valeur des bois qui ont été' exporle's, en 1893, du canton de Fribourg. Malgré les nouveaux tarifs français, une grande partie a e'te' dirigée sur la France. Cela s'explique, car les bois fribourgeois sont supérieurs par leur finesse à beaucoup d'autres. De S. Le Chêne de Turquie dans le sud de l'Afrique. — Grâce aux envois de glands qu'expédie tous les ans le Jardin royal de Kew, l'introduction du Chêne turc [Quercus cerris) dans l'Afrique méridio- nale est maintenant un fait accompli. M. D -E. Hutchins, conser- vateur des forêts de la division orientale, recommande cette espèce, de préférence au Chêne commun (Quercus pedunculata) ; elle s'adapte mieux au climat. La colonie du Cap vient encore de recevoir, en un seul envoi, trente boisseaux (1,080 litres) de glands re'coltés à Kew. Ces glands furent transportés soit dans des barils pleins d'eau, soit dans des caisses remplies de fibres humides de Cocotier ; ce second mode d'emballage prévaut sur le premier. G. 47 IV. BIBLIOGRAPHIE. Les Plantes industrielles. Tome III. Plantes aromatiques, à parfums, à e'piccs et coudimentaires, par Gustave Heuzé. Un volume in-12 avec figures. Librairie de la Maison rustique, 26, rue Jacob, Paris. On donne le nom de Plantes aromatiques à celles que l'on utilise industriellement pour fabriquer des liqueurs, aromatiser certains ali- ments, etc. Le Houblon, qui joue un rôle si important dans la prépa- ration de la bière, est incontestablement la plante la plus intéressante de ce groupe. Aussi M. Heuzé a-t-il fait de ce vége'tai une ve'ritablc monographie comprenant : l'historique du Houblon, son mode de vé- gétation, ses diverses varie'tes, sa composition chimique, puis ensuite les différents proce'dés de culture, choix du terrain, re'colle, produits commerciaux, rendement, valeur numérique, etc. Nous trouvons en- core, traités dans les mêmes conditions, mais d'une façon plus suc- cincte, l'Anis, la Coriandre, l'Aneth, le Carvi et le Cumin. Parmi les plantes aromatiques cultivées pour leurs parties herba- cées, nous voyons l'Ange'lique, le Fenouil, l'Estragon, avec l'indica- tion du mode de végétation, la re'colte des graines ou des tiges, l'em- ploi des produits et leur valeur commerciale. La deuxième partie de ce volume comprend les plantes à parfums, c'est-à-dire celles dont les feuilles, les fleurs, les fruits ou les racines fournissent des odeurs remarquables de finesse et que l'on utilise dans les arts et l'industrie. Nous trouvons en première ligne, dans celte catégorie, une e'tude très complète sur le Vanillier; viennent après, avec un développement suffisant, la fève Tonka, la Ketmie odo- rante, le Rosier, le Jasmin d'Espagne, la Tube'reuse, l'Acacie de Farnèse, le Géranium rosat, etc., etc. Nous trouvons de plus, dans cette même partie, plusieurs ve'ge'taux fournissant des huiles essen- tielles employe'es en médecine et en parfumerie, telles sont les es- sences de Thym, de Marjolaine, de Cajeput, d'Eucalyptus, de Pat- chouli, etc. Les bois de rose, de Santal blanc, de Sassafras sont éga- lement décrits ; un chapitre spécial termine cette partie par l'examen de quelques plantes cultivées pour leurs racines ou leurs rhizomes : Iris de Florence, de Nard de l'Inde, Galanga, Acore odorant. Enfin, la troisième partie du livre est consacre'e aux plantes coudi- mentaires et à e'pices. Les premières sont toutes herbace'es et an- nuelles et ont une certaine importance au point de vue cultural ; elles comprennent la Moutarde, le Fenu-grcc, la Sarriette et autres, de'jà mentionne'es dans la première partie du volume. Les plantes à e'pices appartiennent principalement aux re'gions intertropicales ; elles sont toutes ligneuses. Leurs produits, connus sous les noms de poivre, 48 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. cannelle, girofle, muscade, elc, donnent lieu chaque anne'e à un com- merce 1res important dans nos colonies et autres pays d'outre-mer. Par ce simple énoncé des sujets traités, nos lecteurs pourront voir que le troisième volume de l'ouvrage de M. Heuzé n'est pas moins attrayant ni moins pratique que ceux pre'ce'demment publiés. M. V.-B. Les Ennemis de la Vigne et les moyens de les combattre, par E. Dussuc, inge'nieur agronome, laure'at de l'Ecole de Grignon, ex-stagiaire au Laboratoire de viticulture de Montpellier, 1 vol. in-16 de 308 pages, avec 140 figures, cartonne {Bibliothèque des Connais- sances utiles), 4 fr. — Librairie J.-B. Baillièrc et fils, 19, rue Ilau- tefeuille, à Paris. La Vigne est attaque'e par une foule d'ennemis dont plusieurs sont des plus redoutables. Ce sont ces ravageurs de la Vigne et les moyens de les combattre que M. Dussuc, mettant à profit l'expérience qu'il avait acquise au Laboratoire de viticulture de l'Ecole d'agriculture de Montpellier, a exposés en un volume simple, précis et concis, que la Société des agriculteurs de France vient de couronner. L'auteur étudie successivement les insectes souterrains et aériens nuisibles à la vigne, les maladies cryptogamiques et les altérations organiques de la Vigne. Parmi les insectes souterrains, le plus important est le Phylloxéra : M. Dussuc s'occupe longuement des moyens de destruction, soit pre- ventifs (plantation dans les sables, destruction de l'œuf d'hiver, dé- sinfection des boutures), soit curatifs (traitement au sulfure de car- bone et au sulfocarbonate, submersion des Vignes). Il passe successivement en revue tous les insectes nuisibles à la Vigne, les plus répandus, Pyrale, Cochylis, etc., comme les moins connus, tels que le Tétranyque tisserand qui produit la maladie rouge de la Vigne. Parmi les maladies cryptogamiques de la Vigne, le Mildiou occupe la première place, avec les procédés pour le combattre soit par les liquides, soit par les poudres. Viennent ensuite les moyens de com- battre l'Oïdium, l'Anthracnose, le Black-Rot, le Rot-Blanc, la Brunis- sure, la maladie de Californie, le Pourridie', etc. L'ouvrage se termine par l'étude de la chlorose et des autres altéra- tions organiques de la Vigne et les moyens de remédier aux de'gâts commis par la gelée et la grêle. < C'est un livre essentiellement pratique donnant tous les moyens proposés pour combattre les ennemis de la Vigne, leurs inconvénients et leurs avautages respectifs et leur prix de revient. G. de G. Le Gérant : Jules Grisard. 49 I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. ELEVAGES ET CHASSES AU PARC DE BOULANCOURT (HAUTE-MARNE) Par M. Jules PEHSIN. Lettre adressée à M. le Président de la Société nationale d' 'Acclimatation. En 1879, je vous avais demandé en cheptel un lot de Cerfs- Cochons, que vous avez bien voulu m'accorder. Pour les loger, je me suis hâté de clore une propriété boisée de 150 hectares, en terrain argilo-silicieux imperméable, de forme à peu près carrée avec légère pente partant du centre aux rives. J'ai creusé des fossés tout autour en rejetant extérieure- ment la terre de ces fossés, et sur le talus j'ai mis des gril- lages de 1 mètre au-dessus du sol, composés de deux bandes de m ,50, plus une bande de m ,25 que j'ai noyée dans le sol. J'ai fait mon grillage de trois pièces pour qu'il soit plus solide, pour que les réparations soient moins coûteuses et plus faciles à faire. Mon fossé et mon grillage donnent une hauteur d'environ 2 mètres. De l'extérieur il n'j' a que 1 mètre ; par deux fois il est entré des Sangliers qui ne pouvaient plus sortir, nous les avons tués ; quelque temps après, plusieurs Chevreuils ont franchi la clôture, nous les avons tués également. Nous ne voulons pas en conserver dans la crainte des braconniers, car la vente et le transport en seraient plus faciles que ceux des Cerfs-Cochons, qui ne sont pas communs. En mars 1880, vous m'avez livré le lot de trois Cerfs- Co- chons qui devait être composé d'un mâle et de deux femelles ; je les ai d'abord tenus dans un petit parc de 1/2 hectare pour les mieux surveiller. 20 Juillet 1894. 4 50 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Ceci m'a permis de voir qu'un des trois avait été forcé en voyage par les efforts qu'il avait faits dans sa cage; trois jours après son arrivée, il se traînait sur ses pattes de derrière en marchant sur ses jarrets, malgré cela on ne pouvait pas l'ap- procher pour le soigner. Tout doucement, cela s'est remis, et quinze jours après, il était bien redressé. Je les ai conservés encore un mois dans ce petit parc, et ensuite je les ai remis dans le grand de 150 hectares composé de 2/3 bois taillis et de 1/3 pâturage et tranches. Ces tranches sont très larges pour qu'on puisse tirer faci- lement et divisent le bois en carrés de 1 hectare chaque, ce qui permet de chasser très facilement et de retrouver facile- ment aussi, le gibier blessé. J'ai mis dans ce parc des Lapins qui, bien que le sol ne convienne guère pour faire les terriers, ont parfaitement réussi. Quant aux Lièvres, il y en avait assez pour la reproduction. Au mois de septembre suivant, nous chassions Lièvres et Lapins avec quatre ou cinq petits Chiens courants, Bassets à jambes droites, auxquels deux ou trois corrections ont suffi pour comprendre qu'ils ne devaient pas chasser les Cerfs. Nous avons, dès cette première année, tué beaucoup de Lièvres, Lapins et Perdreaux, sans que la voix des Chiens et les nombreux coups de fusil parussent trop effrayer les Cerfs. En mars 1881, nous nous aperçûmes que nous avions un jeune Cerf. En 1882, nous en avons eu deux. Dès lors, nous étions bien partis, et depuis, le nombre a augmenté assez vite, jusqu'à environ quarante à cinquante, • mais ce chiffre semble stationnaire. En 1883, nous avons tué un mâle, il pesait 60 kilos ; il était très bon à manger, sa chair ressemblait beaucoup à celle du Sanglier. A partir de cette époque, nous en avons tué tous les ans, en moyenne, de cinq à huit par an. Nous avons, dans ce parc, en liberté avec le gibier, trente ou quarante Vaches et vingt à trente Poulains. Quand nous voulons tuer un Cerf, nous l'approchons en voiture. Ayant l'habitude de vivre avec les Poulains, ils se défient peu; no:is les tirons sans descendre de la voiture. ELEVAGES ET CHASSES A BAULANCOURT. 51 Le poil de ces animaux est très fourré, la peau est assez épaisse, aussi supportent-ils gaillardement un coup de fusil chargé à très gros plomb ; j'estime qu'ils sont aussi durs à tuer que les Sangliers. Jamais nous n'en avons trouvé pesant plus de 60 kilos, c'est le poids maximum des mâles ; la plus grosse femelle que nous ayons tuée ne pesait que 45 kilos. La peau fait de très beaux et bon tapis. Je crois que si notre nombre ne s'augmente plus, c'est que nous laissons trop de mâles. Les mâles seuls abîment le bois avec leurs cornes, mais c'est peu important, ils ne le touchent pas de leurs dents comme font les Daims. Ils se nourrissent uniquement d'herbe ; dans les moments de neige, ils ne mangent que les feuilles de ronces, ils ne savent pas la gratter comme le font les Chevaux, les Lièvres et les Lapins, pour trouver l'herbe. Comme les Vaches, ils se laisseraient mourir de faim une fois les feuilles de ronces mangées, si on ne leur portait du foin de place en place sur la neige. Ils n'ont pas même, comme les Chevaux, les Vaches, les Lièvres, les Lapins, et je crois aussi les Kangourous, la res- source de manger le taillis, mais, contrairement aux Lièvres, ils viennent parfaitement trouver la nourriture qu'on leur porte. En 1884, la Société d'Acclimatation me mit en cheptel un lot de Kangourous, je les tins pendant longtemps dans un petit parc de 1/2 hectare ; j'eus assez de réussite comme production, mais les vieux mouraient de la cachexie. Je les conservai dans ce petit parc craignant qu'ils ne puissent résister aux Chiens courants, c'était une erreur. Ennuyé de les voir ainsi mourir, je lâchai les quatre qui me restaient dans le grand parc, pensant que là ils choisi- raient l'herbe qui leur convenait le mieux et s'élèveraient ainsi. Je suis à peu près certain que j'aurais réussi aussi bien qu'avec les Cerfs, si je n'avais eu des accidents. Une femelle qui était déjà malade au lâcher est morte, une deuxième a été étranglée par un Chien de berger qui était entré dans le parc, la troisième a été tuée par un de nos chasseurs maladroits, elle avait une femelle en poche ; malgré qu'elle allaitait, nous l'avons mangée et l'avons trouvée bonne, la chair ressemble à celle du Lièvre. 52 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Il ne reste plus qu'un mâle qui est bien gaillard et résiste à tout. Nous l'avions perdu de vue pendant six. mois, nous le croyions mort, quand un voisin vint nous dire: « Mes Chiens ont chassé un de vos Kangurous dans mes bois, n'ayant pas voulu le tirer au passage, je l'ai vu rentrer à votre parc, sur- veillez vos clôtures. » En effet, il était sorti, mais il est actuellement rentré. Si vous vouliez nous confier deux femelles, nous sommes cer- tains que nous réussirions aussi bien qu'avec les Cerfs. Notre parc est clôturé de grillages maintenus par des pieux en bois, quelques-uns sont déjà pourris, il sort bien quelques Lièvres et Lapins, jamais un seul Cerf n'est sorti. Ils sont tellement en famille, que s'il n'en sortait qu'un, je crois qu'il rentrerait, et cependant le Cerf-Cochon ne va pas en bande comme le Daim ; on les voit par deux ou trois, il y en a dans toutes les parties boisées de la propriété, ils ne recherchent pas plus un endroit qu'un autre. Les Kangourous recherchent les endroits humides, les bas-fonds. Les Lièvres et les Lapins se mettent un peu partout à l'ex- ception des endroits humides. Il n'y a pas plus de Lapins que de Lièvres, nous en tuons environ deux cents par an, moitié de chaque espèce; je crois que si nous en tuions plus ça n'en irait pas plus mal. Nous avons toujours cinq ou six compagnies de perdreaux gris. J'ai essayé des Faisans, je n'ai pas réussi, peut-être n'ai-je pas été assez persévérant. Notre parc est bordé sur deux côtés d'un étang appelé l'étang de la Horre (350 hectares d'eau), dans lequel nous tuons en moyenne par an, deux mille Canards, Sarcelles et oiseaux maigres, sans compter les Bécassines. Boulancourt, par Montiérender (Haute-Marne), le 14 juin 1894. 33 DES CHIENS D'AFRIQUE Par M. DE SCH.ECK d'après m. siber de sihlwald. (suite *) Les Lévriers de la région du Haut-Nil. L'origine africaine des Lévriers semble devoir être établie dans la région du Haut-Nil, au Soudan, au Kordofan et prin- cipalement dans le pays des Chillouks où la race est surtout renommée ; la plupart de leurs Chiens dérivent de cette souche. Cette race des Lévriers prédomine sur une assez grande étendue aux environs de Khartoum, mais princi- palement lorsqu'on remonte le Nil au Sud ; on s'en sert comme Chiens courants pour la chasse ; dans tous les cas, ils existaient déjà dans le sud au temps des anciens Egyp- tiens. On les voit souvent représentés, dessinés en noir, au milieu du butin de guerre des anciens Egyptiens ; ils prove- naient sans doute du Haut-Nil. On sait que le Lévrier n'est pas désigné en langue arabe sous le nom de « Kelb », ce qui signifierait Chien ; mais sous les noms de Suluk, Salak ou Seluh (ce mot proviendrait soit de la ville de Seluk dans l'Yemen, soit, d'après le géographe Al Hamdani, du nom de la ville de Suluku.) Suivant le D r Glaser, Sloughi désigne le Lévrier arabe ; c'est l'adjectif de Salak; Suluk exprime la pluralité. (Le Lévrier écossais est appelé Slogie en langue gallique.) Il est néanmoins curieux que Ton recherche l'origine des Lévriers du Soudan chez les Chillouks, alors que leur nom ressemble tant à la désignation du Lévrier arabe, Suluk. N'existerait-il pas là, en réalité, une liaison entre Chillouk et Suluk ? Les Lévriers des Arabes n'auraient- ils pas em- prunté leur nom : Suluk, à la localité de laquelle ils pro- viennent : Chillouk (1) ? (*) Voyez Bévue, 1893, 2« semestre, p. 529, et 1894, 1" semestre, p. 385. (1) Ratzel dans sou ouvrage Vôlkerhunde III, p. 137 partage une opinion 54 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Richard Strebel fait observer que les deux mots se prêtent facilement à une confusion, et il montra ses dessins de Chiens des Chillouks à des Suahelis qui se trouvaient à Munich ; ces gens reconnurent immédiatement les animaux pour des Lévriers et ils s'écrièrent : « Suluk », mot qui fut mis à tort pour celui de Chillouk par la plupart des personnes pré-' sentes qui savaient qu'il s'agissait de Chiens de ce pays. Par contre, quand on demanda aux Suahelis s'ils reconnaissaient les Chillouks, ils l'affirmèrent sans hésitation. Ainsi ils n'ont fait aucune différence entre Chillouk et le Siduh, qui leur était familier, c'est-à-dire le Lévrier. Nous avons déjà reproduit les renseignements détaillés de Sclrweinfurth sur le Chien des Chillouks, peuplade habitant le Haut-Nil par 12°-8° de latitude Nord et par 30-33° de lon- gitude Est. La figure 38 représente des Chiens de cette race ; elle est due au dessinateur Richard Strebel de Munich. Au sujet de cette forme de Lévrier j'ajouterai quelques notices que j'ai trouvées dispersées dans des ouvrages de géographie et d'histoire naturelle ; elles confirmeront et compléteront les données de Sclrweinfurth. Pendant son voyage dans la vallée du Nil, Robert Hart- mann observa attentivement ces Chiens et il en fit plusieurs portraits. Malheureusement il manquait de connaissances ap- profondies sur nos races actuelles. Voici un passage extrait de son ouvrage, d'ailleurs remarquable, qui le prouve : en parlant des Nigritiens, il réunit le Chien dit Basset de l'an- tique Egypte (figure 26) au Chien du Niam-Niam de Sclrwein- furth, ce qui est tout à fait inexact, comme je le démon- trerai plus loin en reparlant du Chien du Niam-Niam de Schweinfurth. D'après cet auteur, il existe chez les Dinkas (Denkas, Dengas) et chez les Chillouks, non loin du Haut-Nil, « une race de Lévriers qui serait la plus belle du monde entier et très estimée ». Si l'on tient compte de la description donnée par Schweinfurth et de notre gravure (figure 38), la louange qu'en fait Hartmann est très exagérée ; le Lévrier que l'on contraire. Il admet que les Lévriers du Hassanieh et ceux d'autres tribus du Soudan devenus arabes viendraient aussi d'Arabie; ceux des Chillouks auraient la même origine. DES CHIENS D'AFRIQUE. 55 trouve chez cette peuplade de nègres peut passer dans la ré- gion pour distingué quand on le compare avec les autres Chiens de ces contrées, mais il ne s'agit nullement d'une race dont l'élevage soit estimé. L'Annuaire 1881-82 de la Société de géographie de Berne mentionne les Chiens des Chillouks en ces termes : « Les Chillouks possèdent une fort belle race de Chiens ; leur struc- ture élégante leur donne quelque ressemblance avec nos Lé- vriers, mais ils sont plus petits. On leur confie la garde des troupeaux pendant la nuit, D'ailleurs, les Chillouks s'occupent peu de leurs Chiens. Leurs habitations consistent en grottes où ils vivent, en- fantent et meurent. Tout leur désir est qu'on ne leur fasse aucun mal. Le Zeitsclirift der Gesellscliaft fur Erdkunde, tome V, page 45, rapporte, d'après Schweinfurth, « qu'on rencontre les Chiens des Chillouks près de chaque hutte ; ils constituent une race particulière, laquelle cependant diffère peu de celle des Bédouins, peuplade de la région basse du Nil. Ils sont très répandus à Khartoum où ils sont connus sous le nom de « Chiens des Chillouks » ; peut-être, furent-ils tous introduits des pays nègres dont ils sont originaires. Leur conformation est celle d'un Lévrier bien bâti ; ils atteignent rarement la taille d'un Chien d'arrêt ; presque tous, sans exception, ont un pelage rouge couleur de Renard et un museau noir très allongé ...» Nous avons mentionné plus haut le Chien des Dinkas, peuplade voisine des Chillouks. Nous ajouterons seulement ce que Casati [Zehn Jahre in Aeqnaloria, I, p. 40) nous dit sur ces Chiens et ce que le Zeitsclirift fur allgemeine Erd- kunde, tome XIV, nous rapporte à leur sujet : « Les Dinkas cultivent généralement le Millet, les Fèves, les Courges, le Sésame et le Tabac ; ils élèvent des volailles et possèdent des Chiens de petite taille qui sont d'excellents gardiens de leurs huttes; ces Chiens appartiennent à une race de Lévriers. » Les cahiers supplémentaires de Petermann, n° 50, p. 24, nous donnent un récit opposé à celui de Casati : « Les Dinkas ont un petit nombre de Chiens, de petite taille, laids, qui ne se prêtent point à la chasse ou à la garde des huttes et des troupeaux. » 56 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Toutes les régions qui limitent le pays des Chillouks dans une vaste étendue possèdent des Lévriers ; la plupart des tribus en ont et, comme nous l'avons déjà dit, elles se vantent que leurs Chiens descendent de ceux des Chillouks ; elles DES CHIENS D'AFRIQUE- 57 considèrent ces derniers comme la l'orme ancestrale de leur race si précieuse. Nous reproduisons maintenant quelques renseignements sur les races voisines de celle des Chillouks. Brehm nous dit dans ses Récits de voyage du Nord-Est de V Afrique que le Chien du Soudan est un très bel animal, de forme élégante et de race noble. Les Nomades élèvent sur- tout d'excellents Lévriers qui chassent et capturent la Gazelle. Ces animaux remarquablement bien bâtis ont un pelage jaunâtre et soyeux. Les Arabes les estiment beaucoup et les paient très cher. Leur fidélité, leur attachement et leur courage sont sans égals; ils méritent donc toute l'estime que les indigènes montrent pour eux. Aux environs d'Assouan, je tuai un de ces Chiens qui, furieux, s'était précipité sur moi. Son propriétaire survint et fut inconsolable. « Puisque tu as tué|mon Chien, tu peux me tuer », s'écria-t-il avec désespoir en agitant ses bras au-dessus de sa tête. Plus loin (t. III, page 51), Brehm nous parle du Lévrier de Kordofan : « D'Amboukohl, qui est éloigné de neuf jours de marche de Dongola, nous poursuivîmes notre route, au milieu des steppes, dans la direction du Sud-Est et nous arrivâmes à un campement nomade. Une magnifique jument de la race si renommée de Dongolawi se tenait devant une tente et plu- sieurs Chiens Lévriers de Kordofan nous tombèrent dessus avec des aboiements furieux. » D'après les Mittheilungen de Petermann, les Hyènes se- raient abondantes en Nubie, entre Gebel Kassala et Khar- toum, mais elles ont un grand respect pour les Chiens ; elles rebroussent chemin devant eux. Les Chiens de leur côté se retirent devant les Hyènes, la queue entre les jambes, et re- viennent dans leur territoire respectif. Aussi ne surgit-il jamais de conflit sérieux entre ces animaux. Les Arabes Choukouriehs, qui occupent presque toute la ré- gion s'étendant entre l'Atbara inférieur et le Nil (c'est-à-dire entre Berber et Khartoum, sur la rive droite du Nil au-des- sus de la jonction de ce fleuve avec l'Atbara), possèdent de très beaux Chiens qui descendent de ceux des Chillouks et que des croisements avec des Chiens sauvages doivent avoir améliorés. En face des Choukouriehs, sur la rive gauche du Nil, on trouve les Arabes d'Hassanieh. Schweinfurth parle de cette peuplade dans les lettres qu'il adresse à sa mère et il rap- 58 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. porte que' ces gens possèdent une magnifique race de Lévriers réunissant toutes les qualités nécessaires pour la chasse à la Gazelle. Nous empruntons encore à Brehm ReisesMzzen ans Nor- do-tafriha la note suivante : « En arrivant au petit village de Butri au-dessus de Khartoum, peuplé par une tribu no- made des Hassanielis, nous vîmes des sortes de Lévriers d'un caractère très vif qui, à l'approche des étrangers, se grou- paient et aboyaient furieusement pour les obliger à re- brousser chemin. » Les Berouns qui habitent la région du Sennaar, au sud de Khartoum, entre le Nil-Bleu et le Nil-Blanc, élèvent encore de beaux Lévriers. Sdeudner en rencontra aussi une belle race à l'est du Sennaar, non loin de Dender et de Kedaref, et Schweinfurth nous dit dans sa Faune descriptive des mon- tagnes d'Elba que certains Bischarins possèdent des Lé- vriers qu'ils reçoivent des tribus nomades de l'Ethiopie. La peuplade des Bischarins qui habitent vers la frontière septentrionale de l'Abyssinie, entre le Nil et la mer Rouge, vit surtout de l'élevage du bétail. Ils ont une race de Chameaux renommée, un grand nombre de Chèvres et de Moutons, quelques Bœufs et quelques Anes. — Les Chevaux et les Lévriers de Nubie y sont rares, on les regarde comme des animaux de luxe. (L. Berghoff, Globus, 1881.) Les Nouers qui occupent la contrée près du Sobat, au sud du pays des Chillouks (par 10-7° de latitude Nord et 28-33° de longitude Est) possèdent, d'après Petermann, seulement des Chiens, « la plupart ont des oreilles droites, un pelage variant du fauve jusqu'au rouge. Leur poil est ras. Ils sont très disposés à aboyer. » Les Chiens que l'on observe entre Bahr-el-Azrag et le Sobat sont des Lévriers à peu près semblables. Ils ont pres- que tous des oreilles droites, un pelage lisse variant comme couleur depuis l'isabelle-jaunâtre jusqu'au brun-rougeâtre. Pruyssenaere constate en particulier (suivant R. Hartmann) que ces animaux aboient. Ce voyageur croyait probablement que cette qualité se perdait dans les contrées tropicales, mais on a reconnu que ce fait est rare. Junker (Reisen in Afrïka, 1. 1. p. 258) découvrit dans un village près Sobat plusieurs Chiens qui lui parurent être d'une race particulière : a Ils sont hauts sur pattes, de corps DES CHIENS D'AFRIQUE. 59 élancé, ont de grandes oreilles, un museau pointu, un pelage rouge-brunâtre et se rapprochent un peu des Mâtins du type Lévrier que l'on voit dans le Soudan oriental ; cepen- dant leur aspect général est plus massif. » Je ne dois pas omettre, pour compléter nos renseignements sur les Lévriers du Soudan, l'excellente description qu'en donne Brelim, dans la 3° édition de son ouvrage Tierleben. Brehm nous a décrit les mœurs et l'attitude du Lévrier du Kordofan ; ses données peuvent aussi bien se rapporter à toutes les races pures de Lévrier du Haut-Nil. « Au Nord, les Lévriers sont très différents sous le rapport de leur structure et de leur pelage, mais ceux du Soudan semblent appartenir à une race qui représente le Lévrier des steppes. Cet animal est de race noble, de caractère doux ; son pelage est soyeux, d'un jaune-isabelle pâle qui tire parfois au blanchâtre, mais souvent de couleur sombre, se rappro- chant de celle de la robe du Chevreuil. On remarque sur les anciens monuments d'Egypte cette race représentée avec d'autres, principalement le Lévrier tacheté, d'où il faut con- clure que cet animal remarquable était déjà élevé dans la plus haute antiquité. Pour ma part, j'ai pu l'observer à Kordofan. » Toutes les peuplades des steppes, aussi bien les séden- taires que les nomades , estiment le Lévrier d'une façon toute particulière. Je n'ai pas réussi à acheter un de ces Lévriers, parce que ces gens ne voulurent entendre parler d'aucun marché. » Certaines coutumes qui sont devenues en quelque sorte des lois prouvent la valeur que Ton attache à ces Chiens. En voici un exemple : dans l'Yemen, la tradition impose à celui qui tue un Lévrier de donner, comme expiation, du froment en quantité suffisante pour en couvrir le Chien ; on suspend celui-ci à une lance de manière à ce que l'extrémité de son museau touche le sol. Or le prix du froment est assez élevé dans ces contrées ; cela représente donc une forte somme. Car un Lévrier que l'on suspend de cette façon demande, pour être entièrement recouvert de grains , un très grand nombre de boisseaux. » 60 REVUE LES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. DEUXIEME PARTIE En 1848, durant un séjour de plusieurs semaines au village de Melbess, dans le Kordofan, j'eus souvent l'occasion d'ob- server les Lévriers de cette région. Les habitants des cam- pagnes cultivent les Céréales, mais ils se nourrissent princi- palement des produits du bétail et de gibier. C'est pour cette raison qu'on voit chez eux seulement des Chiens de berger et des Lévriers ; les premiers gardent les troupeaux, les seconds, les habitations. C'était vraiment plaisir de parcourir ce vil- lage, car l'on voyait devant chaque hutte trois ou quatre de ces magnifiques animaux, plus beaux les uns que les autres. Ils se montraient très éveillés, ce qui les distingue des races voisines. Ils protégeaient le village contre les surprises noc- turnes des Hyènes et des Léopards ; mais on ne les a jamais vus repousser les Lions. Pendant le jour, ils restaient tran- quilles et silencieux ; mais, au crépuscule, leur activité com- mençait. On pouvait les voir alors grimper le long des murs et escalader même les toits coniques en paille, des dohhâls ou huttes de l'orme arrondie ; car ils avaient là leurs postes d'observation. La souplesse dont ils font preuve en grimpant suscita à bon droit notre admiration. En Egypte, j'avais déjà remarqué que les Chiens des villages vivent pendant la nuit, plutôt sur les habitations que dans les rues ; en Egypte, tous les toits sont plats ; au contraire, à Melbess, cette l'orme est l'exception ; cependant nos animaux s'y promenaient aussi bien que sur terre. Quand la nuit arrivait, on entendait d'abord des jappements et des aboiements, mais bientôt tout devenait tranquille, et, l'on percevait à peine le bruit que les Chiens faisaient en par- courant les toits sous lesquels nous reposions. Durant tout mon séjour, il ne se pas.^a pas de nuit sans qu'ils trouvassent l'occasion de rendre service aux habitants. Chaque nuit, une Hyène , un Léopard, un Guépard, des Chiens sauvages et autres animaux de rapine s'approchaient du village. Le Chien signalait aussitôt l'approche de ces hôtes maudits en aboyant vivement d'une manière saccadée et particulière. Une nuit, à Nu, la troupe entière paraissait agitée ; tous les Chiens bon- dirent de leurs postes élevés ; en un clin-d'œil, une meute s'était formée dans la rue et s'élançait hors du village pour DES CHIENS D'AFRIQUE. 61 soutenir le combat contre l'ennemi. Généralement, un quart d'heure plus tard, la société s'était rassemblée de nouveau. L'ennemi avait été mis en fuite ; les Chiens rentraient victo- rieux. Cependant, vis-à-vis du Lion, ils se montraient lâches et rampaient en hurlant dans un coin de la seribâ ou clôture de haies entourant le village. Chaque semaine, il y avait quelques jours de fête pour ces animaux. A l'aube, on entendait parfois dans le village le son d'une corne qui déterminait chez eux une agitation indescrip- tible. Lorsque j'entendis pour la première t'ois le son de cet instrument, j'ignorais ce qu'il annonçait; les Chiens le sa- vaient fort bien. Deux ou quatre d'entre eux partaient de chaque hutte et se dirigeaient avec des bonds sauvages vers l'endroit d'où partait le son ; en quelques minutes, une troupe d'au moins cinquante ou soixante Chiens se trouvait réunie autour du sonneur de corne. Semblables à des enfants impa- tients, ils se pressaient contre l'homme, lui sautaient au visage, hurlaient, aboyaient, jappaient, gémissaient, se pré- cipitaient sur lui, se serraient les uns contre les autres et chassaient avec jalousie ceux qui se tenaient trop près du musicien ; en somme, leurs allures et leur voix décelaient une excitation sans bornes. Lorsque je vis apparaître devant la plupart des huttes des hommes avec leurs épieux et des cordes diverses, je compris alors ce que voulait dire le bruit de la corne ; c'était un appel pour la chasse. Les chasseurs se rassemblèrent près des Chiens, chacun cherchant le sien au milieu de la troupe confuse. Un homme en conduisait ordi nairement quatre ou six. Mais il avait souvent toutes les peines du monde à modérer l'ardeur de ces animaux. C'était une bousculade, des jappements et des aboiements sans fin. Finalement, tout le cortège de chasse sortit en bon ordre du village ; le défilé offrait un beau spectacle. On n'allait pas loin, car les forêts voisines étaient giboyeuses et la chasse deve- nait productive grâce au zèle et à l'adresse des Chiens. Ar- rivés près d'un taillis, les chasseurs se rangeaient en cercle; on détachait les Chiens qui se précipitaient au milieu des broussailles et prenaient presque tout le gibier qui s'y trou - vait. On m'apporta des Outardes, des Pintades, des Franco- lins, même des Poules des steppes capturées par eux. Une Antilope ne leur échappe jamais, car ils se mettent toujours quatre ou six à sa poursuite. Le butin ordinaire se composait 62 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. d'Antilopes , de Lièvres et de Gallinacés , parfois aussi de Chiens sauvages (Canis simcnsis), de Renards de steppes ( Vitlpe s famellca) et d'autres bêtes de rapine de ce genre; on m'assura que le Léopard, le Guépard ou la Hyène de- venaient souvent la proie de ces Lévriers. Ces Chiens font la gloire des habitants des steppes qui les conservent avec une sorte de jalousie. On n'en voit aucun chez les Arabes sédentaires des plaines basses du Nil; mais rarement un habitant des steppes descend le fleuve sans em- mener deux ou trois de ses animaux préférés ; il perd ordi- nairement l'un d'eux qui lui est ravi par les Crocodiles. Les Chiens nés et élevés sur les rives du Nil ou dans son delta ne se laissent jamais surprendre par les Crocodiles. Quand ils veulent boire, ils s'approchent du courant avec pré- caution et ne s'y hasardent pas aveuglément, comme c est le cas pour les Chiens des steppes qui ignorent le danger. Un Chien du Nil, pour le décrire en peu de mots, arrive avec quelque défiance sur la rive du fleuve, observe attentivement l'eau, avance avec prudence jusqu'à elle, tient les yeux fixés sur l'élément trompeur, et boit à plusieurs reprises, se re- tirant promptement au moindre mouvement des vagues ; au contraire, le Chien des steppes ne pense pas que quelque chose puisse être caché dans l'eau ; insouciant, il entre dans le courant pour se rafraîchir le corps, et il devient souvent la proie des Crocodiles. Je ne puis du reste aflirmer si c'est seulement pour cette raison qu'on ne garde aucun Lévrier près du Nil. M. Pierre Mégnin nous donne un dessin (flg. 39) et la des- cription du Lévrier du Soudan ; il rapporte à ce sujet les ob- servations de Brehm; il mentionne que Brehm a signalé ce Chien comme ayant été représenté sur les monuments de l'Ancienne Egypte, où il est figuré soit d'une seule couleur, soit avec des taches ; il cite un bas-relief de l'un des temples de Pharaon dans la Basse-Nubie (Ibrimj où l'on voit Osorsate, gouverneur de la province, offrir des présents au roi Ameno- phis II; on y remarque entre autres des Lévriers qui sont le portrait du Lévrier actuel du Soudan. « Malheureusement Brehm ne nous donne aucun dessin ; nous sommes en état de combler cette lacune, grâce au marquis d'Assereto, de Bour- deleau, près de Villefranche (Rhône], qui posséda un exem- plaire remarquable de cette race. Il le reçut il y a environ DES CHIENS D'AFRIQUE. 63 cinq ans de Zanzibar (fig. 39). L'animal périt accidentelle- ment, mais son propriétaire eut l'obligeance de nous faire parvenir son cadavre et nous permit de relever les mesures exactes de cet individu. Voici ses dimensions : Hauteur aux épaules . . . 0"\68 Longueur de l'extrémité du museau jusqu'à la racine de la queue. . . . l m ,10 Longueur de la queue. . . . m ,50 Longueur de la tête m ,28 Tour de la tête au-dessus des yeux m ,42 Tour du museau m ,22 Longueur des oreilles droites m ,13 Tour de la poitrine m ,T8 Tour du ventre m ,55 Distance de l'articulation de la patte jusqu'aux ongles m ,16 Longueur des paltes m ,18 N. B. — Il n'y a aucune trace d'ongles de Loups. Le poil de ce Lévrier était un peu grossier, plutôt mi-long que fin et court; il était plus long dans la région du cou, du dos et sur la queue où le pelage se rapprochait plus de celui du Chien courant. Sa coloration était pie rousse, rouge jau- nâtre et blanche ; sa peau, une fois dépouillée, ressemblait à celle d'un Veau. On distinguera facilement sur notre figure la distribution des couleurs. D'après le récit de son propriétaire , ce Chien faisait preuve d'une grande intelligence et il avait un nez remar- quable, ce qui est rare chez les Lévriers; en outre, il aimait l'eau et se montrait excellent nageur. Il adorait les enfants ; un jour, il retira de l'eau un jeune garçon et alla ensuite re- pêcher son chapeau. Il défendait les petits Chiens qu'il con- naissait contre ceux de forte taille et cherchait volontiers querelle à ceux-ci, ce fut même la cause de sa fin; pendant une bataille, le maître de son adversaire lui lança des coups de bottes qui déterminèrent une lésion interne mortelle. Cet animal était excellent pour la chasse ; il tuait aussi les Serpents d'une manière spéciale : quand il jugeait le mo- ment favorable, il s'élançait sur le Serpent et lui écrasait la tête avec ses pattes. A mon avis, M. Mégnin va trop loin, en considérant cet animal comme descendant direct du Lévrier du Soudan. La localité d'où il est originaire, Zanzibar, qui n'a aucun lien avec le Soudan, paraît d'abord s'y refuser. J'ajouterai que je n'ai observé aucun Lévrier de ce genre à Zanzibar. Tous ceux 64 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIOUEES. que je rencontrai portaient les oreilles pendantes, comme on peut le voir plus haut sur le Lévrier de Syrie ; cette race n'en reste pas moins un type entièrement africain ; elle semble se rapprocher des races peu nombreuses de Lévriers améliorés que l'on trouve répandus dans tout le Nord et le Nord-Est Fig. 59. de l'Afrique. Le Chien serait trop grand et trop fort pour être placé à côté du Lévrier des Chillouks qui ressemble de son côté au Sloughi du Kordof'an et du Soudan. La forme de ses oreilles et la rudesse de son pelage font conclure plutôt à un croisement ancien avec le Pariah. Dans tous les cas, ce portrait authentique d'un Lévrier de l'Afrique orientale offre de l'intérêt. (A suivre.) 65 AQUICULTURE EN BELGIQUE (1) Par M. YANDER SN'ICKT. Monsieur le Président, Si je me suis permis d'écrire que la fécondation et l'alimen- tation artificielle ont pour résultat d'amoindrir la qualité du poisson et de produire une race abâtardie et dégénérée, je l'ai fait d'après des renseignements que le D r Hamilton a tien voulu mettre â ma disposition, et aussi parce que c'est l'avis des Chinois, dont, en cette matière, l'opinion n'est pas à dédaigner. Nous ne sommes pas, je crois, moi du moins, suffisamment expérimentés, pour pouvoir les contredir ne appuyant la divergence de notre appréciation par des preuves. Nous nous réjouissons pour l'avenir de la pisciculture, d'apprendre par M. Raveret-Yûtttel, qui certes fait autorité en cette matière, que c'est précisément le contraire de ce que nous avancions qui se produit. Les expériences en aquarium, les méthodes de féconda- tion artificielle, de stabulation et conséquemment d'alimen- tation artificielle, ont beaucoup contribué à vulgariser le goût de la pisciculture, à introduire et à faire connaître des races de poissons supérieures à nos races indigènes ; mais après de longues recherches nous ne sommes pas encore par- venus â tirer de ces élevages un profit réel, soit au point de vue de la qualité et de la quantité de chair comestible, soit simplement au point de vue de l'argent. Une Truite d'un kilogramme nourrie â la viande de bœuf, aura non seulement coûté 25 francs au bas mot à l'éleveur, mais sera de plus le produit d'un gaspillage. La viande de cheval employée au même usage eût été tout aussi nutritive, et peu importe que, par suite d'un préjugé, elle se mange peu en France. Ces exemples de dédain injustifié ne sont pas rares. Les (1) Note en réponse aux observations présentées dans la séance générale du 2 février 1894. [Voy.Bevue, 1- semestre 1894, page 271.) 20 Juillet 1894. 5 66 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Allemands ont été longtemps avant de se décider à manger du Lapin, les Hollandais ne veulent pas du Mouton, les Ir- landais ne toucheraient pour rien au monde aune Anguille, ce qui n'empêche pas Lapin, Mouton et Anguille d'être très jus- tement appréciés ailleurs. Le seul bénéfice réel à tirer du poisson est de lui faire con- vertir en saine et excellente chair, des matières animales ou végétales qui autrement seraient perdues. M. le Président l'a parfaitement compris et exprimé, l'a- venir de la pisciculture est dans l'aquiculture, c'est-à-dire dans l'industrie qui fait rapporter à une pièce d'eau plus d'argent qu'elle n'en coûte en frais d'entretien et de peuple- ment ; qui fait produire un revenu largement rémunérateur du capital que représente l'étang par la surface qu'il occupe et la dépense qu'a pu entraîner sa création. C'est le même principe qui régit l'agriculture pour la mise en valeur des terres. D'après des comptes de plusieurs années, un hectare d'é- tang dans nos bonnes terres de Belgique, peut donner en moyenne 500 kilos de chair de poisson par année, tandis que la même surface en prairie, fournit ordinairement dans le même laps de temps 200 kilos de viande. Notre principe est de verser chaque année le nombre exact de poissons nécessaire pour utiliser toute la nourriture four- nie naturellement par la pièce d'eau, et d'autre part d'at- tendre que le poisson ait atteint le maximum de sa croissance. Le choix de la race et surtout des reproducteurs a donc une importance capitale. Au début nous avons sélectionné avec soin, comme futurs reproducteurs, les exemplaires les plus parfaits, les plus vi- goureux. Ils étaient élevés dans des petits étangs admirable- ment aménagés, et nourris sans égard à la dépense, nous souvenant du principe agricole, qu'un bon reproducteur ne coûte jamais trop cher. Hélas ! nous faisions de la théorie pure dont la pratique nous a bientôt démontré l'erreur. Des poissons de même es- pèce et de même âge dédaignés par nous et lâcbés dans la grande eau, où ils vivaient une saison sans être l'objet d'au- cun soin, mais à l'état naturel, étaient repêchés en même temps que nos favoris du début, et se trouvaient deux et trois fois plus gros qu'eux. AQUICULTURE EN BELGIQUE. 67 Admettons qu'en servant de la viande à des Truites, de la pâte à des Carpes, on parvienne à obtenir des reproducteurs de grande taille, cette obésité héréditaire ou non, obtenue par la stabulation, pourra-t-elle nous être utile ? Quand ces poissons seront lâchés, la Truite ne se demandera-t-elle pas de quel côté va lui arriver sa ration de viande hachée ? La Carpe ne cherchera-t-elle pas à happer sa pomme de terre bouillie habituelle ? Nous préférons, quant à nous, sélectionner des Truites dont le développement précoce est dû à la voracité innée avec laquelle elles se jettent sur tout alevin, à l'agilité avec, laquelle elles saisissent, pour ainsi dire au vol, des mouches passant à plus d'un pied de la surface de l'eau. Nous préfé- rons des Carpes actives, continuellement la trompe en bas, la queue en l'air qui, au lieu de rester tout l'hiver engourdies dans la vase, profitent de chaque beau jour pour pâturer et grossir. Nous ne nous sommes pas exprimé sans doute, avec assez de clarté au sujet des syndicats destinés à régler l'écoule- ment du produit des étangs. Nous avons en ce moment sous notre direction plus de 200 hectares d'étangs, et chaque jour nous sommes appelés à contracter avec de nouveaux propriétaires. Ils ne se plai- gnent nullement d'être dépossédés par nous ; bien au con- traire ils s'intéressent vivement à une culture dont ils n'a- vaient pas la moindre idée. Antérieurement leurs étangs ne leur donnaient aucun re- venu, ou étaient affermés pour une somme insignifiante; de- puis que nous nous sommes fait le régisseur, le gérant de la section aquicole de leurs domaines, ils touchent chaque an- née une bonne somme d'argent, et s'ils en abandonnent le quart à celui qui la leur procure, ils le font bien volontiers. Nous proposons le mode de culture pouvant rapporter le maximum, nous insistons principalement sur la prépara- tion du plafond des étangs qui est, en aquiculture, ce qu'est le labour en agriculture ; si pour des motifs personnels le propriétaire ne veut pas suivre à la lettre nos instructions, il en fait à sa guise, et nous proposons autre chose. Dans tous les cas, il n'est jamais contrarié ni gêné plus qu'il n'y consent, dans la jouissance pleine et entière de sa propriété. Il lui suffit de bien vouloir vider ses étangs en hiver, à prix con- 68 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. venu, ou pendant que le château est inhabité, pour être as- suré de l'écoulement le plus avantageux de son poisson. Le syndicat pour la vente est une autre affaire, greffée sur la première, et dont les actionnaires doivent être choisis exclusivement parmi les propriétaires d'étangs. Il existe à Bruxelles une chambre syndicale d'alimentation dans la- quelle il vient d'être fondé une section de pisciculture. M. le comte de Biïey en est le président, et nous avons l'honneur d'en être le secrétaire. Les intérêts des producteurs, des in- termédiaires et des consommateurs se confondent. Comme le disait fort bien M. le Président, le syndicat sera peut-être obligé de créer des réservoirs ; cependant nous es- pérons trouver un moyen plus économique de fournir le marché de poisson tué, saigné et dans toute sa fraîcheur, n'importe combien de jours ou de mois après la pêche. Le D r Lawrence Hatnilton de Brighton a consacré sa vie à vulgariser l'aquiculture en Angleterre. Nous lui avons de- mandé un jour de vouloir bien nous communiquer le résul- tat de ses investigations à ce sujet. Le D 1 Hamilton s'est exé- cuté de bonne grâce, généreusement et sans réticence. Nous ne voulons pas être en reste de courtoisie internationale et cacher les procédés qu'il nous a indiqués ; nous voulons au contraire les divulguer pour le bien et le profit de tous. Chaque année, pendant la seconde quinzaine du mois de mai, nous disposons d'une quantité infinie de petites Carpes que nous ne pourrions conserver qu'à la condition de posséder un établissement d'élevage d'été de quelques centaines d'hec- tares d'étendue. Celui de la Hulpe n'en a que vingt, et celui de Court-Saint-Etienne six. Nous engageons donc les propriétaires d'étangs syndiqués, à bien vouloir laisser à sec tous les étangs qui s'y prêtent sans inconvénient, et cela jusqu'au 15 mai. Ils reçoivent alors les alevins proportionnellement à l'é- tendue dont ils disposent, pour le produit être mis en com- mun et partagé au mois de novembre suivant. Grâce à cette combinaison , l'empoissonnement de leurs étangs s'est fait sans qu'il leur en ait coûté autre chose que les frais de trans- port par chemin de fer. Or en Belgique le poisson vivant voyage par expvess et ne paie qu'au tarif de la petite vitesse; de plus des dépêches télégraphiques sont transmises du bu- reau de départ à toutes les gares où doit s'opérer le transbor- AQUICULTURE EN BELGIQUE. 69 dément. Il n'est pas douteux que vos grandes Compagnies de France ne vous accordassent en vue de l'intérêt général les mêmes faveurs, si elles en étaient sollicitées par une société comme la vôtre. Depuis cette année nous espérons pouvoir appliquer le même système de peuplement aux Truites arc-en-ciel. Nous sommes enfin parvenu à nous débarrasser définitivement delà reproduction et du nourrissement artificiels, en réalité contre nature. M. le comte Goblet d'Alvielle possède actuellement à Court, dans un terrain d'un hectare, 300 Truites arc- en-ciel, de trois saisons, vivant au milieu de bandes innombrables de Perches-soleil , de Goujons , de Vérons et autres petits poissons. Le 28 mars dernier, le matin de bonne heure, le premier couple est venu frayer sur le lit de cailloux préparé à cet effet. Sur 300 œufs récoltés, un seul était blanc et un autre blessé. Ces frayères perfectionnées à la suite d'expé- riences faites l'année dernière, sont construites de la façon la plus primitive. La récolte des œufs peut s'opérer chaque jour. Il suffit pour cela de tendre un filet en tulle, de lever d'un doigt une planchette et le courant qui s'établit sur le faux fond entraine tous les œufs dans le filet. Ils peuvent ensuite être comptés, ou plutôt mesurés, et transportés sur les frayères d'éclosion, d'où les alevins descendent directement dans les étangs à Carpes, ou dans un bac à cadre qui les in- tercepte, pour être vendus, ou mieux pour être expédiés aux étangs d'autres propriétaires dont la culture nous est confiée. Contrairement à ce qui se pratique généralement, nous traitons les œufs de Truites recueillis au printemps, autre- ment que les œufs déposés avant l'hiver, et dont l'éclosion doit être retardée le plus possible. Nous tâchons d'avancer l'incubation dans de l'eau préa- lablement chauffée au soleil et chargée d'infusoires. Dans ces conditions, la vésicule peut être absorbée en moins de cinq jours, et nos alevins atteignent en moyenne 18 centimètres avant l'hiver suivant. Naturellement la croissance dépend du nombre des sujets réunis dans le même étang et de la nourriture qu'ils y trouvent. La Truite arc-en-ciel se développe rapidement dans l'eau chaude et stagnante, et nous avons toujours observé que 70 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. celles qui s'attardent dans l'eau courante des frayères, n'at- teignent pas la taille du Véron au moment de l'hiver. Une des grandes causes d'insuccès dans l'élevage des Truites, est la facilité avec laquelle elles s'échappent par la moindre fuite, ou la moindre galerie de Taupe vers les ruis- seaux et les rivières, à l'embouchure desquelles elles se font prendre à la ligne. Il n'y aurait là qu'un demi-mal ; mais les Brochets sont généralement plus adroits que les pêcheurs. Après avoir vainement essayé tous les systèmes de grilles pour arrêter les évasions, nous avons fini par trouver le moyen de couper la retraite aux Truites vagabondes en en- diguant les prairies dans lesquelles à la suite d'un orage ou d'une fonte de neige subite l'eau peut s'accumuler et ensuite se décanter par une grille à cinq pans. En route, le 18 avril 1894. Ma grande préoccupation pour le moment était l'élevage pratique de la Truite arc-en-ciel poursuivi depuis trois ans. J'ai réussi au-delà de mes espérances et je tenais à ne pas perdre du temps pour vous l'apprendre. J'ai parlé de la nécessité de chercher à conserver le pois- son, parce que ces recherches seront une des premières et des plus utiles dépenses à faire par le Syndicat. Jusqu'ici, nous n'avons pas encore élevé plus de poissons que nos réser- voirs n'ont pu en contenir en attendant le jour de la vente ; mais avant deux ans il y aura excès. Dans le pays plat, les Truites ne pourront pas toujours être pêchées vivantes au milieu des Carpes, et les étangs sont souvent loin d'une gare de chemin de fer. En dehors de notre service d'approvision- nement régulier des marchés, consistant à échelonner les pêches et à expédier directement le poisson de l'étang au marché, nous avons à étudier trois procédés de conservation: 1° Le système du docteur Laurence Hamilton, décrit dans sa brochure « Imperishable fresh fish ». J'aurai l'honneur de vous mettre en rapport avec M. Hamilton qui a passé sa vie à étudier l'aquiculture en Chine et autres pays, afin de l'in- troduire en Angleterre. C'est encore le docteur Hamilton qui préconise le procédé de saigner et tuer rapidement tous les AQUICULTURE EN BELGIQUE. 71 animaux avant de les livrer à la consommation, qui a donné des modèles des marchés aux poissons, etc. ; 2° Le système allemand : Il a été trouvé en Allemagne d'a- bord un liquide servant à conserver les animaux, sans au- cune altération et dans toute leur souplesse. Le gouvernement a acheté le secret et a fait publier la recette, il y a dix ans environ, je crois. Depuis M. Wickersheimer a trouvé un li- quide semblable, mais anodin, applicable aux volailles à expédier au-delà de l'Equateur et à toutes autres viandes ; peut-être aussi au poisson, et c'est ce qui nous intéresse ; 3° Enfin les différents systèmes d'encaquer, de fumer, de mettre en boites le poisson surabondant décrits dans les rap- ports de la Fish Commission des États-Unis, des Nouvelles- Galles du Sud, le Bulletin de la Société d'Acclimatation de France, etc. La Chambre syndicale alimentaire (section poisson) étudie ces questions, et nous espérons en faire pro- fiter le Syndicat des Aquiculteurs. Je crois vous avoir écrit que ces questions sont l'avenir de notre Syndicat ; mais pour le présent, il est basé sur la pro- duction économique de la Truite, de la Carpe, du Catflsh et de poissons secondaires, comestibles étant adultes et alimen- taires pour les Truites à l'état d'alevins. Ce sont les moyens d'arriver à cette production économique que je voudrais vul- gariser dans l'intérêt général. Le Catflsh n'exige aucun soin. La Carpe géante donne chaque année des millions d'alevins le 15 mai, des dizaines de mille de feuilles le 1 er juillet, des milliers de têtes d'empois- sonnage le 1 er novembre, il n'en reste plus que des centaines sur réservoirs au printemps. La Truite arc-en-ciel a com- mencé sa ponte naturelle, cette année, le 28 mars, elle est dans son plein maintenant. Les premiers œufs étaient em- bryonnés le 4 avril, les premières éclosions ne tarderont pas, et dans de l'eau à 16 et 20° c, la résorption se fait en moins de cinq jours. Ces alevins (race blanche) atteignent 18 centi- mètres en novembre, nous venons d'en pêcher à La Roche (Brabant), le 17 avril 1894, mesurant presque 27 centimètres de long. Le 15 avril, nous avons repris à La Hulpe, pour les faire pondre dans de l'eau chaude, des sujets (race rouge de Gouville) de deux ans, mesurant 42 centimètres de long sur 10 de large. La saison étant un peu avancée, nous nous hâtons d'ex- 72 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. pédier sur réservoir le poisson qui n'a pas été lâché dans les étangs. Il doit rester à La Hulpe un millier de Catfish que je vends 1 fr. 50 pièce, 12 fr. 50 la douzaine, 50 fr. le cent. Toutes les Carpes miroir (feuilles) ont été expédiées avant l'hiver, il en reste peut-être quelques centaines de 10 à 12 centimètres qui sont expédiées à 25 fr. le cent ; un millier de kilos de Carpes de deux étés (3 au kilo) et autant de Carpes de trois étés (de 1 à 2 kilos) sexe encore indéfini. Ces der- nières, de très belle race, mais toutes ayant eu à souffrir de l'encombrement ; aussi 18,000 feuilles (d'août) à écailles (croi- sées miroir + campines + luxembourgeoises longues et à croissance rapide), 100 fr. le mille ; des croisées miroir et campines de deux étés (3 à 4 au kilo), 1 fr. 50 le kilo. Le 15 mai, j'aurai des centaines de mille alevins de Carpes miroir. Comme je vous l'ai annoncé précédemment, j'ai trouvé un moyen d'en tirer parti en les mettant en pension à compte à demi chez des propriétaires syndiqués, sur des étangs spécialement aménagés à cet effet. Si vous voulez faire un essai, je pourrai, vers cette époque, fournir des alevins — mettons à 50 fr. le bidon de 50 litres et un bidon doit supporter de 4 à 5,000 alevins de quelques jours. Il y a quelques jours, les Truites avaient pondu environ 10,000 œufs recueillis et transportés sur des frayères atte- nantes à des étangs qui attendent les Alevins et les jeunes Carpes. Nous avons reçu le 11, 8,000 œufs d'Amérique par la Société centrale d'Aquiculture de France, et nous atten- dons les résultats de la ponte de nos propres Truites avant de commander des œufs en Allemagne. Je ne puis donc savoir si nous aurons des œufs ou des alevins à vendre cette année. Voici pour la partie commerciale. Si la Société nationale d'Acclimatation veut, à l'occasion du prochain Congrès d'Anvers, probablement au mois de juin, déléguer quelques- uns de ses membres, je me mettrai volontiers à leur dispo- sition pour leur montrer des étangs d'élevage. 73 LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES Par Jules GRISARD et Maximilien VANDEN-BERGHE. ( SUITE * ) ACACIA CATECHU Willd. Cachou. Acacia catechuoides Roxb. Mimosa Catechu L. BeDgali : Khuera, Khayer. Canara : Kachu. Cyn palais : Khehiree, Rat-kihiri- gass. Dukni : Katthah. Hindoustani : K'hayar, Khata, Khuera. Sanscrit : Khadira. Tamoul : Kash-katti, Kashu-katti. Télenga : Kanchu, Podeelmaun, Podulamanu. Petit arbre d'une hauteur de 9-12 mètres, dont le tronc ordinairement court, assez gros et peu droit, est recouvert d'une écorce brune extérieurement, rougeâtre et fibreuse en dedans. Feuilles bipennées portant 10-20 paires de pinnules chargées elles-mêmes de 30-50 paires de petites folioles ai- guës, entières, pubescentes sur les deux faces. Originaire des Indes Orientales, cet arbre est très commun dans les jungles, sur les côtes de Bombay, de Malabar, de Coromandel, dans le Népaul et autres parties de l'Inde, ainsi qu'en Birmanie où il croît sur de vastes étendues. Il est aujourd'hui naturalisé aux Antilles , notamment à la Ja- maïque. Son bois, de couleur brun pâle à la périphérie, est d'un rouge très foncé et même quelquefois noirâtre au centre. Dur, compact et incorruptible, il est très estimé, dans l'Inde, pour faire des poteaux et servir à divers autres usages domestiques. La finesse de sa texture et sa couleur souvent nuancée de tons différents le rendent propre à un grand nombre d'emplois, particulièrement pour le tour, la marqueterie, l'ébénisterie de (*) Voyez Bévue, année 1894, !•' semestre, note p. 540. « 74 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. fantaisie, etc. A Ceylan, on s'en sert beaucoup pour faire des coupes à boire et son infusion est regardée comme un excel- lent dépuratif du sang. Malgré ses qualités, le Cachou n'est pas précisément un véritable bois d'œuvre ; sa valeur in- dustrielle consiste dans le produit extractif que l'on retire par décoction de la partie centrale de l'arbre. Cet extrait, connu sous le nom de Cachou [Terre du Japon des anciens auteurs), se prépare en soumettant le bois, préalablement divisé en menus fragments , à l'action prolongée de l'eau bouillante et en laissant le mélange sur le feu jusqu'à éva- poration presque complète du liquide. La pâte ainsi ob- tenue est ensuite exposée au soleil ; lorsque la masse est devenue solide, on la divise en morceaux quadrangulaires et on l'expose de nouveau à l'air pour finir de la dessécher. Le Cachou est unesubstance dure, de couleur brun foncé, à cassure d'un brun noirâtre avec des reflets rougeâtres, d'une saveur amère et astringente, puis douceâtre. On le trouve dans le commerce sous forme de pains rectangulaires, solides et fragiles. Dans l'industrie, ce produit est recherché comme mordant et pour teindre en brun ou en noir les étoffes de soie ; sa grande teneur en tanin en fait un des plus puissants astringents usités en médecine (1). (1) On distingue dans le commerce plusieurs sortes de Cachou, dont les principales sont : le cachou brun en masses ou coule sur terre, qualité inférieure en masses plus ou moins volumineuses, en partie recou- vertes de terre et dont l'intérieur est d'un brun rougeâtre ou noirâtre ; le cachou brun coulé sur riz, qualité supérieure à la précédente; le ca- chou noir coulé sur feuilles, cette variété est la plus recherchée; les pains nous arrivent encore enveloppés dans les feuilles de Dipterocarpus, sur lesquelles s'est opérée la dessiccation. Le Cachou du Pégou est le plus estimé pour l'usage médical. C'est d'ailleurs la seule sorte com- mune en Europe. Le Cachou se donne en teinture, en pilules, en tablettes, etc., soit pour aider la cicatrisation des aphtes et des ulcères superficiels de la bouche, des gerçures du sein, soit pour combattre les diarrhées chro- niques et les dysenteries atoniques, notamment chez les vieillards; mais, dans ce dernier cas, il ne doit être administré que lorsqu'il y a absence totale de symptômes inflammatoires. Le Cachou se donne encore en injections dans la leucorrhée, et en gargarismes pour arrêter au début les engorgements passifs du larynx. Mélangé avec du charbon finement pulvérisé, il constitue un excellent dentifrice: il est aussi associé avec certaines substances aromatiques et employé, sous cette forme, pour corriger la fétidité de l'haleine et masquer l'odeur du tabac chez les fumeurs. Les personnes qui font un LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 75 ACACIA CAVENIA Hcok. et Arn. Chili : Caven, Churgne, Espino, Flor de Aroma. Paraguay : Aromita. République Argentine : Espinillo, Churqui negro, Nandubay. Arbre épineux, de petite taille, ne dépassant guère 6-8 mè- .tres de hauteur sur un diamètre de 40 centimètres environ, .à tronc tortueux recouvert d'une écorce crevassée, noirâtre, terminé par une cime formée de grosses branches striées, garnies de fortes épines blanchâtres. Feuilles bipennées, composées de 10-12 paires de petites folioles oblongues, à peine mucronées au sommet, portées par sept pétioles se- condaires. Originaire de l'Amérique du Sud, cette espèce se rencontre au Chili, au Paraguay, dans la République Argentine, notam- ment dans les provinces de Tucuman et de Formosa, ainsi qu'au Chaco austral et sur le territoire des Missions. Cet arbre croît de préférence dans les endroits secs et pierreux. Son bois, de couleur jaunâtre ou rougeâtre, est parsemé de taches rondes d'un beau rouge, ou jaspées de belles veines brunâtres d'un gracieux effet. Il est excessivement dur, noueux, d'une densité moyenne évaluée à 0,766; ses fibres sont contournées et très irrégulières. Très estimé des ébé- nistes pour le placage et la menuiserie de luxe, ce bois est encore employé dans les campagnes pour faire des jougs et, surtout des poteaux, à cause de sa longue durée en terre. C'est en même temps un bon combustible, donnant par la calcination un charbon d'excellente qualité dont le degré de calorique est très élevé ; les cendres sont d'une grande ri- chesse en matières alcalines. usage habituel de la parole prennent souvent du Cachou pour prévenir l'enrouement. Le Cachou se compose chimiquement, en grande partie, soit environ près de 50 %, d'un tanin particulier appelé Acide cachoutannique ; on y rencontre, en outre, une matière mucilagineuse et une substance in- soluble dans l'eau, soluble dans l'éther, cristallisant en petites ai- guilles incolores, la Catéchine. Le CacDou se dissout bien dans l'eau bouillante et dans l'alcool; sa solution aqueuse forme, eu présence du chlorure ferrique, un précipité vert foncé qui tourne immédiate- ment au pourpre lorsqu'on ajoute une trace d'alcali libre. •Ce produit est l'objet de nombreuses. falsifications. 76 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. L'écorce et les fruits renferment une certaine quantité de tanin et une matière colorante qui les font utiliser tant pour le tannage que pour la teinture de la soie. L'écorce sert éga- lement à préparer une encre noire, qui n'est pas altérée sons l'action des acides et des alcalis. La décoction de la partie interne est employée par les Chiliens pour panser les bles- sures, les plaies et les ulcères. Les fleurs sont très odorantes et souvent utilisées en parfumerie. Les gousses vertes, ap- pelées Quirinco, servent de nourriture au bétail. Enfin, sui- vant M. Murillo, les graines sont quelquefois données comme sternutatoires ; grillées et pulvérisées, on les administre sous forme de café comme digestives et stimulantes. ACACIA DEALBATA Link. Mimosa ou Cassie. Acacia irrorata Sieb. Mimosa dealbata Hort. Australie : Silvcr Wattle. Arbre d'une hauteur moyenne de 20-30 mètres et souvent plus, avec un diamètre de 0,80-1 mètre ; tronc brunâtre et rameaux faiblement anguleux couverts, ainsi que les pé- tioles, d'un léger duvet glauque ou blanchâtre, à folioles linéaires, petites, très nombreuses, obtuses, pubescentes. Originaire du continent australien, cette espèce se ren- contre en Victoria, dans la Nouvelle-Galles du Sud et la Tas- . manie, particulièrement sur le bord des cours d'eau, dans les terrains dérivés du granit et du gneiss ; les sols calcaires lui conviennent peu. Depuis longtemps naturalisé dans le Midi ûe la France, dit M. Ch. Naudin, cet arbre est assez rustique pour qu'on en voie de beaux échantillons en Bretagne et même sur les côtes de Normandie. Sous le climat de Paris, Va. dealbata est une des plus belles et des plus gracieuses plantes ornementales de nos serres tempérées. Son bois, de couleur blanchâtre ou jaunâtre, à grain assez gros, à cassure courte et sèche, est assez facile à travailler, mais il est peu résistant et ne s'emploie guère que comme bois de chauffage. Toutefois, on peut cependant en tirer un bon parti pour la fabrication des barriques pour l'expédition des marchandises, ou pour faire des planches aussi tenaces et aussi légères que celles que l'on obtient avec le peuplier. Il LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 77 fournit aussi un excellent charbon. Sa densité de coupe fraîche est de 0,773. L'écorce peu épaisse qui entoure le tronc est utilisée et même recherchée pour le tannage des cuirs légers ; il en découle aussi une gomme qui se rapproche beaucoup de la gomme arabique et peut être employée dans les mêmes con- ditions. En Provence, Y Acacia dealbata est cultivé sur une grande échelle pour la production des rameaux fleuris, et donne lieu à un commerce assez important. Ses fleurs réunies par pe- tites têtes globuleuses , disposées en grappes paniculées jaunes, très odorantes, sont bien connues à Paris sous le nom de Mimosa. ACACIA DECURRENS Willd. Acacia mollissima Willd. Mimosa decurrens Wendl. Australie (colons auglais) : Black Wattle, Wattle trec. Arbre inerme, d'une hauteur de 12-15, mais atteignant parfois, dans des conditions favorables, jusqu'à 25 mètres d'élévation. Feuilles composées de 10-14 pinnules portant chacune 30-40 petites folioles linéaires, subcoriaces, d'un beau vert en dessus, un peu glauques en dessous. Originaire de l'Australie, cette espèce s'étend depuis la partie orientale du sud du continent, par Victoria et la Nou- velle-Galles du Sud, jusqu'à la partie méridionale du Queens- land, elle est surtout commune dans la Tasmanie. Elle croît aussi bien dans les plaines ouvertes qu'au centre des forêts ; sa croissance est très rapide, même dans les sols les plus arides et les plus ingrats. Cet arbre réussit bien en France sur le littoral des Alpes-Maritimes, et l'on voit de beaux sujets dans le jardin de la villa Thuret. Son bois, de couleur blanchâtre, plus foncé vers le centre, est tendre, léger, mais assez fort et tenace. Employé à de nombreux usages économiques dans la colonie anglaise, on l'utilise surtout à préparer des merrains pour la tonnellerie parce que ses fibres longues et droites permettent de le fen- dre facilement. On en fabrique aussi un charbon de bonne qualité. Toutefois, si ce bois est presque dépourvu de valeur 78 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. commerciale, l'arbre n'en est pas moins d'une importance remarquable par sa gomme (1) et surtout par son écorce ( Wattle barfi) qui renferme jusqu'à 40 % de tanin que l'on peut extraire pour les applications industrielles, notamment pour la teinture. Cette écorce est l'objet d'un commerce étendu en Australie, qui en exporte de grandes quantités en Amérique et en An- gleterre, où elle sert plus particulièrement à la préparation des cuirs forts. Son principe tanniqne, dit M. Cb. Naudin, n'est pas tout à fait identique à celui du Cbène, mais il équivaut, dit-on, jusqu'à près de cinq fois à ce dernier dans l'opération du tannage. Le cuir ainsi obtenu a toutes les qualités de durée et de force que lui donnerait le tan, mais la couleur est un peu moins belle. Cette écorce offre en outre l'avantage de donner, grâce aux matières fermentescibles qu'elle ren- ferme, des jus acides aidant au gonflement des peaux. En Angleterre elle est entrée dans la matière médicale, les cou- ches corticales les plus internes sont employées en infusion contre la dysenterie. Les fleurs sont odorantes et donnent par la distillation une huile essentielle employée dans la parfumerie pour la com- position de divers cosmétiques. ACACIA FARNESIANA TVilld. Acacie de Farnèse. Acacia lenticellata F. Muell. Farnesiana odorata Gasp. Mimosa scorpioides Forsk. Yachellia Farnesiana W. et Arn. Amérique espagnole : Aroma. Angola : Fspongciro. Annamite : Keo, Hoa xiem gai. Batavia : Nagassari, Nagasari. Français : Cassie, Acacie odorante, Acacie à /leurs jaunes. Mexique : Huisache, Matitas, Xcantiris. Réunion : Bois puant, Bois caca. Venezuela : Cttji aroma. Petit arbre épineux dans les forêts, mais restant à l'état d'arbrisseau dans les cultures; ses rameaux, fort robustes, écartés, disposés en tous sens, lui donnent un port singulier. (1) Cette gomme, suivant M. W. Hooker, est transparente, insipide et très nutritive ; les aborigènes de Tasmanie la consomment soit fraî- che, soit le'gèrement bouillie, et les enfants des colons s'en montrent également très friands. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 19 Feuilles bipennées, composées de 10-20 folioles opposées, linéaires-oblongues, lisses, glabres d'un beau vert, longtemps persistantes et très irritables. Originaire des Indes orientales, cette espèce croît naturel- lement sur plusieurs points de la péninsule indienne, en Co- chinchine et s "étend jusqu'au Japon ; on la retrouve dans plusieurs parties de l'Amérique, aux Antilles, au Venezuela, au Mexique, etc., ainsi qu'à Maurice, à la Réunion et en Aus- tralie. Cette belle plante a été introduite de Saint-Domingue en Italie, vers 1656, et cultivée dans le jardin Farnèse, en Toscane, Son bois, de couleur jaunâtre, marqué de larges plaques grises, exbale, étant frais, une odeur très désagréable. D'une dureté moyenne, noueux, d'un grain fin et serré, il se travaille bien malgré ses fibres le plus souvent contournées. Quoique de petites dimensions, ce bois est très utile et même excellent pour quelques travaux de cbarronnage tels que jantes de roues, moyeux, etc. ; on s'en sert aussi comme combustible. Les parties noueuses du pied sont d'un très bel effet, surtout étant vernies, et pourraient certainement être employées dans l'industrie du meuble. Sa densité moyenne est de 0,780. L'Acacie de Farnèse peut être placée au premier rang des espèces odoriférantes du genre Acacia ; sa gomme (1) et sur- tout les fruits tannifères, qu'elle produit dans les pays chauds, en font une véritable plante industrielle que l'on cultive au- jourd'hui dans le Midi de la France et en Algérie. On la re- produit par semis ou par bouture ; elle s'accommode assez bien de tous les terrains, quoiqu'elle affectionne plus par- ticulièrement les sols légers, sablonneux, profonds et frais sans être humides. L'exposition au sud et les endroits abrités doivent être recherchés de préférence. (1) L'Acacia Faniesiana produit une gomme qui se présente en mor- ceaux transparents, généralement colorés d'une manière inégale par le suc de la plante; on la trouve aussi en masses, résultant de l'ag- glomération de fragments réunis et collés ensemble. Cette gomme va- rie en couleur du jaune pâle au rouge brun ; elle ne se dissout que partiellement dans l'eau et forme une solution épaisse, visqueuse, trouble et âpre au goût. Elle noircit par le contact avec le sulfate de fer, ce qui la fait utiliser dans l'industrie; mais elle est impropre à tout usage médical. Les fleurs exhalent une odeur très suave; par la distillation, on en 80 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. ACACIA HOMALOPHYLLA A. Gunn. Bois de Violette. Australie : Mi/all-Wood, Scented Myall tree, Violet -Wood. Arbre de petite taille, très élégant de formes, dépassant rarement 10 mètres de hauteur, sur un diamètre de 0,30, se distinguant par ses feuilles transformées en phyllodes al- ternes, arqués, obtus, mucronés au sommet, pourvus d'une petite glande tuberculeuse à la base. Originaire de l'Australie, cette espèce est très répandue en Victoria dans le South -Australia et la Nouvelle-Galles du Sud, où elle croît dans les sols les plus arides. On le dit très résistant à la sécheresse, mais sa croissance est moins rapide que celle du lophanta. Son bois, considéré comme un des plus beaux du genre Acacia, est remarquable par la richesse de sa nuance brune agréablement mouchetée de noir et, surtout, par son parfum agréable qui rappelle celui delà violette. Dur, solide, extrê- mement lourd et dense, et d'un grain très fin, il convient admirablement à tous les travaux de luxe demandant plus d'élégance et de solidité que de volume, par exemple : le tour, la tabletterie, la petite ébénisterie et certaines pièces de me- nuiserie fine. On en fait aussi des crosses de fusils, des ar- ticles de bureau, des porte-cigares et des pipes de fantaisie très demandés par le commerce local. Ce bois était recherché, autrefois, des indigènes pour confectionner leurs lances et ce sont ses racines qui servent d'ordinaire à fabriquer leurs boomerangs , sorte de croissant qu'ils lancent avec une adresse remarquable. L'écorce laisse exuder une gomme arabique dont on fait un fréquent usage en Australie comme antidiarrhéique. obtient une eau très parfume'e et jouissant de propriétés stimulantes marquées qui est employée pour la toilette. Le fruit est une gousse arrondie, très gonflée, longue de 7 à 8 centi- mètres, de couleur noire, vendue sous le nom de gousses de Casse ou de Cassie (par corruption du nom générique), quoique u'ayant rien de commun avec la Casse officinale. La gousse de Casse diffère du Bablah de l'Inde par ses caractères extérieurs, mais s'en rapproche beaucoup au point de vue de ses propriétés tinctoriales et tannantes. Ce produit est importé de Pondichcry en balles de 100 à 150 kilogrammes. Les graines, d'un brun brillant et de forme ovoïde, possèdent une saveur styptique. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 81 ACACIA LEBBEK Willd. Bois noir de la Réunion. Acacia specîosa "Willd. Albizzia Lebbeh Benth. — latifolia Boiv. Mimosa Lebbek L:nn. — Sirissa Roxb. Antilles : 5ms à frire ou à friture. Inde (Bengali, Hindoustani et Sanscrit) : Siris, Stras, Cirsa, Shireesh, Shirisha. (Coromandel) : Cotton varay. (Mala- bar) : Cautwallee. (Tamoul) : Katuvagi, Kattou-vagé-marcm. (Pondichéry) : Bois noir. Guadeloupe : Bois noir de la Réunion, Vieilles filles. Réunion : Bois noir des bas, Noir rouge, Noir blanc, Noir noir. Grand arbre â tronc inerme, droit et élancé, d'un diamètre assez fort, à feuilles composées de 4-8 pennes portant cha- cune 6-8 paires de folioles ovales-obtuses. Originaire de l'Inde où il croît naturellement dans les fo- rêts de Travancore et de Coromandel, on le rencontre encore dans plusieurs îles des Antilles ainsi qu'aux îles Masca- reignes ; il est assez répandu à la Réunion sur toute la sur- face du pays et souvent planté pour servir d'abri aux caféiers et comme support â la vanille. Son bois, le plus souvent d'une belle couleur rouge noi- râtre, est agréablement veiné et devient d'un noir assez in- tense en vieillissant. D'une densité moyenne, assez dur, liant et d'un travail facile, il est d'une bonne conservation, étant abrité, mais il ne résiste guère plus de dix à quinze ans lorsqu'il est exposé aux intempéries. Il contient assez sou- vent des défauts consistant particulièrement dans la présence de gouttières et aussi d'un double aubier ; celui-ci , d'ail- leurs, est très épais et sans aucune valeur : attaqué par les vers immédiatement après l'abatage, il ne tarde pas à tomber en poussière en peu de temps. Susceptible de recevoir un beau poli malgré sa texture ordinairement grossière, ce bois est toujours d'un bel effet quand il est travaillé. C'est une des essences les plus employées, à la Réunion, dans le charron- nage, pour moyeux et jantes de roues, ainsi que pour le tour, l'ébénisterie, la menuiserie, membrures de bateaux, instru- ments aratoires, etc. On en fait aussi un charbon de bonne qualité, que l'on recueillait soigneusement autrefois, pour la fabrication de la poudre de chasse. Le Bois noir de la Réu- 20 Juillet 1894. 6 82 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. nion a été employé par la Direction militaire de Saint-Denis, vers 1872, à la confection de diverses parties de son matériel d'artillerie. Sa densité est de 0,802 étant sec, sa résistance à la rupture de 0,737 et son élasticité de 0,700 ; sa cassure est courte et sèche. L'Acacia Lebbek donne une gomme variant du jaune pâle au rouge un peu brunâtre ; ce produit est très inférieur aux gommes du Sénégal et d'un emploi limité dans l'industrie. L'écorce est utilisée pour le tannage ; dans l'Inde, ses pro- priétés astringentes sont mises à profit pour combattre les affections intestinales. Ses fleurs, de couleur blanc-jaunâtre, disposées en aigrettes, sont très odorantes ; on les emploie quelquefois en cataplasmes émollients contre les furoncles. ACACIA MELANOXYLON R. Brown. Acacia arcuata Sieb. — brevipes A. Cunm. — latifolia Hort. Australie : Black Wood, nommé aussi par les colons : Lightwood. Aborigènes du Yarra : Mooeyang. Bel arbre forestier d'Australie dont le tronc, droit et co- nique, atteint une hauteur de 25-30 mètres sur un diamètre moyen de 80 centimètres et beaucoup plus à la base ; rameaux glabres, inermes, anguleux et dressés. C'est une des espèces phyllodaires, mais où l'on voit souvent les feuilles composées normales s'entremêler à des phyllodes oblongs, obtus, co- riaces, d'un vert sombre. Se rencontre dans le voisinage des ■rivières, dans les sols riches des vallées et aussi les ravins des grandes forêts. Son bois, d'une belle couleur brune très foncée, est d'une dureté et d'une densité moj'ennes, solide, facile à travailler ; son grain fin et serré permet de lui communiquer un poli ma- gnifique qui lui donne l'aspect du noyer. Sa résistance et ses qualités physiques sont comparables à celles du Cbéne blanc d'Amérique; de plus, c'est un des bois qui se courbent le plus aisément sous l'action de la vapeur d'eau. Cette essence est considérée comme une des meilleures de la colonie anglaise, aussi est-elle très estimée pour un grand nombre d'applica- tions industrielles importantes, telles que constructions civiles LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 83 et navales, traverses et wagons de chemins de fer, ainsi que pour tous les ouvrages de tonnellerie en général, l'ébéniste- rie, la menuiserie fine ou commune, la carrosserie, etc. On en fait aussi de bonnes tables de billard parce qu'il n'est pas sujet à se tourmenter ; lorsqu'il est bien sec son élasticité et sa sonorité le font employer par les facteurs de pianos pour tables d'harmonie. Le Black-wood est l'objet d'un commerce important en Australie où on le trouve, soit en pièces de grandes dimensions pour la charpente, soit en madriers ou en planches comme bois de travail ; on le débite également en feuilles de placage pour les travaux d'ameublement. Il était autrefois employé par les indigènes pour fabriquer leurs armes de guerre. L'écorce est employée pour le tannage. L'A. melanoxylon a été introduit en Algérie; il se re- produit naturellement de semences dans le périmètre de Baïhnen, aux environs d'Alger. Cette plante demande la serre d'orangerie sous le climat de Paris; c'est une des rares es- pèces dont la tige, droite et rigide, se forme naturellement sans le secours de la taille. Les sols riches et un peu humides lui sont particulièrement favorables. ACACIA PYCNANTHA Benth. Acacia petiolaris Lkhm. — falcinella Meissn. Australie : Golden Wattlc, Green Wattle. Petit arbre ornemental dont le tronc lisse, de couleur brun rouge, atteint rarement plus d'une dizaine de mètres de hauteur ; phyllodes larges, lancéolés-falqués, un peu obtus ou acuminés, fortement rétrécis vers la base, luisants et coriaces. Croissant rapidement dans tous les sols, même sablonneux, il est commun dans la plus grande partie de Victoria, où on le rencontre dans les forêts découvertes et parmi les buis- sons, ainsi que dans l'Australie méridionale, sur les ondula- tions des collines. Sa culture constitue, du reste, une industrie importante dans l'Australie, à cause de la valeur de son écorce comme matière tannante. Il résiste parfaitement à la chaleur et à la sécheresse et supporte sans grands dommages les vents de mer si pernicieux pour d'autres espèces. Son 84 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. introduction en Algérie a parfaitement réussi, mais il réclame des soins attentifs dans la taille pour la formation du tronc. Son bois, dur, à grain serré, jadis peu apprécié par le commerce, est aujourd'hui justement estimé pour ses excel- lentes qualités. On l'emploie à de nombreux usages, mais principalement dans la cbarronnerie et la carrosserie pour diverses pièces telles que moyeux, rais, jantes, ainsi que pour traverses de chemins de fer, douves de tonneaux, man- ches d'outils, piquets de clôture et, en général, pour tous ob- jets demandant un bois fort et durable. Quand il est sec, c'est, de plus, un excellent combustible; il donne un feu clair et une grande chaleur, aussi les boulangers en font-ils un grand usage pour le chauffage des fours. Cette essence fournit en outre un charbon de qualité supérieure pour les besoins économiques et autres. Son écorce , quoique moins épaisse et de dimensions plus faibles que celles de V Acacia decurrens, est presque aussi riche en principes tannifères. D'après les expériences de M. le baron F. vonMueller, elle contiendrait, lorsqu'elle a été séchée artificiellement, de 30 à 45 % de tanin dont la qualité est d'autant meilleure que les arbres sont plus âgés. Cette écorce sert aussi à préparer, par l'ébullition, un extrait dit Mimosa baril, analogue au Cachou, très employé en Aus- tralie pour la conservation des cordages, filets de pêche et autres objets destinés à subir l'action de l'eau. Cet arbre est encore un bon producteur de gomme arabique , employée dans l'industrie locale et qui, suivant M. Ch. Naudin, est même quelquefois exportée ; c'est une des variétés de la Gomme ti Australie du commerce européen. L'A. pycnantha peut être écorce entre six et dix ans, mais sa longévité, dit- on, n'est pas très grande. Comme plusieurs de ses congénères, cette espèce produit des fleurs odoriférantes {Mimosa) qui pourraient être uti- lisées dans la parfumerie. ACACIA. SCLEROXYLON Tussac. Mimosa muricata L. . Arbre forestier d'une hauteur de 12-15 mètres, quelquefois plus, sur un diamètre moyen de 50 centimètres, recouvert d'une écorce grisâtre parsemée de petits tubercules. Feuilles LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 85 bipennées, composées de 15-20 paires de folioles linéaires un peu obtuses. Originaire des Antilles, on le rencontre dans nos colonies de la Guadeloupe et de la Martinique où il est même assez commun dans quelques localités. Son bois, de couleur rougeâtre au centre, plus clair à la périphérie, est lourd et d'une dureté excessive. Excellent pour tous les ouvrages où la durée et la solidité sont indispen- sables, il est surtout employé pour faire les cylindres et les axes des grandes roues des moulins à sucre. Son incorrupti- bilité aux intempéries et dans l'eau le fait également utiliser avec avantage comme bois de charpente et pour les travaux hydrauliques. On s'en sert peu comme bois de travail propre- ment dit parce qu'il émousse le tranchant des meilleurs outils. C'est une des essences désignées par les nègres des Antilles sous le nom de Tendre à caillou. Sa densité moyenne est de 1,235, son élasticité de 1,368 et sa résistance à la rupture de 2,653 ; sa cassure est très fibreuse. ACACIA SPIRORBIS La Bill. Nouvelle-Calédonie : Gaiac. (Indigènes) : Beuro. Petit arbre d'une hauteur de 7-10 mètres, à cime étalée, d'un vert pâle, recouvert d'une écorce brunâtre obliquement crevassée. Feuilles alternes longuement lancéolées, plus ou moins recourbées, à nervures peu apparentes, longitudinales, fines et très rapprochées. Très commun à la Nouvelle-Calédonie, sur les sables du rivage où il croît en massifs, cet arbre se rencontre encore isolément sur les coteaux pierreux du littoral. Le bois, de couleur brun foncé, très dense, à grain fin et très serré, est entouré d'une couche d'aubier jaune très épaisse dans les jeunes arbres, mais n'offrant qu'une faible épaisseur dans les vieux sujets. Sa dureté et sa texture ex- pliquent le nom de « Gaïac » donné à ce bois par les ouvriers européens, qui l'emploient pour la fabrication de diverses pièces de mécanique telles que vis, poulies, galets, engre- nages, etc. Quoique joli étant verni, il est peu susceptible d'être employé pour l'ébénisterie, mais c'est un excellent bois de tour. Sa densité moyenne est de 1,074. Une variété de cette espèce, peut-être même une espèce différente, se distingue par une taille beaucoup plus élevée et 86 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. par la couleur violacée de son bois. Désignée également par les Européens sous le nom de Gaïac, elle est nommée Hue par les indigènes. ACACIA TORTILIS Hayne. Gommier de Tunisie. Arabe (Tunisie) : Thalah. Arbre d'une hauteur de 12-15 mètres sur un diamètre de 50 centimètres environ, dont le tronc se bifurque ordinai- rement assez près du pied et n'offre que peu de bois utilisable. Ses feuilles sont peu nombreuses et composées de folioles extrêmement petites, ce qui fait que le feuillage est peu ap- parent et que les rameaux, vus à distance, semblent toujours dépouillés, même dans la saison où la végétation est la plus active. A ce moment, les stipules rigides et blanchâtres qui accompagnent les feuilles se soudent ensemble et prennent un développement énorme aux dépens de celles-ci ; ils cons- tituent alors de formidables épines ayant la forme de deux fuseaux divergents, mesurant "7-8 centimètres de longueur. Originaire de la Tunisie, ce Gommier constitue un boise- ment important dans la partie méridionale de ce pays, entre Gafsa et Mahrès, dans la région appelée Bled Thalah, du nom de l'arbre. On rencontre encore quelques sujets isolés sur la route de Gabès à Kairouan, au nord du massif de Bou- Hedma et au pied de la chaîne du Cherb. Son bois est d'une couleur jaune assez vive et non uni- forme, nuancée par places de rouge et de brun. Il est sillonné par un tissu réticulé d'une teinte gris brunâtre, disposé en ponctuations et en lignes sinueuses interrompues et dirigées généralement dans un sens parallèle à la circonférence ; ces lignes se confondent souvent entre elles. Les rayons médul- laires sont nombreux, minces et allongés. Dur, lourd, com- pact et presque toujours sain, ce bois ne se tourmente pas et ne se gerce pas en séchant ; son grain fin et serré permet de lui donner un beau poli. Quoique peu employé jusqu'ici, il peut être regardé comme convenant très bien à l'ébénisterie de luxe et aux ouvrages de tour, tels que pieds de tables, fauteuils, chaises, colonnettes, manches d'outils, chevilles, etc. Sa densité est de 0,990. Contrairement à l'opinion de plusieurs auteurs, M. E. Blanc LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 87 dit que la gomme de Y Acacia lortilis n'est pas exploitée, ni recueillie par les Arabes ; il considère même que ce n'est pas une expérience à tenter industriellement. Non seulement elle n'aboutirait qu'à une perte au point de vue économique, mais de plus elle serait très regrettable au point de vue forestier, en hâtant la destruction des arbres, déjà si menacés par d'autres causes. D'ailleurs, la gomme n'est pas exploitable : elle ne se produit qu'en quantité infime, et il en existe deux variétés : l'une , très chargée de tanin, exsude du tronc sous forme de gouttelettes transparentes d'un rouge foncé, d'une saveur brûlante et aromatique ; l'autre coule en masses beaucoup plus grosses de certaines gerçures de la tige ; elle est jaune, sans odeur et d'une saveur fade, assez semblable à la gomme de nos arbres fruitiers. Quant au bois lui-même , ajoute M. E. Blanc, la forêt du Bled Thalah est trop clairsemée et trop éloignée des centres de population pour faire l'objet d'aucune exploitation ; il faudrait au contraire multiplier considérablement le nombre des Gommiers avant de songer à en abattre aucun. Outre les espèces principales que nous venons d'examiner, le genre Acacia renferme encore un très grand nombre de végétaux ligneux répandus dans toutes les parties chaudes de l'Afrique, de l'Amérique, de l'Asie et surtout de l'Australie. Ce sont des arbres de petite ou de moyenne taille, rarement de grands arbres, souvent d'élégants arbustes ou des arbris- seaux cultivés dans nos serres comme plantes d'ornement. Leurs feuilles, ordinairement composées, sont quelquefois remplacées par des phyllodes lancéolés, falqués, plus ou moins coriaces. Le bois de la tige, à quelques exceptions près, est presque toujours assez dur et assez résistant pour être utilisé industriellement ; plusieurs espèces fournissent des bois odo- rants (Mijali) recherchés des tablettiers et des tourneurs. La plupart possèdent des écorces astringentes ou des fruits riches en tanin, employés en médecine, ainsi que pour la teinture et la préparation des peaux. Enfin, un grand nombre laissent exsuder des gommes plus ou moins colorées, donnant lieu à des transactions commerciales suivies dans les pays de production. (A suivre.) 88 II. CHRONIQUE DES SOCIÉTÉS SAVANTES. Société entomologique de France. M. le D r P. Marchai a reçu récemment, du Ministère de l'Agri- culture la mission de visiter la région de'vasle'e par 1' 'Heliophobus (Neu- ronia) popularis. Celte région est située sur la limite des départements du Nord et de l'Aisne et intéresse, dans le premier département, les communes de Cartignies et de Beaurepaire [arr. d'Âvesne), et, dans le second, la commune de Fontenelle. Elle constitue un foyer assez lo- calise', embrassant quelques centaines d'hectares et correspondant à un plateau relativement élevé pour la région (199 mètres) ; ce plateau, boisé dans sa partie centrale, est, pour le reste, formé de terrains connus dans le pays sous le nom de « Défrichés », à cause des bois qui les occupaient encore assez récemment. Ces bois se trouvent actuel- lement remplacés par des prairies assez maigres, envahies par les mousses, et ce sont ces prairies qui sont aujourd'hui dévastées par les chenilles à." 1 Heliophobus popularis. « La propagation du fléau semble, surtout dans l'Aisne, s'être faite en divergeant de la lisière du bois et en envahissant progressive- ment les prairies environnantes. Beaucoup de prairies devaient aussi contenir elles-mêmes de nombreux foyers de pontes et ont dû être atteintes d'emblée. » L'invasion peut revêtir deux formes différentes. Dans la première, les Chenilles s'avancent de front, sous forme de cordon se déroulant sur une longueur de 80 à 100 mètres (1). La largeur de cette bande grouillante est en moyenne de 1 mètre à 1 mètre 50, sans compter les nombreuses chenilles qui restent en arrière du gros de l'armée sur un espace assez considérable, sans compter celles qui, plus alertes et plus vives, ont pris les devants et semblent cheminer en éclaireurs. La zone qui suit immédiatement le front de la bande est la plus dense. Là, sur une largeur de 15 à 20 centimètres, c'est un grouillement inexprimable, surtout lorsque le soleil vient exciter de ces rayons l'al- lure de la horde rampante ; leur nombre est alors si considérable qu'elles chevauchent souvent les unes sur les autres. En un endroit, prés de Nouvion (Aisne), je les ai vues amoncelées en ligne sur 3 cen- timètres d épaisseur, et des témoins différents, dont la sincérité du reste ne saurait être mise en doute, m'ont affirmé que, quelques jours avant mon arrivée, des lignes entières présentaient pour leur zone cen- trale une épaisseur de 3 à 5 centimètres de Chenilles superposées. « (1) On m'a parlé, dans le pays, de cordons de 150 à 200 mètres ayant existé les jours précédents; cela n'a rien d'invraisemblable, mais je ne les ai pas constatés. CHRONIQUE DES SOCIÉTÉS SAVANTES. . 89 » Il est facile de supposer les dégâts que doivent occasionner ces bandes de Chenilles affamées, luttant de vitesse pour retrouver l'herbe qui disparaît derrière elles à mesure qu'elles progressent. On peut éva- luer à plus de 100 hectares l'étendue des prairies qui ont été ravagées par elles en une quinzaine de jours. Toute la partie de la prairie se trouvant derrière le cordon est rasée et présente l'aspect d'uu champ brûlé par une sécheresse persistante ; seules quelques plantes, telles que les Renoncules, au goût acre et aux fibres résistantes, échappent à la dévastation. De là résulte que chaque cordon d'invasion tra- duit de loin par une ligne de partage bien tranchée entre la prairie verte qui se trouve au devant de lui et la prairie dévastée et rousse qu'il laisse en arrière. » Les directions suivies par ces bandes sont assez différentes : d'une façon générale pourtant, mais sans qu'on puisse se fixer de règle ab- solue, elles paraissent progresser d'un foyer central commun, corres- pondant à la région boisée, à peu près comme une ligne d'onde s'é- carle du centre dont elle émane. » Une seconde forme d'invasion se révèle dans les prairies par la présence d'îlots contrastant par leur teinte rousse avec la verdure qui les entoure. Dans ce cas, la marche du fléau est beaucoup plus insi- dieuse, et, lorsque les Chenilles ne sont pas trop nombreuses, elles conservent leurs mœurs noclurnes et sont, pendant le jour, entière- ment dissimulées sous la mousse. » Il est facile de comprend) e comment la première forme doit dériver de la seconde par fusion d'îlots voisins à population dense. Les Che- nilles d'il, popularis, naturellement sédentaires et se nourrissant sur place, doivent, lorsqu'elles sont très abondantes sur le même point, se trouver forcées à émigrer après avoir épuisé la surface qu'elles occu- paient. Elles se portent alors toutes à l'endroit le plus proche qui puisse encore leur fournir de la nourriture, c'est-à-dire à la périphérie de l'îlot de terrain qu'elles ont dévasté; qu'elles viennent alors à se rencontrer avec les Chenilles provenant des îlots voisins, et elles se réuniront fatalement avec elles pour constituer les ligues envahis- santes. C'est ainsi que peuvent s'expliquer la présence de deux lignes d'invasion à peu près parallèles, mais marchant en sens inverse et s'éloignant graduellement l'une de l'autre, ainsi que j'ai pu en cons- tater à Cartignies. » La formation de ces cordons de Chenilles n'a donc, je crois, rien à faire avec l'instinct, mais peut s'expliquer d'une façon passive par leur extrême abondance et le besoin qu'elles ont de se nourrir. » D'où provient maintenant cette abondance extraordinaire de Che- nilles dans une région où elle est totalement inconnue du vulgaire et où elle est assez rare pour manquer dans les collections de la plupart des lépidoptéristes? C'est là une question à laquelle on ne peut ré- pondre que par des conjectures. Les paysans disent qu'à la fin de l'été 90 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. dernier ils ont été' frappés de l'abondance des Papillons nocturnes. Heliophobus jjopularis pondant à cette époque, il faut admettre que ces Papillons, dont l'éclosion et la ponte ont certainement e'té favorisées par la saison exceptionnellement sèche et chaude de 1893, se sont réunis en grand nombre dans cette région, attirés sans doute pour y déposer leurs œufs par la nature spéciale du terrain des « Défrichés ». Ce plateau sec et élevé a évidemment présenté les conditions re- quises pour le développement des Chenilles ; celles-ci sont passées inaperçues pendant l'hiver et au commencement du printemps, à cause de leur petite taille et aussi de la façon dont elles se cachent sous la mousse lorsqu'elles sont réunies en bandes ; et c'est seule- ment au printemps de cette année que l'on a pu s'apercevoir de leurs dégâts dans les prairies. » Pour combattre ces Chenilles, le meilleur moyen consiste à creuser à 4 ou 5 mètres en avant de la ligne d invasion, des fosse's de 15 à 20 centimètres de profondeur sur 15 centimètres de large, présentant des parois verticales. On peut ébaucher ce travail à la charrue et le ter- miner à la bêche. Des fosses à parois verticales creusées dans la tranchée tous les 5 à G mètres et ayant environ 30 centimètres de pro- fondeur complètent le travail. Les Chenilles arrivées au fossé, s'y pré- cipitent et s'entassent dans les fosses, où il devient alors facile de les détruire par un procédé quelconque : avec de la chaux vive, par exemple ; dans les localités que j'ai parcourues, les paysans préfé- raient les utiliser comme engrais ; ils en remplissaient des sacs qu'ils vidaient dans la mare au purin. C'est par myriades que les Chenilles ont été ainsi détruites et que l'on a pu faire échec à l'invasion. Le rouleau a aussi été employé : mais l'élasticité des Chenilles, la façon dont elles se logent dans les anfracluosités du terrain, font qu'un grand nombre échappent à ce mode de destruction. Parmi les nom- breux insecticides essayés, le sulfate d'ammoniaque au 10°, en disso- lution dans le purin dilué et employé en arrosage pour les îlots in- festés, est le seul qui ait donné des résultats assez satisfaisants. Il offre aussi l'avantage d'agir à titre d'engrais puissant. » En terminant cette note, je tiens à faire remarquer l'analogie de cette invasion avec celles de Charceas grarninis {Antler moth) en Suède, en Norvège, en Allemagne, en Ecosse et dans le Pays de Galles (Brehm, Ormerod), et celles de Leucania unipunctata (Army-worm) dans l'Amérique du Nord (Riley). C'est un fait fort curieux que les che- nilles de ces trois Papillons, si différents entre eux à l'état adulte, présentent entre elles uue ressemblance assez frappante pour rendre leur diagnose différentielle délicate, et que, de plus, elles offrent toutes trois le même genre de vie et les mêmes particularités bio- logiques. » 91 III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Porcs nourris de Vipères. — Pans ses Mémoires (1), au cours de son ambassade en Espagne, le Duc de Saint-Simon rapporte cer- tain de'tail culinaire qui ne laisse pas d'étonner. « ...J'allai souper avec tous les Français de marque chez le Duc del Arco, qui nous avait invités, où plusieurs des plus distingués de la Cour se trouvèrent. Le souper fut à l'espagnole. On y servit de petits jambons vermeils, fort rares en Espagne même, qui ne se font que chez le Duc d'Arco et deux autres seigneurs, propriétaires de Co- chons renfermés dans des espèces de petits parcs, remplis de halliers où tout fourmille de vipères, dont ces Cochons se nourrissent unique- ment. Ces jambons ont un parfum admirable et un goût si relevé et si vivifiant qu'on est surpris, et qu'il est impossible de manger rien de si exquis. » Substitution de couvées entre Passereaux d'espèce différente. — En traitant du parasitisme chez le Coucou, M. Rzehak rapporte dans le Monatsschrifb (2) de Géra un autre fait curieux : Ayant découvert, l'été dernier, un nid de Gobe-mouches gris (Musci- capa grisola L.) contenant cinq jeunes âgés de quelques jours et, dans le voisinage, un nid de Rossignols de murailles {Ruticilla phœnicura L.) avec également cinq petits tout aussi jeunes, il échangea les deux couvées. Cette substitution n'empêcha point les parents adoptits de nourrir jusqu'au bout les petits; les jeunes Gobe-mouches quittèrent le nid le 6 juillet, les Rossignols de murailles le 9 juillet. De S. Une Chrysalide comestible. — Les Chinois se régalent des chrysalides de Vers à soie que nous jetons après le dévidage. Voici, d'après un missionnaire, le Révérend Père Favand, des re- cettes qui servent à les accommoder. Pendant le long séjour que j'ai fait en Chine, dit l'auteur, j'ai sou- vent vu manger et j'ai mangé moi-même des chrysalides de Vers à soie. Je puis affirmer que c'est un excellent stomachique, à la fois for- tifiant et rafraîchissant, et dont les personnes faibles font usage avec succès. Après avoir filé les cocons, on prend une certaine quantité de chrysalides; on les fait bien griller à la poêle pour que la partie aqueuse s'écoule entièrement. On les dépouille de leur enveloppe qui s'enlève sans effort et elles se présentent alors sous forme de petites masses jaunâtres, assez semblables aux œufs de Carpe aggloméiés. On les fait frire au beurre, à la graisse ou à l'huile, et on les arrose de (1) Saint-Simon, Mémoires, Édition Dellaye, 1841, t. XXXVii, p. 64. (2) N° de février 1894, p. 44. 92 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. bouillon (relui de poulet est le meilleur). Lorsqu'elles ont bouilli pen- dant cinq ou six minutes, on les écrase avec une cuiller de bois, en ayant soin de remuer le tout, de manière qu'il ne reste rien au fond du vase. Ou bat quelques jaunes d'oeufs, dans la proportion de 3 pour 100 chrysalides ; on les verse dessus et l'on obtient par là une belle crème d'un jaune d'or et d'un goût exquis. C'est ainsi qu'on prépare ce mets pour les mandarius et les gens riches. Quant aux pauvres, après avoir bien fait griller les chrysalides et les avoir dépouillées de leur enveloppe, ils les font frire au beurre ou à la graisse, avec un peu de sel, de poivre ou de vinaigre; ou enfin ils les mangent telles qu'elles sont, avec du Riz, après s'être contenté de les dépouiller. {L'Apiculteur.) A. Wallès. De la chasse des Loutres et des Rats d'eau. — L'usage de pièges ou de poison, la chasse au fusil sont les moyens le plus souvent employés pour venir à bout de ces animaux très nuisibles à la pêche. Ou réussit encore mieux avec les Chiens. M. Tûchner re- commande pour cet usage, dans la Fischerei Zeitung, l'emploi d'un Chien croisé de Fox-terrier avec une petite Chienne désignée sous le nom de Spion, dont la race est très répandue dans l'Allemagne du Nord. Ces sortes de Chiens peuvent, dit-il, remplacer les vrais Chiens à Loutres qu'il n'est pas toujours facile de se procurer. G. Propriétés tinctoriales du Sophora du Japon. — A la suite de la mission de M. de Lagrenée, en Chine, en 1846, les délé- gués commerciaux attachés à cette mission firent connaître en Eu- rope divers produits tinctoriaux , parmi lesquels se trouvait une substance, d'origine végétale, employée depuis plusieurs siècles par les Chinois sous le nom de Hoaï-Hoa pour la teinture en jaune. Après un examen attentif, tous les botanistes furent d'accord pour recon- naître dans cette nouvelle matière tinctoriale, les fleurs non encore développées du Sophora Japonica. Examiné d'abord chimiquement par Daniel Ilanbury, le Heaï-Hoa ou Waifa, a été de nouveau étudié par Th. Martius qui, en traitant le produit par l'alcool chaud, a obtenu environ 11 % d'une matière pulvérulente d'un vert pâle, appelée Waifine. D'un autre côté, M. W. Stein a isolé le principe colorant qui n'est autre , selon lui , que l'acide rutinique, identique à la Waifine de Martius. Voici, d'après un rapport de M. Guinon présenté à la Société d'Agri- culture de Lyon, le résultat des expériences faites en France sur les propriétés tinctoriales du Waifa : la couleur jaune n'existe ni dans l'écorce, ni dans le bois. A peine sensible dans la feuille, on la trouve en grande quantité dans les boutons, et surtout dans les fleurs ; mais celle des fleurs est plus brune que celle des boutons, ce qui explique la préférence que les Chinois donnent à ceux-ci. Le calice en donne CHRONIQUE GENERALE ET FAITS DIVERS. 93 peu, les e'tamines davantage, et enfin les pe'tales, qui sont blancs, en contiennent beaucoup. Elle paraît être en combinaison avec un acide ve'ge'tal qui affaiblit et masque la couleur, laquelle passe instantané- ment du blanc au jaune foncé, par l'action de l'ammoniaque. Cette proprie'té n'appartient pas exclusivement au Sopbora du Japon; on la retrouve dans plusieurs arbres et plantes dont la fleur est blanche. Le Robinier présente sous ce rapport de l'analogie avec le Sopbora, mais avec beaucoup moins d'intensité. La couleur jaune a beaucoup d'analogie avec celle de la gaude; mais elle est moins propre à produire des jaunes clairs, tels que paille, citron, etc-, qui restent pauvres et de'sagréables à l'oeil. Dans les jaunes oranges, comme le bouton d'or, cet inconvénient se change en avantage, et la couleur riche et nourrie possède un degré de solidité supérieur à celui obtenu d'un mélange de gaude et de rocou. Cette dernière condition est importante pour les étoffes d'ameublement, quoique la teinte soit un peu moins pure. Les alcalis rougissent la nuance, les acides la décolorent, — le bichromate de potasse fait rougir à l'instant la solution, ainsi que la soie teinte, en les poussant à une couleur acajou clair. Une partie de fleurs du Sophora donne une nuance équivalente à celle fournie par trois parties de gaude, li^es et racines comprises. Maigre' les avantages incontestables que l'industrie française pour- rait tirer de l'emploi des fleurs de Sophora, ce produit est aujourd'hui à peu près tombe dans l'oubli. Pourquoi? Nous l'ignorons. Le Hoaï-hoa est d'un emploi très répandu en Chine, où on s'en sert pour teindre les sacs, les toiles de coton et les étoffes de soie portées par les mandarins. Cette teintuie prend également bien sur la laine et le poil de chèvre utilisés pour la confection des tapis et donne une couleur jaune jonquille assez vive, dont la beauté' de la nuance varie selon la nature du mordant avec lequel on la fixe. D'après le R. P. Cibot, ancien missionnaire à Pe'kin, les fleurs du Robinier sont également employc'es à la pre'paration du Hoaï-hoa : cet arbre croît partout sans aucun soin, et ses fleurs donnent un très beau jaune. Quand elles sont ■ prés de s'e'panouir, on les recueille, on les détache de leur calice, et on les fait sécher à un soleil ardent, ou encore mieux dans une casserole de fer, et on les tourne et retourne, comme si l'on voulait les rissoler; puis on les humecte avec le suc d'autres fleurs qu'on a pUée3, et dans lequel on a mis du sel. Après les avoir bien maniées, on en fait des boules qui doivent être séche'es au nord. Au lieu de sel, on se sert en certains endroits de chaux, ou même on se contente d'en saupoudrer les fleurs, après l'avoir tamisée très fin. Des livres chinois et des observations de plusieurs voyageurs, il résulterait que le Hoaï-hoa sert aussi à teindre directement en vert, mais que le proce'de est tenu secret par les Chinois. Quoique très 94 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. vraisemblable, cette assertion n'a pas encore pu être vérifiée expéri- mentalement en Europe ; la question reste donc indécise. Disons de plus, pour terminer, que l'écorce intérieure du tronc du Sopbora fournit des filaments tenaces et très loDgs dont on pourrait tirer parti pour faire des cordages, de la pâte à papier, etc. Ses feuilles sont usitées au Japon comme succédané du thé; fraîches, elles servent à composer, avec de l'huile et de la chaux, une sorte d'emplâtre pour combattre les affections charbonneuses, les dartres et les hémorrhoïdes. L'écorce des racines est astringente. Il résulte des expériences entre- prises par M. Cornevin que les diverses parties du Sophora peuvent être données sans danger aux animaux de la ferme -, elles ne contien- nent aucun principe toxique. Le chimiste allemand Foerster a retiré des graines un glycoside qu'il a nomme' Sophorine : c'est une matière colorante jaune se rap- prochant de la Quercitine, qui ne doit pas être confondue avec la Sophorine de II. Wood., alcaloïde très toxique retiré des graines du Sophora speciosa Benth. La Sophorine est un alcaloïde découvert en 1878 par le docteur H. Wood, de Philadelphie, dans les graines du Sophora speciosa Benth, puis étudie' de nouveau par Kalteyer et Neil. C'est une substance amorphe d'un blanc grisâtre, soluble dans l'eau acidule'e. l'éther, le chloroforme, le sulfure de carbone, etc. Sa solution, dans l'acide sul- furique concentré, prend une coloration pourpre, qui passe ensuite au vert, au jaune et s'efface peu à peu. Cet alcaloïde présente une réac- tion franchement alcaline et se combine aux acides pour former des sels, dont quelques-uns sont cristallisables. La Sophorine est le prin- cipe toxique des semences du Sophora speciosa, appele'es au Texas « Fèves poison ». Son action physiologique est très énergique, elle se manifeste surtout sur la moelle épinière et peu sur les muscles moteurs. Une seule de ces graines suffit, dit-on, à déterminer des accidents mortels chez l'homme. La Sophorine n'a pas encore reçu, jusqu'ici, d'applications thérapeutiques. M. V.-B. Bambous japonais. — Dans le dernier numéro de la Revue, nous avons publié une note de M. le D r Meyners d'Estrey sur la culture du Bambou au Japon. Ce travail est extrait, en partie, d'un long mémoire de M. Le'on Van Polder qui forme la livraison du mois de mars 1894 du Bulletin van liet Koloniaal Muséum et Haarlem. Ajou- tons que c'est le Musée colonial qui a pris l'initiative d'encourager la culture des Bambous japonais dans les possessions néerlandaises des Indes orientales ainsi que nous le fait connaître son directeur, M. Van Eeden, dans une lettre re'cente. Red. 95 IV. BIBLIOGRAPHIE. L'Apiculture moderne, par A. L. Clément, secrétaire de la Société centrale d'Apiculture et d'Insectologie. In-8°, illustré de 115 figures. Librairie Larousse, Paris. Prix, 1 fr. 25. Sous ce titre la librairie Larousse vient de publier un joli volume qui, nous en sommes persuadés, est appelé' à rendre de réels services. Tel semble être aussi l'avis du public, car la première édition (2,000 exemplaires) parue dans* le courant d'Avril a été enlevée en moins de six semaines, et la deuxième en vente en ce moment semble vou- loir obtenir le même succès. :-» «^= r>- L'auteur s'attache tout d'abord à faire ressortir les avantages nom- breux et trop souvent méconnus que présente l'Apiculture, et dé- montre qu'indépendamment du parti que l'on peut tirer du miel et de la cire dans les usages domestiques et industriels, les Abeilles nous rendent encore des services d'un ordre plus élevé'. En effet en buti- nant sur les fleurs elles transportent leur pollen de Tune à l'autre, et en assurent la fécondation sur une vaste échelle par leur grand nombre et leurs nombreuses visites. Après les exemples que cite M. Clément, il n'est pas permis de douter de leur influence énorme dans la prospérité agricole du pays où elles vivent. 96 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Un chapitre d'un puissant intérêt fait connaître les mœurs, le dé- veloppement, les métamorphoses de l'Abeille. Un autre est consacré à l'étude des divers types de ruches, puis l'auteur nous initie aux soins que réclame le rucher, il nous apprend quelles sont les maladies auxquelles sont sujettes les Abeilles, nous fait connaître leurs ennemis, et l'ouvrage se termine par une étude du miel et de la cire et des nombreux produits qu'ils servent à fa- briquer : hydromels, vins, liqueurs, etc., sans oublier leurs emplois thérapeutiques. D'une lecture facile ce petit volume a été illustré par l'auteur lui- même de 115 figures qui complètent le texte, eu lui donnant plus de précision encore. Les habitants des campagnes, cultivateurs, prêtres, instituteurs, qui peuvent disposer des loisirs de quelques heures trouveront dans le livre de M. Clément tous les renseignements nécessaires, pour se créer, sans beaucoup de peine, un appoint très appréciable à leurs ressources ordinaires par la culture raisonnée des Abeilles. Le prix excessivement modeste de l'Apiculture moderne, 1 fr. 25, eu rend d'ailleurs l'acquisition facile à tous. Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que la Société centrale d'Apiculture et d'Insectologie vient de décerner à l'auteur une médaille d'argent pour son ouvrage. G. de G. Le Gérant : Jules Grisard. 97 I. TRAVAUX ADRESSÉS A M SOCIÉTÉ. LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN ,i D APRES M. HORNADAY, SUPERINTENDANT DU PARC ZOOLOGIQUE DE "WASHINGTON Par M. H. BREZOL. (suite*) Valeur actuelle du Bison pour les éleveurs de bétail. On sait depuis un temps presque immémorial, que le Bison américain s'accoutume à la captivité, vit parfaitement dans les troupeaux de bétail domestique, se croise facilement avec celui-ci. On croyait autrefois, et cette idée erronée s'est transmise pendant longtemps, qu'une vache domestique ne pouvait donner naissance à un produit de croisement avec le Bison, la bosse du jeune veau s'opposant à la parturition. Les tentatives faites sur l'élevage du Bison en captivité* sont nombreuses. Dès 1701, les colons huguenots de Mini- kintown, sur la James River, à quelques kilomètres de Rich-- mond, commençaient à domestiquer des Bisons. Tous les historiens rapportent également qu'en 1786 ou vers cette époque, les Bisons étaient domestiqués et élevés en captivité dans certaines fermes de la Virginie et la race métisse eût été très commune dans quelques régions du Nord-Ouest au dire d'Albert Gallantin. En 1815, une série de sérieuses expériences sur le croise- ment du Bison avec le bétail domestique, fut entreprise par M. Robert Wickliffe de Lemington, Kentucky, qui les con- tinua pendant trente ans, et publia une notice sur les résul- (*) Voyez Bévue, 1893, 2« semestre, p. 433, et 1894, i" semestre, p. 337; et plus haut, p. 1. 5 Août 1894, 98 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tats obtenus, dans l'ouvrage d'Audubon et Backman, inti- tulé : Quadrupecls of North America (les Quadrupèdes de l'Amérique du Nord). Ces opérations ont été reprises récemment par MM. Bedson de Stony-Mountains dans le Manitoba, Canada, et Jones de Garden City, Kansas, mais elles ont d'autant plus attiré l'attention, que les deux expérimentateurs ont eu surtout en vue l'amélioration du bétail domestique actuel, par l'intro- duction du sang du Bison. On ne saurait attacher trop d'im- portance à cette question, et les résultats obtenus par M. Bedson, dont les expériences sont antérieures à celles de M. Jones présentent le plus grand intérêt. Si on peut encore trouver aux Etats-Unis un nombre suffisant de Bisons, M. Hornaday est persuadé que leur croisement avec le bétail domestique modifiera avantageusement et graduellement la race bovine de l'Ouest. Les expériences entreprises jusqu'ici, ont parfaitement démontré que le Bison mâle se croise bien avec la vache domestique, mais par contre on n'a jamais pu obtenir de veau demi-sang d'une vache Bison. Les produits de ce croisement sont féconds et peuvent donner des trois quarts et des quarts de sang. Le Bison se reproduit très régulièrement en captivité. Si dès les premières années de l'élevage du bétail dans les vastes prairies de l'Ouest, les stochmen, les éleveurs avaient disposé d'une race bovine produisant autant de viande de bonne qualité que les meilleures, mais adaptée pour suppor- ter sur ces pâturages les rigueurs de l'hiver, ils n'auraient pas subi les énormes pertes qui rendent souvent leur pro- fession si aléatoire. En une période de dix ans, on peut compter dans cette région sur trois hivers si rudes, que les Bœufs périssent par milliers. Indépendamment du froid, l'ali- mentation joue encore son rôle, le propriétaire de plusieurs milliers ou seulement de plusieurs centaines de têtes de bétail ne pouvant leur fournir à toutes le foin nécessaire à leur subsistance. Le bétail de ces prairies doit donc être en état de vivre uniquement des ressources qu'elles peuvent lui fournir, des ressources du range. Quand les froids ne sont pas trop intenses, que la neige pas trop épaisse reste peu de temps sur le sol, il supporte facilement l'hiver. Le vent balaie alors la neige du sommet des ondulations du terrain aussitôt qu'elle est tombée, laissant l'herbe émerger assez pour que LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 99 les Bœufs puissent paître. Si une neige meuble s'étend en nappe de quelques centimètres seulement d'épaisseur, le bétail peut encore saisir les touffes d'herbes à travers cette couche friable , et se procurer çà et là une alimentation peu copieuse sans doute, mais qui lui permettra cependant d'attendre qu'un rayon de soleil ait complètement débar- rassé le sol. Quand la neige s'accumule en masse épaisse pen- dant des semaines, si le soleil vient à fondre sa surface, un retour du froid peut la congeler en croûte dure mettant une lame de glace entre les lèvres du malheureux bétail et son unique nourriture. Les animaux qui ne sont pas disposés par la nature pour résister à des conditions aussi anormales meurent alors par milliers, pavant la prairie de leurs ca- davres que la gelée a raidis. Dans l'état actuel, le stockman, l'éleveur se contente de rassembler son bétail pour l'hiver, en faisant des vœux pour que cette saison lui soit aussi peu néfaste que possible. Le souvenir du terrible hiver de 1886-87 restera certainement toujours présent à l'esprit des éleveurs de l'Ouest, qui, sur une grande partie du Montana et du Wyoming, subirent des pertes de 50 %, se majorant encore dans certaines localités. Les mêmes circonstances pouvant se représenter à chaque instant, un seul mois d'hiver suffi- rait pour faire périr plus de la moitié du bétail des prairies de l'Ouest. L'unique moyen qui soit en la possession des éle- veurs pour éviter ces catastrophes, consisterait à infuser à leur bétail un peu de sang de Bison, le rendant apte à sup- porter la faim et le froid. Il est réellement étonnant que le croisement du Bison et du bétail domestique ait été aussi longtemps négligé. Tandis que les éleveurs faisaient preuve d'une grande initiative en créant des races spéciales productrices de lait, de beurre, de viande : le bétail Durham, le bétail sans cornes, deux ou trois personnes seulement ont songé à demander au croisement une race caractérisée par sa sobriété et sa force de résistance. Un Bison peut endurer les tempêtes et résister à la faim et au froid, dans les conditions où le bétail domestique périrait, car en le plaçant sur l'herbage privé d'arbres, balayé par le blizzard, la nature l'avait équipé pour résister à tous les ac- cidents qui pouvaient se présenter. Le caractère le plus frap- pant dont il soit doté , c'est cet excellent vêtement de poils et de fourrure, impénétrable au froid, qui en fait après le 100 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. bœuf musqué, le quadrupède le mieux protégé de la création. Les formes mêmes du Bison, son tronc court, ses grosses jambes, sa tête s'abaissant vers le sol, tout son ensemble en- fin, éveillent chez l'observateur l'idée d'un individu engen- dré pour la lutte contre la parcimonie de sa marâtre, la terre. Un Bison marchera des jours entiers, sans nourriture, fouetté par les tourbillons de neige, et survivra là où les plus ro- bustes taureaux de la prairie se congèleraient sur pied, res- tant debout et glacés sur la plaine, comme il arriva à des centaines d'entre eux pendant l'hiver 1886-1887. Le bétail du range, le bétail des prairies, tourne le dos à la tempête, au blizzard, et fuit affolé sous sa poussée. Le Bison lui fait face et résiste à ses attaques. La prépondérance de l'hérédité paternelle est remarquable chez les produits du croisement du Bison avec la vache do- mestique ; à première vue on les prendrait pour des Bisons purs. Tête, cou, bosse, long poil laineux, révèlent immédiate- ment le sang paternel, avec cette seule différence cependant, entre le Bison et son métis, que chez celui-ci, le poil des épaules et de la bosse n'est pas plus long que celui du reste du corps. M. Jones signale sa couleur comme gris fer, et af- firme que la bosse se forme seulement plusieurs mois après la naissance. Si le veau métis ressemble à son père, on reconnaît cependant l'influence du sang maternel sur la vache métisse adulte. Elle a le corps moins étroit que la fe- melle du Bison, le bassin plus charnu, plus large, se rappro- chant, de celui de la vache domestique, ce qui est un grand perfectionnement par rapport aux étroits quartiers de derrière du Bison sauvage. La bosse est assez haute, moins cependant que chez la vache Bison. Les poils des quartiers antérieurs sont plus courts surtout sur la tête ; la touffe du front et la barbe font visiblement défaut. Les touffes de longs poils noirs, grossiers, qui revêtent l'avant-bras du Bison, sont presque absents, mais le poil recouvrant le corps n'a rien perdu de sa densité, de sa longueur, de sa finesse. Les cornes sont celles de la race maternelle, comme forme, courbure et longueur. M. Bedson créa son troupeau avec un noyau composé d'un jeune taureau et de 4 génisses achetés en 1877, et qu'il accrut très rapidement. Les expériences de reproduction en sang pur furent bientôt suivies d'essais sur le croisement du taureau LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 401 Bison avec la vache domestique, ils donnèrent les résultats les plus encourageants, la bosse ne gênant pas la parturition, puisqu'elle apparaît seulement plusieurs mois après la nais- sance. Vaches Bisons et vaches métisses ont mis bas par une température de 29 degrés au dessous de 0, en donnant des veaux sains et vigoureux. Une vache demi-sang croisée avec un taureau Bison donne des 3/4 de sang, ressemblant beau- coup au Bison. Les vaches demi-sang fort prolifiques, ont un veau chaque année. Très robustes, elles prennent contre le blizzard l'attitude du Bison, et ne fuient pas comme le bétail ordinaire. Pendant les hivers les plus rudes, alors que le thermomètre centigrade marque 35 et 40 degrés au dessous de 0, elles restent sur la prairie ouverte à tous les vents, sans le moindre abri, vivant de ce qu'elles peuvent enlever au pâturage. N'exigeant aucun fourrage, elles fouillent dans la neige la plus épaisse, pour y trouver quelques brins d'herbe, se domestiquent bien, et n'exigent presque pas de surveil- lance. La race croisée de Bison s'élève donc facilement, se nourrit économiquement, et n'a pas besoin d'étable pour l'hi- ver. Ce sont là trois points essentiels dans la pratique de l'élevage. Sa viande vaut mieux que celle du bétail domes- tique et M. Bedson a pu vendre à raison de 1 franc 95 le kilog. la chair de 2 de ses métis, morts accidentellement. Les peaux mégissées de ces 2 animaux vaudraient certainement de 260 à 400 francs. Un bœuf demi-sang par mère Durham, tué en 1887, four- nit 580 kilogs de viande comestible. Une vache arriva à pe- ser 817 kilogs à l'âge de 6 ans. Un des taureaux Bison pur sang du troupeau de M. Bedson pèse 907 kilogs, et un tau- reau demi-sang, de 770 à 820 kilogs. Les trois quarts de sang sont énormes, et leur robe vaut de 215 à 260 francs. Très prolifiques, ils constituent, d'après M. Bedson, le bétail de l'avenir pour le range du Nord, les de- mi-sang et les quarts de sang étant plus à même de prospé- rer sur les régions moins septentrionales. Les vaches trois quarts de sang pèsent de 635 à 815 kilogs. M. Bedson pense qu'un croisement du Bison avec la variété Galloway de la race bovine britannique sans cornes, donnerait un bétail qui serait le premier du monde pour la vie en toute saison sur le range et dont la robe acquérerait une haute valeur. Le trou- peau de M. Bedson a, nous l'avons dit, été créé par l'achat 402 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. en 1877 de 5 veaux dont 1 mâle, payés 1,000 dollars, 5,340 fr. par cet intelligent propriétaire. En 1888, il se composait de 23 taureaux pur sang, de 35 vaches pur sang, de 5 taureaux demi -sang, de 3 vaches demi -sang et de 17 veaux métis et pur [[sang, se partageant sans doute de la fa- çon suivante : 12 pur sang, 5 demi-sang, le tout formant un troupeau de 83 têtes. En novembre 1888. ces animaux ont été vendus pour 50,000 dollars, 267,600 francs, à M. Jones de Garden City, Kansas, déjà propriétaire d'un autre troupeau. Outre ces 83 têtes, M. Bedson en avait donné 9 autres à dif- férentes personnes, et fait abattre 5, ce qui forme un total de 97 animaux obtenus en 11 ans des 5 Bisons achetés en 1877. M. Jones de Garden City, qui connaît parfaitement le Bi- son, l'ayant poursuivi comme chasseur avant de se faire éleveur, s'occupe lui aussi depuis cinq ou six ans d'améliorer le bétail des prairies , le bétail du range, en le croisant avec le Bison. En cinq expéditions, faites sur la région où vivaient les derniers représentants du troupeau du Sud, il a capturé 68 veaux et 11 vaches adultes dont il a constitué un troupeau. Dans le numéro de la Farmers Review (Revue du Fermier de Chicago) du 22 août 1888, M. Jones expri- mait, dans les termes suivants, son opinion sur l'avenir des métis Bison comme bétail domestique : « La grande question » à résoudre par les États-Unis consiste à obtenir une race de » bétail susceptible de résister aux blizzards, aux bourrasques » de neige ; qui ne soit pas chassée par la tempête contre les » barrières des chemins de fer et des pâturages, où elle ne » tarderait pas à périr ; qui possède l'énergie nécessaire pour » franchir en marchant vers le Nord, contre le vent, les » quelques kilomètres la séparant des pâturages où les » herbes hivernales abondent. 11 faut donc aux États-Unis un » animal robuste, nerveux, faisant tête aux blizzards, suppor- » tant la tempête, un animal se plaisant dans les prairies » sans se laisser entraîner au découragement, un animal en- » fin, susceptible de donner de la viande de qualité, et en » abondance. Toutes ces conditions peuvent être remplies » par le Bison, sauf la dernière, et encore sa viande a-t-elle » la qualité voulue, la quantité seule lui faisant défaut. Des » anciens chasseurs qui ont pu manger à l'automne un mor- » ceau de bosse ou d'aloyau de Bison femelle, bien engraissé, » quel est celui qui nierait que c'était la meilleure viande LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. -103 » qu'il y eut sur terre ? La graisse était aussi délicate que la » moelle des os du bœuf domestique. » La grande question, celle de la quantité, restant toute- » l'ois pendante, je me suis attaché à la résoudre dans le Co- » lorado, par le croisement. J'achetai une vache demi-sang » de 5 ans, qui avait été croisée avec un taureau domestique, » et avait donné 2 veaux : 1 yearling, veau d'un an, et un » veau de lait, promettant beaucoup pour l'avenir. Cette » vache n'avait jamais été nourrie, toujours elle avait vécu » sur le range, et quand je la vis pour la première fois en » 1883, je l'estimai peser un peu plus de 800 kilogs. Elle » avait une bonne robe bringée, même en septembre, des » quartiers postérieurs aussi développés que ceux du bétail » domestique, des quartiers antérieurs massifs ressemblant » à ceux, du Bison, sa bosse était peu prononcée. Les veaux » tenaient peu du Bison, et leurs robes se rapprochaient » beaucoup du pelage du bétail domestique. » Nous pouvons obtenir avec les quarts de sang, les demi- » sang, et les trois quarts de sang, une race de bétail sans » égale au monde pour la dureté et la résistance; composée » de bons animaux porte viande ; la seule de toutes les » races bovines qui soit revêtue d'une véritable fourrure, » ne fuyant jamais la tempête quand elle fait rage, si so- » ciable que jamais le troupeau ne se partage, que jamais un » de ses membres ne s'égare, race susceptible de trouver sa » nourriture partout où elle existe, et là où toute autre péri- » rait , race susceptible de boire seulement tous les trois » jours, en parcourant 30 et 50 kilomètres pour trouver de » l'eau, et cela sans cesser d'engraisser. » Des animaux ainsi constitués fourniraient aux plaines de » l'Amérique du Nord le bétail le mieux accommodé aux con- » ditions d'existence de cette région. Les quart de sang » conviendraient surtout au Texas, les demi-sang au Colo- » rado et au Kansas, les trois quarts sang aux régions situées » plus au Nord. Dans ces conditions, on ne trouverait plus » sur les prairies de cadavres d'animaux morts de froid, de » faim et d'épuisement, ou du manque d'énergie, ainsi qu'on » en a tant vu dans les années précédentes. » Le troupeau de M. Jones se composait primitivement de 57 Bisons capturés au lasso pour la plupart. Pendant les cinq dernières années de l'existence du Bison sur les plaines du 104 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Sud, il faisait chaque année une expédition au Texas pour capturer les Veaux du petit troupeau de 100 ou 200 têtes, qui représentaient les restes des innombrables bandes vivant autrefois sur le range du Sud. Chacune de ces expéditions était fort coûteuse, car il fallait payer des hommes, acheter et entretenir des chevaux, des véhicules, du matériel, et même une douzaine de Vaches laitières, destinées à devenir les mères adoptives des Veaux capturés, qu'elles empêchaient de mourir de faim. La région de chasse était horriblement stérile, presque dépourvue d'eau, les Bisons se laissaient dif- ficilement approcher, mais le sol uni, sans accidents, sans vallons ni collines, permettait aux chasseurs montés, de pro- fiter de la supériorité de leur vitesse sur celle du Bison. Ils pouvaient alors surprendre un troupeau, en séparer quelques Veaux, et les lasser. Il fallait, dans ces expéditions, déployer beaucoup d'habileté et d'audace. La dernière que M. Jones ait entreprise, celle de 1888, fut surtout remarquable pour ses résultats. En mai, la troupe des chasseurs capturait 7 Veaux et 11 Vaches adultes, dont quelques-unes furent lassées, en pleine course sur la prairie, puis entravées et attachées. Pour s'emparer des autres Vaches, les chasseurs les entouraient et les gardaient à vue, puis on faisait avancer un groupe de Bisons apprivoisés qui se mêlaient à leurs sauvages congé- nères, et les entraînaient peu à peu vers un enclos où tous pénétraient. Les difficultés de ces chasses ne peuvent être appréciées que par ceux qui ont poursuivi le Bison aux derniers temps de son existence. Les cinq expéditions produisirent les résultats suivants : En 1884, on ne captura pas de Veaux. En 1885, on prit 11 Veaux, dont 5 moururent pendant le retour, 6 survécurent. En 1886, on prit 14 Veaux, dont 7 moururent, les 7 autres survécurent. En 1887, on prit 36 Veaux, dont 6 moururent, les 30 autres survécurent. En 1888, on prit il Vaches et 7 Veaux, tous ces animaux survécurent. Total : 79 captures, 57 animaux ayant survécu, 18 pertes. Le troupeau de M. Jones comprenait au 1 er janvier 1889: 11 Bisons femelles adultes, 7 Bisons de trois ans, dont deux mâles et cinq femelles, 4 Taureaux de deux ans, 28 yearlings, LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. *0o Veaux d'un an, comprenant quinze mâles et treize femelles, 1 Veaux de lait, dont trois mâles et quatre femelles. En tout, 57 animaux, dont vingt-quatre mâles et trente-trois femelles. On doit ajouter à cet inventaire, le troupeau acquis en no- vembre 1888 de M. Bedson, et composé de 83 têtes diverses, qu'on commença à expédier au Kansas, dans le courant de décembre de la même année. Les animaux du premier envoi protestèrent à leur façon contre ce changement de pâturages : 33 Bisons et demi-sang avaient été séparés du reste du troupeau, dans les herbages des Stony-Mountains, demeure de M. Betson, à 18 kilomètres de Winnipeg (Canada), et conduits à la station du chemin de fer, mais plusieurs des vieux Taureaux purent s'échapper et rejoindre leurs compagnons restés dans les prairies. En attendant l'arrivée du train qui devait les emmener, les ani- maux expédiés aux États-Unis, avaient été enfermés dans un enclos voisin du chemin de fer, mais pris d'une frénésie subite, ils se précipitèrent soudain les uns contre les autres, se bousculant furieusement. Les plus vieux projetaient les Veaux en l'air sur leurs cornes et les clouaient en terre quand ils retombaient. Pendant le trajet en wagon, 3 des demi-sang furent tués par leurs compagnons. En arrivant à Kansas-City, 13 des survivants prirent la fuite, traversèrent la ville, et ne furent capturés de nouveau que dans les pâtu- rages où on les accula à une rivière. Depuis l'acquisition de ce troupeau, les nombreuses demandes de renseignements reçues par M. Jones, font supposer que beaucoup d'éleveurs ont l'intention de le suivre dans ses expériences de croi- sement du Bison. M. Jones donnait, en 1889, les indications suivantes sur ses projets : « Mes plus vieux Taureaux ont trois ans, et je les » croiserai cette année avec une centaine de Vaches domes- » tiques , choisies parmi la race du Texas et parmi les » Galloways sans cornes, les Durhams et les Herefords, » celles-ci appartenant à une variété anglaise de la race » germanique, proche parente des excellentes laitières de la » Normandie. Je compte surtout sur de bons résultats avec » les métis Galloways. Si je puis conserver à la fois le lustre » du pelage de cette variété et la fourrure du Bison, les » robes seules rapporteront plus que l'élevage actuel du » bétail de boucherie. » 106 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Outre ces deux troupeaux, réunis aujourd'hui en un seul, il existe encore aux États-Unis quelques petits groupes de Bisons vivant en captivité. M. Charles Allard de Flathead, dans la réserve indienne du Montana, possède un troupeau de 35 Bisons pur sang, comprenant 2 Taureaux de quatorze ans, 4 vaches, 7 Veaux de 1888, 6 yearlings, Veaux d'un an, 6 Veaux de deux ans. M. Cody, alias Buffalo-Bill, possède 18 Bisons qui prennent une part importante aux exercices de sa troupe. Ces animaux ont séjourné à Londres, à Paris, en Italie, et 4 Veaux sont même nés à Londres en 1888, prouvant la productivité de cette race même dans les conditions les plus défavorables. En 1886-87, ce troupeau avait beaucoup souffert de la pé- ripneumonie à New-York. M. Charles Goodnight, de Clarendon (Texas), possède, de- puis dix ans, un troupeau de 13 tètes, dont 2 Taureaux de trois ans, 6 Vaches de tout âge, 1 Vache demi-sang et 4 Veaux. La Société zoologique de Philadelphie, dont M. Arthur Brown est président, entretient dans son jardin un troupeau de 10 Bisons, comprenant 4 Taureaux et 6 Vaches dont deux sont nées en 1877. Cette Société a vendu en 1886 pour 1,600 francs, un Taureau adulte et une Vache à M. Cody. La Compagnie des chemins de fer Atchinson-Topeka et Santa-Fé, possède, à Bismarck-Grove (Kansas), un troupeau de 10 têtes, comprenant 1 très gros Taureau de six ans, 2 jeunes Taurillons, 5 Vaches de différents âges, et 2 Gé- nisses de deux ans. Cette bande comptait en 1875, au moment de son acquisition par le colonel Staunton, 1 beau Veau mâle payé 43 francs et 2 Génisses payées 133 francs. Elle arriva à comprendre 17 membres dont un certain nombre moururent, furent vendus ou abattus. Ces dix animaux vivent dans un enclos de 12 hectares attenant au parc de la ville, et y restent toute l'année sans le moindre abri. Bien nourris de foin, ils sont en parfait état et le vieux Taureau Cleveland ne pèse pas moins de 1,360 kilogs. M. Frederik Dupree entretient à l'agence des Indiens Cheyenne, près du fort Bennett, Dakota, un troupeau de 9 Bisons pur sang, et de 7 demi-sang. Les Bisons pur sang comprennent : 2 taureaux adultes , 4 vaches adultes et 3 veaux; les métis se composent de 6 demi-sang et de 1 quart LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 107 de sang. Le noyau du troupeau fut constitué par 5 veaux capturés par M. Dupree, en 1882, à 160 kilomètres du fort Bennett; deux d'entre eux moururent au bout de deux mois, un autre fut tué par un Indien, en 1885. Ces animaux, très soumis, vivent ensemble, excepté le plus vieux taureau, qui préfère la société du bétail domestique. M. Dupree pense que ses demi-sang lui fourniront un excellent bétail. Le parc Lincoln à Chicago, dont M. Walker est directeur, possède un troupeau composé de Tf Bisons comprenant 1 tau- reau de huit ans, 1 de quatre ans, 2 vaches de huit ans, 2 de deux ans, 1 génisse née au printemps de 1888. Le Jardin zoologique de Cincinnati, Ohio, possède 4 Bisons comprenant 1 taureau, 1 métis adulte et 2 veaux. Le docteur Mac Gillicuddy, de Rapid City, Dakota, possède 4 Bisons dont 1 taureau et 2 vaches achetés en 1882 près des Black Hills, aux Indiens Sioux. La ménagerie du Parc Central, à Washington, dont M. le docteur Conklin est directeur, possède 4 Bisons : 1 taureau, 1 vache, 2 veaux. M. John Starin, de Glen Island, près de New-York, est également propriétaire de 4 Bisons. Le Muséum de Washington entretient 1 jeune taureau de quatre ans et 1 vache de trois ans capturés dans l'ouest du Nebraska, par M. Jackett d'Ogalalla, qui les vendit 2,100 francs à M. Blackford, de New-York. M. Winston, d'Hamlin (Minnesota), possède 2 Bisons : 1 jeune taureau acheté dans l'ouest du Dakota, au printemps de 1886, et 1 vache, payée 1,200 francs, l'année suivante, à Rosseau, Dakota. M. Buller, de Colorado (Texas), possède un jeune taureau Bison et 1 veau demi-sang. M. Joseph Huston, de Miles-City (Montana), est proprié- taire d'un taureau de neuf ans. M. Gardner, de Bellwood (Orégon), également. La Compagaie du Riverside Ranch, dans le Dakota, pos- sède 2 Bisons. M. James Hitch, à Optima, territoire indien, élève deux jeunes veaux. M. Joseph Hudson, d'Estell (Nebraska), possède un taureau de trois ans. 168 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Il existe encore, au Dakota, 4 Bisons appartenant à des propriétaires inconnus. Quant aux Bisons vivant à l'étranger, ils sont moins nom- breux encore qu'aux Etats-Unis. Le Jardin Bellevue, de Manchester (Angleterre), en pos- sède 2. Le Jardin zoologique de Londres, 1. La ville de Liverpool en a acheté 1, en 1888, à M. Gody. Le Jardin zoologique de Dresde en entretient 2. Le Jardin zoologique de Calcutta en possède 1. On peut, somme toute, résumer de la façon suivante la sta- tistique des derniers survivants des grands troupeaux de l'ouest, actuellement nourris par l'homme ou vivant encore à l'état de nature : Bisons pur-sang entretenus dans un but d'exploitation 216 Bisons pur sang entretenus comme objets d'exhibition 40 Total des Bisons pur sang vivant en captivité . . . 256 Bisons sauvages vivant sous la protection du gouverne- ment dans le parc de Yellowstone : 200. Bisons domestiques demi-sang : 40. Le Manitoba (Canada) posséderait, parait-il, un certain nombre de Bisons demi-sang, dont on ignore l'importance ; peut-être aussi quelques Bisons vivant çà et là en captivité ont-ils été omis dans cette récapitulation. (A suivre.) 409 CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE- GUINÉE OU PAPOUASIE a l'industrie de la mode Par M. J. FOREST aîné, (suite *) VI PTILONORYNCHYNÉS. Cette famille, établie par Swainson comme une des sous- familles de ses Sturnidae, forme un groupe assez naturel comme groupe géographique, car elle ne renferme que des oiseaux appartenant à la Malaisie ou à l'Australie. Brehm dit que ce genre forme la transition des Lampro- tornidés aux Loriots proprement dits tandis que ceux-ci se rapprochent plus des Paradisiers. Les Ptilonorynques ont pour caractère essentiel des na- rines entièrement recouvertes par les plumes veloutées, qui, du front, s'avancent jusqu'au milieu de la mandibule supé- rieure. Ils ont des ailes courtes et arrondies; une queue de moyenne longueur et tronquée ; des tarses assez élevés et des ongles médiocrement recourbés. On connaît six espèces. Nous décrirons celle qui est employée régulièrement dans l'industrie et forme le type de tout le groupe, le satin-Bird, qui a valu 80 francs, et ne vaut plus môme le quart au- jourd'hui. Les mœurs très curieuses et particulièrement intéressantes de cette famille, sont décrites, d'après Gould, dans Y Ency- clopédie du D r Chenu, et dans la traduction française de Brehm. (*) Voy.. Revue, 1894, 1" semestre, p. 441 et plus haut, p. 14. <10 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. 48. PTILONORYNCHUS HOLOSERIGEUS, Kuhl, 1820. Français : L'Oiseau satiné. Anglais : The Satin Boioer Bird, the Satin Graille. Allemand : Der Atlas vogel. Hollandais : De Speehogel, Salijiwogel, Prieelvogel. Fig. Gould, Birds of Australia, IV, pi. 10. Description : Mâle adulte, le plumage d'un bleu-noir foncé, satiné, avec les rémiges, les rectrices et les couvertures supé- rieures de l'aile d'un noir mat ; l'iris est bleu clair, bordé en dedans d'un cercle étroit ronge ; le bec est bleuâtre clair, à pointe jaune ; les pattes sont rougeâtres. La femelle a le dos vert, les ailes et la queue d'un brun- jaune foncé, le ventre vert jaunâtre, avec une tache brun foncé , en forme de croissant à la pointe des plumes. Les jeunes ressemblent beaucoup aux femelles. Habitat : L'Australie orientale, les forêts de Port-Ma- quarie; le comté de Cumberland, dans la Nouvelle-Galles du Sud. 49. PTILONORYNCHUS (AILUROEDUS) GRASSIROSTRIS, G.-R. Gray. Anglais : Barbet-lïke Cat-Bird. Le Cat-Bird des Australiens, décrit par Temminck, sous le nom de Kitta virescens dans Transactions de V Académie d'Upsal, 1815 (YH,*t. 10). 50. PTILONORYNCHUS (AILUROEDUS) BUCCOIDES, Gray. Anglais : Common Cat-Bird. Fig. Temminck, Planches coloiiées, 575. De la Nouvelle-Guinée, Salawatty, Batanta, Waigiou, A été trouvé par d'Albertis, près la rivière Fly, en 1877. Bernstein l'a trouvé dans les trois îles précitées. CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE -GUINÉE. 111 51. PTILONORYNCKUS (AILUROEDUS) ARFAKIANUS, V. Rosenberg. Du N.-O. de la Nouvelle-Guinée, a été trouvé par d'Al- bertis, Beccari et Meyer, sur les monts Arfak. Décrit par Meyer dans Comptes rendus de V Académie Impériale des Sciences à Vienne, en 1874 ( LXIX, 82). D'après Sharpe [Calai., VI, 384), doit se trouver à Misole, ce que Bernstein admet également. 52. PTILONORYNGHUS (AILUROEDUS) MELANOTIS. Anglais : Black- Clieekeâ, Cat-Bird. Des îles Arou, Rosenberg le trouva à Wokam et à Mai- koor, où il se nomme, d'après son cri d'appel « Batoetoe », d'Albertis le trouva le long de la rivière Fly (Ann. Mus. Genova, XIV, p. 114). 53. PTILONORYNCHUS (AILUROEDUS) STONEI, Sharpe, 1876. Anglais : Stones Cat-Bird. A été trouvé, par Stone, dans le S.-E. de la Nouvelle- Guinée, près la rivière Lalokiou-Laroki et vers l'intérieur (Goldie river), a été décrit par Sharpe, dans Nature, du 17 août 1876, p. 339, et par Gould, dans Birds of New-Guinea ; part. XII (1881). 54. PTILONORYNGHUS (AMBLYORNIS) INORNATUS, Rosenberg {in litt.) 1870. Du nord de la Nouvelle - Guinée, a été découvert par Rosenberg, en 1870, sur les monts Arfak, plus tard par d'Albertis, Beccari et Meyer. A été décrit par Schlegel, dans son Tijds. v. Dierh (IV, 51). M 2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. vu t CHLAMYDÈRES. Cette famille, dont on connaît quatre espèces austra- liennes, est très voisine des Ptilonorinques, dont ils se dis- tinguent par leurs narines découvertes , percées dans une large membrane dépourvue de plumes. Leurs ailes sont lon- gues et pointues, leur queue allongée et légèrement arron- die. Cette famille est caractérisée par une espèce de collerette ou fraise qui orne la nuque du mâle. Les jeunes oiseaux et la femelle sont privés de cet ornement. Ces oiseaux ont, comme les Ptilonorinques, l'habitude de construire des es- pèces de cabanes minuscules, où ils se livrent à leurs ébats et nichent dans des buissons épais, au voisinage de leur nid de plaisance. Ils se nourrissent presque exclusivement de graines et de fruits. Ces oiseaux, encore assez rares, ont peu ou pas d'emploi pour la parure, leur plumage n'a rien de particulièrement caractéristique pour justifier leur recherche spéciale en vue d'emplois industriels. Nous décrirons, d'après Brehm : 55. CHLAMYDERA MACULATA, GouLD. Français : Le Chlamydère tacheté. Anglais : The Spotted Botver Bird. Allemand : Der geflecktte Kragenvogel. Fig. 8, Gould Bird of Australia. Le Chlamydère tacheté a 29 centimètres de long ; les plumes de la partie supérieure de la tète, brunes, avec la pointe gris d'argent ; celles de la gorge, également brunes, avec un fin liseré noir; le dos, les ailes, la queue d'un brun foncé, toutes les plumes portant une tache ronde d'un jaune- brun à la pointe ; le cou, entouré d'une sorte de collerette ou de fraise, formée de plumes longues, d'un rouge fleur de Pêcher; les rémiges primaires, blanches; les rectrices, d'un jaune brun à l'extrémité; le ventre, d'un blanc grisâtre; les flancs, marqués de petites lignes en zig-zag; l'iris, brun CONTRIBUTIONS ORNITIIOLOGIQUES DE LA NOUVELLE-GUINÉE. Il" foncé ; le bec et les pattes bruns, la femelle ne diffère guère du mâle. 56. CHLAMYDERâ NUCHALIS, Gould. Français : Chlamydère à nuque ornée. Anglais : Eastem lilace-naped Bover-Bird. ■ Fig. Gould, Birds of Aust. (IV, pi. 9), décrit par Jardine et Selby (111. Orn., pi. 103). Du nord de l'Australie, dans les environs de Port-Darwin et Port-Essington, en face Timor, se répand jusque dans le N.-O. de l'Australie. Cette espèce a été décrite par Sharpe {Calai., VI, p. 392), sous le nom de Cldamydera orientalis x Ramsay, Ibis, 1865, p. 85, et anciennement par Hombron et Jacquinot dans Voyage au Pôle Sud, atlas, pi. 7, fig. 2. 57. CHLAMYDERA GUTTATA. Anglais : Large Spotted Bou-er-Bird. Fig. Gould, Supp., 1869, pi. 35. De l'intérieur du N.-O. de l'Australie. Décrit par Gould, dans Supplément (pi. 35, en 1869). Espèce très rare qui diffère peu du Ch. maculât a. 58. CHLAMYDERA CERVINIVENTRIS. Anglais : The favjn-brexsted Bower-Bird. Fig. Gould, Supp., pi. 36. ©'après Mac Gillivray, du Cap York, Australie septentrio- nale, d'après Gray, dans les îles du détroit de Torrès. A été trouvé par d'Albertis, dans le S.-E. de la Nouvelle-Guinée. VIII PIGEONS. Cette famille, aux. variétés multiples, est particulièrement favorisée par la richesse de son plumage, dans la Malaisie, 5 Août 1894. " 8 *U REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. la Papouasie et l'Australie. Les Tourterelles, les Colombes percheuses, les Pigeons terrestres rivalisent par la splendeur des coloris variés et des plumages métallisés dont ils sont revêtus. D'autres, enfin, de couleur moins marquante, sont ornés d'une huppe, égalant la valeur industrielle et complé- tant les emplois somptuaires des Hérons-aigrettes, tant re- cherchés. Nous laissons de côté les Phaps, Œdiphaps et Carpophagues et ne décrirons que les espèces les plus im- portantes, soit les Gouras et le Pigeon Nicobar. Les Phaps, Ocyphaps Treron, etc., de l'Australie et de la Papouasie n'ont d'intérêt que par leurs jolies ailes de tons neutres avec plaques de couleurs métallisées. Le plumage insignifiant du corps n'ajoute aucune valeur relative malgré la rareté de ces oiseaux. Les Carpophaga, dont quelques variétés de prix élevé se remplacent dans la plumasserie par l'Ibis falcinelle, ne sont plus particulièrement recherchés pour la mode ; toutefois, la variété blanche, C luctuosa, a un plumage blanc velouté n'existant sur aucun autre oiseau, lequel, suivant les cir- constances, aura une grande valeur d'emploi. Tous ces pigeons sont rares et n'ont qu'un débouché industriel fort limité, alors que le Goura et le Nicobar sont d'un emploi régulier et d'une grande consommation. J'ai omis d'ajouter que tous ces Pigeons sont d'un excellent manger et par- faitement susceptibles d'être domestiqués dans presque toutes nos colonies tropicales. Je suis même étonné qu'il n'ait pas encore été tenté des essais d'acclimatation, pour enrichir leur faune par ces oiseaux de rapport. L'Indo-Chine, Mada- gascar, le Congo, la Guyane me paraissent être des pays où l'élevage du Goura, du Nicobar, donnerait des bons résultats. IX GOURAS. Les Gouras sont les plus grands de tous les Pigeons-. Leur tête est ornée d'une huppe disposée en écran qu'ils redres- sent ou actionnent à volonté. C'est l'unique groupe à huppe en aigrette de toute la famille des Pigeons. Ces oiseaux ont des habitudes terrestres, ils sont lourds de corps, très gras. CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES LE LA NOUVELLE -GUINÉE. 145 d'habitude ; leurs ailes, bien conformées, d'ailleurs, leur ser- vent pour se déplacer rapidement, ce ne sont pas des oiseaux de vol, c'est exceptionnellement qu'ils font usage de cette locomotion, leur habitat est limité par leurs facultés de vol; Le Goura Victoria. ils sont confinés dans toute la Nouvelle-Guinée et îles ad- jacentes. D'après Brehm, ces oiseaux sont fort communs dans les basses-cours aux Indes -Orientales. Wallace nous dit que dans la Nouvelle-Guinée, l'absence de carnassiers, la rareté 'i'i6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. des oiseaux de proie et des grands reptiles ont permis à cet oiseau de se reproduire facilement. L'édition française de Brehm contient nombre de détails intéressants sur ces oi- seaux dont je ne saurais trop recommander l'introduction et l'acclimatation dans nos colonies dont le climat se rap- procherait de celui de la Nouvelle-Guinée. Les premiers emplois de Gouras, dans la mode, datent d'une quinzaine d'années. A cette époque, le Goura couronné se payait chez l'im porteur de 18 à 35 francs en peau ronde ; la production peu importante suffisait largement aux besoins industriels. Aujourd'hui, triste effet du massacre général, dans l'objectif commercial ; la surabondance a déprécié con- sidérablement les Gouras qui arrivent principalement en état spécial, soit la tète avec sa huppe d'une valeur de 7 à 15 francs, suivant l'espèce et qualité. Schlegel a donné la description d'une variété Goura minor particulier à l'île de Waigiou. 59. GOURA CORONATA, L. Français : Le Goura couronné. Al'emand : Die Kronentaube. Anglais : The Crotaned Pigeon. Ce superbe Pigeon bien connu aujourd'hui, par sa présence habituelle dans les volières des nombreux jardins zoolo- giques, a le dessus du corps d'un joli gris ardoise clair qui forme la caractéristique des trois espèces connues, dont la variation s'opère sur la huppe et la coloration de l'abdomen et encore par les secondaires en forme de miroir de l'aile. GO. GOURA VICTORIA, Fras. Français : Le Goura de Victoria. Allemand : Die Fàchertaube. Anglais : The fan-pigeon. Le caractère le plus important différentiel de l'espèce pré- cédente se trouve dans la huppe, dont les barbules termi- nales sont bordées de gris blanc et forment un petit écran ; le miroir de l'aile est gris bleu au lieu d'être blanc comme dans l'espèce précédente. Cette espèce a l'aigrette bien moins CONTRIBUTIONS ORNITHOLOGIQUES DE LA NOUVELLE-GUINÉE. 1 47 fourni que le Goura couronné, mais une variété voisine dé- nommée par les importateurs « Goura Sheepmakeri », a une huppe excessivement développée en hauteur et très fournie, ayant l'extrémité voilée de blanc comme le Victoria. Sa patrie paraît être l'île de Jobie. X 61. CÂLŒNAS NICOBARICA. Français : Le Pigeon Nicobar. Anglais : The Nicobar Pigeon. Allemand : Die Miihnentaube. Cette espèce, unique dans toute la famille des pigeons, se distingue par une espèce de camail de plumes longues effi- lées, comme celles du dos de l'Anhinga, mais d'un vert mé- tallique. Les ailes, le dos sont recouverts d'un plumage vert métallique doré bien plus riche que celui des Lophophores. La prodigieuse quantité de Nicobars fournis à l'industrie depuis quelques années a démodé le Lophophore, au point que cet oiseau, qui valait 45 à 50 francs il y a une dizaine d'années, en vaut le quart aujourd'hui. Le Nicobar, qui se vendait il y a dix ans 25 francs, est tombé â 2 fr. 50 en qualité inférieure. Ces prix sont approximatifs, les beaux exemplaires, comme l'on sait, sont fort rares et se paient toujours des prix bien supérieurs. Deux espèces sont connues : C. Nicobcwica L. et C. Gouldii, Gr., de Gilolo. (A suivre.) 118 CULTURES D'ACACIAS AUSTRALIENS EN ALGÉRIE Par M. le D r BOURLIER, Professeur à l'Ecole de médecine d'Alger. 11 y a quelques années, dans un cas d'empoisonnement par un alcaloïde, loin d'Alger, j'ai eu recours à l'écorce d'Acacia pyaianiha. Frappé de la quantité considérable de tanin contenue dans cette plante, j'ai pensé que sa culture pouvait être tentée avec succès en Algérie. J'ensemençai donc, il y a cinq ans, avec des graines du pays, une certaine surface. Entre temps je reçus d'Australie quelques documents. Néanmoins je fis école pendant plus de trois ans, ainsi qu'en témoignent les sept hectares affectés à mes premiers débuts. Les procédés australiens doivent être modifiés en ce pays. . — La végétation rapide des plantes herbacées qui suit l'en- semencement en novembre, nécessite des soins de sarclage trop onéreux. J'ai dû procéder au moyen de pépinières me donnant de jeunes sujets pris en petites mottes à l'âge de quelques mois seulement, et mis en place en février-mars. Je ne fus bien fixé au point de vue agricultural qu'en 1891-1892. — Il en est de cette culture comme de toutes les autres ; en raison de la vie presque aérienne des racines, il faut travailler, aérer le sol, et cela souvent durant l'été. Pas d'irrigations. — Je vais cependant en essayer cette année, mais seulement sur de très jeunes sujets, ceux de l'année. En mars 1892, je me décidai à planter six hectares sur dé- foncement à 0,60 et deux hectares sur non défoncement, mais après de multiples labours. — Eh bien, il n'y a pas grande différence entre les plantes poussant sur l'une ou sur l'autre partie. CULTURES D'ACACIAS AUSTRALIENS EN ALGÉRIE. 119 Le passage fréquent en été, de houes à travers les lignes, vaut mieux qu'une irrigation à la deuxième ou troisième année. Les graines employées pour cet essai proviennent d'Aus- tralie. J'ai eu mille peines à me les procurer au pays d'ori- gine et dans les divers centres de culture du Waltle. J'ai été contraint, à mon grand regret, de m'adresser à des consuls des Etats-Unis, ou même d'Allemagne ! lesquels m'ont fait parvenir directement, ou par l'intermédiaire de colons ou de marchands de graines, ce que je désirais obtenir des diverses régions de la côte Sud Australienne, afin de pouvoir réunir chez moi toutes les variétés cultivées. Je n'ai eu qu'à me féliciter de ma persévérance : je pos- sède, sur huit hectares, douze ou quinze variétés à! Acacia pycnantha hybrides et même des espèces très intéressantes, différant beaucoup entre elles comme rapidité de végétation, port de l'arbre, rectitude du* bois, épaisseur de l'écorce, forme des feuilles, etc., etc. Ces variétés ont aujourd'hui vingt-quatre mois et malgré cela il y a beaucoup à hésiter pour les spécifier par un nom. Hybrides à part, il y a des pycnanlha, petiolaris, macradenia, etc. Mes graines proviennent des districts situés autour de Perth, Albany, Adélaïde et Melbourne. Alors que dans le pays d'origine ces espèces ne fleurissent jamais avant la troisième année, elles étaient chez moi en fleurs au vingt-troisième mois, et fin juin elles vont me donner de bonnes graines pour mes prochains ensemen- cements. — Quelques arbres mesurent aujourd'hui (vingt- quatre mois) plus de cinq mètres. Ces plantations m'ont permis de constituer en ce laps de temps une petite forêt. Fin juin je pourrai, après examen comparatif portant sur la richesse en tanin, l'épaisseur d'écorce, la rectitude du tronc, la blancheur de la gomme, etc., adopter définitive- ment la, ou les deux ou trois variétés, qui me promettront le plus. En ce moment, malgré la taille de ces plantes, les premières feuilles juvéniles de transformation situées presqu'au niveau du sol comportent encore quelques pinnules qui persistent et le tronc, suivant les variétés, reproduit les couleurs 420 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. d'écorce les plus variées : gris, glauque, bleu-vert, vert- jaune, rouge, saumon, chocolat. Certaines écorces fort épaisses sont comme gondolées. Bois. — Le bois, employé à de nombreux usages en Aus- tralie, ne semble perdre ici aucune de ses qualités. Déjà des roues de voiture faites de toutes pièces avec le Pycnantha circulent en ville. Les charrons ou carrossiers prévoient un seul défaut à leur point de vue personnel : une trop longue durée ! Presque toute la tonnellerie de la Nouvelle-Galles du Sud est faite avec le Pycnantha. Comme bois de chauffage, ou transformé en charbon, je ne lui connais pas de rival. Les ateliers du P.-L.-M. Algérien, après essais, estiment ce bois à 80 fr. le stère en grumes de 12 à 15 centimètres de diamètre. Ecorce. — L'écorce donnera en sept années (très proba- blement même en six), récoltées par tiers, en abattant les cinquième, sixième et septième années, ou les quatrième, cinquième et sixième années et remplaçant aussitôt, 20 tonnes à l'hectare valant 30 fr. à Anvers, ou 30 fr. à quai à Alger, soit 8,000 fr. ou 7,000 fr. sans compter le bois et la gomme. Les frais de culture sont relativement peu considérables. Inutile de dire que j'ai adressé vainement à beaucoup de tanneurs de France des échantillons d'écorce. La réponse a été partout la même : un refus déguisé sous des formules différentes. — Pas un tanneur français qui m'ait demandé une quantité d'écorce pouvant permettre un essai sérieux. Par contre, pas un tanneur à l'étranger qui ne m'ait ré- pondu, courrier par courrier, en m'envoyant son prix-cou- rant, en tête duquel se trouve toujours l'écorce de Mimosa et en me demandant de lui réserver tout ce que j'avais de dis- ponible. Pas de semaine qu'il ne passe devant Alger plusieurs va- peurs anglais bondés de cette écorce destinée surtout à An- vers, Hambourg ou Glascow et Liverpool et où depuis trente-deux ans elle est la base du tannage. Mon écorce titre de 30 à 40 % de tanin, supérieur d'un cinquième en pouvoir tannant à l'acide querci-tannique. CULTURES D'ACACIAS AUSTRALIENS EN ALGÉRIE. 124 Cette richesse, ce pouvoir supérieur, permet en certains cas d'abréger la durée si longue du tannage. — Le fret, d'au- tre part, se trouve moins élevé puisqu'il faut une quantité moindre, et c'est ainsi que l'étranger arrive à fournir des cuirs à bien meilleur marché que les nôtres, ce à quoi le Français se contente de riposter, malheureusement comme en beaucoup d'autres cas, par l'établissement de droits pro- tecteurs. En ce moment, je possède 24 à 25 hectares plantés d'Aca- cias, dont l'un, le decnrrens, variété plus délicate que le pycnaniha : 7 hectares plantés au début ) 8 en 1892. Ensemble 24-25 hectares. 9-10 en 1893 et 1894. ] Cette année mon choix sera arrêté, je marcherai avec plus d'assurance ; aussi je compte planter à nouveau l'hiver pro- chain de 12 à 15 hectares. En somme, j'ai déjà réussi à constituer en deux ans une petite forêt composée d'arbres dont les divers produits sont susceptibles de nombreuses applications. Je crains d'être obligé de commencer à exploiter en juin 1895 , c'est-à-dire au trente-neuvième mois , les intervalles entre les arbres me paraissant insuffisants d'un bon tiers. Gomme. — La production de la Gomme est encore un des côtés intéressants de la culture de mes Acacias. Je suis arrivé à cette conclusion assez inattendue, que la Gomme arabique est une production physiologique et non pathologique. C'est un fait selon moi indiscutable, et que prouve jusqu'à l'évidence la simple section transversale du tronc d'un arbre sain et vivant de n'importe quel âge. Au niveau des couches génératrices, on voit en quelques instants la Gomme s'accu- muler et se dessécher. Dès lors, je suis maître de la sécrétion que je maintiens à ma volonté dans la saison propice. Je puis considérer mon arbre comme une vache laitière, et le pousser à la produc- tion en lui fournissant, par un engrais approprié, une ali- mentation plus abondante. La saison sèche est évidemment la plus favorable à la ré- 122 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. coite de la Gomme, elle dure de juillet à fin octobre. J'ai pu en vingt-deux jours faire produire à un arbre de cinq ans plus de 1,200 grammes d'une belle Gomme cotée 3 francs. Cette superproduction a certainement besoin d'être régle- mentée et l'arbre exige du repos; néanmoins, il y aurait peut-être avantage à ne s'attacher qu'à la production de la Gomme, mais c'est une question qui mérite un examen ap- profondi. Insectes. — Un parasite, lépidoptère voisin du Bombyx Liparis dispar, a préféré mes Acacias aux Chênes des forêts du voisinage, sur lesquels il vivait d'habitude. Il a trouvé sans doute chez moi une nourriture équivalente comme goût, mais toujours tendre et aqueuse en raison de la permanence de la sève. J'ai pensé à essayer en plein air, sur mes arbres, des vers à soie. Dans quelques jours, je vais y placer des graines de Yama-Maï et de Pernyi que je viens de recevoir de Lyon. J'aurais voulu avoir des graines de quelques races japonaises, mais, à mon grand regret, je n'ai pu m'en procurer. J'ai tenté aussi cette année la culture de la Truffe en se- mant sur les racines de mes arbres des spores traités dans un milieu digestif artificiel et en répandant des larves de mouches récoltées sur des Truffes trop mûres. Le chlorhydrate d'am- moniaque m'a servi d'engrais. Apiculture. — L'apiculture pourrait retirer grand profit de la plantation des Acacias, car les fleurs qu'ils produisent à profusion sont envahies, quinze jours avant leur complet épanouissement, par des légions d'abeilles. Eucalyptus. — Mes plantations méthodiques par hectare de 200 mètres sur 50, encadrées de rideaux brise -vents, for- més par des arbres plus élevés et plantés en bordure à de- meure, contiennent cent soixante-six variétés d'Eucalyptus pouvant se condenser en plus de cent espèces et en hybrides d'avenir. Il y a encore là un champ d'études très intéressant au point de vue de l'adaptation des espèces aux milieux qui leur conviennent. Les déceptions sans nombre éprouvées jusqu'ici et les découragements insurmontables qui en ont été la con- CULïURES D'ACACIAS AUSTRALIENS EN ALGÉRIE. î*23 séquence proviennent de ce qu'on a jusqu'à présent planté au hasard. J'aurais encore beaucoup de choses à ajouter au sujet de mes arbres et de quelques espèces d'Acacias dont je ne vous ai pas parlé, mais que je collectionne parce qu'ils pourront, je crois, rendre également de grands services. Je suis certain que ces cultures concourront bientôt pour une large part à la richesse de la colonie. Malgré de nombreuses sollicitations, je ne veux rien pu- blier in extenso, ni exposer, avant qu'une première récolte ne me permette de produire des chiffres authentiques. Les questions que je ne fais qu'effleurer ici feront sans doute l'objet de mémoires que j'espère rendre intéressants. Je par- lerai aussi de la richesse en azote des feuilles des Acacias et de leurs racines (blocs énormes de renflements) et de l'utili- sation de cet azote en agriculture. Je compte, pour ma part, tirer cette année de l'élagage de mes arbres plus de 2,000 ki- los d'azote que j'utiliserai comme engrais. Je termine en me tenant à votre disposition pour tous les renseignements que vous pourriez désirer dès à présent, et pour les envois des échantillons que vous jugeriez utiles (1). (1) Ces plantations m'ont valu à l'Exposition agricole de cette année, tenue à Alger, pour l'Algérie et la Tunisie, la première prime de reboisement. — J'avais refusé toute exhibition de mes produits. • 124 RAPPORT DE LA. COMMISSION DE COMPTABILITÉ SUR L'EXERCICE 1893 PAR M. Georges MATHIAS, Trésorier. Messieurs, Au nom de votre Commission des finances j'ai l'honneur de vous rendre compte des recettes et des dépenses de notre Société pendant l'exercice 1893 et de vous exposer la situation financière au 31 dé- cembre dernier. Les recettes ordinaires qui avaient e'té en 1892 de 50,908 fr. 70 ont été en 1893 de 44,103 fr. 40. Les de'penses ordinaires qui s'étaient e'ieve'es en 1892 à Gl,253 fr. 10 n'ont atteint en 1893 que le chiffre de 50,612 fr. 90, néanmoins nous avons eu, pour 1893, un exce'dant de dépenses de 6,509 fr. 45, excé- dant bien inférieur à celui de 1891 et à celui de 1892. Par contre, les recettes extraordinaires ont produit un excédant de 8,516 fr. 70. Nous n'avons pas eu de dépenses extraordinaires pour 1893. RECETTES ORDINAIRES. Colisatiêiis annuelles. — Le chiffre de 25,350 fr. indique le produit net des cotisations après déduction de celles des membres démission- naires, décédés et supprimés. Votre Commission des finances a décidé qu'à l'avenir, le chiffre porté au tableau de notre compte d'exploita- tion, serait le produit net des cotisations encaissées. Droits d'entrée. — En 1892, la somme des droits d'entrée a été de 440 fr., en 1893 de 470 fr., soit 3 entrées de plus qu'en 1892. Section et Exposition d 'Aviculture. — Comme vous le savez, Messieurs, malgré tous nos efforts, les Expositions d'Aviculture n'ont pas donné les résultats que nous espérions, et votre Conseil d'administration a dû RAPPORT SUR LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. 1 25 les supprimer pour l'année 1894, en présence des de'penses que ces deux chapitres occasionnaient à notre Société depuis trois ans. 1891. 1892. 1893. Dépenses : — — — Section et Exposition d'Aviculture. 11.646 55 13.054 » 9.538 60 Recettes : Section et Exposition d'Aviculture. 3 381 95 5.387 55 5.282 60 Excédant de dépenses 8.264 60 7.666 45 4.256 » Le total des exce'dants de de'penses de ces trois anne'es a e'té de 20,187 fr. 05. Revenus des valeurs de la Société. — En 1892, ils étaient de 2,547 fr. 65 c, en 1893 de 2,364 fr. 60, le'gère différence en moins. La subvention du ministère de l'Agriculture a été maintemie à 1,500 fr. Les annonces et abonnements au Bulletin qui se sont élevés à 3,642 fr. 90 c. en 1892 sont en diminution de 300 fr. environ en 1893 (3,324 fr. 45 c). La location Barbier se continue à 3,000 fr. La location de la salle a produit : Société centrale des Vétérinaires, 1,000 fr.; à divers, en 1892, 1,670 fr., en 1893, 1,725 fr., en le'gère augmentation. Tirages à part. — En 1892, 45 fr. 40, en 1893, 86 fr. 75. RECETTES EXTRAORDINAIRES. La Société a reçu en 1893 une subvention de 1,000 fr. du Ministre des Travaux publics, subvention qui n'avait pas été' allouée en 1892. Les cotisations définitives se sont élevées en 1892 à 3,600 fr. et à 750 fr. seulement en 1893. Différence entre le prix d'achat et celui de vente d'obligations. En 1892, 998 fr. 95; en 1893, 6,766 fr. 70. Ce chiffre provient en 1892, de la différence de l'achat et du remboursement de certaines valeurs sorties, et en 1893, de certaines valeurs qui ont été aliénées et dont je vais avoir à vous entretenir un peu plus loin. 426 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. COMPTE D'EXPLOITATI Recettes ordinaires. Cotisations annuelles Droits d'entrée Section d'Av.iculture Expositions d'Aviculture Revenus des valeurs de la Société Subvention du Ministère de l'Agriculture Bulletin (abonnements, vente, etc.) Barbier Location 1 de la salle < à la Société des vétérinaires. des séances f , ,. \ a divers Ventes diverses Tirages à part Excédent de dépenses pour 1893. Recettes extraordinaires. Subvention pour travaux de pisciculture Cotisations définitives Manuel de l'Acclimateur Naudin Différence en notre faveur entre le prix d'achat et celui de vente des obligations Affaire Brenier de Montmorand 1893. 31.650 » 440 . 588 » 4.799 oo 2.547 85 1.500 > 3.642 90 3.000 . 1.000 » 1.670 . 25 • 45 40 50.90S 70 3.600 » 9 i 998 97 79 30 4.6S7 87 1893. 25.350 » 470 . 348 . 4.934 60 2.364 60 1.500 . 3.324 45 3.000 » 1.000 » 1.725 . > > 86 75 44.103 40 6.509 48 50.612 88 1.000 » 750 » » > 6.766 70 > > 8.516 70 I RAPPORT SUR LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. 427 31 DÉCEMBRE 1893. Dépenses ordinaires. Bulletin Section d'Aviculture Exposition d'Aviculture Chauffage et éclairage Cotisations et droits perdu? Frais généraux Frais de bureau Impressions diverses Frais de correspondance Frais de recouvrement Impositions Loyer Personnel Sténographie Redevance au Jardin sur les cotisations encaissées Cheptels (pertes) Assurance^ Eaux Dépenses extraordinaires. Traite Marchand. Excédent de recettes pour 1893. 1892. 21. 2. 10, 1, 1, 728 65 565 84 488 18 894 65 .875 » .509 30 83 55 > » 755 30 347 75 .301 55 .000 » .647 40 550 » .995 » 295 » 95 45 120 50 61.253 12 1.250 1893. 16.948 36 1.165 43 8.373 15 700 05 I » 1.838 73 32 95 748 76 693 • 561 70 1.315 80 9.000 . 8.014 80 550 » I I 400 65 95 05 174 45 50.612 88 1.250 8.516 70 8.516 70 4 23 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. BILAN A ACTIF. Valeurs disponibles. Caisse Banque de France Obligations Titre de rente Dutrône Cotisations, droits d'entrée, etc., à recouvrer Crédit Lyonnais Valeurs réalisables. Bibliothèque Mobilier Valeur des animaux chez les chep- teliers Loyer d'avance Compagnie parisienne du gaz (cau- tionnement) Divers. Actions du Jardin d'Acclimatation de Paris Leprs Vauvert de Méan 1893. 1.422 73 106 50 52.501 40 2.700 • 27.259 65 2.144 55 7.061 95 15.766 35 6.767 45 4.000 . 280 • S6.134 83 33.873 75 25.000 » / \ 40.000 15.000 t 1C0. 010 58 1803. 2.074 95 106 50 39.098 95 2.700 » > > 8.574 70 7.108 75 15.766 35 7.820 . 4.000 • 280 . 25.CO0 15.000 52.555 10 34.975 10 I 40.000 127.530 20 RAPPORT SUR LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. DÉCEMBRE 1893. 129 PASSIF. Divers à payer Jardin d'Acclimatation de Paris Don Bérard Prix fondé par M. Cornély, de Tours . Prix fondé par M. Mathias, Georges... Prix fondé par M me Guérineau Prix fondé par M, Agron de Germigny Prix fondé par M me veuve Dutrône. . .. Prix fondé par M. Jules Fallou Receltes faites pour Texercice Excédent de l'actif. 1898. 15.262 47 17 .114 15 17.868 40 1 l 1.000 1 1 .000 » 1.000 1 1 .000 » 500 » 500 . 500 » 500 . 300 » 300 . 1C0 » 100 . 100 a 100 . 1353. 3.574 40 '94. 4 .950 • 40.205 27 119.805 31 160.010 58 1893. 101.966 0;. 127.530 20 5 Août 1894. 130 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. DÉPENSES ORDINAIRES. Revue des sciences naturelles. — Les frais de notre Revue qui s'étaient élevés en 1891 à 33,730 fr., en 1892 à 21,728 fr. 55, n'ont été que de 16,948 fr. 35 en 1893. La Revue a donc coûté à notre Société dans ces trois dernières anne'es la somme de 72,407 fr. Comme je vous le di- sais l'année dernière, votre Conseil d'administration effrayé de cette forte dépense a pris de nouvelles mesures qui rendront moindres les frais de la Revue pour l'année 1894, sans toutefois diminuer l'intérêt de cette publication. Section et Exposition d'Aviculture. — J'ai eu déjà à ni'expliquer de ces dépenses en vous parlant des recettes. Chauffage et éclairage ont coûté en 1892, 894 fr. 65 ; en 1893, 700 fr. 05 c, en diminution de 200 fr. environ. Cotisations et droits perdus étaient en 1892 de 1,875 fr. Cette perte ajoutée aux cotisations et droits perdus des années précédentes était arrivée à faire une somme élevée que votre Conseil d'administration a décidé de faire disparaître de l'actif en la portant à profits et pertes. A l'avenir tous les recouvrements seront faits avant la fin de l'année. Le chiffre des cotisations annuelles porté tous les ans au tableau de notre compte d'exploitation sera le produit net des cotisations en- caissées comme je vous l'ai dit plus haut. Frais généraux se sont élevés à 1,509 fr. 30 en 1892, et à 1,838 fr. 70 c en 1893. Les frais généraux comprennent les dépenses qui ne sont pas portées à un article spécial. Les timbres de quittances, les frais de timbre de nos cartes d'entrée au Jardin, les jetons de pré- sence, les frais d'achat d'oeufs de poissons, de graines, de cocons, etc., "etc. Les frais de bureau sont toujours de moins en moins élevés, en 1892, 83 fr. 55 ; en 1893, 32 fr. 95. Les impressions diverses (bandes, lettres de convocation, diplômes, circulaires, etc.) ont coûté 748 fr. 75. Les frais de correspondance ont été moins élevés en 1893 qu'en 1892. Les frais de recouvrement s'élevant à 561 fr. 70 ont dépassé de 200 fr. ceux de 1892. Les impositions sont restées les mêmes. Le loyer est de 9,000 fr. Personnel. — Le chiffre de cette année a été un peu plus élevé qu'en 1892 par suite d'une augmentation accordée par le Conseil à un des employés de notre administration. Sténographie. — 550 fr. en 1893 comme en 1892. Redevance au Jardin sur cotisations encaissées. — Cette redevance a été soldée en 1894, et par ce fait n'a pu être portée dans les dépenses de 1893. RAPPORT SUR LA SITUATION FINANCIÈRE DE LA SOCIÉTÉ. M\ Les cheptels confiés aux membres de la Socie'te' sont l'occasion d'une perte de 400 fr. 65 pour 1893. Cette perte n'avait été' que de 295 fr. en 1892. Les assurances en 1893 comme en 1892 ont été' de 95 fr. 05. Les eaux ont été d'une dépense de 120 fr. 50 en 1892, et de 174 fr. 45 c. en 1893. DÉPENSES EXTRAORDINAIRES. Nous n'avons eu aucune dépense extraordinaire en 1893. SITUATION AU 31 DÉCEMBRE 1893. Actif. L'encaisse est de 2,074 fr. 95, l'argent déposé à la Banque de France 106 fr. 50, au Crédit Lyonnais 8,574 fr. 70, soit un total de 10,756 fr. 15 c. Les valeurs mobilières qui ne sont, comme vous le savez, que des va- leurs de premier ordre figurent au bilan, toujours suivant le prix d'acbat, pour 39,098 fr. 95 en 1893, au lieu de 52,501 fr. 40 en 1892. Cette différence provient de l'aliénation de certaines valeurs dont j'aurai à vous parler plus loin. Les anciennes cotisations et droits d'entrée à recouvrer qui figuraient en 1892 pour la somme élevée de 27,259 fr. 65 ayant été reconnues irrécouvrables, notre Commission des finances, comme j'aurai à vous l'expliquer tout à l'heure, a décidé de ne plus les faire figurer à l'actif de la Société. La bibliothèque est estimée 7,108 fr. 75. Le mobilier figure à l'actif pour 15,766 fr. 35. Les cheptels confiés à divers membres de la Société s'élèvent à la somme de 7,820 fr. Le loyer d'avance est porté à 4,000 fr. Le cautionnement à la Compagnie du Gaz est de 280 fr. Les actions du Jardin d'Acclimatation figurent pour 25,000 fr. Le legs Vauvert de Méan pour la somme de 15,000 fr. Passif. Le passif de notre Société comprend : 1° des comptes et des fac- tures à divers pour une somme de 17,114 fr., comme vous le voyez une somme de 17,868 fr. 40 due au Jardin d'Acclimatation a été rem- boursée en 1893; 2° 1,000 fr. offerts par feu M. Bérend pour être donnés en prix ; 3° 2,500 fr. abandonnés à la Société par plusieurs de nos collègues pour la fondation de divers prix. 132 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Enfin, les recettes faites pour l'exercice 1894 s'élevant à la somme de 4,950 fr. Comme je vous le disais l'année dernière, par suite des lourdes charges que nous avions eu à supporter en 1891 et 1892, et par con- séquent des dépenses s'e'levant au-dessus de nos recettes, il nous restait au 31 décembre 1892 des dettes importantes à payer, tant au Jardin qu'à divers, nous devions 33,000 fr. Nous avons dû. cette année pour faire cesser cet état de choses aliéner certaines valeurs de la Société, votre Commission des finances a e'té d'avis qu'il était préfé- rable de faire ce sacrifice et de solder une partie de ce passif. De même, votre Commission des finances a cru qu'il était indis- pensable de faire disparaître de l'actif de la Société une somme de 27,259 fr. 65 portée au chapitre cotisations à recouvrer, droits d'entre'e perdus qui depuis plus de dix années augmentaient naturellement tous les ans. Votre Commission n'a pris cette décision qu'après avoir e'té bien certaine que ces cotisations étaient irrécouvrables. Voilà, Messieurs, pourquoi l'actif de la Socie'te' a diminué, mais d'un autre côté vous remarquerez que le Passif, qui était de 40,205 fr. 25 c au 31 de'ccmbre 1892, n'était plus que de 25,564 fr. 15 au 31 de'- cembre 1893, ce qui nous a permis d'avoir un excédent d'actif de 101,966 fr. 05. La situation de la Socie'te' n'est donc pas mauvaise. Qu'il nous soit permis néanmoins de faire appel encore une fois à votre dévouement pour notre Société et de vous demander de coopérer tous au recru- tement de nouveaux membres. Nos cotisations annuelles sont nos seules ressources ; donc plus elles seront nombreuses, plus la Société sera prospère. M. le D r Saint-Yves Ménard disait à cette place en 1884 : « Quel résultat n'obliendrions-nous pas, si des ressources matérielles plus importantes encore venaient seconder les efforts que nous faisons en commun ! N'oublions pas, Messieurs, que tout membre nouveau nous apportera à ce point de vue un précieux concours. » Eh bien, Messieurs, ce que notre excellent confrère nous disait il y a dix ans, nous vous le re'pétons aujourd'hui, persuadé que ce n'est pas en vain que nous faisons appel à votre dévouement. Bref, pour l'avenir et la prospe'rite' de la Socie'te' deux choses sont indispensables : 1° les économies ; 2° les adhésions nouvelles. Les économies, nous vous promettons de les faire. Les adhésions nou- velles, nous vous les demandons. 133 II. CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE-MER. Les Gommes du Sénégal. Le nom de Gomme, souvent donné à tort à certains sucs résineux, doit être réservé à un produit visqueux se; solidifiant assez rapide- ment au cuntact de l'air, exsudé naturellement par divers végétaux, notamment par plusieurs espèces du genre Acacia. C'est une substance neutre, incristallisable, soluble dans l'eau, insoluble dans l'alcool. On distingue généralement dans le commerce quatre sortes de Gommes : lu Gomme arabique vraie, la Gomme du Sénégal, la Gomme adragante et la Gomme indigène, mais nous nous occuperons seulement ici des Gommes fournies par les Acacia. La production de ces Gommes est entièrement soumise aux varia- tions de la température dans la parLie du désert du Sahara qui avoi- sine le Sénégal. Les commerçants indigènes appelés traitants se trans- portent sur les divers poiuts du fleuve où les Maures apportent la Gomme et là, s'opèrent les échanges directs de ce produit contre les marchandises d'Europe que demandent ordinairement les Maures , telles que les toiles bleues de l'Inde, les calicots, l'ambre, le corail, le sucre, le tabac et quelques objets de moindre importance. La Gomme est achetée aussi dans le Haut-Sénégal, à Bakel et à Médine. Comme nous l'avons dit plus haut, les quantités de Gommes ramas- sées varient beaucoup suivant les années : il y a quelquefois de trois à quatre mille tonneaux et d'autres années seulement la moitié ou le tiers de ces chiffres, d'où les variations de prix importantes. Avant l'apparition du madhi dans la haute Egypte, il descendait du haut Nil une assez grande quantité de Gomme dite arabique, produite par une variété de l'Acacia Arabica {Nilotica^, qui faisait concurrence à la Gomme du Sénégal. Ce dernier produit valait seulement 120 à 150 fr. les 100 kilogrammes en Europe ; mais, depuis la disparition de la Gomme de la haute Egypte, les prix de la Gomme du Sénégal se sont élevés à 250 et 300 francs le^ 100 kilogrammes. Les principaux centres de production de la Gomme du Sénégal sont : sur la rive droite du fleuve de ce nom, les pays des Braknas et des Trarzas, sur la rive gauche, le pays de Galam, le Bondou, le Bambouk, le Yoloff et le Oualo. Le Cayor en exportait aussi quelques chargements, mais il a cessé ses envois. Les forêts qui fournissent la plus grande partie des Gommes du Sé- négal sont, d'après J. B. Roussel : la forêt de Sahel, la forêt d'El- Ebiar et celle d'El-Fatah. La forêt de Sahel est la moins étendue ; elle est surtout composée de Gommiers blancs {Acacia Verek) fournissant la Gomme blanche la 134 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. plus estimée. Cette Gomme se présente en larmes vermiculées ovoïdes ou sphe'roïdes, ride'es extérieurement, transparentes et vitreuses à l'intérieur. Ce produit s'achète aujourd'hui à Podor et à Dagana, autour des deux ports construits vers 1855 sous le gouvernement du ge'néral Faidherbe. La forêt d'El-Ebiar, qui avoisine la côte sablonneuse qui borde l'O- ce'an, est composée en grande partie de Neb-neb {Acacia Arabica var. tomeniosa) ; c'est aussi la plus grande. Elle est le centre d'une exploi- tation très régulière de la part de la tribu des Auled-el-Agi. La forêt d'El-Fatah commence au bord du lac Caëv et s'étend con- sidérablement dans l'est; elle renferme principalement des go naMés [Acacia Adansonii) dont la Gomme est recueillie par la tribu des Ebragena ; les Maures viennent porter le produit de leur récolle à l'escale de Donaï. De son côté, M. le vice-amiral Flcu;iot de Langle dit, dans le Tour du Monde (1 er septembre 1872), que les forêts de Gommiers se trouvent dans le Sahel (littoral), situé à 20 lieues à l'est de Portendik, et à Du- bar, qui est à 25 lieues du cap Mirick ; une troisième forêt, El Fatah, ainsi que le Tagant, fournissent encore une grande quantité de Gomme. Ces forêts sont surtout exploitées par les Douaichs. La récolte et le trafic des Gommes au Sénégal sont trop connus pour que nous insistons sur ce sujet. Avant d'être expédiées en France, les Gommes sont l'objet d'un premier classement par quali- tés. Dans le commerce, les Gommes sont désignées suivant leur pro- venance ou le lieu de traite d'où elles ont été apportées en Gomme de Galam ou du Haut du fleuve et en Gomme de Podor ou du Bas du fleuve. La première vient de Galam, Médine et Bakel ; la seconde de Po- dor, de Dagana, du pays des Maures Braknas et Trarzas et du désert de Bounoum. La Gomme dure de Galam est reconnaissable à sa couleur blanche ; sa saveur est douce et accompagnée d'une légère acidité qui ne se laisse soupçonner que par les personnes qui en font un usage habituel. La plus grande partie des récoltes est expédiée dans notre port de Bordeaux où elle arrive en sacs de 80 à 90 kilog. Après le décharge- ment et le transport en magasin, on procède immédiatement au triage. Le triage des Gommes du Sénégal est une industrie toute borde- laise, créée en 1832 par M. Adrien Doris père ; ce travail est presque exclusivement réservé à des femmes. Aujourd'hui, plusieurs maisons établies à l'instar de celle de M. Doris se sont fondées pour exploiter ce produit : MM. Calvé frères, Maurel et II. Prom, Buhan père et fils et A. Teisseire, etc., et livrer à l'industrie les qualités appropriées à ses besoins. Ces qualités sout désignées commercialement sous les dénomina- tions suivantes : CHRONIQUE DES COLONIES ET DES PAYS D'OUTRE -MER. 435 1° Gommes grosse et petite blanche, recherchées en pharmacie pour la préparation des sirops, des pâtes, etc., dans la confiserie, la distil- lerie, pour l'apprêt des dentelles et de la lingerie fine. 2° Gommes grosse et petite blonde, employées aux mêmes usages et en outre pour les impressions sur tissus, la préparation de la colle en tablette et pour étiquettes, enveloppes, allumettes ; on s'en sert éga- lement pour la fabrication des couleurs pour l'aquarelle ; 3° Gommes boules naturelles, pour droguerie, pharmacie et apprêt des soieries de Lyon ; 4° Gommes fabrique, utilisée principalement dans l'industrie pour l'apprêt des étoffes de coton impression sur tissus communs, fabrica- tion de l'encre et du cirage, etc. ; 5° Gomme grabeaux et poussière, servant à peu près aux mêmes usages que la pre'cédeute. La Gomme du Sénégal, qui est la plus répandue dans le commerce, est employée en médecine et en pharmacie au même titre que là Gomme arabique vraie ou thurique, fournie par Y Acacia Arabica va- riété Nilotica. La Gomme arabique vraie se présente sous forme de petites larmes blanches ou rousseâtres, transparentes, qui se fendillent en tous sens au contact de l'air et paraissent opaques lorsqu'on les voit en masse. Cette Gomme est très friable, très soluble dans l'eau, d'une saveur douceâtre mais presque nulle. Dissoute dans l'eau froide, la Gomme forme un mucilage plus ou moins épais, selon sa provenance, d'une saveur fade et d'une réaction nettement acide ; sa solubilité entière dans un volume d'eau égal à son poids constitue son caractère dislinctif. Sa solution traitée par les acides dilués précipite, au moyen de l'alcool, un principe particu- lier composant la partie la plus importante de la Gomme, auquel on donne le nom d'Arabine, Acide arabique ou guramique. Chauffée avec l'acide azotique, elle produit Y Acide mucique et, avec l'acide sulfurique, une matière saccharine particulière. A dose égale, la Gomme du Sénégal donne par dissolution un mucilage plus épais, enveloppe et divise mieux les corps gras que la Gomme arabique. Elle est composée des mêmes éléments chi- miques, mais en proportions un peu différentes : YArabine y entre pour 81,10 p. r /o. J. G. 136 III. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Le marché des pelleteries à Leipzig. — Leipzig reste le principal centre commercial allemand pour les peaux et les fourrures qui sont de trois provenances : allemande, russe et américaine. En 1893, le transit a été surtout accentué pendant les trois premiers mois et vers Pâques, époque à laquelle a lieu la foire la plus impor- tante de l'année pour le commerce des pelleteries. D'Allemagne, on a vu affluer les dépouilles de Loutres, de Putois, de Martres, de Chats noirs et de Blaireaux qu'on a bien vendues. Par contre, les peaux de Renards et de Chats gris ont été' moins recher- chées. De Russie, on a reçu les peaux de Moutons d'Astrakan et de la Cri- mée, celles de Martres Zibelines et de Blaireaux ; les peaux de Mou- tons persans ont atteint des prix très élevés tandis que les Renards bleus et les Écureuils de Sibérie ou Petit gris des fourreurs, ont trouve' relativement peu d'acheteurs. Entre les provenances d'Amérique, les peaux de Skunds (1) ont été particulièrement favorisées par la mode ; puis viennent les Martres canadiennes, les Renards argentés (R. bleus), les Loutres marines et les Opossums aussi très recherchés. Les dépouilles de Ratons, de Vi- sons, de Renards rouges (2) et de Loutres de Virginie ont été peu de- mande'es. L'importation de fourrures étrangères en Allemagne, en 1893, nous dit ce rapport, a dépassé celle de 1892 de 80.420 kilogs. (environ 50 pour cent) tandis que l'exportation (surtout pour la Russie) a diminué de 4.450 kilogs soit environ 3 1/2 pour cent. La valeur totale de l'im- portation atteint près de 30 millions de marcs. De S. Saumons du Rhin. — La pêche du Saumon a été particuliè- rement abondante dans la partie du fleuve qui arrose le canton de Zu- rich. Du 11 novembre au 24 de'cembre 1893, l'on a capturé à Dachsen 569 Saumons dont 278 mâles et 291 femelles d'un poids total de 4 658 kilogs. Dans la même saison d'hiver, on a péché à Eglisau 123 Sau- mons, 73 mâles et 53 femelles pesant ensemble 908 kilogs. Environ quatre millions d'œufs obtenus de ces Poissons furent fécondés, puis répartis entre plusieurs établissements. La Revue (3) a signalé le résultat de l'année précédente. De B. (1) Nom que les Américaias donnent aux Moufettes et aux Putois du Nord. (2) Se rencontre dans les deux Carolines, la Floride et l'Alabama. (3) 1893, II, 91. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 137 La pisciculture en Italie en 1893-1894 (1). — Voici la re- partition des Alevins lâchés par les soins du Ministère de l'Agriculture, de l'Industrie et du Commerce : I. Italie septentrionale. RÉGION. ESPÈCE. NOMBRE d'alevins. Lac de Garde Truite de lacs Lac d'Iseo — Lac Majeur — Rivière Ciete Truite de rivières — Mella — — Grigna (Oglio) — — Taro — Torrent Lanterna (Mallaro) . . — Lac de Palù Truite des Alpes Lac de Côme Corre'gones. . . Lac Majeur — Lac Majeur Anguilles .... Lac d'Iseo — II. Italie centrale et méridionale. Cours d'eau : Arno et affluents Truite de rivières Fiora (Grosseto) — Esino (Macerata) — Potenza ( Macerata) — Simbrivio (Rome) — Sacco (Rome) — Liri (Aquila) — Sangro (Aquila) — Melfo (Caserta) — Volturno (Caserta) — Tomagro (Salerne) — Sarno (Salerne) Truite de rivières Agri (Potenza) — Snini (Potenza) — Lac Bracciano (Rome) Truite de lacs Lac Bolsena (Rome) Corre'gones. . . Lac Bolsena Anguilles .... Rivière Sarno (Salerne) — Total des alevins immergés 500.000 75.000 2.000.000 50.000 100.000 50.000 1C0. 000 50.000 25.000 500.000 500.000 600.000 400.000 25.000 20.000 20.000 20.000 25.000 10.000 20.000 20.000 25.000 30.000 20.000 5.000 25.000 10.000 50.000 100.000 200.000 100 000 5.675.000 [\) D'après Neptunia, Rivista italiana di oceanografia. Pesca ed Aquicultura, numéro du 15 mars 1894. 438 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. N. B. Peut-être le Ministère italien sera-t-il oblige' de restreindre la quantité de Truites de lacs à immerger, en raison du faible produit de la pêche faite à Peschiera en vue de la fécondation artificielle* G. Parasites d'aquariums. — « Triton » Société berlinoise pour la culture en aquarium et l'élevage en terrarium ouvre un concours original. Un prix de 1000 marks (1250 fr.) sera décerné à l'inventeur d'un procédé qui puisse ane'antir les animaux parasites d'aquariums sans nuire aux plantes et aux Poissons. Cette question intéresse non seu- lement les cultivateurs de plantes d'aquarium, mais surtout les pisci- culteurs. De S. Exportation de 1 Opium de l'Inde. — La récolte et la prépa- ration de V Opium dans l'Inde, tel est le titre de l'intéressante notice publiée par M. Brézol dans la Revue des Sciences naturelles appliquées (1). Pour faire suite à ces renseignements, nous relevons (2) sur le com- merce de l'Opium des chiffres qui ont été officiellement communiqués à la Chambre des Communes. Nombre de caisses d'Opium exportées de l'Inde en Chine. 1892. 1893. Octobre 5,619 Octobre 6,591 Novembre 6,332 Novembre 6,647 Décembre 4,410 Décembre 5,027 1893. 1894. Janvier 3,442 Janvier 5,521 Février 3,815 Février 3,795 Mars 4,448 Mars.. 2,498 Total en douze mois : 58,145 caisses. Le prix actuel de la caisse d'Opium de Benarès est de 850 francs et celui de l'Opium de Behar d'environ 1,030 francs. • G. Absence d'Orchis en 1894. — Une vieille et aimable amie, à laquelle l'âge et les infirmités ne permettent guère de franchir les limites de son jardin qui, du reste, est grand, beau et planté avec goût, m'avait prié de lui procurer quelques variétés d'Orchis indi- gènes. Je me suis donc mis en campagne,, mais grande fut ma stupéfac- (11 Revue, 1890, p. 172. (2) Pharmaceutical Journal, n° du 12 mai 1894. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 139 tion, de n'en pas trouver un seul dans les régions qui, ordinairement, en sont abondamment pourvues en nombreuses espèces. Les plus ordinaires et les plus communes, comme les plus belles et les plus rares, font également défaut. Plusieurs personnes qui s'occupent de botanique et auxquelles j'ai parlé de ce fait, l'ont constaté comme moi. Un de mes cousins, propriétaire d'un bois qui produit de belles Orchidées et en grande quantité, a exprimé, devant moi, le môme étonnement et les mêmes plaintes au sujet de leur absence. Nous attribuons cette pénurie d'Orchide'es, à ce que l'année der- nière, grâce au manque général de fourrages, les clairières des bois, les friches, les bords des chemins, tous lieux où poussent les Orchis, ont été pâture's par les chevaux. Ceci corrobore une observation que j'avais déjà faite et dont j'ai eu l'honneur, en son temps, d'entretenir la Société' d'Acclimatation. A savoir : que les Orchis ne veulent pas être coupés ni entravés dans leur végétation et que ceux qui ont e'te' cueillis une anne'e, ne refleurissent pas l'année suivante. De Confevron. Résine et fruit du Courbaril. — Le tronc de cet arbre laisse exsuder naturellement, ou par incisions, une variété de re'sine connue sous les noms de Résine de Courbaril, Copal d'Amérique, Animé occi- dental, Résiné animé tendre, Copal tendre, etc., et, improprement aussi de Gomme Copale. Ce produit est d'une certaine dureté, jaunâtre, translucide, à cassure vitreuse. Il se re'colte soit sur l'arbre même ou au pied, soit aussi à une faible profondeur dans le sol. On le trouve alors en morceaux assez volumineux, presque toujours recouverts d'une légère efflorescence formant une couche d'un blanc jaunâtre, opaque et friable. Insoluble dans l'eau, la résine copale se dissout partiellement dans l'alcool et en presque totalité' dans un mélange d'éther et d'essence de te'rébenthine. Elle se compose chimiquement d'une très petite quantité d'huile volatile, remarquable par son arôme particulier, et d'un prin- cipe immédiat, la C'opaline, substance incolore, dure, friable, insoluble dans l'eau et dans l'alcool, formant avec l'ether une masse gélati- neuse. La résine de Courbaril s'amollit sous la dent ; la chaleur la transforme en une pâte épaisse qui s'étire en fils déliés comme de la soie; mise en contact avec un corps incandescent, elle brûle en exha- lant une odeur balsamique agréable. La re'sine de Courbaril a été préconisée autrefois en me'decine dans une foule de maladies les plus diverses, mais elle est reconnue au- jourd'hui comme étant presque de'pourvue d'action. En Amérique, les Indiens en font un fréquent usage comme masticatoire et s'en servent en fumigations dans les rhumatismes, la paralysie, etc. Au Brésil, elle est employée, sous forme d'émulsion, dans les affections pulmonaires, 140 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. la toux, l'hémoptysie, etc. Dans les pays de production, on l'emploie aussi à faire des torches et à vernir divers ustensiles domestiques, notamment des poteries. D'autres espèces du même genre, notamment V Hymenœa Martiana Hayne, donnent une résine semblable. Le Copal d'Amérique est utilisé en Europe pour la préparation des vernis gras, mais il est moins estimé que le Copal dur d'Afrique. On le désigne actuellement sous le nom de Copal demi-dur pour éviter la confusion avec la résine Damar appelée aussi Copal tendre. Ce pro- duit comprend plusieurs sortes commerciales dont la plus estimée est connue sous le nom d'Ambre blanc de Cayenne. Il se présente sous forme de larmes du poids de 15-25 grammes, ternes et blanchâtres à leur surface, transparentes et vitreuses intérieurement. Celte variété se distingue par une grande pureté et une régularité de larmes que l'on ne rencontre pas dans les Copals du Brésil. Le fruit du Courbaril présente aussi un certain intérêl : c'est une gousse obliquement oblongue, indéhiscente, aplatie et comprimée laté- ralement, obtuse, longue de 10-15 centimètres environ, couverte d'une écorce épaisse, de couleur foie ou brun rougeâtre, dure, légèrement chagrinée, mais non verruqueuse, renfermant 3-4 graines ovales, à té- guments très durs qui contiennent une amande oblongue, blanche, un peu amère avec un goût d'aveline. Ces graines sont entourées d'une pulpe sèche, jaune rougeâtre et farineuse. Cette pulpe friable et nour- rissante, formée d'un grand nombre de poils qui contiennent une subs- tance résineuse et des graines de fécule en abondance, est remar- quable par son odeur aromatique et par son goût agréable de pain d'épice. On l'emploie en Amérique comme aliment sucré sous le nom de Faroba, qui est aussi celui du fruit. Elle est réputée pectorale. Les singes sont fort friands de cette substance. Avant la conquête de Saint-Domingue, au dire de Valmont de Bomare, les naturels de cette île fabriquaient avec cette espèce de farine un pain non moins remar- quable par sa qualité que par sa beauté. Les nègres se servent du fruit concassé et fermenté en décoction pour piéparer une boisson alcoolique avec laquelle ils s'enivrent, et dont la saveur légèrement sucrée peut être comparée à celle d'une bière douce. Le fruit du Courbaril a été étudié récemment par MM. Heckel et Schlagdenhauffen.qui ont montré que la pulpe est surtout riche en matière sucrée et en fécule très propre à l'alimentation. M. V.-B. 141 IV. BIBLIOGRAPHIE. Fetit guide pratique de la culture des Orchidées, par L. Du val, horticulteur. — Chez l'auteur, 8, rue de l'Ermitage, à Versailles, et dans les librairies horticoles. L'auteur en écrivant ce traite' a eu pour but d'éviter aux personnes éprouvant le désir de se livrer à la culture des Orchidées et aux jar- diniers ses collègues obligés de s'y adonner, les déceptions nom- breuses qu'il a éprouvées lui-même à ses débuts et qui ont failli le faire renoncer à ses essais. — L'expérience lui a de'montré que les Orchidées ne sont pas d'une culture si difficile qu'on se l'imagine généralement, elles ont une rusticité' que leur apparence ne laisse pas soupçonner, mais il s'agit de connaître les espèces à acquérir et les conditions dans lesquelles elles doivent être place'es. M. Duval donne sur l'aménagement des serres de'jà construites et de celles à établir, des instructions détaillées avec planches à l'appui. Le chauf- fage, l'arrosage, le bassinage des plantes, leur multiplication, le ma- tériel à re'unir, les rempotages et surfacages, la manière de traiter les variétés importées, la culture en appartement, font l'objet de chapitres spéciaux qui justifient par leur clarté et leur précision le titre de l'ou- vrage, aussi ne doutons-nous pas du succès qui lui est réservé. J. G. Contribution à l'étude des Gommes laques des Indes et de Madagascar, par Albert Gascard, licencié ès-sciences, pharmacien de l re classe, professeur suppléant à l'Ecole de Médecine et de Pharmacie, suivie d'une note de M. Targioni Tozzetti, sur les Cochenilles à laque. — Société d'éditions scientifiques, Paris, 4, rue Antoine-Dubois. Etude très complète des laques de l'Inde dont l'importation en France atteint un chiffre d'environ 1 million et dont la composition chimique était pourtant à peu près inconnue. A cette étude vient s'a- jouter celle d'une laque non employée encore dans notre industrie, quoique parfaitement utilisable et provenant de Madagascar. Enfin comme complément à ses recherches, M. Gascard publie un mémoire de M. Targioni Tozzetti, sur l'insecte auquel est dû cette laque de Madagascar, insecte d'une espèce jusqu'alors non déterminée et au- quel il donne le nom de Qascardia Madagascariensis. Les personnes qui s'occupent du meuble et des vernis trouveront de précieux renseignements dans le travail de M. A. Gascard. J. G. U2 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Liste des principaux ouvrages français et étrangers traitant des Animaux de basse-cour (i). 2° OUVRAGES ALLEMANDS [suite). Baldamus. Das Hausgeflùgel . Besckreibung der Rassen aller Arten des wirthschaftlichen Federviehs, mit Anleitung zur A.ufzucht, Pne^e, Ernâhrung und Vermekrung desselben, mit besonderer Berûcksich- tigung der Krankbeiten u. ihrer Heilung, mit 33 Holzscbnitten. Dresden, G. Schônfeld, 1882. Baldamus. La -volaille domestique. Description des races de toutes le6 espèces de volailles domestiques, sur les maladies et leur guérison (33 gravures sur bois). Dresde, Schônfeld, 1882. Barleti (Th.). Die rationelle Geflùgelzucht fur die Frauen uuserer Landwirlke. Passau, Bûcher, 1883. 50 Pfennige. Barlett [Th.). L'élevage rationnel des volailles pour les femmes de nos agriculteurs. Passau, Bûcher, 1883. 50 pfennigs. Baumeyer (Eermann). Das kûnstlicbe Ausbrùten und die Hùhnerzucbt nacb zwanzigjàhrigeu Erfahrungen, etc. 2 t0 Auflage, Hamburg, J.-F. Richler, 1887. M. 2. Baumeyer [Herm.). L'incubation artificielle et l'élevage des Poules, d'après des expériences de vingt ans, etc. 2 e édition, Hambourg, J.-F. Rich- ter, 1887. 2 marks. Behrends. Ein gebôrntes Hubn. Mit 1 Abbildung, im Zoologischen Gar- ten. 30 ,or Jabrgang, p. 171-173. Behrends. Une Poule à corne. Avec une figure, dans le Jardiu zoologique. 30» année, p. 171-173. Bibliotheh illust. fur Nutz- u. Sportgeflùgelzucbt. In zwanglosen Helten. 1-3 Heft. Minden, Kôhler, 1885, à 75 Pfennige. Bibliothèque illustrée pour l'élevage des oiseaux d'utilité et de sport. En cahiers détachés. Cahier 1 à 3. Minden, Kôhler, 1887, à 75 pfennigs. Bibra (Fredr., Baron). Unser Hausbuhn. Die âusseren typischen Merk- male der verscbiedenen Rassen. Nacb den verlâsslichsten Quellen zusammengestellt. Dresden, Schônfeld, 1878. Bibra [Fréd., baron). Notre Poule domestique. Les caractères typiques extérieurs des différentes races, réunies d'après les sources les plus autorisées. Dresde, Schônfeld, 1878. (1) Voyez Bévue, année 1893, p. 564 ; 1894, 1" semestre, p. 383. BIBLIOGRAPHIE. U3 Brandi {Alex.). Anatomiscb.es u. Allgemeines ùber die so genannte Hahnenfedrigkeit u. anderweitige Geschlecbtsanomalien bei Vô- geln. Mil 3 Tafeln, in Zeitscbiift fur wissenschaftliche Zoologie. 48 Bande. B'-andt [Alex.]. Considérations générales et anatomiques sur la soi- disant altération du plumage et d'autres anomalies du sexe chez les oiseaux, avec trois planches dans le Journal pour la Zoologie scienti- fique. 48 vol. Brida (Geo. Si.) Regeln fur den Geflûgelhof. Praktische Anleitung fur jeden Gefliigelzùchter, aus dem Dânischen ùbertragen von Cl. An- dresen. Kiel, Biernatzki, 1885. 50 Pfg. Bricka [Geo. St.). Règles pour la basse-cour. Guide pratique de l'éleveur de volailles. Traduit du danois de Cl. Andresen. Kiel, Bernatzki, 1885. 50 pfennigs. Brinhmeier (Ed.). Der Hùhnerbof. Vollslândige u. deutliche Anwei- sung Hùhner zu zùchten, zu veredeln, u. s. w. 9 t0 Auflage, llrnenau u. Leipzig, Aug. Schroter. 10 ic Auflage, 1888. M. 1,50. Brinkmcier (Ed.). La basse-cour. Instruction complète et précise pour élever les Poules, les améliorer, etc. 9 e édition, llrnenau et Leipzig, Aug. 'Schroter, 188G ; 10» édition, 1888. 1 m. 50 pf. Brose (Max.). Die Tùmmler- u. Hocbûug- Taubenrassen. Leipzig. Expédition der allgeaieinen deutschen Geflùgelzeitung (C. Wahl), 1890. Brose (Max.). Les races des Pigeons culbutants et de haut vol. Leipzig. Extrait de la Revue générale allemande de la volaille. (C. Wahl), 1890. Buchmann (F. S.) Die kluge lândlicbe Hausapotbeke, die besten Hausarzneimittel gegen die Krankbeiten der Menscben, Pferde, u. s. w., und des Federviehs. 9 ta Auflage, S'-Gallen, Mâder, 1883. M. 2,80. Buchmann (F. J.). La pharmacie complète de la maison de campagne, les meilleurs remèdes de maison contre les maladies des bommes, des chevaux et des volailles, etc. 9» édition, St-Gall, Mâder, 1883. M 2,80. Bungartz (Jean). Hùhnerrassen. Illustrirtes Handbuch zur Beurtbeilung der Rassen des Hausnuhns. 24 Tafeln mit ùber 50 Abbildungen. Leipzig, E. Twietmeyer, 1885. Bungartz (Jean). Races de Poules. Manuel illustré pour la connaissance des races de Poules domestiques. 24 planches avec plus de 50 figures. Leipzig, E. Twietmeyer, 1885. Bungartz (Jean). Taubenrassen. Illustrirtes Handbucb zur Beurthei- lung der Rassen der Haustaube. 24 Tafeln, mit ùber 100 Abbildun- gen. Leipzig, Twietmeyer, 1885. M. 4,50. Bungartz (Jean). Races de Pigeons. Manuel illustré pour la connaissance des races des Pigeons domestiques. 24 planches et plus de 100 figures. Leipzig, Twietmeyer, 1883. M. 4, 50 pf. 144 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Bungartz {Jean). Moiell-Brieflauben Album, mit einem Vorwort von J.-C. Hirsch, 10 Tafeln in Farbendruck. Leipzig, E. Twietmeyer, • 1888. Bungartz [Jean). Album des Pigeons voyageurs Morcll avec une préface de J.-C. Hirsch, 11) planches coloriées. Leipzig, E. Twietmeyer, 1888. Bungartz [Jean). Wasser- und Ziergeflùgel. Illustrirlcs Ilandbucb zur Beurtheilung der Rassen u. Schlâge unsers Wasser- u. Ziergefliigels. 16 Tafeln mit ûber 50 Abbildungen. Leipzig, Twietmeyer, 1886. M. 4.50. Bungartz {Jean). Oiseaux aquatiques et d'ornement. Manuel illustré pour la connaissance des races et des familles de nos oiseaux aqua- tiques et d'ornement. 16 planches avec plus de S0 figures. Leipzig, Twietmeyer, 1886. M. 4, 50. Bungartz {Jean). Calender fur Hunde-, Kaninchen-, Geflûgel- und Slng- vôgel- Liebbaber u. Zùcbter, auf das Jahr 1888. Augsburg, Gebr. Reichel, 1888. M. 2. Bungartz [Jean). Calendrier pour l'an 1888 pour les amateurs et éle- veurs de Chiens, de Lapins, de volailles et d'oiseaux chanteurs. Augs- bourg, Reichel frères, 1888. M. 2. Buxbaum {L.). Kônnen die Hùhnereier, obne Scbaden zu nebmen, wâb- rend der Bebrùtung ofter Bewegung u. Abkùhlung vertragen ? In "ZoologischenGarten", 26 ter Jabrgang, p. 126-127. Buxbaum (L.). Les œufs de Poules peuvent-ils supporter sans danger des mouvements répétés et des refroidissements pendant la durée de l'incubation? Dans le «Jardin zoologique», 25 e année, p. 126-127. Canic [Geo). Die Brieftaubenpost im Beiblatt z. d. Mittheil. d. Ornitbol. Vereins. Wien, l tor Jabrgang, p. 4-7. Canic [Geo). La poste par Pigeons voyageurs, dans le supplément des Comptes-rendus de la Société ornithol. Vienne, 1" année, p. 4-7. Chapuis [F.). Die Abstammung der belgiscben Brieftaube, in Mitlheil. d. Ornithol. Vereins. Wien, 10 ter Jahrgang, p. 46-47 u. 58-49. Chapuis [F.). L'origine du Pigeon voyageur belge, dans les rapports de la Société ornithol. Vienne, 10» année, p. 46-47 et 58-59. Cronau (C). Die Hùbnervôgel mit besonderer Rùcksicht auf ihre Pflege u. Zucht in der Gefangenscbaft. Hierzu ein Atlas mit 25 Tafeln Vo- lierenzeichnungen. Berlin, L. Groscbel, 1880. M. 40. Cronau (C). Les Poules en considérant spécialement leur traitement et leur élevage en captivité (en volière). Avec atlas et 25 planches de des- sins de volières. Berlin, L. Grosche!, 1880. M. 40. Cronau (C). Die Fasanen, ihre Pflege und Aufzucht, mit 4 Tafeln. ' Strassburg, K.-L. Trùbner, 1884. M. 6. Cronau [C). Les Faisans, leur traitement et leur élevage. Avec 4 plan- ches. Strasbourg, K.-L. Trùbner, 1884. M. 6. {A, suivre.) Le Gérant: Jules Grisard. 145 I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. DES CHIENS D'AFRIQUE Par M. DE SCILECK d'après m. siber de sihlwald. (suite *] John Hanning Speke, qui découvrit les sources du Nil, et qui, de 1859 à 1864, fraya une route de Zanzibar au Victoria Nyanza, puis descendit le Nil vers l'Egypte et le Caire, fut le premier explorateur de la région septentrionale du Victoria Nyanza, l'Ouganda. Ce royaume situé dans la zone équa- toriale est habité et dominé par les nègres Ougandas qui cultivent les champs et par les Ouahumas , peuplade com- posée de bergers de race sémitique, parente des Galias et des Massai. Speke nous parle de la prédilection que les Ougandas mon- trent pour leurs Chiens ; il nous représente souvent le roi de l'Ouganda tenant en laisse un Chien qui est considéré comme son inséparable. Stanley , et plus tard les missionnaires Wilsoti et Felkin, qui firent de l'Ouganda leur patrie, rap- portent que cette mode est abandonnée ; ils ne mentionnent aucun exemple d'un Chien jouissant de quelque prérogative. Il paraît évident que si la vogue des Chiens a cessé dans l'A- frique centrale depuis le règne de Mtesa, on peut attribuer le fait à une influence arabe. Les gens de Zanzibar, auxquels Speke ouvrit la route de l'Afrique centrale, et les Egyptiens qui, grâce encore à lui, remontèrent par le Nil jusqu'au Victoria Nyanza, sont tous Mahométans; pour eux, le Chien est un animal impur et un objet de mépris. Or, quand Mtesa et son peuple virent des étrangers plus haut placés, tels que les marchands arabes, ' (*) Voyez Revue, 1893, 2 toria, Nouvelle- Galles du Sud et au Queensland, dans les vallées humides, sur les bords des cours d'eau et dans les criques. Son bois, d'une riche couleur brune agrémentée de belles veines jaunâtres, est dur, serré, fort et tenace ; il est peu inférieur, comme qualité, â VA. rnelanoxylon. Excellent pour le tour et la petite mécanique, il est encore utilisé à un grand nombre d'autres objets demandant de la solidité. Acacia insularum Guill. (Taïti : Toroire.) Cette espèce, d'origine océanienne, est assez répandue â Taïti. Son bois, blanc, dur et de bonne qualité, est susceptible d'emplois di- 480 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. vers ; il semble surtout convenir aux travaux de menuiserie. Acacia julifera Benth. Petit arbre d'une hauteur de 7-8 mètres sur un diamètre moyen de 20-30 centimètres, croissant naturellement au Queensland, dans les terrains secs des régions du littoral. Son bois, élégamment veiné et d'un travail facile, peut être employé pour faire des meubles. Acacia juniperina Willd. (A. ulicifolia Wendl., A . verii- clllata Sieb.) Australie : « Prickly Wattle. » Arbre de petites dimensions à phyllodes linéaires, raides et piquants, assez semblables aux feuilles du Genévrier, originaire du Queens- land, de Victoria, de la Nouvelle-Galles du Sud et de la Tasmanie. Son bois, blanc, léger mais flexible et tenace, est très apprécié pour faire des manches d'outils et divers ins- truments d'agriculture. Acacia Jurema Mart. (S Iry philodendron Jurema Lindl.) Brésil : « Jurema, Angico-Barbatimâo. » Paraguay : « Curu- pay-itâ. » Arbre de dimensions moyennes, croissant sponta- nément dans les forêts du Brésil et du Paraguay. Son bois, très fort et d'excellente qualité, est employé au Brésil dans les constructions civiles et navales. L'écorce, contenant en moyenne 20 p. % de tanin, est la plus employée dans les tanneries du Paraguay ; ses propriétés amères, astringentes et narcotiques la font utiliser en médecine : c'est une des Écorces de jeunesse du pays. Acacia Koa A. Gkay. [A. heterophylla Hook. non Willd.) Sandwich : « Koa. » Bel arbre de hauteur moyenne, attei- gnant un diamètre de 50 centimètres, croissant dans les ter- rains sablonneux des îles Sandwich. Son bois, de couleur foncée, avec des nuances moirées plus claires, est fort joli ; il est imprégné d'une substance tinctoriale jaune. Léger, très élastique, se conservant bien à l'abri des intempéries, cette essence est employée avantageusement pour la charpente, le charronnage, etc. On la débite aussi en planches pour la me- nuiserie et, en ébénisterie, on en fait des boîtes et des cof- frets. Sa densité approximative est de 0,405, son élasticité de 1,260 et sa résistance à la rupture de 0,562 (1). (1) Nous possédons dans notre collection, sous le nom de Mimosa (Acacia) heterophylla de l'île de la Réunion, un échantillon de bois cor- respondant assez bien à la description ci-dessus, mais n'offrant aucune analogie avec celle qui en est donnée par le capitaine d'artillerie Morcbain et dans le Catalogue des produits des colonies : c'est un bois LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 481 Acacia lauriifolia Willd. Petit arbre d'une hauteur de 10 mètres environ, sur un diamètre moyen de 50 centi- mètres, à feuilles inéquilatérales, lancéolées aiguës aux deux extrémités. Originaire de la Nouvelle-Calédonie, cette espèce est abondante sur les plages sablonneuses où elle retient les sables abandonnés par la mer. Son bois, de couleur brune assez foncée, est de bonne qualité, mais il se tourmente beau- coup et exhale une odeur désagréable en brûlant. Le fruit est une gousse recourbée articulée, brunâtre, à valves minces et coriaces ; il renferme intérieurement plusieurs petites se- mences noirâtres de la grosseur d'une lentille ; ces graines sont très recherchées des jeunes indigènes qui les mangent sur l'arbre. Acacia leucophlœa Willd. (Anglais de l'Inde : Panicleb Acacia, Java : Pilang). Arbre de moyenne taille à tronc gros, que l'on rencontre sur la côte de Coromandel et dans la Malai- sie. Son bois est dur, solide, mais difficile à travailler; le cœur fournit un excellent matériel de construction, à la condition de le débarrasser de l'aubier sitôt l'abatage, car il entraîne la pourriture rapide de la pièce. Cette essence est employée par les Indiens et les Malais pour la charpente de leurs paillottes et pour pieux. L'écorce est fibreuse et bonne pour confec- tionner des cordes grossières et des filets de pêche ; ses pro- priétés astringentes la font aussi utiliser en médecine. Mé- langée à d'autres écorces, elle sert à fabriquer une liqueur alcoolique, d'une saveur désagréable, de mauvaise qualité et même vénéneuse, connue sous le nom tYArak- patte. Les feuilles servent pour la teinture en noir. Acacia longifolia Willd. [Acacia floribunda Willd., A. mucronata Willd., A. Sophorœ R. Bf.., etc.). Tasmanie : Booby-alla ». Petit arbre touffu, très ornemental, d'une crois- sance rapide, pouvant atteindre une hauteur de 7-8 mètres au bout de cinq à six ans ; phyllodes oblongs, allongés, obtus, longuement rétrécis à la base, plus ou moins coriaces. Ori- ginaire de l'Australie, cette espèce se rencontre à la Nou- velle-Galles du Sud, Victoria, South-Australia et Tasmanie ; elle affectionne particulièrement les terrains sablonneux du de couleur jaune rougeàtre, à pores apparents, d'une dureté et d'une densité moyennes. Très joli étant verni, il pre'sente une série de petites veines transversales plus foncées, formant par miroitement à la lu- mière des reflets satine's d'un bel effet. 182 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES- littoral. Son bois est lourd, dur, solide et durable ; sa belle couleur blanche uniforme et son grain fin le recommandent particulièrement pour l'ébénisterie de luxe et de fantaisie ; on s'en sert aussi pour le tour, la fabrication de chevilles et autres objets. Ce bois est également employé comme combus- tible et pour faire du charbon. Cet Acacia est un des produc- teurs de la gomme dite d'Australie. L'écorce est employée pour le tannage des peaux de Moutons. Les gousses sont sou- vent rôties par les natifs de la Tasmanie, qui en mangent les graines féculentes. Cette espèce comprend un grand nombre de variétés, servant surtout de sujets pour greffer les autres Acacias australiens cultivés en horticulture. L'A. longifolia est une des espèces mises en culture en Provence pour sa fleur {Mimosa). Acacia lutea Léc. (Sénégal et Casamance : Remcle ou Reinde). Arbre de deuxième grandeur, très commun dans les terrains secs et arides du Sénégal et de la Casamance. Son bois, de couleur jaune clair, dur, à grain serré, est excellent pour le charronnage et l'ébénisterie. Celui qui provient des arbres, qui croissent abondamment sur les rives du lac de Ghier, dans le Oualo, est de nuance très foncée et res- semble au Palissandre. Acacia macradenia Benth. (Indigènes du Queensland : Toney , Myall.) Arbre souvent pyramidal, d'une hauteur moyenne de 15 mètres, sur un diamètre de 35 centimètres environ, à phyllodes lancéolés, falqués, coriaces, croissant dans les massifs et les forêts ouvertes du Queensland. Son bois, d'un beau noir, dur, à grain fin et serré, susceptible d'un beau poli, peut être utilisé avec avantage pour le tour et l'ébénisterie. Acacia maleolens"! (Brésil : Vinhatico. Paraguay et Répu- blique argentine : Tataré, Tatané, Palo amarillo). Arbre de 10-12 mètres de haut sur un diamètre de n \80-l mètre, écorce très épaisse. Originaire de l'Amérique méridionale, il croît généralement isolé ou tout au moins par petits groupes, ce qui fait qu'il n'est pas très commun. Bois jaune, compact, très résistant, facile à travailler; employé pour charpente et construction, il a le grand avantage de ne pas jouer sous l'influence de la température, mais il ne se conserve ni dans l'eau ni sous terre. Il est très recherché pour la menuiserie et la fabrication des meubles de luxe, le tour, etc. LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 483 Acacia Meœicana ? Cet arbre donne un bois de bonne qualité, très estimé à la Guadeloupe pour divers travaux. Les gousses, astringentes , riches en tanin, sont recherchées pour le tannage. Acacia microphylla Léc. (Sénégal : N' débarga). Espèce très commune au Oualo où elle se rencontre sur les hauteurs qui avoisinent le lac de Ghier. Son bois, de couleur jaune clair et brillant, veiné de filets noirs, est considéré comme un des plus beaux de la Sénégambie ; il convient surtout aux ouvrages d'ébénisterie. Acacia pendilla A. Cunn. (A. leucophylla Lindl). « Wee- ping Myall». Arbre de petites dimensions croissant généra- lement dans les terrains marécageux de l'intérieur , au Queensland et à la Nouvelle-Galles du Sud. Bois de couleur brunâtre, magnifiquement veiné, dur, à grain fin et serré; très employé pour la menuiserie d'art, ainsi que par les ébénistes et les tourneurs, il est encore très apprécié pour la confection des pipes, des fume-cigares et divers objets de tabletterie. Acacia ret inodes Schl. (Australie : Silver Waltle, Bald Acacia). Petite espèce de Victoria et du South- Australia, re- marquable par son port gracieux ainsi que par le grand nombre de ses fleurs très odorantes, qui se succèdent toute l'année; phyllodes longs et étroits, falqués, très glauques. Son bois, d'un joli grain, fort et durable, est peu employé. Le tronc laisse exsuder assez abondamment une gomme pâle, transparente. L'écorce est astringente et sert pour le tan- nage. Cette espèce demande la serre d'orangerie sous le cli- mat de Paris. Acacia ruhra. Léc. Espèce africaine, assez rare sur les rives de la Casamance, mais croissant très abondamment sur les coteaux élevés et boisés de l'intérieur. Bois rouge d'une dureté moyenne, à grain fin, serré, assez facile à travailler, bon pour la menuiserie et l'ébénisterie. Acacia salicina Lindl. (A. ligulata A. Cunn). Queensland (colons) : « Brougton Willow », (indigènes) : « Bakka ». Petit arbre d'une hauteur de 10-12 mètres sur un diamètre de 20- 30 centimètres très décoratif, à rameaux pendants, croissant naturellement à la Nouvelle- Galles du Sud, au South-Austra- lia et au Queensland. Bois foncé et joli, lourd, durable, d'une texture fine, facile à travailler, excellent pour la menuiserie, 184 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. le tour et la fabrication des meubles. Cette espèce a été si- gnalée par sir Thomas Mitchell comme l'arbre dont l'écorce à propriétés délétères, est employée par les indigènes pour empoisonner le poisson dans les petites lagunes. Acacia saligna ~\Vendl. [A. leiophylla Benth. ; Mimosa saligna La -Bill.) Australie: « Weeping Acacia. » Arbre de petite taille à tronc noueux et à feuillage dense porté par des branches et des rameaux fortement inclinés. Originaire du sud de l'Australie occidentale, cette espèce est souvent cul- tivée pour orner les avenues. Son bois, d'un beau grain et bien nuancé, convient parfaitement à l'ébénisterie. L'écorce est particulièrement recherchée pour le tannage ; elle contient environ 30 p. % de tanin. Cet arbre produit en outre une gomme estimée. En Algérie, il paraît bien résister à la sé- cheresse et aux vents brûlants du Sud. Acacia Seyal Delil. (A. fistida Schw.) Anglais : Shittim toood. Sennaar et Nubie : So/far. Arbre d'une hauteur moyenne de 12 mètres, dont les branches sont recouvertes d'une écorce d'un jaune très pâle et munies de fortes épines d'un blanc laiteux. Originaire de l'Afrique, cette espèce croît naturellement au Sennaar et dans la partie méridionale de la Nubie. Son bois, de couleur chêne, est assez dur, mais amy- lacé et facilement attaquable par les insectes. L'écorce laisse exsuder une gomme brunâtre de qualité inférieure. Cet Acacia fournit une partie des Bablahs du Sénégal. Son écorce astringente est employée en médecine et dans l'industrie pour le tannage et la teinture. Acacia silacca. Lie. Arbre de dimensions moyennes assez commun dans les forêts de la haute Casamance, produisant un beau et bon bois, de couleur jaune veiné de rouge, utilisable pour la menuiserie de luxe et autres travaux. Cette espèce est regardée comme pouvant être facilement exploitée. Acacia Sing Perr. Petit arbre du Sénégal dont les racines, extrêmement longues, produisent un bois dur et flexible, d'un brun rougeâtre employé par les nègres pour faire des manches de sagaies. Le tronc laisse exsuder une gomme blanchâtre utilisable. Acacia stenocarpa Hochst. (Abyssinie et Nubie: Talch, Talha, Kakul.) Grand arbre de la Nubie et de l'Abyssinie dont le bois est sans emploi spécial. Il fournit une gomme arabique de couleur brune, de qualité assez médiocre, que LES BOIS INDUSTRIELS INDIGÈNES ET EXOTIQUES. 185 l'on recueille en grande quantité dans le district de Geradef . Acacia stenophylla A. Cunn. [A. sericophylla F. Muell.) Colons anglais : a Iron wood. » Bel arbre ornemental d'une hauteur moyenne de 15 mètres, croissant naturellement sur le bord des cours d'eau et dans les forêts ouvertes, au Queen- sland, la Nouvelle-Galles du Sud, Victoria, South et North- Australia. Son bois, d'une belle couleur brune agréablement nuancée, est lourd, très dur et prend un beau poli ; on l'emploie aux mêmes usages que celui des Myall-wood. Acacia striata W. H. Australie : « Erect Acacia. » Arbre de petite taille atteignant quelquefois jusqu'à 12-15 mètres de hauteur, recouvert d'une belle écorce striée de vert et de blanc. Originaire du continent australien, on le rencontre en Victoria, la Nouvelle-Galles du Sud, au Queensland, ainsi que dans la Tasmanie. Son bois, de couleur jaunâtre, dur, solide, durable et d'une texture fine, est excellent pour le tour et l'ébénisterie ; il a quelque ressemblance avec notre noyer. Acacia subcœrulea Lindl. [A. hemiteles Benth. ; A. api- culata Meissn.) Petit arbre à feuilles lancéolées, obtuses, épaisses, croissant spontanément dans la Nouvelle-Galles du Sud et l'Australie occidentale, dont le bois est assez dur et assez beau pour être utilisé à la fabrication d'objets tournés. Acacia subporosa F. Muell. Gippsland (Australie) : Na- tive Hicliory. Arbre de dimensions moyennes croissant na- turellement dans les forêts de Victoria et de la Nouvelle- Galles du Sud. La tige fournit un excellent bois, souple et très élastique, dont on fait des brancards de voitures, des manches d'outils, des bois de fusils, ainsi que des mâts pour les embarcations. Acacia Sundra DC. {Mimosa Sundra Roxburg.) Tamoul : « Carungaly, Garrougally. » Télenga : « Sundra. » Arbre de 8-10 mètres de hauteur, à branches épineuses et à feuilles bi- pennées composées de folioles linéaires nombreuses, crois- sant communément dans l'Inde. Le bois, blanc et léger, offre une certaine dureté, mais il est très facilement attaqué par les vers, il est peu employé en menuiserie ; lorsqu'il a été injecté, il est bon pour faire des poteaux télégraphiques, des palissades, des piquets de clôture, etc. L'écorce est usitée en médecine comme astringente. Cette espèce semble produire une gomme incolore et non une sorte de Cachou comme le prétendent quelques auteurs anglais. 186 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Acacia temdfolia Willd. (Mimosa temdfolia L.) (Guade- loupe: « Bois d'Amourette. » Un des Tendre à caillou des Antilles et de Caracas). Cette espèce, originaire des Antilles, produit un bois très dur et très nerveux, jaune à la péri- phérie et rouge au cœur, employé pour l'ébénisterie et la menuiserie. Ce bois offre la coupe horizontale de l'Angico et la coupe longitudinale palmiforme de l'Andira. Les racines et les bourgeons sont recherchés à Saint-Domingue comme astringents dans la diarrhée, les hémorrhagies et les vomis- sements. Acacia tomentosa Benth. (Mimosa tomentosa Willd.) Inde : « Touroungy » (Bengali) : « Shalshaeei-babula » (Ta- moul) : « Kodi-vela? ». Java : « Klampis, Klampok ». Arbre de petite taille originaire de l'Inde et de la Malaisie. Bois dur, fort et flexible; d'une texture assez fine il est bon pour le tour; il résiste bien à l'humidité, mais est enclin à se gercer. Quoique de dimensions assez faibles, il peut être utilisé comme bois de construction pour petites charpentes; on en fait aussi quelques meubles et divers objets d'économie do- mestique. Dans l'Inde, les femmes indigènes se servent des feuilles pour nettoyer leur chevelure. Acacia verniciflua A. Cunn. (A. graveolens Cunn.; A, virgata Lodd.) Australie : « Varnish Wattle ». Arbrisseau ou petit arbre croissant naturellement en Victoria, la Nouvelle' Galles du Sud, le South- Australia et la Tasmanie, où on le rencontre assez communément sur le bord des rivières, ainsi que sur les pentes rocheuses et dans les ravins des forêts. Son bois, dur et de longue conservation, utilisable pour le tour. La tige laisse écouler un suc résineux semblable à un vernis. A. verticillata Willd. (Mimosa verticillata Lhérit.) Aus- tralie : « Whorled Acacia ». Petit arbre d'un port élégant, haut de 8-10 mètres, très rameux, à feuilles (phyllodes) aci- culaires, piquantes, presque verticillées, originaire de Victo- ria et de la Tasmanie. Son bois offre les mêmes qualités que celui de VA. juniperina. Cette espèce comprend plusieurs va- riétés horticoles très ornementales. (A suivre.) 187 II. CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. Chasses à l'Elan en Norvège. — Un adjudicataire de chasses de Namsos (Norvège) se charge, moyennant un prix à de'battre, de faire tirer des Elans à des chasseurs e'trangers. La Deutsche Jmger-Zei- tung donne ainsi qu'il suit le relevé de ces chasses, abstraction faite du petit gibier : En 1889, entre 22 chasseurs allemands, il a été tué dans ce district (Revier), 43 Elans et 2 Ours; En 1890, par 28 chasseurs, 58 Elans, 1 Ours; En 1891, par 31 chasseurs, 76 Elans, 2 Ours ; En 1892, entre 13 chasseurs, 40 Elans, 1 Ours ; En 1893, par 29 chasseurs, 71 Elans, 1 Ours, 1 Loup et 2 Lynx. Soit un total de 288 Elans en 5 ans, sur le même district (1). P. Zeiller. Plumes d'Autruche. — L'anne'e 1892 a eu des résultats favo- rables pour tous ceux qui ont des intérêts dans la production ou le commerce des plumes d'Autruche. Le marché a subi quelques violentes fluctuations, mais il y a eu toujours une bonne demande aux prix cotés. Dans les districts se livrant à la production des plumes, les fermiers négligent moins cette industrie et les quantite's offertes en vente de- viennent plus considérables. Cela devra apparemment continuer ainsi chaque année, aussi longtemps que la demande pour ce produit sera assurée. L'incubation artificielle a été délaissée, et les Autruchons éclos par les soins de leurs parents, sont plus sains et capables de donner par la suite de plus belles plumes. Dans quelques-unes des provinces se livrant à l'élevage de l'Autruche, principalement dans celle d'Oudtshorn, le commerce des plumes est concentré entièrement entre les mains de certains marchands juifs qui ont adopté l'usage d'acheter les plumes « sur pied », c'est-à-dire trois, six, neuf mois, même un an, avant l'époque de l'arrachement et à raison de tant par tête d'oiseau, ce qui leur fait courir de légers risques et par consé- quent les oblige à payer un prix moins élevé au producteur. Il est probable que le commerce sera dorénavent forcé de passer par leur intermédiaire. Ce sujet a donné lieu à beaucoup de discussions parmi les expor- tateurs intéressés et les intermédiaires indiqués furent mis en cause peu favorablement, leur spéculation ayant pleinement réussi grâce à l'état du marché. Le rôle de ces nouveaux agents n'est cependant pas sans utilité. En effet, ils classent leurs marchandises avec beaucoup (1) Deutsche Jœger-Zeitung, Neudamm (Prusse). Numéro du l 6 ' juillet 1894. 188 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. d'attention, et les lots tels qu'ils sont préparés ne présentent aucune défectuosité. Au contraire, les fermiers expédient trop souvent les plumes empaquete'es de toutes façons et rassemblées sans soin ni adresse. Il en résulte, comme toujours, que les marchandises mal assorties sont négligées par les acheteurs, alors que celles bien pré- parées sont recherchées et se vendent bien. La production de la colonie est représentée actuellement par une ex- portation de 257,027 lbs (de 453 gr.) ayant une valeur de 13,028,626 fr. Le marché de Cape-Town a disposé en 1892 de 77,129 lbs de plumes pour 3,889,846 fr. et les exportations de cette ville ont atteint 115,093 lbs évaluées à 5,734,461 fr. La différence avec l'exportation totale a été expédiée de Port Elizabeth dont le marché de plumes est plus important. Cette exportation ne représente pas, comme on le voit, une quantité négligeable et, bien que les prix ne soient plus actuellement que moitié de ceux d'il y a dix ans, et le quart de ceux de 1879, l'é- levage de l'Autruche est encore profitable. Depuis 1879, la production a triplé; cela contribue à maintenir la valeur de l'exportation. Les œufs de l'Autruche constituent encore une autre ressource, car ils sont parfaitement comestibles, et leur grosseur fait considérer l'un de ces œufs comme l'équivalent de vingt- deux œufs de Poule. Les Algériens, dont le pays se trouve dans des conditions aussi fa- vorables que celui-ci, devraient s'occuper sérieusement de l'élevage de l'Autruche et relever la France du tribut qu'elle paye à ses concur- rents. Les frais de premier établissement sont insignifiants et la pro- duction pourrait être favorisée en France par un droit. L'exportation des œufs d'Autruche n'est plus interdite au Cap, et on peut s'y pro- curer des œufs sans difficulté. {Moniteur officiel du Commerce.) G. Vassard. Repeuplement des eaux de la Westphalie. — La Société westphalienne de pêche doit lâcher celte année 25,000 alevins de Truites arc-en-ciel (Salmo irideus) dans la Lippe, l'Ems et autres cours d'eau qui arrosent les districts de Mùnsler et de Bielefeld ; 40,500 alevins de Truites de rivière (Trulta fario) dans la Bever, l'Afte, la Nethe, la Môhne et quelques rivières moins importantes des districts de Bielefeld et de Lùdenscheid. La même Société s'occupe activement d'améliorer les échelles à Poissons de la région. De S. Dégâts du Lasiocampe du Pin en Champagne. — Le centre le plus important où ces chenilles ont causé des ravages est celui des environs d'Arcis-sur-Aube. Le second centre est aux envi- rons de Troyes, et le troisième est à la ferme de Varsovie, commune de Chapelle-Lasson, canton d'Anglure (Marne). CHRONIQUE GÉNÉRALE ET FAITS DIVERS. 189 On peut évaluer à 2,000 hectares au moins les terres atteintes aux environs d'Arcis, le pays de beaucoup le plus malheureux, et 250 à 300 hectares pour chacun des deux autres centres. La chenille qui cause tous ces dégâts est appele'e par tous les fo- restiers français Lasiocampe du Pin [Lasiocampa pini) ; le livre classique de Mathieu la nomme Bombyx du Pin ; dans l'ouvrage plus récent d'un professeur de Neustadt Eberswalde, M. Allum, elle est appelée Gastro- pacha du Pin (Gastropacha pini). Cette espèce vit de préférence sur le Pin sylvestre et ne s'attaque aux autres conifères qu'après avoir de'truit toutes les aiguilles du syl- vestre. M. le professeur Fliche, auteur du rapport dont nous extrayons ces renseignements, a constaté son existence, il y a plus de quinze ans, aux environs de Nancy. M. l'abbé d'Autessauty, aumônier du lyce'e de Troyes, entomologiste distingué, l'avait observé depuis plusieurs anne'es. Cet insecte vient d'Allemagne où il y en a eu des invasions restées historiques. Son entre'e a commencé en 1892, dans le de'partement de la Marne et aux environs d'Arcis, massif des environs de Champfieury. pour sévir d'une façon très grave aux mêmes endroits en 1893. Cette anne'e, le fléau présente son maximum d'intensité au massif de Grange l'Evêque-le-Pavillon. Quelles que soient les causes qui ont amené' la multiplication de la chenille, les dégâts sont considérables. D'abord les Pins sylvestres, ensuite les Pins d'Autriche, puis quelques Épicéas qui se trouvent dans les plantations ont e'té tellement dévastés que les premiers sont morts ou sans avenir ; quelques Pins d'Autriche pourront résister quoique atteints. Çà et là quelques arbres sont indemnes ; plusieurs petites pièces peuplées de pins sylvestres ont été aussi épargne'es, sans qu'on puisse découvrir la cause de cette immunité. Heureusement les insectes parasites, les Ichneumonides, en pre- mière ligne, des maladies qui paraissent causées souvent par des Champignons, ont généralement raison d'une invasion au bout de trois ou quatre ans. On aperçoit déjà des signes de déclin sur les points primitivement attaqués. L'expérience a montré que la récolte des œufs, des chenilles, des cocons ou des papillons, que l'emploi des insecticides, le creusement des fossés d'isolement, sont des mesures à la fois coûteuses et de peu d'efficacité- Les seules mesures efficaces sont : la récolte des chenilles durant leur hivernage dans le sol lorsque, au début d'une invasion, elles sont encore peu nombreuses, et l'établissement d'une ceinture d'enduit visqueux sur les arbres, avant la remontée des chenilles au mois de mars, de manière à les affamer. Ce procédé, employé en Allemagne, y est évalué à 56 francs l'hec- tare, somme exorbibante, puisque la valeur du bois à l'hectare est à <90 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. peine de 100 francs ; de plus, on n'est pas certain de réussir en France, avec l'irre'gularité de la température à la fin de l'hiver et au printemps. La seule mesure utile est la surveillance active des bois non encore atteints, même loin des foyers d'infection, et la destruction des che- nilles, que Ton peut trouver en certain nombre au pied de quelques arbres fin octobre, commencement novembre. Les propriétaires de pineraies atteintes doivent exploiter le plus rapidement possible les arbres morts ou mourants, leur bois étant plus sujet à s'altérer. L'invasion qui a sévi dans la Champagne pouvant se répandre ailleurs en France, tous les propriétaires de forêts de Pin sylvestre feront bien d'exercer partout la même surveillance, principalement fin octobre et commencement novembre. [Afin. Agr.) Une nouvelle maladie de la Canne à sucre aux Antilles. — Le steamer Atrato, venant des Antilles, annonce qu'une maladie encore inconnue s'est déclare'e sur les racines de la Canne à sucre ; la plante meurt très vile. Le mal se'vit surtout dans l'île de Barbade où tous les plants sont détruits. De B. Le Téosinté (Euchlœna luxuriant) à Ceylan. — La Revue des Sciences naturelles appliquées (1) a traite' à diverses reprises de la cul- ture et du rendement de cette Graminée. Aux Indes, dans la ferme de Poona, près Colombo, le Téosinté a donné l'année dernière jusqu'à 80.778 livres anglaises de fourrage par acre (4046 mètres carre's), ce qui équivaut à un produit de 200.000 kilogs à l'hectare, et l'on sait pourtant que le sol ne s'y prête pas très bien à sa culture. G. Culture chez les Chinois et les Japonais. — La méthode suivie en Chine et au Japon, qui consiste à établir dans un même champ plusieurs cultures différentes, offre des avantages. Les culti- vateurs de ces pays s'occupent avant tout de rendre leurs terres fer- tiles ; dans l'Inde, ce point est trop souvent néglige'. La fertilité du sol est d'ailleurs largement entretenue par ce système. Il n'est pas rare de rencontrer à la fois quatre cultures alternantes : une première ligne de Coton, une seconde de Blé, une troisième de Dhal [Ci/lisus cajan), enfin la quatrième d'une plante fibreuse, le Day hemp (Cannabis saliva var. indica). Ces divers végétaux, appartenant à des types distincts, n'épuisent pas les éléments nutritifs du sol ; les Légumineuses fournissent aux autres l'azote nécessaire. De S. (I) Années 1876 et 1877. 191 III. BIBLIOGRAPHIE. L'Algérie. Organisation administrative. Justice. Sécurité. Instruction publique. Travaux publics. Colonisation française et europe'enne. Agriculture et forêts. Propriété et état civil cbez les indigènes. Voyage de la délégation de la Commission sénatoriale d'étude des questions algériennes, présidée par Jules Ferry. Préface par E. Combes, vice-président du Sénat. Cartes indiquant l'itinéraire de la délégation et le programme de la colonisation de 1891 à 1895, par Henri Pensa, chef adjoint du cabinet du ministre des Travaux pu- blics, secrétaire de la délégation. — Rothschild, éditeur, Paris, 13, rue des Saints-Pères. La colonisation de l'Algérie, les résultats obtenus jusqu'à ce jour, ceux à atteindre, intéressent au plus haut point tous ceux qui se préoccupent du développement de la richesse nationale. Le procès - verbal détaillé de l'enquête à laquelle s'est livrée la délégation du Sénat, donne sur ces questions des renseignements détaillés qu'un voyage, ou même un séjour prolongé en Algérie, ne pourraient per- mettre à un particulier de réunir. Partout où la conduit son itinéraire, la délégation tient de véritables assises, où sont appelés les indigènes comme les Européens, et ce sont les procès-verbaux des interroga- toires, que transcrit fidèlement M. Henri Pensa, sans négliger d'autre part les constatations de toutes sortes faites pendant le trajet d'une localité à une autre. Il y a dans ce beau volume un ensemble de documents qui le rendront indispensable à tous ceux qui voudront bien connaître l'Algérie. J. G. Les Papillons de France, par Gustave Panis. 320 pages, avec 4 planches hors texte. — Chez Charles Mendel, 118, rue d'Assas, Paris. Prix : 3 fr. 50. Catalogue méthodique, synonymique et alphabétique , contenant plusieurs chapitres sur la classification et la conservation des Lépi- doptères, la manière d'élever les Chenilles, les emplois des Papillons dans l'industrie et les travaux d'agrément, la description des princi- paux genres, etc., etc.. suivi d'un catalogue de 2,599 espèces avec leur nom vulgaire. L'ouvrage forme un manuel complet du Lépidoptériste et nous avons parcouru ce volume avec l'intérêt spécial que lui donnent pour nous nos longues années de chasse aux Lépidoptères, de recherches et d'élevage de Chenilles, etc. ; nous n'avons rien trouvé à y reprendre; les procédés indiqués sont ceux que l'expérience nous avait fait adop- ter ; mais une parole bien plus autorisée que la nôtre résumera en la confirmant notre appréciation ; M. Em. Blanchard, le savant profes- 192 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. seur d'eiilomologie du Muséum, écrit à l'auteur : « J'ai lu voire Ma- » nuel et j'estime que vous avez fait uu ouvrage vraiment utile en vul- » garisant les proce'dés les plus convenables pour l'étude et pour la » recherche des Papillons et des Chenilles. Vos descriptions faites » avec une grande clarté me semblent de nature à séduire beaucoup » de jeunes amateurs et je ne saurais trop vous en féliciter. » G. de G. La pratique de la Viticulture, adaptation des ce'pages franco- américains à tous les sols français, par M mo la duchesse de Fitz- James. 1 volume in-16 de 380 pages, avec 92 figures, cartonne' {Bibliothèque des connaissances utiles), 4 fr. — Librairie J.-B. Bail- lère et fils, 19, rue Hautefeuille, à Paris. La Vigne américaine, après avoir provoque' un enthousiasme sans mélange de la pari des viticulteurs ruinés par le phylloxéra, est entrée depuis quelques années dans une pe'riode de déception et de décou- ragement, par suite des difficultés d'adaptation des Vignes américaines à nombre de terrains qui jadis portaient fructueusement la vigne fran- çaise. C'est aux viticulteurs malheureux et déçus que s'adresse ce volume. Il leur montrera comment en choisissant bien ses porte-greffes on peut vaincre les difficulte's de l'adaptation et leur prouvera qu'une souche américaine greffe'e peu produire plus qu'une souche française franche de pied. La première partie s'occupe des vignobles reconstitue's qui se di- visent eux-mêmes en deux grandes fractions, ceux qui donnent des re'sultats re'munérateurs et ceux qui n'en donnent pas : l'auteur y passe en revue le choix des ce'pages et les procédés de multiplication, le rôle favorable ou de'favorable du terrain, des racines et des affi- nite's respectives entre porte-greffes et greffons. La deuxième partie traite des vignobles en voie de perdition et se divise encore en deux sections : vignobles menace's à courte e'chéance par le manque d'adaptation et la chlorose, et vignobles menacés d'une façon plus ou moins lointaine. La question toute nouvelle de la re- constitution par le provignage franco-ame'ricain est très longuement traitée. Ce volume re'sume les travaux tout re'cents de MM. Foex, P. Viala. Muntz, Prillieux, Mares, etc., au Congrès de Montpellier de 1893 et à la seclion de viticulture de la Société' des agriculteurs de France en 1894. Il est illustre' de 92 figures dessinées spécialement pour cet ouvrage par l'auteur. G. de G. Le Gérant : Jules Grisard. 193 I. TRAVAUX ADRESSÉS A LA SOCIÉTÉ. LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN d'après m. hornaday, superintendant du parc zoologique de washington Pau M. H. BREZOL. (suite*) 2* PARTIE. — LE MASSACRE. Causes du massacre. Les causes qui ont amené l'extinction pratique, à l'état de nature du moins, ùe l'animal sauvage le plus précieux que le continent américain ait jamais possédé, ne sent nullement obscures. Il est bon cependant de les déterminer, de procéder à leur étude, afin d'éviter, si la chose est possible, que le triste sort du Bison ne soit partagé par l'Élan, l'Antilope, le Daim, le Caribou, le Mouflon, la Chèvre des montagnes, le Walrus et autres animaux, dont les Etats-Unis possèdent encore de nombreux échantillons. Il serait doublement dé- plorable que l'impitoyable massacre des Bisons , auquel la population des États-Unis a assisté pendant vingt longues années, ne servit pas de leçon pour l'avenir. En continuant à se l'aire ainsi les bouchers du gibier, les Américains mérite- raient certes que la postérité les mit au même niveau que les Troglodytes et les habitants des cavernes, dont les actes se résumaient en ces deux mots : manger et tuer, La cause principale de l'extermination du Bison renferme du reste les causes secondaires, qui en sont les simples con- (*) Voyez Revue, 1893, 1° setaestre, p. 433 ; 1804, i" semestre, p. 337, et plus haut, p. 1 et 97. o septembre 1894. Î3 194 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. séquences. C'est l'arrivée de la civilisation, accompagnée de tous ses éléments de destruction, sur la région où errait cet animal. Sa retraite ayant été envahie de tous les côtés à la fois, depuis le Grand Lac de l'Esclave jusqu'au Rio-Grande, par des hommes armés de fusils, tous les animaux sauvages en furent graduellement repoussés, et, comme à l'ordinaire, ce sont les plus beaux et les plus gros qui ont disparu les premiers. Si nous passons aux causes secondaires , la destruction du Bison est surtout imputable à l'insouciante avidité de l'homme, à sa manie de détruire, à son imprévoyance, mau- vaise ménagère des ressources que la nature lui fournit. On peut encore l'attribuer à l'absence totale et inexcu- sable de mesures protectrices prises par le gouvernement na- tional, et par les gouvernements des Etats et territoires de l'Ouest. A ce que les chasseurs en général, blancs ou Indiens, tuaient plutôt les vaches que les taureaux, dont la chair et la robe avaient une moindre valeur. A la perfection actuelle des armes se chargeant par la cu- lasse et de toutes les armes à feu en général. Toutes ces influences agissaient simultanément contre le Bison, sans se gêner réciproquement, et le faisaient reculer devant leur action combinée. Le funeste résultat se fut fait attendre beaucoup plus longtemps si l'une de ces causes avait été supprimée. Si le Bison, par exemple, avait reçu en par- tage moitié seulement des qualités guerrières de l'Ours griz- zly, sa destinée n'eût certes pas été la même, mais son défaut de courage, son inertie, amenaient presque à nier, en ce qui concerne cet animal, la sagesse des lois ,de la nature. Méthodes de massacre. — Le still hunt. De toutes les méthodes de destruction ayant concouru au massacre du Bison, le slill hunt, la chasse isolée, était certes ïa plus meurtrière. C'était, à tous égards, la plus vile et la plus lâche de toutes les chasses, et sa pratique eut déshonoré un véritable sportman. Dépourvu de l'excitation, des dan- gers de la chasse à courre, le still hunt était une simple bou- cherie des plus sauvages et des plus cruelles: Sans avoir l"en- LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 195 traînement de la chasse, elle se caractérisait par une avide âpreté à abattre chaque jour le plus possible d'animaux, et pouvait être assimilée au travail des bouchers payés à tant par tête dans les abattoirs. D'après les nombreuses descrip- tions faites de ce mode de chasse, il provoquait autant d'ex- citation et exposait à peu près aux mêmes dangers que si on s'en était allé tuer du bétail dans les prairies du Texas ou du Montana. En réalité, ce dernier exercice eût probablement été plus dangereux que le still hunt, car, au lieu d'imiter le Bison en fuyant l'homme, le bétail des prairies, le bétail du range, le charge généralement, peut-être par simple curio- sité, mais, en tout cas, en lui faisant courir un danger parfois très sérieux. Le Bison doit surtout imputer sa disparition à sa stupidité sans égale. Quel autre animal, en effet, aurait permis au chasseur isolé d'accomplir en aussi peu de temps son œuvre de destruction ? Tant que la chasse à courre resta seule en usage contre le Bison, il fallait au moins, pour en tuer un millier en une sai- son de chasse, les efforts combinés de quinze à vingt-cinq chasseurs. Un seul still hunter arrivait à lui seul, dans le même espace de temps, à abattre un nombre égal de têtes, souvent même un nombre double ou triple, et cela à la seule condition de savoir se glisser dans l'herbe pour trouver un endroit favorable au tir. Un des still hunter les plus cé- lèbres dans les fastes des massacreurs , le capitaine Jack Brydges, du Kansas, qui joua un des principaux rôles dans l'anéantissement du troupeau du Sud, tua en six semaines 1,142 Bisons. Aussi longtemps que les Bisons restèrent en grands trou- peaux comprenant des milliers de têtes, leur nombre donnait aux individus du troupeau un sentiment de protection mu- tuelle assurant la tranquillité générale, même en présence des choses que leur défaut d'intelligence les empêchait de comprendre. Quand ils entendaient retentir la détonation d'un fusil et voyaient un petit nuage de fumée blanche s'é- lever lentement au-dessus d'un ravin, d'une touffe de Sage brush, Artemisia ludoviciana, du sommet d'une colline, d'un point quelconque situé à 200 mètres d'eux, ils s'étonnaient généralement et se préparaient à suivre dans sa fuite le guide, le chef du troupeau, généralement une vache des plus 196 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. âgées. Si le chef tombait alors saignant sous le plomb meur- trier, si aucun des survivants n'assumait la responsabilité du commandement, les animaux de la bande, au lieu de se dis- perser, de fuir chacun de leur côté, se pelotonnaient les uns contre les autres, attendant que leur tour lut venu d'être tués, aucun d'entre eux ne pouvant se décider â fuir isolé- ment. Dans les derniers temps cependant de l'existence du Bison, quand les troupeaux lurent désunis, dispersés en pe- tits groupes donnant à chaque animal une existence plus in- dépendante, ils devinrent sauvages et farouches, toujours prêts à fuir â la moindre alarme et à courir au loin. S'ils avaient déployé dix-sept ans plus tôt la circonspection dont ils ont fait preuve pendant les trois ou quatre dernières an- nées de leur existence, les Bisons parcourraient encore par centaines de milliers les immenses prairies de l'Ouest, sur lesquelles 300 individus â peine errent à l'époque actuelle. Malgré la guerre sans trêve et sans merci que blancs et Indiens avaient déclarée aux Bisons il y a un siècle environ, malgré la décroissance continuelle de leur population et des prairies sur lesquelles ils vivaient, il en restait encore plu- sieurs millions de tètes non-seulement à l'époque de l'achè- vement de la ligne transversale de chemin de fer Union- Pacific en 1869, mais même en 1870. Avant cette époque, les blancs voyaient surtout dans la chasse du Bison un moyen de se procurer de la viande, les robes étant peu recherchées, et les Indiens n'en vendant guère que i00,000 par an. Quoique 500,000 Bisons environ fussent tués chaque année par les mé- tis, les Indiens et les blancs, l'accroissement naturel était assez considérable pour empêcher de prévoir la triste éventualité de l'extermination complète. Par une coïncidence fatale au Bison, avec l'établissement de trois lignes de chemin de fer â travers la région où ses individus étaient le plus nombreux, arrivèrent d'importantes demandes de robes et de cuirs, dont les armes se chargeant par la culasse devaient faciliter la ré- colte. Et alors, une meute sauvage de chasseurs s'élança sur les prairies du Bison, tous avides de détruire le plus possible de ces animaux dans le plus faible espace de temps. Pour ces individus, la chasse à cheval eût été trop lente, trop peu rémunératrice. C'était tuer en détail ; eux voulaient opérer en gros. Le still hunt, entassant victimes sur victimes, était la chasse par excellence à leur avis et, s'ils en avaient eu la LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 197 faculté, ils auraient joyeusement employé la mitrailleuse Gatling pour détruire un troupeau tout à la l'ois. Le still liunt exerça son œuvre de destruction en 1871, 1872 et 1873, pendant trois années seulement, sur les prairies où vivait le troupeau des Bisons du -Sud. puis, dix ans plus tard dans les régions du Montana pâturées par le troupeau du Nord. L'élévation du prix des robes, qui signale l'anéantissement du grand troupeau du Sud, fit de la chasse du Bison une pro- fession plus rémunératrice encore qu'elle ne l'avait été dans le Sud, où ses prix restèrent toujours assez bas. Il n'était pas rare de voir un chasseur de Montana dépenser 5,000 à 10,000 francs pour son équipement, ses chevaux, ses chariots, ses armes, ses munitions, ses provisions, etc. Une expédition à la recherche des Bisons, dont les dépouilles devaient figurer dans les musées américains, entreprise, en 1886, par la Smithsonian Institution, comptait parmi ses chasseurs un individu nommé James Mac Nancy, de Miles City, Montana, qui avait passé trois campagnes consécutives à tuer des Bi- sons dans la prairie et jouissait dune excellente réputation comme chasseur. Ce sont les impedimenta de M. Mac Nancy que nous prendrons comme type de ce qu'exigeait l'exercice du still hunt. M. Mac Nancy avait servi comme chasseur pendant les hivers de 1880 et 1881, dans la troupe de M. Max- well, et recevait des appointements mensuels; mais il acquit une telle adresse qu'il résolut de chasser pour son propre compte en 1882, quoiqu'il n'eût alors que dix-sept ans. Ayant pris pour compagnon un de ses frères plus âgé que lui, il acheta à Miles City un matériel et des approvisionnements composés : de 2 chariots, 2 attelages de 4 chevaux, 2 che- vaux de selle, 2 tentes, 1 fourneau de cuisine avec ses tuyaux, 1 fusil Sharp se chargeant par la culasse du calibre 40, 2 autres Sharp du calibre 45. 25 kilogs de poudre, 250 kilogs de balles et de plomb, 4,500 capsules, 600 douilles de cartouches, 4 rames de papier, 60 couteaux à écorcher de Wilson, 3 fusils à aiguiser, 1 meule à aiguiser portative, de la farine, du lard, du café, du sucre, de la mélasse, des pommes sèches, des légumes conservés, des haricots secs, le tout en quantité suffisante. Chevaux, matériel et approvi- sionnements avaient coûté 7,400 francs. Deux hommes furent engagés pour la campagne à raison de 2G5 francs par mois, 198 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. et, le 10 novembre 1882, la petite troupe quittait Miles City pour gagner les prairies. C'était un départ assez tardif, les chasseurs se mettant d'ordinaire en route vers le 1 er octobre. Chevaux, véhicules et provisions furent expédiés par chemin de fer vers le Nord- Est jusqu'à Terry, d'où les chasseurs s'avancèrent de 160 ki- lomètres environ vers le Sud, dans la région des sources du ruisseau O'Fallon et du ruisseau du Castor, Beaver Creek, un des affluents du Petit Missouri. Un bon cantonnement, n'empiétant nullement sur le domaine de chasse des still hun- ters déjà arrivés, mais où les Bisons abondaient cependant, fut choisi, et on installa le camp sur le bord d'un ruisseau ombragé, de façon à avoir l'eau et le bois à sa disposition. Un cercle de collines empêchait de l'apercevoir à distance. Les deux tentes furent montées sur le prolongement l'une de l'autre, le fourneau de cuisine se trouvant placé sur la ligne de séparation. On disposait ainsi de deux salles devant servir la première de cuisine et de salle à manger, la seconde de chambre à coucher. Il avait d'abord été convenu que chacun des membres de la petite troupe ferait la cuisine à son tour pendant une se- maine, mais l'un d'eux déploya dès les premiers jours une si grande habileté dans le pétrissage du pain et des connais- sances culinaires si développées, qu'il fut par acclamation nommé cuisinier pour toute la durée de la campagne. La chasse incombait donc aux trois autres. Vu la date tardive de l'arrivée de la bande Mac Nancy sur le range, les Bisons y étaient déjà installés et le massacre put immédiatement commencer. Chacun des cbasseurs devait agir isolément et dépouiller lui-même les victimes qu'il abattrait. Au petit jour, le still limiter quittait le camp, à pied, son lourd fusil Sharp à la main, avec 75 à 100 cartouches dans ses poches ou sa ceinture. A cette ceinture pendait le compagnon du chasseur, une gaine de cuir contenant un couteau à éventrer, un cou- teau à écorcher et un fusil de boucher pour les aiguiser. Cet équipement pesait rarement moins de 1*7 kilos et souvent plus. Comme il était très important de déplacer le camp aussi rarement que possible, une fois la campagne de chasse com- mencée, le still limiter prenait les plus grandes précautions en tuant son gibier, afin de ne pas effrayer les Bisons vivant dans les alentours. LA DESTRUCTION DU BISON AMERICAIN. 199 Avec 10,000 Bisons sur le range choisi pour la chasse, on pouvait espérer rencontrer de nombreuses petites bandes d'une cinquantaine de têtes retirées dans un vallon ou un ravin où il serait possible de les exterminer sans inquiéter le troupeau principal. Le still limiter s'en allait à pied, car si la distance à parcourir pour trouver des Bisons avait été assez longue pour exiger l'emploi du cheval, ce mode de chasse n'eût plus été rémunérateur. A l'époque dont nous parlons, le chasseur ne faisait guère que 4 ou 5 kilomètres pour trou- ver des Bisons s'il y en avait sur son terrain de chasse. Il fouillait soigneusement le pays, du sommet d'une colline ou d'une haute butte, puis s'il apercevait plusieurs petits trou- peaux en train de paître, il choisissait pour l'attaquer celui qui lui paraissait le plus facile à approcher. Le chasseur pré- férait toujours attaquer un troupeau couché ou en train de paître tranquillement, ou abrité contre la fraîcheur du vent, plutôt qu'un troupeau en marche, car si une course de 2 ou 3 kilomètres lui permettait de rattraper le troupeau en marche et de lui abattre un certain nombre de têtes, les ré- sultats n'étaient jamais aussi satisfaisants qu'avec un trou- peau au repos. L'attaque décidée, le chasseur se plaçait sous le vent du groupe choisi, puis il s'en approchait, autant que le lui per- mettait la nature du sol. Si le troupeau paissait dans une dépression il choisissait un poste sur la colline la plus proche. S'il paissait sur une plaine unie, il cherchait un ravin où, il put ramper jusqu'à bonne portée. Faute de ravin il devait parfois franchir un espace d'un kilomètre sur les mains et les genoux dans la neige ou au milieu des touffes de Poiriers épineux, en profitant des moindres couverts tels que le Sage brush. Quelques-uns des still hunters du Montana rampaient et tiraient, le haut du corps enfoui dans un sac percé de trous pour les yeux et les bras. Ce dispositif, simple mais peu élégant, leur permettait de s'approcher beaucoup plus près des Bisons. S étant assuré un poste à 100 ou 200 mètres du troupeau parfois même plus loin, le still hunter cherchait sans se laisser voir un appui pour son fusil, appréciait la distance, disposait la hausse de son arme, mettait enjoué et la journée de travail était commencée. Quand le troupeau était en marche, il fallait d'abord abattre son chef, l'animal tenant la 200 BEVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tête. Les chasseurs choisissaient toujours comme point de mire la région située derrière la jambe de devant du Bison, présentant le flanc au tireur, de manière à envoyer leur balle à travers les poumons. Cette région commençant à 30 centi- mètres au-dessus du sternum, mesurait 30 à 35 centimètres de diamètre et même plus chez les taureaux. Quand le trou- peau était immobile on ne pouvait reconnaître le chef à la place qu'il occupait dans le rang, mais comme ce chef était d'ordinaire la vache la plus vieille, on abattait alors l'animal répondant le mieux à cette condition. La détonation faisait tressaillir les Bisons, ils regardaient le petit nuage de fumée blanche s'élevant au-dessus de l'abri du chasseur et parais- saient tout prêts à prendre la fuite, mais voyant leur chef hésiter, ils attendaient. Le guide atteint par une balle faisait un bond violent en avant, puis s'arrêtait, le sang coulant en deux torrents cra- moisis, de ses naseaux, puis son corps oscillait à droite et à gauche, l'animal chancelait, essayait de rester debout, mais ses jambes s'affaissant, bientôt il roulait sur l'herbe. Quelques-uns de ses compagnons venaient l'entourer, le re- gardant curieusement, les yeux grands ouverts d'étonnement, le flairant, et un des plus résolus semblait vouloir se décider à emmener le troupeau loin de ce lieu maudit. Il avait à peine eu le temps de faire quelques pas, qu'un second coup de fusil mettait fin à son commandement éphémère. Cette nouvelle chute mystérieuse portait à son comble le trouble du trou- peau, mais le danger étant invisible, aucun des Bisons ne songeait à le fuir. Bs s'assemblaient autour des victimes, flairant le sang chaud, mugissant dans leur ignorant éton- nement. La tactique du chasseur consistait à ne pas tirer trop rapidement, il devait agir méthodiquement, et tuer tout Bison essayant de prendre la fuite. Un coup de feu par minute donnait un tir fort régulier, mais si les circonstances l'exi- geaient, on pouvait envoyer avec précision deux balles par minute. Un tireur doué d'un certain calme abattait, grâce à la perfection des armes en usage, un Bison de chacune de ses balles. Quand le chasseur avait su trouver un poste favorable, il pouvait ménager ses victimes, prendre son temps, et les abattre de la façon la plus méthodique, l'une après l'autre, LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 201 jusqu'à ce que la dernière tombât, que ses cartouches fussent épuisées, ou que ces brutes stupides, revenant un peu à la raison, prissent la fuite. Parfois, son fusil s'échauffait au point de l'obliger à interrompre le massacre, mais s'il y avait un peu de neige à proximité de son poste de tir, il y plon- geait, sans autre précaution, l'arme brûlante, et reprenait bientôt son œuvre de destruction. Le choix d'une bonne position pouvait amener l'anéantissement complet d'un beau troupeau. Un chasseur du Montana, M. Harry Andrews, abattit un jour un troupeau de 115 têtes, et tua, une autre fois, 63 Bisons en moins d'une heure. Un autre chasseur, M. Mac Nancy, tua 90 Bisons à un troupeau, et le colonel Dodge compta un jour 112 cadavres de Bisons répartis sur un cercle de 400 mètres de diamètre ; ces animaux avaient été abattus en trois quarts d'heure et sans changer de poste, par le même individu. Le massacre terminé, le chasseur se mettait à dépouiller ses victimes. On ne pouvait reprocher aux chasseurs du Nord l'insouciance et le système de gaspillage dont leurs confrères du Sud ont fait preuve pendant si longtemps. A l'époque où les blancs se mirent à chasser le Bison en grand sur le range du Nord, ces animaux commençaient déjà à devenir rares et leurs robes valaient de 10 fr. 50 à 21 fr. Par l'argument infaillible du prix payé, les fourreurs avaient démontré- aux chasseurs, qu'une robe proprement et -soigneu- sement enlevée, étirée, pas trop souillée de sang et de boue, valait sur le marché plus qu'une robe levée sans aucun soin. Après 1880 , les Bisons du troupeau du Nord furent dé- pouillés avec toutes les précautions voulues et les chasseurs ne subissaient que les pertes qu'il leur était impossible d'é- viter. Chaque robe représentant une somme moyenne de 18 fr. 50, on la traitait suivant sa valeur. Le chasseur ou l'é- corcheur étirait chaque robe sur le sol quand elle était encore chaude et tailladait les initiales de son maître dans le mince muscle sous cutané qui adhérait toujours à la robe. Les robes avaient une telle valeur sur le range du Nord que de sérieuses querelles s'élevaient souvent pour la propriété d'un Bison mort entre des bandes rivales, et se terminaient souvent par des luttes sanglantes. 202 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Chasse a courre ou Running bcffalo, Bison courant. Le mode de chasse, le plus meurtrier et le plus employé après le still hunt, était la chasse à courre du Bison, le run- ning huffalo. Moins vile, moins hasse que la première au point de vue sportique, elle permettait de l'aire d'impor- tantes prises, mais en exposant à de réels dangers. Les che- vaux eux-mêmes partageaient l'excitation du cavalier. Tant que les Indiens ne connurent que l'arc, les flèches et la lance, il leur fallait, pour tuer des Bisons, les approcher de très près. Les premières armes à feu qu'ils possédèrent étaient de très petit calibre, et employaient une faible charge de poudre, de plus, les Indiens étaient de détestables tireurs, aussi persistèrent-ils longtemps à forcer les Bisons, montés sur des chevaux dressés à cette chasse et à les tuer seulement quand ils en étaient très rapprochés. Les blancs qui se mirent les premiers à chasser le Bison à cheval, abattirent leurs victimes à coups de revolvers Coït de gros calibre, dont ils tenaient un de chaque main. Le fusil à répétition remplaça ensuite le revolver, et c'est alors que commença le massacre insensé pour les robes, les cuirs et la chair, mais les avides écorcheurs, trouvant trop lente cette méthode .de chasse, la seule qui eût quelque chose de loyal en exposant l'homme à de véritables dangers, adoptèrent la boucherie de sang-froid du still hunt, beaucoup plus expé- ditive. Depuis lors, le Bison perdit de plus en plus son rang comme gibier, et on en vint à déclarer que la chasse de cet animal ne pouvait constituer un sport. Cette assertion était assez vraie, quand on le massacrait par le still hunt ; quand le chasseur, gagnant son poste en rampant sur les genoux, tuait les Bisons un à un, à une assez longue distance pour que la détonation ne pût les effrayer. En ne s'occupant que de la correction du procédé, ce mode de chasse était aussi vil que celui qui consisterait à empoisonner le gibier. La chasse à cheval était tout autre chose. Elle exigeait un bon cheval, un hardi cavalier, solide en selle, et une grande dextérité à manier les armes. Extrêmement entraînante, elle exposait le chasseur à de véritables dangers. Dès que les chasseurs découvraient un troupeau de Bisons, LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 203 ils s'en approchaient à cheval, galopant en ligne régulière, en ayant soin de se dérober aussi longtemps que possible à leur vue. Le plus souvent ces animaux peu soupçonneux, et empruntant surtout à leur grand nombre un sentiment de quiétude, permettaient aux chasseurs de s'approcher à 400 mètres, à 200 mètres même de leurs flancs et se décidaient seulement alors à prendre la fuite à un trot assez lent. Les chasseurs éperonnaient leurs chevaux, cherchant â rejoindre le troupeau et dès qu'ils étaient arrivés à sa hauteur, chacun d'eux choisissait l'animal qui lui paraissait le meilleur de ceux se trouvant à sa proximité, il s'attachait alors à le poursuivre, jusqu'à ce qu'il l'eût rejoint, et le servait d'une flèche ou d'une balle. Le point de mire, le point mortel, situé derrière la jambe de devant, s'étendait sur une surface cir- culaire, mesurant un diamètre de 35 à 40 centimètres, et des- cendant jusqu'à une ligne horizontale passant par le coude. Cette chasse présentait, nous l'avons dit, de grands dan- gers. Souvent, un chasseur se trouvait entouré par le trou- peau, et l'épais nuage de poussière qu'il soulevait dans sa fuite, aveuglant le cavalier et sa monture, les accidents étaient fréquents. Des chasseurs tiraient les uns sur les autres sans se voir, souvent, un Bison blessé faisait tête et renversait ses agresseurs. Les chutes dues aux obstacles pré- sentés par le terrain étaient surtowt très nombreuses. Nous trouvons dans le passage suivant du colonel Dodge quelques impressions sur cet ordre de dangers : «Le Bison ne songe » guère à attaquer celui qui le poursuit, aussi le péril ne » vient-il pas de sa résistance, mais de ce que ni 1 homme, ni » le cheval, ne voient le sol sur lequel ils passent, sol ra- » boteux, rompu, semé de trous creusés par les Chiens des » prairies. Le péril est tel, qu'on peut affirmer qu'un homme » courant au milieu d'un troupeau de Bisons, tient sa vie » entre ses mains. Je n'ai jamais entendu dire que des Bisons » aient blessé un cavalier marchant avec eux, mais j'ai en- » tendu parler de six individus au moins qui avaient été tués, » et d'un certain nombre d'autres qui furent plus ou moins » grièvement blessés par la chute de leurs chevaux lancés au » galop. » M. Hornaday, qui a pris part à plusieurs de ces chasses, ajoute qu'ayant appris dans une première expérience ce qu'étaient les dangers de la chasse à courre du Bison, il avait 20i REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. une crainte mortelle de se trouver un jour entraîné au mi- lieu d'une cité de Chiens des prairies. L'entrée du terrier de ces animaux est en effet assez large pour que la jambe d'un cheval y pénètre jusqu'au genou, déterminant une chute vio- lente de la monture et du cavalier. Le moindre mal qui puisse dès lors arriver au cheval est une jambe cassée. Quant au cavalier, s'il se tient mollement en selle, il est projeté à une vingtaine de pieds en avant, comme par le choc d'une cata- pulte, et sur un sol un peu dur il se fracturera quelques os, se brisera la colonne vertébrale ou le crâne. Si le cavalier est réellement solide en selle, son sort est encore moins enviable, car le cheval Taisant panache retombe sur lui la plupart du temps et l'écrase Un sol sous lequel nichent des Chiens des prairies apparaît creusé comme un rayon de miel, de trous béants plus ou moins profonds, réunis souvent par des l'entes radiales aux parois droites, ne se révélant, vu l'étroitesse de leur ouverture, qu'au moment où on ne peut plus les éviter. A ce moment, le chasseur, qui voit le gibier fuir partout devant et autour de lui, ne songe plus à rien autre qu'à le rejoindre. Les yeux fouillant au loin la prairie, il se gardera bien des principaux obstacles éloignés et vi- sibles à distance, mais en abandonnant à sa monture la plus forte partie de cette mission. Dans la fièvre de la course, le cavalier lacère de ses éperons les flancs de son cheval, s'at- tendant à tout moment à être jeté à terre. Plus loin, M. Cat- lin donne les détails suivants sur une chasse dont il fut un des acteurs : « Je me lançai au travers de la masse en mou- » veinent qui couvrait au loin la plaine, incapable de dire si » je chevauchais un Cheval ou un Bison, bousculé, heurté, » pressé de toutes parts, jusqu'à ce que, passant enfin auprès » d'un animal de bonne taille, je lui envoyai une balle. Des » fusils jetaient du feu tout autour de moi, mais je n'en- » tendais rien. Au milieu de cette cohue piétinante, mon » ami Chardon avait blessé un énorme taureau, et se prépa- » rait, la carabine épaulée, à lui envoyer une seconde balle. » Chasseur et Bison galopaient à toute vitesse, quand le » taureau se retournant brusquement reçut le cheval sur ses » cornes, et le pauvre Chardon, faisant un saut de grenouille » de vingt pieds et plus par dessus le Bison, retomba lour- f> dément sur le sol aux pieds de mon cheval. Ayant arrêté » ma monture aussitôt que je le pus, je revins vers mon LA DESTRUCTION DU BISON AMÉRICAIN. 20o » camarade. Chardon gisait à terre poussant de profonds » soupirs à quelques pas de son énorme victime, couchée, les » jambes en l'air à côté du cheval. Au moment où je mettais » pied à terre, Chardon se souleva sur les mains, les yeux et » la bouche pleins de poussière, réclamant son fusil tombé à » 10 mètres en avant de lui. « Etes-vous blessé, Chardon? » m'écriai-je. — Non, non, je ne crois pas, monsieur Catlin, v ce n'est rien, mais la terre est bien dure ici. » Là dessus, le » pauvre garçon s'évanouit. Peu de temps après il revenait à » lui, ramassait son fusil, saisissait la bride de son cheval, et » celui-ci, se remettant aussitôt sur ses pieds secouait la » poussière dont il était couvert, de sorte que nous nous » retrouvions tous sur nos jambes, excepté le taureau, passé, » lui, de vie à trépas. » Le passage suivant emprunté à l'ouvrage de M. Alexandre Ross : Red River Settlements (Les établissements de la Ri- vière Rouge), donne des détails analogues sur une grande chasse à laquelle 400 cavaliers prenaient part : « A un rao- » ment donné, 23 chevaux et leurs cavaliers se débattaient » sur le sol rocheux et parsemé de trous de Blaireaux ; un » des chevaux avait été tué net par un taureau, deux autres » étaient grièvement blessés, un cavalier s'était cassé l'omo- » plate, le fusil d'un autre chasseur avait, en éclatant, brisé » 3 ou 4 doigts à son propriétaire ; un troisième venait de » recevoir une balle perdue. Ces accidents, si sérieux qu'ils » fussent, inquiétaient assez peu les chasseurs, car ils étaient » compensés par les 1375 langues de Bisons qu'on rapportait » au camp ce soir- là. » Les chevaux de la prairie semblaient alors entrer de leur pleine volonté en guerre contre les troupeaux condamnés. Il est vrai que, sans cette volonté, sans cette ardeur, dont les chevaux à Bisons des blancs et des Indiens faisaient preuve pendant la poursuite, la chasse à courre du Bison eût ren- contré des difficultés presque insurmontables et eut été beau- coup moins destructive pour cette espèce. D'après toutes les relations, les chevaux des métis et des Indiens étaient beau- coup mieux entraînés que ceux de leurs rivaux, les chasseurs blancs, sans doute à cause de l'usage exclusif de l'arc qui, nécessitant l'emploi des deux mains, obligeait le chasseur à laisser galoper son cheval librement en ligne droite, ou à le diriger seulement par la pression des genoux. Les chevaux 206 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. des Indiens, disent ces relations, dont on n'aurait aucun motif de mettre en doute la véracité, déployaient presque plus d'intelligence et d'ardeur à cette chasse que leurs cavaliers. Lewis et Clarke rapportent, dans le compte-rendu de leurs voyages, qu'un sous-officier de l'armée des États-Unis, chargé de conduire un groupe de chevaux pris à des Indiens, à tra- vers une région où les Bisons abondaient, voyait ces che- vaux s'échapper à chaque instant, prendre le galop, et aller entourer les groupes de Bisons paissant dans la prairie, absolument comme s'ils avaient été montés et guidés par leurs cavaliers. Il dut, pour éviter la trop fréquente répé- tition de ces escapades, détacher en avant un cavalier, chargé de chasser tous les Bisons qui se trouvaient à quelque dis- tance de la route suivie. M. Sibley, qui accompagna les métis de la Rivière Rouge dans une de leurs chasses annuelles, a rapporté, de son côté, le fait suivant : « Les chevaux s'éprennent d'une telle passion » pour la chasse du Bison, qu'un des chasseurs étant tombé » de sa monture pendant la poursuite d'un troupeau, celle-ci » continua à suivre la chasse comme si elle avait pu con- » tribuer à son succès. Dans une autre circonstance, un » métis avait laissé au camp son cheval favori, légèrement » indisposé, en recommandant à sa femme de veiller sur lui. » Le brave animal, n'admettant pas qu'on le privât de son » exercice favori, partit sur la piste des chasseurs, les re- » joignit, et se lança avec eux à la poursuite des Bisons, » semblant attendre avec impatience la chute de ces ani- v maux. La chasse terminée, il vint en hennissant à la ren- » contre de son maître qu'il découvrit immédiatement, quoi- » que les chasseurs fussent dispersés à des kilomètres de » distance. » {A suivre.) 207 LES VERS BLANCS ET LES FREUX Par M. Gabsisl ROGERON. Depuis un certain nombre d'années, ces dernières surtout, les Vers blancs causent un tort considérable aux cultures les plus diverses, au point de devenir, pour nos campagnes, une sorte de fléau nouveau. Car bien que ces larves aient existé de tout temps, jamais leur nombre n'avait pris encore les proportions inquiétantes actuelles. Cbez nous, en Anjou, des prairies sont jaunies, presque entièrement détruites, cliaque brin d'herbe ayant ses racines rongées, tandis que la reconstitution de nos vignobles est souvent gravement entravée par ces mêmes Vers, qui, enva- hissant nos pépinières de cépages américains, y font périr un grand nombre de plants. L'an dernier, nos Chênes, ainsi que maintes autres espèces d'arbres entièrement broutés, rongés par d'innombrables essaims de Hannetons, offraient l'aspect le plus désolant; on eût cru, en voyant certains d'entre eux, être au cœur de l'hiver; toutes leurs branches se trouvaient dénuées de leurs feuilles dévorées par ces vo- races et non moins bruyants insectes qu'on entendait bour- donner partout, et qu'on écrasait à chaque instant sous les pieds, jusqu'au centre de notre ville. Cet état de choses n'est pas sans inspirer d'inquiétude, d'au- tant plus qu'on ne sait où en arrivera la multiplication d'un insecte dont la progression est constante depuis un certain nombre d'années. Aussi cherche-t-on, mais toujours vaine- ment, le moyen de le combattre. Il y a deux ou trois ans, on croyait avoir infailliblement trouvé ce moyen. On avait prétendu qu'en inoculant un cer- tain virus à quelques-uns des vers, puis en les relâchant ensuite parmi leurs semblables, ils y répandraient la conta- gion et que tous périraient en même temps. J'ai été témoin de plusieurs de ces expériences. On faisait venir à bon prix quelques douzaines de ces bêtes préalablement inoculées, ou bien on les préparait soi-même au moyen d'un mélange venu 208 RK\UE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. du même endroit et dont on les saupoudrait ; puis on les en- fouissait de droite et de gauche dans le champ ou la prairie atteinte; après quoi on attendait patiemment un résultat qui n'arrivait jamais, les autres Vers hlancs persistant à se porter aussi bien que par le passé. Comment, en effet, en eût-il été autrement, et comment ces Vers, répandus forcément de loin en loin, eussent-ils pu com- muniquer la contagion aux autres, isolés dans leurs galeries souterraines, et ne franchissant chaque jour pour pourvoir à leur nourriture que des distances insignifiantes, n'ayant par là même que bien peu de chances de se rencontrer ? Une fois seulement, il m'a été donné de constater des ré- sultats appréciables, mais il est vrai en sens absolument inverse de ce qu'on attendait. On désirait purger un potager de ces hôtes redoutables ; pour cela on y répandit une très forte dose de larves inoculées ; l'effet ne tarda pas à se faire sentir par l'augmentation des dégâts qu'occasionnèrent les nouvelles recrues. Ce procédé reconnu inefficace, on en est revenu aux an- ciens moyens plus simples, plus vrais, mais en somme guère plus pratiques, consistant à rechercher soit les larves, soit l'insecte parlait, pour les détruire ensuite. La recherche des larves qui serait la plus rationnelle, en fait et comme mesure générale, est absolument irréalisable. D'abord dans la plupart des cas il faudrait détruire les cul- tures elles-mêmes, les prairies, les plantations ; car on ne peut trouver les vers sans bouleverser complètement la terre. Ensuite, si on le faisait pour certains espaces, une infi- nité d'autres resteraient inexplorés ; il faudrait remuer ainsi des communes entières et tous leurs habitants n'y suffi- raient pas. Quant à la recherche de l'insecte parfait, au hanneionage, qui a les faveurs de l'administration, dont nos conseils géné- raux s'occupent à chaque session et que nous courons risque de nous voir imposer comme l'échenillage, ce sera une lourde charge de plus et absolument sans résultat appréciable. D'a- bord, quand même la chose serait possible, serait exécu- table, elle aurait encore à peine sa raison d'être. Car, quand même on parviendrait à s'emparer de tous les Hannetons, tine notable partie de ces prises serait encore inutile et sans objet ; nombre de ces insectes dont la vie est très courte, à LES VERS BLANCS ET LES FREUX. 209 moins de les saisir au moment même de leur apparition, au- raient déjà confié leurs œufs à la terre. Avec la larve, au moins, on eût été sûr de détruire toute la descendance future. Mais c'est pur enfantillage de penser qu'avec tous les arrêtés préfectoraux et les pénalités les plus sévères, on puisse détruire la vingtième partie de ces insectes attachés, par grappes, aux branches des arbres. Si l'on cite chaque année des enfants des écoles qui, sous l'intelligente direction de l'instituteur, ont ramassé quelques dizaines de décalitres de Hannetons aux basses branches, ils en ont laissé des cen- taines sur les cimes. Encore, je le répète, une partie des insectes récoltés avec tant de peine, ne comptaient déjà plus comme propagateurs de leur espèce; et souvent quelques jours eussent suffi pour que la terre, sous ces mêmes arbres, eût été semée de leurs cadavres. Je m'étonne qu'à notre époque de science et de progrès, nous n'ayons pas aperçu plutôt le vrai remède, que nous soyons encore assez ignorants des faits les plus simples de l'histoire naturelle et assez peu clairvoyants pour ne pas voir que c'est à nous-mêmes qu'il faut nous en prendre, que nous sommes les auteurs du mal, la cause indirecte de la progression effrayante du Hanneton, et cela, en proscrivant et mettant hors la loi les ennemis les plus acharnés des Vers blancs, leurs principaux destructeurs, qui ne sont autres que les Corbeaux et en particulier les Freux. D'abord je commence par dire que je ne comprends pas l'acharnement stupide que l'on montre en général contre ces pauvres oiseaux. Car, abstraction faite des services qu'ils rendent comme destructeurs de Vers blancs, services, il est vrai, restés généralement incompris, il n'est aucun grief sérieux que l'on puisse invoquer contre eux. Et je ne sais pourquoi on leur fait une situation si dure en les classant parmi les animaux nuisibles, surtout ces honnêtes Freux,, les plus répandus chez nous, oiseaux au régime insectivore et végétal, dont la maigreur ordinaire indique assez le peu d'excès culinaire, et qu'on pourrait citer à juste titre comme types de la sobriété. Le principal reproche qu'on puisse leur faire, c'est d'aller à l'époque des semailles sur les champs prélever quelques grains de blé en payement des immenses services qu'ils rendent par ailleurs. Mais en cela ils n'agis- sent pas autrement que maints autres oiseaux, Perdrix, 5 teptembre 1894. 14 210 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. Alouettes, Pinsons, Bruants, etc., qu'on n'a jamais songé à ■ranger, comme eux, parmi les animaux nuisibles et à vouer à l'extermination, avec cette différence, toutefois, que plu- sieurs parmi ces derniers, les Perdrix entre autres, conti- nuent encore assez longtemps, le grain levé, à en manger les germes et les tiges sucrées sortant de terre, tandis que les Corbeaux ne s'attaquent guère qu'au grain encore farineux. Pourquoi donc cette inégalité de justice, haine et proscription pour les uns, amitié et protection pour les autres, quand le délit est le même, et plutôt atténué pour les premiers, le temps précédant la germination étant extrêmement court? A-t-on jamais vu les récoltes manquer par le l'ait des Cor- beaux, tandis que bien souvent elles sont détruites par les insectes que dévorent les Corbeaux. Ces oiseaux sont du reste si défiants, si craintifs, que le cultivateur ne manque pas de moyens pour le's écarter du champ qu'il désire protéger. D'ailleurs, est-on bien sûr que les bandes de Corbeaux, qui s'abattent sur les terres nouvellement ensemencées, n'y mangent alors que du grain; n'est-il pas plutôt présumable qu'ils y joignent nombre d'insectes, Vers blancs et autres, dont ils sont si friands? En effet, tout le reste de l'hiver quand le blé est levé, et ne peut plus leur servir d'aliment, nous continuons à les voir, comme par le passé, fréquenter les mêmes champs et y chercher leur vie qui doit désormais consister exclusivement en insectes. Ne peut-on donc pas en induire que ce genre de nourriture n'a guère varié pen- dant et depuis les semailles, et qu'ils ne font que continuer leur œuvre d'assainissement commencée alors ? Mais admettant même qu'on puisse reprocher aux Cor- beaux, en général, quelques dégâts réels au moment des se- mailles, ce qui n'est pas démontré, aux Choucas, un goût assez prononcé pour les petits pois et les cerises, et aux Corneilles, .quelques méfaits à l'égard de jeunes couvées, ces griefs de- vront s'effacer en songeant aux importants services qu'ils rendent à l'agriculture comme destructeurs de Vers blancs, services qui deviendraient bien plus importants si ces oiseaux n'étaient l'objet de constantes persécutions ; car la multipli- cation de plus en plus désastreuse des Hannetons coïncide avec la destruction des Corbeaux. Il y a vingt -cinq ou trente ans, en effet, les Freux, qui sont seulement de passage périodique en Anjou, commençaient à LES VERS BLANCS ET LES FREUX. 211 nous arriver vers la fin d'octobre, pour former bientôt des bandes innombrables , auxquelles se joignaient quelques Choucas, Corneilles noires et mantelées. Les champs où ils se réunissaient en étaient littéralement noirs ; à certaines places c'est à peine si on apercevait la terre. De quoi pou- vaient vivre ces gros et si nombreux oiseaux, à une époque de l'année où il n'y a plus ni récolte dans les champs, ni fruits sur les arbres, ni sauterelles ni autres insectes en circula- tion ? Je sais bien qu'à leur arrivée ils pouvaient se nourrir de quelques grains trouvés dans les champs nouvellement ensemencés ; mais ce moment est "vite passé, et une fois le blé levé, c'est-à-dire depuis la mi-novembre jusqu'à la fin mars, c'est-à-dire pendant quatre ou cinq longs mois d'hiver, de quoi vivaient-ils, si ce n'est de Vers blancs ou autres, en fouillant de leur bec l'intérieur de la terre ; et cela forcément, je le répète, puisqu'ils n'ont pas d'autre ressource, puisqu'il n'est alors nulle autre nourriture à leur disposition. Aussi, c'est surtout les prairies, particulièrement infestées de ces larves , qu'ils recherchent de préférence et où nous les voyions autrefois faire en si nombreuse compagnie les cent pas en tous sens pendant des journées entières. Je le répète, dans ces prairies dénudées, rasées, désertes, où il ne se trouve ni grain ni insectes à la surface du sol, de quoi pour- raient vivre ces oiseaux qui ne mangent pas d'herbe, si ce n'est de Vers blancs, de Grillons, de Chrysalides, qu'ils retirent de terre ? D'ailleurs, on en n'est pas réduit aux simples suppositions, les faits sont là. Si par hasard on examine le contenu du jabot de quelques-unes de ces trop nombreuses victimes de notre ignorance, tuées dans l'exercice de leurs fonctions répa- ratrices, on n'y trouvera guère que des Vers blancs, des Vers gris, des Grillons, ces derniers aussi très nuisibles à l'herbe des prairies. Et si après le départ d'une de ces bandes de Cor- beaux d'un champ ou d'un pâturage, on prend la peine d'ins- pecter de près les lieux où ils étaient répandus naguère, on remarquera çà et là de petits trous de forme conique qu'ils viennent de pratiquer dans la terre pour atteindre leur proie. Il faut que ces oiseaux aient un odorat d'une admirable subtilité et. approprié entièrement aux fonctions spéciales qui leur sont départies, pour pouvoir, avec une telle sûreté, tom- ber juste sur l'insecte, caché parfois à plusieurs pouces sous 212 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. terre, sans abîmer le terrain qu'ils n'entr'ouvrent qu'à l'en- droit précis où se trouve le ver. Les Freux, ceux des Cor- beaux les plus spécialement voués à la destruction des Vers blancs, ont été parfaitement outillés à cet effet. Leur bec n'est pas un peu obtus et recourbé à son extrémité comme des Corneilles et des Choucas, c'est une longue et véritable pioche absolument conique et pointue, prédestinée à être en- foncée dans la terre, qu'ils emploient avec une telle convic- tion et une si louable persévérance, que toute la partie an- térieure de leur visage , presque toujours d'ailleurs souillée de boue ou de terre séchée, se dénude bientôt, jusqu'aux yeux, ne présentant plus qu'une peau chauve, dure, calleuse, fournissant la preuve de leur rude et énergique labeur. C'est même à cette calvitie que l'on distingue dans cette dernière espèce les vieux des jeunes qui jouissent d'un bec et d'une tête aussi emplumés que celle de leurs congénères. Mais la coquetterie n'est pas le fond de leurs préoccupations, ils sont piocheurs et travailleurs avant tout, et peu leur importe s i l«ur tenue, si leur aspect en souffre. Ces bandes de Corbeaux ou plutôt de Freux, car ces der- niers les composaient jadis pour les neuf dixièmes, ne se ras- semblent pas toujours dans les mêmes prairies, dans les mêmes champs. Ils en changent au contraire souvent, pas- sant une matinée dans les uns, une soirée dans les autres, séjournant un temps plus ou moins long, suivant les res- sources qu'ils rencontrent. Ils portent ainsi successivement leur œuvre d'assainissement dans toute la région, revenant le même hiver nombre de fois dans les mêmes endroits, surtout dans ceux qui réclament davantage leurs services, et dans lesquels par conséquent leur chasse est le plus lucra- tive. Dans l'intervalle de ces allées et venues, en effet les larves qu'ils n'ont pu découvrir ou atteindre les premières fois, à cause de la trop grande profondeur en terre de leur gîte ou de leur situation sous des racines et des pierres, se sont déplacées ou ont remonté à la surface, et par là même sont redevenues d'une capture plus facile. On conçoit que ces terrains ainsi fouillés, explorés tant de fois dans le courant de l'hiver par ces oiseaux jadis si nom- breux que le sol en était noir sur des hectares entiers et qu'à peine ils étaient espacés de quelques pieds dans leurs travaux de recherches incessantes, on conçoit, dis-je, que ces champs LES VERS BLANCS ET LES FREUX. 213 fouillés de la sorte, fussent, en grande partie au moins, dé- barrassés de ces désastreux insectes le printemps venu. Il est aisé, du reste, de se rendre compte à première vue de l'im- mensité du service rendu, quand on songe à la consommation effrayante que devaient faire autrefois ces milliers de gros oiseaux à la digestion facile et rapide, cantonnés pour la mauvaise saison dans des régions relativement assez res- treintes et revenant maintes fois explorer les mêmes lieux. Il faut tenir compte aussi de ce fait, qu'à la différence de la plupart des insectes d'une naissance et d'une reproduction si rapide, les Vers blancs sont trois années à accomplir leur évolution, à devenir insectes parfaits, et que par là même les vides produits parmi eux sont un temps semblable à se combler ! Comment reconnaît-on d'aussi signalés services envers les oiseaux les plus utiles, peut-être, à l'agriculture ? Notre re- connaissance se borne à les traiter comme nos pires ennemis. Nos paysans qui devraient être à même de constater leurs services journaliers, au moins de remarquer que les trois quarts de l'hiver ces pauvres oiseaux ne leur font pas ombre de tort, puisqu'ils passent leur temps dans des prairies, dans des champs absolument nus et vides de toute récolte domma- geable, ces paysans, dis-je, pour quelques grains de blé qui ont pu être mangés lors des semailles, leur font une guerre d'embuscade acharnée. Les Corbeaux, en effet, sont si intelli- gents, si défiants, qu'on en est venu à croire qu'ils sentent la poudre. Ils sont si habiles à déjouer toutes les ruses du chas- seur que ce n'est qu'en se cachant, en buissonnant avec la plus grande adresse derrière les haies que celui-ci parvient à les approcher, à les tirer ; il est certain, j'en ai eu maintes fois la preuve, que ces perspicaces oiseaux savent parfaite- ment distinguer l'homme qui semble avoir de mauvais des- sins , celui qui porte un fusil, de celui muni seulement d'une pioche ou d'un instrument de labourage; ce dernier en appro- chera à vingt pas, tandis qu'ils partent à des centaines de mètres de l'autre; et il n'est presque jamais les bandes de ces oiseaux ne butinent dans un champ, sans que de vigilantes sentinelles ne soient postées en haut des arbres pour donner l'éveil au premier danger. C'est du reste un assaut journalier de ruse et de finesse entre le Corbeau qui veut défendre sa peau et le féroce paysan qui 214 MVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. cherche à tout prix à s'en emparer pour l'accrocher en forme de harhare trophée au milieu de son champ, non sans toute- fois en avoir retiré de quoi faire un maigre ragoût. Là, c'est encore la guerre, hien que sauvage et injustifiée, l'oiseau peut lutter de vigilance, de prudence, et, grâce à sa finesse, ses gros bataillons n'auraient encore été ainsi que peu endom- magés; mais depuis un certain nombre d'années, â cette guerre d'escarmouches sont venus se joindre de véritables massacres. Des gens mus par un sentiment de cupidité plutôt que de haine, sachant que ces oiseaux viennent régulière- ment se coucher en bandes compactes sur la cime de cer- tains grands arbres de nos bois et forêts, vont la nuit tirer, au, milieu de leur sommeil, ces malheureux qui tombent alors pêle-mêle par douzaines sous le plomb meurtrier. Ces Corbeaux, se composant presque exclusivement de Freux, doivent être sans doute expédiés en gros à quelques res- taurateurs de second ordre de la capitale ou d'ailleurs qui les convertissent en salmis de Ramiers après en avoir rem- placé le bec et les pattes par d'autres moins compromettants. C'est sous les yeux de l'Administration, qui, elle, au moins, devrait être plus instruite et plus intelligente, avec encouragement des préfets et conseils généraux, que ces énormités, ces barbares et désastreuses inepties se prati- quent ! Les grands protecteurs de nos récoltes, sans doute plus utiles qu'aucun des autres oiseaux de nos pays, sont dé- clarés nuisibles par des textes formels de lois et règlements, officiellement proscrits et voués â l'extermination. Chaque année, tous les arrêtés préfectoraux fixant la clôture de la chasse du gibier emplumé, en proscrivant celle des petits oiseaux, ont bien soin d'en excepter les espèces dites nui- sibles, parmi lesquelles les Corbeaux, qui peuvent être chassés toute l'année et avec toutes sortes d'engins de des- truction. Par suite de cette guerre inepte et sans merci, le nombre des Freux décroît chaque année à tel point que ces im- menses armées de destructeurs d'insectes, qui se compo- saient autrefois de milliers d'individus , sont remplacées , l'hiver, par de petites compagnies de quelques douzaines de ces Corbeaux mélangés d'un petit nombre de Choucas et de Corneilles, lesquels à cause de leurs mœurs différentes ont moins souffert des massacres de nuit. LES VERS BLANCS ET LES FRELX. 215 Les Vers blancs lisant plus l'ennemi spécial que, dans sa sagesse, la nature sait susciter contre tout animal ou insecte nuisible, l'équilibre a été rompu, et ils sont arrivés, depuU, quelques années surtout, à se multiplier d'une façon redou- table, au point de compromettre gravement nombre de ré- coltes. Les agriculteurs gémissent sans perdre toutefois tout espoir, ils comptent sur la grande éclosion de l'insecte par- fait, après laquelle ils auront au moins trois ans de relâche, puisque cette larve met trois ans à se développer ; et je lisais encore dernièrement dans un journal ces consolantes espé- rances pour cette année. Mais le malheur est que, derrière cette génération de trois ans, il y a celle de deux ans qui lui succédera, de sorte que chaque année ramène la grande génération qui devient toujours de plus en plus grande. Aussi comprend - on toute la gravité de la situation, et pour combattre, pour arrêter la progression effrayante de ces désastreux insectes, s'ingénie-t-on à chercher et à mettre en œuvre, ainsi que nous avons vu, toutes sortes de moyens, depuis les plus primitifs, le hannetonage et la recherche des leurs larves, jusqu'à ceux dérivant des procédés scientifiques les plus modernes, de ceux empruntés à la méthode Pasteur, sans s'apercevoir que le véritable remède a été placé par la nature auprès du mal et que, s'il est devenu inefficace, c'est à nous seuls que nous devons nous en prendre, puisque, dans notre ignorance, nous l'avons en partie supprimé en rédui- sant à un nombre infime les destructeurs naturels de nos ravageurs. Quand même les Corbeaux n'eussent pas travaillé pour nous sous nos yeux et au grand jour, la multiplication inu- sitée du Ver blanc eût dû nous faire réfléchir, nous mon- trer à elle seule qu'il y avait désormais quelque chose man- quant, de dérangé dans l'équilibre, l'harmonie de la nature en ce point. La seule mesure rationnelle et pratique à prendre pour in- terrompre la progression désastreuse et indéfinie des Han- netons et de leurs larves serait donc, au lieu d'encourager, comme nous le faisons follement, la destruction des Cor- beaux, de leur accorder au contraire une prompte, vigoureuse et vigilante protection. Pour cela, il faudrait tout d'abord que l'Administration, au lieu de les désigner ainsi qu'elle le fait sur ses circulaires et arrêtés comme oiseaux nuisibles, s'at- 2*6 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUÉES. tachât bien plutôt à détruire les préjugés fâcheux dont ils sont victimes, à faire comprendre aux populations rurales si mal disposées pour eux, qu'elles n'ont pas de meilleurs, de plus puissants auxiliaires pour la protection de leurs récoltes. Leurs couvées devraient désormais être respectées à l'égal de celles des petits oiseaux que la loi défend rigoureusement de détruire. Aussi et plus insectivores qu'eux sans être plus coupables, ils devraient jouir de la même immunité, et en particulier ces nombreuses colonies de Freux s'établissant au printemps pour nicher sur la cime des grands arbres de nos forêts, de nos bois et même de nos jardins publics, comme jadis sur les platanes de la fontaine Médicis au Luxembourg. Quant à la chasse des Corbeaux, surtout celle de nuit si meurtrière, ainsi qu'à leur vente sur nos marchés, elles devraient être sévèrement prohibées. De la sorte notre pro- tection accordée aux Corbeaux, ou pour parler plus exacte- ment, notre meurtrière hostilité une fois cessée, ceux-ci n'ayant désormais pas plus de motifs naturels de décroître que les Hannetons n'en eussent eu d'augmenter sans la dis- parition des Freux, il est à présumer que ces derniers, reve- nant bien vite à leurs gros bataillons, pourraient réduire les Vers blancs à leur nombre presque inoffensif d'autrefois et par là même rétablir l'équilibre un instant rompu par notre faute (1). (1) En Angleterre, on leur faisait également la guerre, mais on n'a pas tardé à voir que la destruction de ces oiseaux avait été suivie de mauvaises récoltes, aussi nos voisins, plus sages que nous, les respectent- ils à présent (Brehm, Les Oiseaux, t. I, page 297). ' • 217 CULTURE ET PROPAGATION DE VÉGÉTAUX EN ALGÉRIE Par M. LEROY, Membre de la Société nationale d'Acclimatation, de la Société d'Agriculture et de la Société de reboisement du département d'Orau. Les personnes qui s'intéressent à la prospérité de l'Algérie ont toujours considéré qu'un des moyens d'augmenter sa ri- chesse était d'y propager des végétaux exotiques, écono- miques ou d'ornement. Poursuivant depuis 1885 des essais de cette nature, nous croyons utile de faire connaître les résultats que nous avons obtenus. Nos expériences ont été faites dans un jardin de la ban- lieue d'Oran que nous avons entouré d'une muraille et de plantations de Casaarina, faux Poivriers {Sc/iinus molle) et de Cyprès, afin d'éviter, autant que possible, les effets des vents d'ouest et de nord-ouest qui soufflent violemment en hiver et au printemps, et d'atténuer l'inconvénient résultant du voisinage de la mer dont les vapeurs salées nuisent à beaucoup de jeunes plantes. La température, très élevée en été, y descend parfois, en hiver, à 2 ou 3 degrés au dessous de ; l'irrigation y est assurée au moyen des eaux des sources de Brédéah. La terre, en couche de 1 à 2 m ,50 de profondeur, sur fond rocheux, est de nature argilo-siliceuse. Des analyses de terres de la même localité et de même na- ture ont révélé que leur composition en éléments utiles comprend : Carbonate de chaux 1.5 p. %. Matières organiques 8 — Sesquioxyde de fer 12 — ■ Acide pbosphorique 1.01 — Potasse 1.86 — Azote 0.35 — 218 REVUE DES SCIENCES NATURELLES APPLIQUEES. Les semis sont faits, généralement, en plein air, à mi- ombre, quelquefois sous des vitres, et autant que possible en pots. Ce dernier procédé nous paraît préférable au semis en pleine terre, lorsqu'il s'agit d'essayer des graines d'espèces inconnues dont la germination se fait souvent attendre plu- sieurs mois ; on peut ainsi maintenir la terre en bon état, plus aisément qu'en planclie. Nos résultats ont été obtenus, nous insistons sur ce point, sans serres, par des moyens simples à la portée de tous. Mais nous ajoutons que, pour réussir, il faut beaucoup de patience et qu'il est indispensable de soigner soi-même les semis, ou du moins de les surveiller de très près, au lieu de les confier à des jardiniers que la culture de végétaux inconnus intéresse médiocrement. Nos essais ayant porté sur 311 variétés de plantes, nous aurions à entrer dans trop de détails, si nous voulions donner des renseignements sur chacune de ces variétés. Nous ju- geons préférable de résumer nos observations en un relevé ci-joint indiquant les noms des plantes, l'année des semis, les résultats obtenus. Pour 112 plantes, les praines n'ont pas levé, soit qu'elles fussent avariées, soit pour toute autre cause. Nous considérons nos résultats comme incomplets pour 68 variétés dont les semis ont réussi, mais dont les plants ont péri dans le jeune âge, ou même après plusieurs années. Ainsi, beaucoup